Spiritualité
« Jésus pour le XXIe siècle »
"Jesus for the Non-Religious"
John
S. Spong
Recension Jim Burklo
6 janvier 2010
Avec un scalpel de théologien, John Spong fait l’autopsie du cadavre de la doctrine chrétienne. Il dissèque les récits de miracles et les élaborations mythologiques des évangiles afin de dégager la réalité du Jésus historique. Il révèle un Jésus qui franchit les frontières entre les gens du dedans et les gens du dehors, entre juifs et païens, hommes et femmes, purs et impurs ; entre le sacré et le profane.
Il nous fait quitter tout chauvinisme. Jésus nous révèle, par ses actes et son exemple, comment discerner la divinité dans l’humanité.
Jésus était si présent, si impliqué, si libre, si plein de justice et de compassion, qu’il emplissait ses disciples d’espoir et de courage, même après qu’il ait été crucifié par les Romains. Ce Jésus l’inspire si profondément, que John Spong conserve toute son espérance pour un christianisme débarrassé de ses croyances les plus chères.
« Je suis convaincu qu’un Dieu récusé par l’intelligence ne pourra jamais être un Dieu adoré par le cœur ».
Spong déconstruit systématiquement le Jésus du christianisme traditionnel, en comparant les récits des évangiles entre eux et en montrant leurs sources. Il analyse ainsi les récits de la naissance, les miracles, les passages traditionnellement utilisés pour justifier le dogme du sacrifice substitutif de la croix et les textes de la Résurrection. Il montre notamment que ces récits sont insérés dans la chronologie du calendrier liturgique juif et sont marqués par un désir d’interprétation théologique plutôt que par une exigence proprement historique.
Spong reprend dans ce livre les thèmes de ses livres précédents. Il n’y ajoute rien de vraiment nouveau, mais applique de manière fraiche et agréable à lire le travail théologique qu’il accomplit depuis des années sur le Jésus historique. Les nombreux livres à succès de l’ancien évêque de Newark (New Jersey, États-Unis) sont comme une lampe rouge clignotante qui met dans un état de rage furieuse les chrétiens évangéliques et fondamentalistes qui ne supportent pas que l’on mette en cause la rigidité de leurs interprétations de la Bible.
Spong est pour un christianisme non théiste débarrassé du surnaturel, du chauvinisme et des affirmations incroyables. Il se focalise sur ce que le christianisme offre réellement, c’est-à-dire ce que Jésus disait lui-même :
« Je suis venu afin que les brebis aient la vie, et qu'elles l’aient en abondance. » (Jean 10.10).
Quelques questions se posent néanmoins à la lecture de ce livre et demeurent sans réponse :
- Par exemple Spong règle le problème des récits de miracles en faisant appel à la fois à des raisons de sens commun et à des raisons de critique textuelle. C’est ainsi qu’il dit d’une part qu’à l’époque du Nouveau Testament on vivait dans un monde non scientifique qui admettait sans difficulté les miracles et que ceux-ci se rencontraient couramment dans les milieux juifs et païens et d’autre part que les auteurs des évangiles ne croyaient pas eux-mêmes à l’historicité de leurs récits. La question demeure donc de savoir si pour Spong, les auteurs bibliques croyaient ou ne croyaient pas à la réalité factuelle de leurs récits ?
- Malgré l’optimisme de Spong je me demande si le Jésus historique suffit à lui seul à faire vivre le christianisme. Le Jesus Seminar dont Spong est membre, conclut de ses travaux que seul un très petit nombre des paroles attribuées à Jésus mérite la marque rouge [rouge pour une grande certitude d'authenticité]. Spong milite pour un nouveau christianisme fondé sur l’inspiration que donne le Jésus historique. Mais le titre même du livre « Jésus pour les non religieux » ne suggère-t-il pas que ce Jésus aura plus d’écho en dehors de l’Église que parmi les fidèles ?
Ces deux questions montrent la différence qui existe entre deux projets très différents : démythologiser l’histoire biblique ou remythologiser la religion chrétienne. Spong a rendu service à tout le monde en montrant la différence entre le fait que l’histoire biblique avait été rédigée en une période où le surnaturel était courant et d’autre part que des mythes et de doctrines plus élaborées avaient été introduites dans la rédaction même des textes. Mais les auteurs bibliques agissaient ainsi en partie pour des raisons spirituelles.
Il est vrai que certains mythes et certaines métaphores, comme celles du salut par le sang de la croix, ne devraient plus être utilisées par l’Église. Mais bien d’autres images mythiques et poétiques doivent être conservées et réinterprétées car elles nous parlent encore. Il est tout à fait vrai que le sens commun comme la critique textuelle nous évitent de croire en l’historicité des récits de miracles. Mais de nombreux récits évangéliques, qui n’ont évidemment pas de réalité historique, demeurent néanmoins frappants et valables si, du moins, on les lit dans un esprit créatif, spirituellement ouvert et non matérialiste. Un événement qui ne s’est jamais réellement produit peut être cependant « vrai ».
La mythologie que Spong dénonce est aussi une partie de ce qui rend le Jésus historique digne d’être compris. Les gens « religieux », comme les « non religieux » sont aussi fascinés par la puissance expressive des mythes qu’ils le sont par l’inspiration provoquée par le Jésus historique. Dire que Jésus n’a pas réellement marché sur l’eau n’est pas un « bonne nouvelle ». Mais c’est une « bonne nouvelle » d’expliquer qu’il s’agit d‘une expression poétique qui dit qu’on peut garder courage à travers les tempêtes de la vie.
On n’a pas besoin d’en prouver la vérité historique pour que ce récit ait une influence positive sur notre spiritualité. Spong dit dans la préface qu’il écrit pour ce livre, qu’il a encore une tâche devant lui : écrire un livre sur la mort sans retomber dans un théisme surnaturel. Ce nouveau livre résumera toute sa carrière théologique : parler aussi de la mort de cette Église qu’il a si bien connue, aimée et servie si longtemps. Ce sera la tâche de ceux qui viendront après John Spong de poursuivre une réflexion qui dépassera le Jésus historique qu’il aime tant et qui atteindra également le Jésus du mythe et de la poésie
Traduction Gilles
Castelnau
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