
De l’exemplarité de l’apôtre Paul
Collection « Au fil des Écritures »
80 pages – 12 €
Recension Gilles Castelnau
Le pasteur – et savant bibliste – Olivier Pigeaud, a remarqué que, contrairement à toute excellente modestie chrétienne traditionnelle, l’apôtre Paul se présentait fréquemment dans ses épitres, comme un modèle à imiter. Certes, Dieu et Jésus sont normalement cité comme modèles, mais et cela est tout à fait inhabituel dans les Écritures, Paul se donne constamment lui-même comme modèle à.
Dans ce petit livre, Pigeaud jette un regard dans l’Ancien Testament, les textes grecs anciens, les évangiles et les autres épitres, mais il se focalise sur les textes pauliniens. Il en cite, en analyse 48 et ajoute quelques remarques de conclusion et d’exhortation. C’est fort intéressant et instructif.
En voici des passages :
Les écrits pauliniens
I Thessaloniciens 1.5-7
[…]
Après une brève salutation de Paul, de Silvain et Timothée, ses collaborateurs, la lettre commence par une action de grâces remerciant Dieu pour tout ce qu’a vécu et vit encore la jeune communauté chrétienne de Thessalonique. Et Paul poursuit :
« Notre prédication de l’Évangile n’est pas survenue pour vous en parole seulement, mais aussi avec puissance et avec l’Esprit Saint et pleine assurance, car vous savez comme nous avons été parmi vous, pour vous, et vous êtes devenus nos imitateurs et ceux du Seigneur, recevant la parole au milieu d’une grande oppression avec la joie du Saint-Esprit. En sorte que vous êtes un modèle pour tous ceux qui croient dans la Macédoine et en Achaïe. »
Dès les premières lignes de Paul nous découvrons tout, ou presque, de ses conceptions sur l’imitation de modèles. Les modèles ont été Paul, mais aussi, il faut le noter, Silvain et Timothée, et, plus important encore, le Seigneur. Puis ce sont les Thessaloniciens qui sont des modèles pour les communautés environnantes. Et les imitateurs ont été les Thessaloniciens, puis, au moment où Paul écrit, ce sont les membres des communautés de Macédoine et d’Achaïe.
[…]
Cela rend attentif au fait que Paul, en rappelant la puissance et l’assurance des messagers, parle aussi de l’action de l’Esprit. Une façon d’indiquer que le processus de transmission par l’exemple ne dépend pas seulement des modèles et des imitateurs, mais que l’Esprit en est l’origine. C’est ce que peut signifier également la mention du Seigneur lorsque Paul écrit vous êtes devenus nos imitateurs et ceux du Seigneur. _
[…]
Comment les Thessaloniciens ont-ils été les imitateurs de Paul et ses adjoints ? Par l’assurance et la fermeté, non pas directement dans la façon d’annoncer la Parole, mais en la recevant malgré l’oppression et, cela, même dans les épreuves, avec joie. C’est donc la fermeté et le courage qui se transmettent par l’exemple.
Les écrits pauliniens
1 Corinthiens 7.8
« Je dis aux célibataires et aux veuves qu’il est bon de rester ainsi comme moi. Mais s’ils ne peuvent pas vivre dans la continence qu’ils se marient. »
Des auteurs abordant l’exemplarité de Paul citent ce verset 8 du chapitre 7, entièrement consacré par Paul au mariage. On n’y trouve pas les termes d’imitation, d’exemple ou de modèle, mais il est vrai que Paul se présente ici, sur un point certes particulier, comme un exemple pour certains de ses lecteurs. Notons bien qu’il précise qu’il ne dit pas que tous les célibataires et veuves doivent renoncer à se marier ou se remarier. Il ne s’agit pas d’une imitation formelle. Ce n’est pas le célibat en lui-même qui est préconisé, mais la disponibilité pour la prière (verset 5), le témoignage et le service. Disponibilité que Paul illustre en sa personne, sans l’imposer à ses lecteurs.
)
Philippiens 1.29-30
Nous sommes à la fin du développement de Paul sur les effets de sa captivité. En voici le texte :
« Il vous a été donné, en grâce par Christ, non seulement de croire en lui, mais de souffrir pour lui, tenant le même combat que vous avez constaté être le mien et dont vous avez entendu dire que je le mène encore. »
Paul se présente un peu plus explicitement comme modèle et nous avons confirmation que c’est sa persévérance et son courage face aux épreuves, qu’il met en avant pour encourager ses lecteurs. Il n’en tire pourtant pas gloire, car il est clair pour lui que c’est premièrement la grâce du Christ qui est à l’œuvre. Juste après ces versets, Paul invite les Philippiens à vivre en plein accord et à se comporter entre eux comme on le fait en Jésus-Christ, dont il précise ensuite la condition en citant l’hymne célèbre de la kénose et de l’élévation du Christ (2.6-11).
En parallèle
Les lettres de Jacques, Pierre, Jean et Jude
Jacques 5.10
Presque à la fin de la lettre de Jacques, insistante sur le lien entre la foi et les œuvres, se trouve un appel à la patience dans l’attente de la venue du Seigneur. Il se termine ainsi :
« Prenez comme modèle ce qu’ont supporté les prophètes et leur patience, eux qui ont parlé au nom du Seigneur. »
Jacques met ensuite en avant l’endurance de Job, qui n’est certes pas un prophète, mais l’exemple type du juste souffrant. Peut-on dire que Job et les prophètes sont des modèles ou plus simplement que les récits à leur sujet constituent des encouragements, principalement dans les persécutions ? Ou peut-on dire que l’on peut être un modèle à distance, dans l’espace ou le temps ? Il semble bien que oui.
En quoi Paul est-il un modèle ?
Enfin on arrive à l’extrême du processus d’exemplarité quand une personne agit et vit en se donnant comme mission d’être un modèle pour d’autres et quand elle invite les autres à l’imiter.
C’est le cas, rare, voire unique, dans la littérature ancienne, de l’apôtre Paul. Voici les divers types de passages où il est un modèle pour les autres.
[…]
Comment justifie-il son exemplarité ? Jamais en se présentant comme meilleur que d’autres. Mais pour au moins deux raisons. D’abord par sa situation en première ligne de la mission. Il est, pour bien de ses interlocuteurs, le premier témoin de l’Évangile, souvent le fondateur des communautés auxquelles il s’adresse. Il ne le revendique pas chaque fois, mais il se considère comme un père fondateur (1 Th 2.11 ; l Co 4.15). Et un père se doit d’être exemplaire. Comme il est à la fois apôtre et père spirituel, on peut dire que Paul est exemplaire de façon particulière, mais il n’est pas un témoin exceptionnel. D’une part, si on peut l’imiter, c’est qu’il n’est pas hors norme. Car, c’est important à souligner, d’autres que Paul sont aussi modèles avec lui : ses collaborateurs Silvain et Timothée (I Th 1.1-6) son collègue Apollos (l Co 4.6) et même toute une communauté (1 Th 1.7 ; 2 Co 3.18) et ses continuateurs sont ou seront eux aussi des modèles (1 Tm 4.12 ; Tt 2.7).
A la suite du Christ
Il faut surtout insister sur le fait que si Paul se présente comme modèle, c’est parce qu’il est témoin et même représentant du Seigneur, ou du Christ, qui est le modèle premier : Devenez mes imitateurs comme je le suis du Christ (l Co 11.1). Et en quoi Jésus est-il un modèle ? Par son amour et son pardon : Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même à Dieu pour nous (Ep 5.1) et Comme le Christ lui-même vous a pardonné, faites de même (Col 3.13). Mais aussi par son courage face à la souffrance : Vous nous avez imités, nous et le Seigneur, accueillant la Parole en pleine détresse (1 Th 1.6).
[…]
On peut aller jusqu’à dire que le fait que Paul se présente comme un modèle n’est pas un effet de sa forte personnalité et encore moins d’un ego surdimensionné, mais une conséquence de sa christologie. Il a été totalement transformé par sa rencontre bouleversante avec Jésus ressuscité. Il est marqué pour toujours par l’effet salutaire et de sa mort et de sa résurrection. Il ressent sa présence et son action dans le présent. Ne parlons pas de Paul comme modèle sans replacer ce qu’il dit de lui-même dans l’ensemble de sa théologie centrée sur la présence du Christ. J’ai été moi-même saisi par Jésus-Christ, dit-il (Ph 3.12), et Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi (Ga 2.20).
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