L’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, a déclaré à Jérusalem, que selon un verset de la Genèse, Israël aurait des droits sur les terres situées « entre le Nil et l’Euphrate », s’étendant donc de l’Egypte à l’Irak et à la Syrie. « Je pense que c’est exact. Et cela engloberait en gros tout le Moyen-Orient » a-t-il précisé.
Mike Huckabee est un ancien pasteur baptiste qui connaît bien la Bible. C’est ainsi qu’il cite le livre de la Genèse :
« L’Eternel fit alliance avec Abram, et dit : Je donne ce pays à ta postérité, depuis le fleuve d’Egypte jusqu’au fleuve d’Euphrate » (Gen 15.18)
Mais le pasteur qu’a été Mike Huckabee sait bien que tout texte doit être replacé dans son contexte historique. Il faut se demander qui l’a écrit, à quelle date, dans quelles conditions religieuses, politiques et à l’intention de qui.
M. Huckabee devrait ainsi remarquer que cette promesse mirifique faite au peuple d’Israël est totalement ignorée par les prophètes les plus anciens : Ésaïe (chapitres 1 à 39), Michée, Osée et Amos qui s’exprimaient au temps des rois du VIIIe siècle qu’ils mentionnent clairement. Donc très longtemps après la « naissance du peuple » sous Abraham, Isaac et Jacob. (Avant le VIIIe siècle on n’écrivait pas en Israël). Le 2e Ésaïe (chapitres 40-55), Jérémie et Ezéchiel ensuite, ne mentionnent jamais non plus une telle promesse.
M. Huckabee devrait donc s’interroger sur le texte qu’il cite avec tant d’assurance.
Celui-ci est manifestement destiné à donner une vision encourageante à un peuple dépourvu de territoire. Cela ne pouvait pas être du temps de la période royale où les prophètes n’auraient pas manqué de le mentionner. Mais cette période débouche au VIe siècle sur l’Exil à Babylone (587-538 av. JC) où les israélites demeuraient désormais et les historiens disent qu’ils ressemblaient beaucoup au personnage d’Abraham décrit dans la Genèse : celui-ci demeurait à Babylone et bénéficiait de la grande promesse de posséder un jour d’immenses terres vivait par la foi : « depuis le fleuve d’Egypte jusqu’au grand fleuve, au fleuve d’Euphrate, le pays des Kéniens, des Keniziens, des Kadmoniens, des Héthiens, des Phéréziens, des Rephaïm, des Amoréens, des Cananéens, des Guirgasiens et des Jébusiens. »
Le peuple est effectivement revenu en Israël, libéré en 538 av. JC par Cyrus le roi de Perse mais n’a jamais retrouvé sa souveraineté et encore moins ces extravagantes frontières !
Un tel texte révèle le bel esprit de foi de son auteur et son magnifique enthousiasme oriental dont Jésus a repris le mouvement en déclarant qu’un homme de foi pouvait même « déplacer les montagnes ».
M. Mike Huckabee ne devrait pas, surtout depuis qu’il est ambassadeur des États-Unis en Israël, confondre l’exaltation de la foi des hommes du passé avec la réflexion politique du monde d’aujourd’hui.
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