En feuilletant ma bible je regarde les passages soulignés, ceux que j’aime à relire, qui correspondent à mon être profond, qui me relancent ma vie intérieure.
J’ai l’assurance que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses présentes ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. (Ro 8.38-39)
Les épitres de Paul sont les plus anciens textes du Nouveau Testament. Paul y écrit avec une joie, une assurance communicative. J’aime son style enthousiaste, son dynamisme qui ne se laissaient pas abattre par ce qu’il ressentait comme les menaces des anges (les anges étaient-ils hostiles ?), les fulminations des « dominations », ni l’inquiétude provoquée par « la hauteur et la profondeur » ! Il ne craignait rien qui puisse lui arriver dans « la vie », même « la mort »…
Sa fameuse triade, qu’il mentionne quelques pages plus loin, est un excellent remède, fort efficace, contre la déprime qui nous menace actuellement :
Trois choses demeurent : la foi, l’espérance et l’amour ; la plus grande est l’amour. (I Co 13.13)
Quelqu’un disait que lorsqu’on rencontre un de nos prochains avec foi et espérance, c’est-à-dire avec de la joie intérieure, l’amour surgit instantanément et c’est comme une relation nouvelle qui surgit.
Un peu plus loin encore, ma bible s’ouvre toute seule
À celui qui peut faire, par la puissance qui agit en nous, infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons, à lui soit la gloire… (Ephésiens 3.20)
Cet élan qui monte en nous et nous rend capables d’une vie que nous n’imaginions même pas est encore annoncé par un disciple de Paul qui écrivait 20 ans après – et lui dédiait respectueusement son œuvre, comme cela convenait à l’époque. Cette foi dépasse toute espérance envisageable. Elle nous rend capable, si on l’accepte contre toute évidence, de dire « oui » à l’impossible, de crier « non » à tous les possibles inacceptables. Elle ouvre des horizons lumineux à l’avenir dont on nous disait qu’il était bouché.
Pour Paul, l’essentiel de notre vie, le fondement de notre existence n’est autre que Dieu lui-même qui renouvelle toujours à nouveau sa présence créatrice au plus profond de nous-même. C’est bien le message qu’il adressait aux Athéniens sur l’Aréopage :
[Dieu est celui qui] donne à tous la vie, la respiration, et toutes choses…
En lui nous avons la vie, le mouvement, et l’être (Actes 17. 25, 28)
Marc était sans doute le pasteur de l’Église de Rome ( 1 ). Navré de la difficulté qu’éprouvaient ses paroissiens à comprendre les épîtres de Paul, il en rédigea le message sous la forme juive traditionnelle des midrash : de petits récits concrets destinés à transmettre le sens abstrait de la théologie classique.
Le midrash du paralysé descendu du toit, pardonné et guéri – sans avoir rien demandé, rien exprimé, rien « mérité » – est un des textes bibliques qui m’inspire le plus.
Je te l’ordonne, dit Jésus au paralytique, lève-toi, prends ton lit, et va dans ta maison. Et, à l’instant, il se leva, prit son lit, et sortit en présence de tout le monde, de sorte qu’ils étaient tous dans l’étonnement et glorifiaient Dieu, disant : Nous n’avons jamais rien vu de pareil. (Mc 2.11-12)
Jésus n’attend pas le Yom Kippour jour du pardon traditionnel, il n’attend pas non plus une marque de « repentance », une demande révélant une foi sincère. Le Dieu que l’assemblée glorifie n’est pas un Très-Haut garant de la morale et de la fidélité religieuse : il est, comme le disait si bien l’apôtre Paul, celui que « ni la hauteur, ni la profondeur » ne peuvent nous séparer de sa créativité, celui qui « peut faire, par la puissance qui agit en nous, infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons, à lui soit la gloire… »
Dieu de notre vie, de notre espérance, de notre créativité, de notre joie.
L’évangéliste Matthieu écrivait en milieu juif, en Israël ou en Syrie. On peut le lire lorsqu’on se détache du surnaturel du mysticisme de Paul. Il ne fait pas appel à l’extraordinaire du Saint-Esprit qu’il ne mentionne jamais. Mais sa grande tendresse, son attention aux petits et aux humbles font de lui l’évangile de la bienveillance.
Tous, petits et grands, forts et faibles, peuvent se sentir acceptés, gardés, encouragés par cette parole de Jésus :
Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos.
Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes. (Mt 11.28)
Tous ses lecteurs se trouvent réorientés, réhumanisés, quelle que soit leur religion ou leur absence de prière face à un ciel qu’ils jugent vide par la parabole du roi :
Le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père, prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde.
Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais étranger et vous m’avez recueilli, j’étais nu et vous m’avez vêtu, j’étais malade et vous m’avez visité, j’étais en prison et vous êtes venus vers moi… Toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. » (Mt 25.40)
Quant à Jean, il écrivait à la fin du siècle, sans doute à Ephèse. Sa présentation des paroles et de ce qu’il appelle les « signes » que faisait Jésus est saisissante : le « chemin » qu’il suivait, la « vérité » qu’il proposait, la « vie » qu’il renouvelle en nous. Tout le monde peut adhérer au résumé que Jean nous donne ainsi de l’Évangile :
Jésus dit : Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. (Jn 14.6)
Un disciple de Jean prolonge son évangile et écrit notamment :
Dieu est amour et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. (I Jn 4.16)
Marguerite Porète, une béguine de Valenciennes, a toute ma sympathie et mon admiration pour avoir accepté d’être brûlée vive en place de Grêve à Paris, le 1er juin 1310 parce que, tournant le dos au pape, au concile de Nicée, aux affirmations doctrinale sur la naissance virginale de Jésus et sa mort sacrificielle, elle avait tout simplement proclamé – et à bien juste titre – : « si Dieu est amour, alors l’amour est Dieu ». Et lorsqu’on doute de Dieu, on peut toujours se laisser entraîner dans le grand fleuve universel de l’amour qui… est Dieu !
( 1 ) Le professeur François Vouga dans « l’évangile d’une femme » suggère plutôt que « Marc » était une femme demeurant à Syracuse (Sicile).
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