Papy, pourquoi t’es chrétien ?

Par

Lettre à mes petits-enfants

140 pages – 20 €

Ed. Karthala

Recension Gilles Castelnau

Paul Fleuret n’est pas un prêtre mais un croyant catholique épanoui et convaincu. Certes, il ne croit plus comme avant. Sa compréhension de Dieu et du Christ, de la vie spirituelle, de la pratique religieuse, de la réalité de l’institution ecclésiastique a considérablement évolué depuis son enfance traditionaliste dans un village de Bretagne et notamment au cours de sa longue pratique de visiteur et aumônier de prisons. Mais il a su trouver un nouvel équilibre en fréquentant les théologiens libéraux catholiques (et certains protestants) et en découvrant auprès des biblistes la réalité des récits, naguère qualifiés « d’histoire sainte » et que l’on ne peut plus lire, aujourd’hui, comme porteur d’une réalité historique.

Il explique patiemment tout cela à ses petits-enfants devenus parfaitement indifférents aux choses religieuses et dont il pense – à fort juste titre – que s’ils étaient au moins un peu au courant de la foi moderne des croyants d’aujourd’hui, leur intérêt s’éveillerait.

Il est clair qu’il s’adresse à des gens marqués par les vagues notions qui traînent dans les mentions courantes des dogmes désormais incompréhensibles et il complète sa « polémique » en traitant de son mieux la Trinité, la Vierge Marie, le Sacerdoce, l’Église et l’Eucharistie catholiques, le sens de la prière etc.

Le style des explications de Paul Fleuret est très clair, très pédagogique et transmet une ambiance ouverte, intelligente, et très intéressante.

En voici des passages :

Le dieu des Hébreux-Juifs

Mais qu’en est-il du dieu de ces Hébreux-Juifs ? Les deux « États », Israël et Juda, ont en commun le culte du dieu YHWH (=Yahvé) … et aussi d’autres dieux et déesses.

En fait, ils sont comme les peuples environnants : ils sont polythéistes, ils ont plusieurs dieux. Leurs noms ? El est le dieu suprême ; YHWH (Yahvé) et Ashéra son épouse, Baal, la déesse Astarté… Ce ou ces dieux se retrouvent dans l’assemblée des fils du Très-Haut. À Jérusalem et à Samarie et bien ailleurs : des temples, des lieux de prière et de sacrifices d’animaux offerts aux dieux pour obtenir leur protection et leur pardon. Dans celui de Jérusalem, construit – selon des récits largement légendaires plutôt qu’historiques – vers -960 par le roi Salomon, fils de David, il est fort probable que, contrairement à l’idée courante, YHWH y avait sa statue – peut-être même sous la forme d’un taureau – accompagnée de celle de son épouse Ashéra. 

Jésus a-t-il fait des miracles ?

Les récits de miracles de Jésus

La possibilité de miracles faisait partie de la culture antique, juive comme païenne. Au siècle de Jésus, on trouve des guérisseurs et des faiseurs de miracles chez les Juifs mais aussi chez les Romains, tel l’empereur Vespasien. Des guérisons miraculeuses attribuées aux dieux Asclépios et Sérapis étaient censées avoir lieu dans les temples grecs.

Que l’on ait rapporté que Jésus ait accompli des miracles n’est donc pas étonnant car, dans l’Antiquité, un personnage un tant soit peu charismatique passait quasi inévitablement pour un guérisseur. Ce qui ne signifie pas que ses miracles, comme ceux attribués aux autres faiseurs de miracles antiques, aient eu une réalité historique ou objective. Les récits de miracles des évangiles ne sont pas des rapports d’événements mais des textes exprimant, sous forme de récits, la foi, la confiance en Dieu et en Jésus de ses disciples. Il faut les lire avec sagesse et raison, en éliminant tout merveilleux.

Qu’est-ce que l’Évangile ?

Alors pour moi, quelle est cette Bonne Nouvelle ? qu’est-ce que l’Évangile ?

Pour moi, la Bonne Nouvelle découverte par Jésus et que je reçois de lui comme mienne est « la conviction que la vérité de l’existence humaine réside dans la confiance », comme dit François Vouga, un auteur que j’apprécie. Confiance en soi, confiance dans les autres, confiance en Jésus qui lui-même avait confiance en Dieu qu’il nommait Père. Cela n’empêche pas la dureté de la vie, les difficultés en tous genres, personnelles et collectives. Mais ce style de vie qui fut celui de Jésus donne du souffle à ma vie. Alors peuvent s’entendre ces béatitudes paradoxales : « Heureux vous les pauvres, qui avez faim, qui pleurez car le Royaume de Dieu est à vous ! ». Celui qui vit dans la confiance reçue découvre que sa propre vie a une valeur que rien ne saurait détruire. On peut être dans le bas de l’échelle sociale et vivre à plein son humanité.

[…]

« Ta foi t’a sauvé », dit Jésus à un aveugle guéri. Sauvé, salut : voilà des mots qui reviennent sans cesse dans le langage chrétien. Voilà des mots qui sont Évangile. « Salut ! » : voilà comment souvent l’aumônier que j’étais saluait un détenu que je visitais à la prison. Salut : tu es digne d’être salué, d’être reconnu comme un homme qui a sa valeur indépendamment de ses fautes voire de ses crimes (parfois horribles …). Salut, c’est-à-dire : tu as un avenir ouvert devant toi.

Petit kaléidoscope du salut

Le salut se vit dans la fraternité. Dans la simple présence, dans le coude à coude, main sur l’épaule, celle du frère, pour que celui qui souffre, qui est tout entier besoin, ne soit pas seul, livré à la destruction de sa vie. La fraternité délivre de la solitude absolue, vertige d’angoisse où se profilent abandon et indifférence. C’est la présence, la simple présence, la parole qui se dit d’humain à humain.

Le salut est acte de confiance. Saluer-sauver l’autre, est lui faire confiance dans la conviction qu’il peut ses problèmes et ses limitations et vivre malgré tout. Et c’est, réciproquement, accepter la salutation qui m’est donnée : faire confiance à celui qui donne son salut.

Pourquoi Jésus est-il mort ?
pour quoi ?

« Mort parce que… »

Que les choses soient claires : malgré ce que l’on entend dire sans cesse dans les Églises, Jésus n’est pas mort pour obtenir par ses souffrances le pardon de Dieu pour les humains pécheurs. Sa mort en croix n’est en rien un sacrifice comme dans les antiques religions mettant à mort une victime animale ou humaine pour apaiser la colère des dieux ou obtenir une faveur.

[…]

Le pardon des péchés fut peu à peu associé à la seule mort en croix de Jésus. Sa vie et son engagement concret pour les exclus furent mis en sourdine et voilà donc d’où vient la phrase écrite par Paul : « Christ est mort pour nos péchés ».

Jésus est « ressuscité »

Que veut dire pour moi « Jésus est ressuscité » ?

Le musicien Jean-Sébastien Bach du XVIIIe siècle est le musicien que je préfère et que j’écoute très souvent. Bach est-il mort ? Oui, bien sûr… mais sa musique… Sa musique me fait vivre, elle me fait vibrer, elle me donne du souffle, elle m’entraîne dans un ailleurs spirituel et quasi charnel même. J’ai l’intégral de ses cantates et de ses œuvres d’orgue. Je dirais volontiers que, pour Jésus, c’est la même chose : il me fait vivre, il me donne du souffle (son Souffle ?), il m’inspire, il me donne du sens pour ma vie et pour mes actions : voilà la résurrection.

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