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Né d'une femme


Conception et naissance de Jésus
dans les évangiles

 

Born of a Woman

avant-propos à l'édition française par Jacques Musset

traduit de l’anglais par Abigaïl Bassac

 

John Shelby Spong

 

Ed. Karthala

264 pages - 16 €

 

Gilles Castelnau

 

Voir aussi
video de John Spong (sous-titrée)
recension Jacques Musset


 

4 juin 2015

Après le succès de « Jésus pour le XXIe siècle » (la 2e édition va sortir chez le même éditeur) ce livre est le second ouvrage traduit en français de l’évêque épiscopalien américain John Spong. Publié aux États-Unis en 1992, il jette les bases de toute sa pensée par une exégèse fouillée des récits de la naissance de Jésus.

Spong nous entraîne dans une lecture minutieuse des récits évangéliques. Il n’en propose pas une compréhension personnelle mais la vulgarisation claire immédiatement compréhensible des travaux des biblistes contemporains.

Engagé pleinement dans la recherche historique et critique, Spong s’inquiète de l’ignorance du peuple chrétien réduit à une lecture littéraliste de la Bible. Il déplore le silence des pasteurs et des prêtres dans leurs prédications, alors que c’est précisément cette fausse compréhension de la Bible qui éloigne les gens de la foi. « Je ne peux pas croire que l'ignorance biblique servira correctement sur le long terme la cause du Christ, et les affirmations selon lesquelles la Bible constitue telle quelle la Parole infaillible de Dieu n’est rien d'autre que de l’ignorance. »

Loin de rejeter les récits de la Nativité comme étant sans valeur, Spong en montre au contraire la profonde signification et le dynamisme de vie.

Les récits de la naissance miraculeuse de Jésus ressemblent-ils à ceux du Bouddha, d’Adonis, de Mitra ? Que penser des mages, de leur étoile (Matthieu pense-t-il au récit de Balaam de l’Ancien Testament ?), du Magnificat de Marie (est-ce un texte juif ? Dieu jette-t-il vraiment « les puissants à bas de leur trône ?) Esaïe a-t-il écrit que « la vierge serait enceinte » ?

Avec toute la force de conviction qu’il a acquise dans son ministère d’évêque, Song nous fait partager la piété et l’intelligence, qu’il aime à découvrir dans les récits évangéliques.

John Spong se consacre désormais à des tournées de conférences et milite inlassablement, au nom de la fraicheur qu’il a découverte dans la Bible, en faveur des minorités. Sa pensée suscite un intérêt considérable dans le monde anglophone et il est même le héro d’une pièce de théâtre sur sa vie et ses relations - positives ou conflictuelles – avec les autres théologiens (Colin Cox : A Pebble In My Shoe, The Life and Times of John Shelby Spong).
Un portrait de lui vient d’être accroché dans la ville d’Atlanta aux côtés de ceux de Martin Luther King, du Mahatma Gandhi, de Nelson Mandela, de Desmond Tutu et d’autres leaders des droits de l’homme.

Le dynamisme de sa vulgarisation attentive et sans concession des travaux des meilleurs spécialistes des textes évangéliques mérite d’être connu et il ne saurait manquer de participer au renouveau de la foi chrétienne

Voici des passages de ce livre :

 

.

 

Du scandale de la croix au scandale du berceau

page 65

[...] Pâques éclata, me semble-t-il, non pas tant avec un miracle externe surnaturel, mais avec l'aurore de la prise de conscience interne que cette vie de Jésus reflétait une nouvelle image de Dieu, une image qui défiait la sagesse conventionnelle et qui interrogeait le roi exalté qui jusque-là était l'image principale à travers laquelle Dieu pouvait être compris. Cette vie, gratuite, brisée, aimante, donnée, sans pouvoir, cette vie était la vie même de Dieu, proclama quelqu'un dans un instant d'extraordinaire révélation. À cette vie pouvaient accéder tous ceux qui étaient en peine et portaient un lourd fardeau. Ici, on pouvait trouver le repos et la paix, et c'était ce qui était signifié par Dieu. C'était une idée surprenante. Un homme mort était devenu le moyen à travers lequel le Dieu vivant était vu. Un homme faible, battu et brisé, devenait le symbole à travers lequel le Dieu triomphant était perçu. Un homme exécuté était devenu celui qui avait fait prendre conscience à ses disciples du sens d'une divinité à laquelle leurs yeux avaient été fermés.

Cette vie était la vie même de Dieu. Les premiers témoins de ce que nous nommons à présent Pâques ont été invités à en saisir le scandale, à transcender la folie, à ouvrir leurs yeux avec émerveillement. Dieu était présent dans cette vie, telle fut leur inévitable conclusion. Dieu était vu non pas comme un roi régnant sur la vie, mais comme une puissance au sein de la vie. Dieu ne devait pas être compris selon l'analogie avec une divinité distante, à la fois surhumaine et isolée, mais plutôt comme une essence divine ni séparée ni identique mais incarnée au sein de l'humanité, émergeant du cœur de la vie dans l'amour et l'être librement offert. Telle était la révélation qui se trouvait derrière les Alléluias de cette première Pâques. C'était le sens de Dieu dévoilé dans la personne de Jésus qui, d'une certaine façon, défiait les images majestueuses du passé. Par la suite cette essence dut être élevée théologiquement jusqu'à devenir l'essence et la définition de Dieu. L'expérience de ceux qui l'avaient compris le nécessitait.

Mais hélas, cette vision était trop époustouflante pour durer et lorsque la tentative d'élever l'essence de ce Jésus jusqu'au cœur de Dieu eut lieu, le contenu ancien du Messie victorieux des Juifs et le héros mythique des grecs capturèrent, domptèrent et transformèrent l'essence de Jésus. L'expérience de l'amour dévoué porté dans l'essence de Dieu fut donc interprétée dans les termes d'un roi mythique élevé sur un trône divin et d'un messie qui avait reçu la justification divine.

Il ne fallut pas longtemps au folklore des premiers chrétiens pour que l'exaltation de Jésus perde son sens originel. La signification de Jésus avait été élevée et placée au cœur de Dieu. Telle était l'expérience révélatrice. Mais les mots commencèrent à proclamer l'action de Dieu dans son exaltation à la droite du trône divin. Puis, ce ne fut même plus l'exaltation faite par Dieu qui demeura, mais plutôt le triomphe propre de Jésus sur la mort. Alors l'exaltation s'évanouit dans la résurrection et l'action de Dieu s'estompa jusqu'à devenir l'action de Jésus. Ainsi le rôle du héros mythique lui alla de mieux en mieux, puis la croix cessa peu à peu d'être un scandale grâce à une sélection imaginative et judicieuse de textes hébraïques anciens qui semblaient prouver que Dieu avait prévu cela depuis l'aube de la création. Jésus était le Fils de l'Homme, le serviteur souffrant et le sauveur vicaire.

Loin d'être le scandale qu'elle était, la croix devint le moyen par lequel l'exaltation devait avoir lieu dès l'origine. La croix fut transformée, même dans l'art chrétien, en un trône sur lequel n'était pas un Jésus souffrant, mais un Jésus majestueux régnant tel un Christus Rex. De serviteurs qu'ils étaient, les douze apôtres furent rapidement transformés en princes de l'Église , portant des couronnes appelées des mitres, prenant place dans des fauteuils appelés trônes, et recevant l'adoration de leur peuple serviteur à genoux. Le changement se faisait à 180 degrés. Derrière le mythe se trouvait une expérience, mais il ne fallut pas longtemps pour que le mythe capte, façonne, détermine et dénature l'expérience. Le résultat fut inévitable : l'humanité de Jésus commença à s'estomper.

Il était « né d'une femme ». C'était la ligne Maginot destinée à conserver au moins un vestige de son humanité. Mais le scandale de la croix éliminé, ce ne fut qu'une question de temps pour que le scandale de sa naissance devienne le centre de l'attention de la lutte aboutissant à voir Jésus comme un héros mythique, un sauveur divin. [...]

 

 

Le développement des récits de Noël

 

page 70

[...] Aucun exégète du Nouveau Testament reconnu, catholique ou protestant, ne défendrait sérieusement aujourd'hui l'historicité de ces récits. Cela ne veut pas dire que les récits de naissance ne sont pas aimés, estimés, ou même vus comme des proclamations valides de l'Évangile. Mais cela signifie qu'ils n'ont pas à être pris au sens littéral, qu'on ne peut pas les utiliser pour soutenir une doctrine aussi célèbre que la naissance virginale, un terme en réalité inapproprié puisqu'il serait plus juste de parler de la doctrine de la conception virginale.

En effet, le concept lui-même de naissance virginale, s’il est compris dans un sens biologique littéral, est aujourd'hui rapidement rejeté parmi les cercles érudits. Les catholiques romains lui font toujours formellement honneur, mais la meilleure plaidoirie qu'un exégète catholique romain comme Raymond Brown puisse faire est de suggérer que le Nouveau Testament n'écarte pas cette possibilité. C’est sans commune mesure avec les arguments retentissants d'hier. Cette compréhension n'est pas encore parvenue jusqu'au niveau du clergé local ou des personnes qui fréquentent les bancs de l'église, mais cela viendra. Avec le temps, le récit de la naissance virginale rejoindra l'histoire d'Adam et Eve et celle de l’Ascension cosmique aux rayons des éléments clairement reconnus comme des données mythologiques de notre foi, dont le but n'était pas de décrire un événement réel, mais de capter les dimensions transcendantes de Dieu sous des mots terrestres et des concepts d'êtres humains du Ier siècle.

Dire des récits de naissance qu'ils sont mythologiques n'est pas rejeter leur vérité. C'est plutôt nous forcer à voir leur vérité dans des dimensions plus vastes que celle de la vérité littérale, à comprendre comment le langage de la poésie et du mythe est devenu le langage utilisé par ceux qui cherchaient à décrire la rencontre divino-humaine qu'ils pensaient avoir vécue. [...]

 

 

Le récit de Matthieu

page 110

[...]  Je suggère l’idée que l'auteur de l'évangile de Matthieu était très profondément marqué par la tradition juive du midrash. Ceci requiert qu'il ait été également assez familier du corpus des Écritures juives. Il a écrit en tant que juif chrétien qui utilisa la tradition midrashique et interpréta Jésus en cherchant à redire des histoires issues de cette Écriture sacrée, pensant qu'elles annonçaient ou indiquaient ce Christ. Dans la mesure où Matthieu n'avait aucun vrai détail sur la naissance de Jésus pour travailler, il a créé cette tradition de naissance à partir de l'interaction entre son imagination et la Bible hébraïque. Pour que son récit soit compris, cela supposait que Matthieu fut, inconsciemment, dépendant du savoir et des souvenirs religieux de son public. Si les lecteurs de cet évangile devaient un jour cesser de faire partie de l'héritage religieux du peuple hébreu, ou si leurs souvenirs religieux devaient ne plus être façonnés par cette tradition historique, des mécompréhensions et des déformations deviendraient alors inévitables. Sans l'arrière-plan nécessaire à la compréhension de cette histoire, on lirait ces textes littéralement et en raison de son absurdité cela entraînerait le rejet de cette histoire.

Au début du IIe siècle de l'ère chrétienne, quand l’Église cessa d'être en majorité juive et entra dans un processus qui la fit devenir d'abord majoritairement païenne, puis grecque et enfin occidentale, c'est exactement ce qui se produisit. Nous n'avons d'abord plus compris cette histoire, puis nous l'avons lue au sens littéral et enfin, dans ce monde moderne, nous l'avons rejetée. Ce n'est qu'au début du XIXe siècle, quand le monde de l'exégèse biblique commença à retrouver à la fois le contexte et le cadre de référence dans lesquels les évangélistes avaient écrit leur livre qu'apparut une nouvelle ouverture par laquelle le chrétien moderne pourrait entrer. Ces connaissances permettaient d'échapper d'un côté à l'impasse de la lecture littérale et de l'autre au rejet.

Le débat le plus grand dans les cercles de recherche sur le Nouveau Testament ne porte pas aujourd'hui sur le fait que les événements décrits par Matthieu soient le reflet de choses qui se sont effectivement produites dans l'histoire ou pas. Le débat porte plutôt sur quels étaient les textes hébreux formant en réalité les blocs de construction que Matthieu a utilisés pour construire son récit de naissance. Dans les chapitres d'ouverture de Matthieu, il y a manifestement à la fois des adaptations évidentes de l'Ancien Testament et des échos discrets de ce texte sacré. Identifier ces références, chercher leurs sens, comprendre pourquoi Matthieu les a utilisées sont des éléments du procédé interprétatif biblique moderne.

Matthieu n'écrivait pas un livre d'histoire. Ces récits ne sont pas des épisodes biographiques documentés. Son récit entier était un midrash chrétien, écrit pour interpréter la vie adulte de Jésus de Nazareth avec les mots d'un riche héritage religieux. Cet héritage a nourri la conviction des chrétiens du Ier siècle que Jésus était le Messie qui accomplissait les attentes juives séculaires. Tant que notre génération continuera de poser à l'Écriture des questions d'une humanité occidentale postmoderne, la puissance de la Bible en général et des récits de naissance en particulier sera hors de notre portée. [...]

 

 

L'histoire de Luc

page 165

[...]  Il y a un débat immense sur la façon et la raison pour laquelle Matthieu et Luc ont composé leur histoire de la conception virginale. Reflétait-elle l’influence de la mythologie grecque ? Ces textes étaient-ils simplement une tentative pour reprendre le texte d'Esaïe sur la « vierge » ? Etaient-ils des apologies faites pour contrer l'affirmation juive que Jésus était illégitime ? Etait-ce une combinaison de ces éléments associés à d'autres, trop compliqués pour être mentionnés dans l'espace disponible de ce volume ?

Voilà les sujets qui sont en débat parmi les exégètes. Mais je ne connais personne dans ces cercles exégétiques qui voudrait défendre l'historicité ou la vérité littérale des récits de naissance. Persister à croire en une naissance virginale littérale, biologique, pour Jésus de Nazareth repose uniquement sur une foi ou un engagement doctrinal. Cela ne peut pas reposer sur des preuves. Une telle croyance n’est plus défendue sur la base de l'Écriture, pas même par les exégètes catholiques romains, qui ont bien plus investi théologiquement dans cette possibilité que ne l'ont fait les chrétiens protestants. [...]

 

 

Faire face aux implications de l'Écriture

page 202

[...] Il y a quelques années, je me suis lancé dans un débat autour d'un café avec un prêtre et journaliste religieux américain, Caroll E. Simcox. Plus tard, le Dr. Simcox allait quitter l'Église épiscopalienne pour un groupe dissident conservateur, affirmant que c'était l'Église qui l'avait quitté et non l’inverse. Mais à cette époque, au début des années 1970, ses positions ne semblaient pas l'empêcher, ni à ses yeux ni aux yeux de beaucoup d'autres, de demeurer au sein du vaste foyer de la foi anglicane. En ce jour mémorable, Il défendit l’idée que chaque expression dans les credo historiques de l'Église devait être prise comme de l'Histoire réelle, factuelle, sans quoi l'on n’avait pas le droit de se revendiquer chrétien.

Au début, je pensais qu'il plaisantait, tellement cette conclusion était étrangère à une vision du monde digne du XXsiècle. Mais j'ai découvert, au fur et à mesure que la conversation se poursuivait qu’il était tout à fait sérieux. Je lui ai dit pour le taquiner : « Voyons Carroll, et la phrase "‘il est assis à la droite de Dieu", c’est factuel ça ? »   [...]

 

Ma réponse fut qu'il n'y a qu'un seul fait littéral réel dans les credo historiques de l'Église, et il se trouve dans l'expression: « il a souffert sous Ponce Pilate, il a été crucifié, il est mort et il a été enseveli ». Cette phrase est celle qui lie le christianisme à l'Histoire. Tout le reste dans les credo constitue une tentative pour mettre en mots une expérience de Dieu qui est au-delà de l'Histoire et pour expliquer qui était celui qui avait souffert et était mort, pourquoi il était important et pourquoi sa vie avait du sens bien au-delà de ses limites historiques. Les credo sont aussi une confession de foi élaborée dans une vision du monde pré-moderne, celle d'un univers à trois étages, qui ne fait pas sens pour les générations de la conquête spatiale. Ce credo a tellement de mouvements (montée, descente, résurrection, ascension) que l'on peut imaginer un escalator gigantesque reliant les trois étages de l'univers. Les mots du credo n'expriment pas une vérité réelle !

 

 


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