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La Résurrection

Mythe ou réalité ?

 

John Shelby Spong

 

Ed. Karthala

322 pages - 19,90 €

 

Gilles Castelnau

 

 

7 mars 2016

Les éditions Karthala publient la collection « Le christianisme dans la modernité ». Celle-ci a pour objectif de « faire connaître et de soutenir les recherches actuelles pour un christianisme crédible dans la modernité dans le respect des exigences de tout travail intellectuel, sans a priori ni tabou.
« En toute liberté de conscience. Elle accueille des textes relatifs à la nécessaire mutation du christianisme.
« D'abord par une relecture des textes de la Bible à la lumière des acquis de l'exégèse.
Ensuite par une quête des expressions de la foi qui prenne en compte les attentes de la culture moderne, celles des femmes et des hommes du XXIe siècle. »

Après  Jésus pour le XXIe siècle les éditions Karthala ont ainsi fait traduire en français et publié Né d'une femme, ouvrage dans lequel l’évêque-théologien étudie les textes des évangiles relatifs à la Nativité de Jésus, les situe dans le contexte de leur époque et dans la pensée juive.

Dans La Résurrection, Mythe ou réalité ? il se livre au même travail érudit et méticuleux. Il analyse notamment les textes de Paul, ceux des quatre évangiles et de l’Épître aux Hébreux.

Il explique dans son avant-propos que son rôle d’évêque est justement de faire partager à ses paroissiens la connaissance de la Bible acquise par les travaux des théologiens récents. Il nous entraîne a:insi dans l’enthousiasme contagieux d’une foi vivante et vibrante tout en nous mettant en garde contre la tentation d’une lecture fondamentaliste des textes, qui ne peut que les rendre non crédibles et nous détourner de la foi dynamique de leurs auteurs.

En voici quelques passages.

 

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Avant-propos

page 11

Je ne puis échapper a la tension intérieure que crée ma double orientation. par vocation, je suis évêque ; et mon violon d’Ingres est la recherche scientifique et l'écriture. la combinaison des deux a fait naitre en moi les possibilités les plus riches et les plus passionnantes qu'on puisse imaginer. Des scientifiques ont dit depuis des lustres dans des ouvrages savants la plupart des choses sur lesquelles j'ai écrit. Mais leurs découvertes n'ont jamais franchi les limites des cercles académiques. un évêque, du fait qu'il/elle appartient au peuple, est un personnage public, un symbole de la vie de l'Église, de son ordre et de son unité. En tant qu'évêque qui met à la disposition du public les découvertes des savants, qui rend accessibles au débat public les diverses hypothèses, qui explore hardiment le domaine de la morale, et qui invite à la fois l'Église et le monde à un dialogue qui recherche et peut-être même qui exige un nouveau consensus théologique ou dogmatique, ma mission s'est avérée être à la fois redoutée et bienvenue auprès de mon public.

Ceux dont la première réaction est la peur ont tendance a utiliser les symboles de leur conviction religieuse comme un système de sécurité ou ils peuvent s'abriter des turbulences du monde moderne. quand ce système est déstabilisé et que les certitudes, qu'ils estiment être d'une vérité évidente, sont mises en question, voire relativisées, ils expriment de l'anxiété et une hostilité manifeste. Les convictions religieuses littéralistes, recouvrant des angoisses et des questions sans réponse, et dans certains cas des questions non formulées, sont enfermées dans leurs propres réduits intérieurs. Pour beaucoup de gens, l'Église est devenue un port d'escale que l'on ne quitte pas à moins d'être pris dans les tourbillons tempétueux de la vie. Certains de ces pusillanimes sont des ecclésiastiques qui tentent inconsciemment de construire dans leurs juridictions des havres sûrs pour ceux qui ont peur et qui sont inquiets, personnes dont ils sont surpris de découvrir qu'eux-mêmes font partie. Les pusillanimes se comptent aussi parmi ces ecclésiastiques professionnels qui mesurent le succès uniquement à l'aune de l'unité de l‘institution. Ceux-là semblent croire que certaines questions, bien que légitimes, ne devraient jamais être posées parce qu'elles pourraient troubler la paix intérieure de beaucoup de leurs fidèles. Pour eux, la recherche de la vérité divine est devenue un objectif secondaire et ils ne savent pas qu'ainsi ils ignorent à la fois la recherche scientifique et l‘honnêteté intellectuelle.

De l'autre côté, ceux qui accueillent ce que j'écris et mes théories théologiques et morales, se trouvent majoritairement dans les rangs de ceux qui se sentent éloignés des formes institutionnelles de religion, mais qui sont encore profondément attachés à la vérité vers laquelle la religion elle-même semble tendre. Comme membre de l'Église, et encore plus comme évêque, je proclame qu'il devrait encore y avoir une place pour eux dans les structures des institutions chrétiennes. Ils sont mis a l'écart par des personnes qui leur imposent des conditions, des tactiques de contrôle, des assertions dogmatiques et se permettent de fixer des limites au-delà desquelles, semblent-ils penser, l'amour de Dieu ne saurait aller. Les personnes victimes de ce genre de mise à l'écart sont peu susceptibles de lire les ouvrages des scientifiques, mais elles sont fascinées par les idées d'un évêque, pour autant que cet évêque soit leur. Si un évêque peut penser de telles choses et les énoncer ou les écrire publiquement, il est donc possible qu'elles reçoivent un accueil favorable plus large. peut-être même que les portes de l'Église doivent être entrebâillées pour faire signe à des gens comme eux d'écouter de nouveau cette très très vieille histoire. Peut- être que l'on peut encore y adhérer honnêtement et passionnément même si l'on s'est cru définitivement hors de l'Église.

 

 

page 66

L’examen des textes de la Bible

Le témoignage de Paul

Le passage du tombeau à la droite de Dieu

Nos yeux ont été tellement influencés pas les évangiles que, même lorsque nous lisons les paroles de Paul, les concepts évangéliques déforment considérablement notre compréhension de ce qu'il a vraiment écrit. Paul ne laisse nulle part entendre qu'il y aurait eu une résurrection physique de Jésus qui l'aurait ramené à la vie de ce monde. Pour cet apôtre, Dieu n'a pas relevé Jésus du tombeau pour le ramener à la vie terrestre. Mais plutôt, pour Paul, Dieu a relevé Jésus de la mort pour le faire entrer dans la présence divine, le faisant passer du tombeau à sa droite. Le Christ, pour Paul, était les prémices de la résurrection finale, qui devrait arriver à la fin des temps. Ce n'était pas un corps « de chair et de sang » apte à vivre sur cette terre. C'était plutôt un « corps spirituel » fait pour vivre dans le royaume de Dieu. Cela fait une énorme différence. « La chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu, ni la corruption hériter de l'incorruptibilité » affirme Paul (1 Cor 15.50). Je ne vois pas comment Paul aurait pu être plus précis.

Paul ne décrivait pas la réanimation d'un défunt qui devrait passer quelque part par quelque processus, pour être de nouveau enlevé de cette terre. « Car en mourant, c'est au péché qu'il est mort une fois pour toutes ; vivant, c'est pour Dieu qu'il vit » (Rm 6.10). Jésus vit en Dieu ! Jésus a été ressuscité du tombeau pour le ciel, de la mort à la vie éternelle de Dieu. Il faut entendre les paroles de Paul indépendamment des déformations des évangiles, qui sont plus tardifs. Paul marqua d'un point d'exclamation sa compréhension du moment pascal quand il écrivit : « ressuscité des morts, Christ ne meurt plus ; la mort sur lui n'a plus d'empire » (Rm 6.9). Paul exhortait ses lecteurs qui étaient « ressuscités avec le Christ » à « recherche[r] ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu » (Col 3.1).

 

page 74

Marc : le kérygme est relié au tombeau

Les matériaux bruts

Les détails historiques sur lesquels les évangélistes devaient se baser étaient maigres, à tout le moins. Des esquisses minimales de la vie de Jésus, c'est à peu près tout ce dont ils disposaient. Les témoins principaux n'étaient plus de ce monde. La communauté chrétienne savait que Jésus était originaire de Galilée. On savait qu'il avait un lien avec le mouvement inauguré par Jean le Baptiste. On savait qu'il s'était rendu de Galilée à Jérusalem à la fin de sa vie. On savait qu'à Jérusalem il avait été crucifié, probablement pendant la célébration de la Pâque juive. Pour finir, on savait que ses disciples avaient eu une puissante expérience qui les avait poussés à proclamer que Dieu l'avait ressuscité des morts. Il y avait encore le souvenir évanescent d'un maître qui avait fait usage de paraboles mémorables, et dont la réinterprétation de la Torah l'avait mis en sérieux conflit avec l'establishment religieux juif.

Là où il y avait des lacunes dans les détails biographiques, ses disciples, dont la plupart à l'époque étaient juifs, ont fouillé l'Ancien Testament pour y trouver des éléments à rattacher à la vie de Jésus, qui indiqueraient qu'en fait il avait été confirmé, déclaré et inséré dans la saga des relations que Dieu entretenait avec le peuple élu. Cela veut dire que le premier évangile, l'évangile de Marc, est du grand midrash chrétien, et que cet évangile a donné le ton aux autres. Détails après détails, les anciens récits des Hébreux ont été simplement repris, en dépeignant désormais Jésus en nouvel Abraham, en nouvel Isaac, en nouveau Moïse, en nouveau Josué, en nouveau Samuel, en nouveau David, en nouveau Salomon, en nouvel Élie, en nouvel Élisée, en nouvel Ésaïe, en nouveau Daniel, etc., au fur et à mesure que la tradition midrashique se déployait. Il faut bien comprendre que, dans le cadre de référence juif, on ne pouvait rendre meilleur hommage à Jésus qu'en l'insérant dans cette tradition.

 

 

page 143

Des images pour interpréter

 

Le sacrifice expiatoire : l’image de l’Épître aux Hébreux

Le sens de Jésus pour l’auteur des Hébreux

Nous avons donc ici un auteur chrétien ancien qui ne connaissait pas le Jésus des évangiles, mais qui avait participé à une puissante expérience de Jésus dans une communauté de chrétiens juifs. Dans les limites de son cadre de référence, il a cherché à saisir la signification de cette expérience. Le Livre des Hébreux [ou Épître aux Hébreux] ne contient absolument aucune idée d'un Jésus ressuscité apparaissant à diverses personnes en tant que Seigneur ressuscité. Cette tradition ne se retrouve pas non plus chez Marc, ni chez Paul, comme nous l'avons noté précédemment. Elle a été développée par Matthieu, Luc et Jean dans les années 90 et 100 de l'ère chrétienne. Pourtant, le Livre des Hébreux communique puissamment le caractère unique et la bonté de la vie de Jésus, l'injustice de son exécution et l'affirmation que Dieu a inversé le verdict des hommes en l'exaltant à la droite du siège de grâce céleste.

Il y a dans ces paroles anciennes une extraordinaire intelligence du fait qu'en élevant Jésus dans la compréhension de Dieu, celui-ci avait fait entrer dans la vie divine quelqu'un qui connaissait l'humaine faiblesse, l'humaine fragilité et l'humaine tentation. On comprenait mieux que tous pouvaient désormais se présenter devant Dieu par l'intercession d'un grand prêtre éminent qui ne se contentait pas de s’identifier à eux par empathie, mais aussi qui les comprenait, du fait qu'il avait partagé notre humanité et qu'il avait été persécuté pour nos péchés.

 

 

page 249

Le reconstruction du moment pascal

 

Que s’est-il donc passé ? Une reconstruction hypothétique

Que s'est-il donc passé réellement ? Il ne suffit pas de dire ce qui ne s'est pas passé. Il est facile d'identifier les éléments légendaires des récits de la résurrection. Des anges qui descendent au cours de tremblements de terre, qui parlent, roulent des pierres ; des tombeaux qui sont vides ; des apparitions à éclipses ; des riches qui fournissent des tombeaux ; des voleurs qui font des commentaires du haut de leurs croix de douleur, tout cela ce sont des légendes. Des légendes saintes, devrais-je ajouter, mais des légendes quand même.

Le fait d'écarter ces détails bibliques familiers comme légendaires ne met pas fin à notre recherche de ce qui s'est vraiment passé, cela nous amène seulement à un autre niveau auquel nous posons une question différente. Quel événement a donné naissance à ces détails légendaires qui se sont agrégés autour du moment pascal ? Pourquoi s'y sont-ils agrégés ? Des centaines de millions de gens ont vécu et sont morts sur terre - certains sont des gens célèbres et puissants - sans que s'attache à eux aucune légende analogue. Pourquoi cet homme unique, à cette époque, à cet endroit ? Qui était et qui est Jésus de Nazareth ? Pourquoi les événements qui se sont produits après sa mort ont-ils un tel pouvoir ? Qu'est-ce qui pourrait expliquer des changements radicaux comme la transformation de vies, la libération du désespoir, un nouveau courage, la redéfinition de Dieu, de nouvelles liturgies ? Qu’est-ce qui a pu pousser des gens à dire à propos de Jésus de Nazareth avec une conviction impressionnante : « La mort ne peut le vaincre ! nous avons vu le Seigneur ! ».

[...] Pour moi, les traditions évangéliques sont des indices qui nous orientent vers la vérité. Elles ne sont pas la vérité.

 

 

page 308

La vie après la mort : ce que je crois

Transcendance et immanence fusionnent

Je me trouve ainsi devant ce portrait de Dieu qu'a peint Jésus de Nazareth et qu'interprète l'Église. Je reconnais les légendes, les ajouts, le contexte de cet ancien monde qui a eu la tâche de transformer en langage humain l’irruption de la résurrection. J'explore tous ces éléments jusqu'à ce que, au-delà d'eux, j'atteigne l'expérience qui les a produits. Ici, les mots me manquent. Le silence m'engloutit. Mon regard se porte au-delà des limites dans lesquelles je vis ma vie, et je prononce mon oui priant...

Oui à Jésus, ma principale ouverture à Dieu ;

Oui à la résurrection, qui affirme que l'essence de Jésus est celle d'un Dieu vivant ;

Oui à la vie après la mort, car celui qui est entré en relation avec Dieu est entré dans l'éternité de Dieu.

Ces trois oui fusionnent pour constituer l'expérience qui détermine ma vie. C'est grâce à ces trois oui que je vivrai, que j'aimerai, et que j'entrerai au plus profond de la vie. Que j'escaladerai les sommets de la vie et que j'en explorerai les abîmes. Que je chercherai la vérité sans crainte et que, lorsque je l'aurai trouvée, j'agirai en fonction d'elle, quoi qu'il m'en coûte. Je ne placerai jamais la paix avant la justice ou l'unité d'une institution avant sa probité. Ce ne seraient que d'autres façons d'être déloyal par rapport au premier oui déterminant qui est au centre de ma personne. Je ne chercherai plus jamais à spéculer sur la nature de la vie après la mort, sur la définition du ciel, ni sur les arguments pour ou contre. Ces livres sur la vie après la mort, que j'ai lus dans une période précédente de ma vie, demeureront rangés sur une étagère de ma bibliothèque. Je ne les ouvrirai plus. Je chérirai les personnes avec lesquelles ma vie est liée actuellement sur le plan affectif, et je profiterai des privilèges croissants que m'accorde leur amitié. Quand ils mourront, j'aurai de la peine à cause de la perte que ma vie subira. Je ne spéculerai pas sur la manière ou sur la forme sous laquelle je pourrai les revoir, ni même si je pourrai les revoir. Ce n'est pas mon affaire. Mon affaire, c'est de vivre maintenant, d'aimer maintenant, et d'être maintenant. Comme j'offre maintenant ma vie, mon amour et ma personne, j'espère que d'autres pourront être appelés à approfondir leur vie, à accroître leur amour, à être plus pleinement, et que, en nous développant mutuellement, nous entrerons dans l'infini que Paul Tillich a appelé « l'éternel maintenant ». Ma tâche et, je crois, la tâche du Christ en ce monde, par conséquent la tâche de ce groupe de personnes qui osent se dire le corps du Christ, est de le vivre, pas de l'expliquer.

Vivons donc, mes frères et sœurs. Mangeons même, buvons et soyons joyeux, non pas parce que demain nous mourrons, mais parce qu'aujourd'hui nous sommes vivants et que telle est notre vocation, d'être vivants pour Dieu, vivants les uns pour les autres, vivants pour nous-mêmes.

« Choisissez aujourd'hui qui vous voulez servir ! » Quant à moi et à ma maisonnée, nous servirons le crucifié/ressuscité qui a dit : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu'ils l'aient en abondance » et je vivrai dans l'attente pleine d'espoir que là où il se trouve je serai aussi un jour. Je me contenterai tout à fait de cela.

Shalom !

 

 


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