
Manfred invoquant l’esprit des Alpes, 1826-1830
Charles Gleyre
1806-1874
Le romantique repenti
musée d’Orsay
jusqu’au 11 septembre 2016
Gilles Castelnau
13 mai 2016
Les commissaires Guy Cogeval, président des musées d'Orsay et de l'Orangerie, Côme Fabre, conservateur au musée du Louvre et Paul Perrin, conservateur au musée d'Orsay ont réussi une très belle exposition.
Charles Gleyre est un peintre suisse qui a vécu presque toute sa vie à Paris et y a réalisé une belle carrière artistique.
Il commence par voyager longuement dans les « pays exotiques » de l’Outre-Méditerranée.
Il s’installe à Paris et deviendra, en quelques années, à l’âge de 37 ans, professeur à l’École des beaux-arts. Il a, dit-on, formé plus de 500 peintres, dont Gérôme, Monet, Bazille, Renoir et les futurs impressionnistes que seront Renoir, Sisley et Bazille.
C’est un homme pleinement engagé dans le mouvement romantique de son temps. On y fait la découverte passionnée de l’expression libre de ses états d’âme. On est successivement et en même temps entousiaste et désolé, amoureux et déçu. On laisse libre cours à des rêves fantastiques, morbides ou magnifiques. On s’ouvre à des mondes surnaturels, à l'inspiration divine…
Manfred invoquant l’esprit des Alpes. Ce tableau mis ci-dessus en exergue, illustre le drame en vers de Lord Byron, qui enchantait alors tout le monde. Il se plaît à peindre son héros principal, tourmenté et passionné, campé sur un surplomb improbable au dessus des précipices vertigineux, sous un terrible ciel d’orage, « invoquant l’esprit des Alpes » magnifiant ainsi la grandeur de l’âme humaine qui s’élève dans l’infini de la pensée spirituelle.

Nubienne, 1838
Il est évident que durant son séjour de 3 ans en Sicile, en Grèce, en Égypte et au Proche-Orient, jamais Charles Gleyre n’a pu croiser le chemin de telles belles filles nues ! Mais l’imagination que l’on peut se faire des pays du soleil est plus forte que le monde réel. L’univers que les romantiques fantasment est plus enchanté, plus beau et plus souriant que celui que l’on voit dans la vie ordinaire.

Les brigands romains, 1831
« Les brigands romains » étaient, au Louvre, il y a quelques année le « tableau du mois » et Vincent Pomarède, le conservateur de l’époque, en avait raconté l’étrange histoire issue d’un rêve échevelé du jeune Charles Gleyre, qui lui apportait sans doute un peu d’apaisement dans son délire amoureux déçu :
Son auteur séjournant à Rome, fréquentait la Villa Médicis, son directeur Horace Vernet et... la fille de celui-ci, la charmante Louise dont il était amoureux. Mais le père était intransigeant et la fille peu compréhensive.
Il est vrai que si l’on regarde de près le visage du prisonnier on ne peut qu’être frappé de sa ressemblance avec l’autoportrait d’Horace Vernet.
Quant au brigand de gauche dont l’expression du visage et la force du geste manifestent une convoitise passionnée, il ressemble peut-être lui aussi à l’autoportrait du peintre que nous avons.
La belle Louise, sur le tableau, cache trop son visage pour être reconnue.

Les Illusions perdues ou le Soir, 1842
Ce tableau a obtenu un grand succès au Salon de 1842. Le poète, assis tristement à droite, a laissé tomber sa lyre à se pieds. Il n’a pas trouvé place dans la barque pleine de jolies femmes qui le narguent ou se détournent. L’amour qui tient le gouvernail assis sur le rebord tourne lui aussi la tête et jette des fleurs dans l’eau. On compatit à la grande désillusion du poète.
Charles Gleyre avait peint pour le duc de Luynes des fresques au château de Dampierre. Mais le duc avait ensuite engagé Ingres et celui-ci les avait fait effacer pour continuer le travail à sa manière. Cela s’était su et la réputation du jeune Gleyre en avait souffert, alors qu’il était en cruel beson d’argent.
Émile Zola rapporte les faits :
Au château de Dampierre, où les deux artistes avaient à peindre des fresques dans la même salle. M. Ingres, arrivant pour se mettre à l'œuvre, aurait exigé qu'on badigeonnât deux fresques que M. Gleyre avait déjà exécutées, déclarant qu'il ne pouvait travailler en un tel voisinage.

Le major Davel, 1848-1850
Charles Gleyre n’oublie pas qu’il est suisse et son pays pense à lui. Le canton de Vaud lui commande une toile commémorative de la mort d’un de ses héros de la liberté.
Le major Davel, officier dans l’armée suisse, avait cherché en 1723 à provoquer une révolte à Lausanne contre l’autorité centralisatrice de Berne. Il fut livré aux Bernois et décapité.
Cette peinture connaîtra à Lausanne un succès considérable.

La Danse des bacchantes, 1849
La peinture de scènes historiques, religieuses ou allégoriques représentaient ce qu’on appelait « le grand genre » et autorisait les belles nudités.

Le Déluge, 1856
Cette scène étrange qui ne correspond à aucun passage biblique, représente le moment où le Déluge ayant cessé, deux anges ont un vol de reconnaissance au-dessus de la terre et y découvrent une première pousse verte signifiant la vie qui commence à renaître. Dans le récit de la Genèse c'est une colombe, envoyée par Noé, qui lui rapporte dans son bec une feuille d'olivier.
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Gilles Castelnau, Jean-Léon Gérôme