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L'aventure humaine du christianisme


des origines à la maturité

Robert Giraud

 

Édition L'Harmattan

126 pages -  14 €

 

Recension Gilles Castelnau


15 juillet 2013

Robert Giraud est traducteur-interprète, il a écrit des contes pour enfants et plusieurs livres de vulgarisation pour grands adolescents, dont un sur « les Religions en France ». Il traduit actuellement une série de romans policiers russes.

Il est clair que pour écrire un livre d’excellente vulgarisation comme celui-ci, il doit aussi être pourvu d’un remarquable esprit de curiosité et d’intérêt pour la Bible. Il a évidemment lu, assimilé et compris l’intérêt des récentes découvertes historiques et archéologiques qui ont révolutionné notre approche des récits bibliques. Il a su les résumer et les présenter de manière parfaitement justes et claires pour un public non averti.
Il a lu notamment pour sa présentation de l’Ancien Testament les travaux fondamentaux d’Israël Finkelstein, le célèbre archéologue et historien israélien (présenté sur ce site), de Thomas Römer (Sur ce site) et peut-être suivi ses cours au Collège de France).
Il est entré dans leur méthode qui consiste non plus à justifier à partir des découvertes archéologiques la vérité historique des récits biblique mais au contraire à évaluer pourquoi, à quelle époque et dans quelles circonstances ces récits ont été élaborés.
La Bible en prend un éclairage nouveau et saisissant.

A propos du Nouveau Testament, il a aussi lu, entre autres, les récents ouvrages du professeur suisse Daniel Marguerat (sur ce site).

Son livre s’intéresse encore, un peu brièvement peut-être - mais nos contemporains n’en demandent sans doute pas davantage – à l’évolution du dogme chrétien dans les premiers siècles de l’Église.

Tous les lecteurs de la Bible peu au courant de l’intelligence qu’apporte sa lecture historique et critique et ignorant notamment la nouvelle lecture de l’Ancien Testament seront reconnaissants à Robert Giraud pour l’énorme travail qu’il a accompli et... été capable de résumer en 126 pages !

 

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page 9

Une nouvelle ethnie et son dieu

L'entrée dans l'Histoire

En l'an 853 avant notre ère, à Qarqar, dans le nord de la Syrie, l'armée du puissant empire d'Assyrie livre bataille à une coalition de souverains locaux. Parmi eux, les documents assyriens nomment Achab, roi d'Israël. C'est la première mention d'un personnage biblique dans une inscription d'époque. Le roi Achab régnait sur la partie nord des collines centrales de la région appelée traditionnellement Palestine, très approximativement entre les villes actuelles de Nazareth et de Ramallah.                    

Une vingtaine d'années plus tard une stèle retrouvée à Tel Dan commémorait la victoire d'un monarque araméen sur un roi d'Israël, nommant aussi parmi les vaincus un « roi de la maison de David », autrement dit de Juda, une tribu israélite implantée au sud du royaume d'Israël mais non intégrée à celui-ci. Cette fois, c'est l'une des plus grandes figures bibliques qui est attestée dans une source aussi ancienne. D'après le Premier livre de Samuel, David était un hardi et rusé chef de bande, qui, rassemblant autour de lui « les gens en détresse, ceux qui avaient des créanciers, tous les mécontents », combattit courageusement les Philistins et autres adversaires et rivaux, Israélites ou non ; il s'empara de la vieille cité cananéenne de Jérusalem, dont il fit sa capitale.     

Après de timides apparitions, au Xe siècle, de signes ou mots épars sur des fragments de poteries, l'écriture se répandit peu à peu dans le royaume d'Israël, puis dans celui de Juda, nous fournissant des sources autochtones pour l'étude de l'histoire d'Israël. Mais que savons-nous sur ce qui a précédé ? D'où provenait le peuple d'Israël ?     

 

Le terreau cananéen     

Les sources manquent totalement sur la situation de la Palestine (appelée alors Canaan) durant les cinq siècles suivant les lettres d'El Amarna, écrites au XIIe siècle AEC (avant l'ère commune, ou avant l'ère chrétienne, comme on préfère) par des roitelets cananéens au pharaon leur suzerain et qui reflètent assez bien la situation du pays. Les textes bibliques traitant des origines d'Israël ont été rédigés pour l'essentiel aux VIe et Ve siècles AEC, à partir de traditions transmises surtout oralement, puis compilées et fortement remaniées par les scribes juifs. Heureusement, les recherches archéologiques systématiques conduites ces dernières décennies dans l'État d'Israël et les territoires palestiniens occupés nous ont fourni une riche moisson de renseignements sur les mouvements de population, l'habitat, les activités civiles et militaires, le mode de vie des ancêtres des Juifs.     

Les archéologues ont pu ainsi constater l'apparition, aux XIIe et XIe siècles, de nombreux villages dans les hautes terres du pays, précédemment dépeuplées. Cet essor démographique peut s'expliquer par un double phénomène de migration de Cananéens de la côte vers l'intérieur et de sédentarisation de populations nomades. Par contre on n'a pas retrouvé de traces d'invasion ou de conquête militaire.

    


page 23    

L’arbre foisonnant du judaïsme

 

Deux petits royaumes dans la tourmente

Les prophètes avaient inlassablement prévenu les Israélites qu'ils paieraient cher leurs manquements à l'alliance de Yahvé. Les données de la géopolitique allaient leur donner raison. Les deux royaumes hébreux, en effet, étaient coincés entre de puissants empires auxquels ils n'étaient pas de taille à tenir tête : au sud-ouest l'Égypte, et à l'est, tantôt l'Assyrie, tantôt la Babylonie. Le royaume d'Israël, le premier, fut détruit par les Assyriens en 722 et ses habitants dispersés. Nombre d'entre eux, fuyant l'invasion, vinrent grossir la population du royaume du Sud, dont l'économie et la culture bénéficièrent de cet apport. Par ailleurs, les Judéens pieux, attribuant le désastre du Nord au syncrétisme religieux, profitèrent de l'occasion pour souligner l'importance de la fidélité à Yahvé. Après une ébauche de réforme religieuse sous Ézéchias (716-687), le roi Josias (640-609) s'efforça d'extirper le polythéisme et de concentrer le culte de Yahvé dans le seul Temple de Jérusalem. Josias, pensant avoir ainsi mérité le soutien de Yahvé et constatant l'affaiblissement rapide de la puissance assyrienne, envisagea de s'annexer le territoire de l'ancien royaume du Nord, restaurant ainsi le sans doute mythique royaume unifié de David et Salomon.     

Les réalités ne tardèrent pas à dissiper les rêves. Babylone, qui avait pris le relais de l'Assyrie, s'empara de Jérusalem en 598, procéda à une première déportation de notables vers la Mésopotamie et imposa sa tutelle au roi de Juda. Celui-ci ayant cherché à s'y soustraire, le roi de Babylone mit fin en 587 au royaume du Sud, dévastant sa capitale, détruisant son Temple et déportant le reste de ses élites.



page 25

Identité et sainteté

Privés de l'indépendance et des attributs de la souveraineté, placés après le retour d'exil sous l'autorité d'un gouverneur nommé par le roi de Perse, les Judéens maintinrent leur identité grâce à leur religion. Les lettrés recueillirent pieusement les traditions orales et les textes écrits préexistants, les réinterprétèrent et les complétèrent de façon à présenter aux Judéens une image exaltante de leur passé, autour des figures légendaires ou fortement enjolivées de Moïse et Josué, Abraham, Isaac et Jacob, David et Salomon. Ce travail de rédaction s'acheva pour l'essentiel au IVe siècle, mais la Bible continua à s'enrichir de nouveaux textes jusqu'à l'approche de notre ère.     

 

page 40    

L’événement Jésus

L’héritage des premiers maîtres

Toute une partie de l'enseignement du Nazaréen était d'inspiration pharisienne, tels le souci des pauvres et des humbles, la foi en la résurrection des morts, la critique des sacrifices d'animaux (les évangiles n'indiquent jamais qu'il ait assisté à des sacrifices lors de ses visites au Temple). Il était particulièrement proche du courant pharisien le plus ouvert (le plus libéral, nous dirions aujourd'hui), celui d'Hillel l'Ancien et de son petit-fils Gamaliel (mort autour de 50), ou plus tard d'Aqiba. En accord avec eux il réaffirma vigoureusement la primauté du grand commandement de l'amour énoncé dans l'Ancien Testament, et qu'il mit lui-même largement en pratique. Cela l'amènera à reprendre la formulation classique de la règle d'or, commune à pratiquement toutes les religions et sagesses : « Tout ce que vous désirez que les autres fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes. » Donnant libre cours à son goût du paradoxe, il ira jusqu'à lancer : « Aimez vos ennemis », « quelqu'un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l'autre ».
    
Concernant l'application des autres commandements, Jésus et Hillel faisaient preuve d'une semblable largeur de vues. L'un comme l'autre admettaient que l'on peut enfreindre la Loi quand la vie ou le bien du prochain sont en jeu. L'un comme l'autre étaient opposés à une condamnation mécanique des transgressions, car Dieu seul, selon eux, pouvait apprécier les intentions des hommes. La maxime de Jésus « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés », si bien illustrée par l'épisode de la femme adultère, dont nous reparlerons plus loin, fait écho à la sentence d'Hillel « Ne juge pas ton ami avant que tu te sois trouvé dans la même situation que lui ».    

 

 

page 45

Jésus, homme de cœur

Et pourtant Jésus, malgré la conception intransigeante qu'il se faisait de sa mission, n'avait rien d'un fanatique muré dans ses certitudes. De nombreux passages évangéliques nous le montrent à l'écoute des autres, attentif à leur situation et à leurs besoins. Il jouissait sûrement de certains dons de guérisseur, d'où les nombreux miracles que lui attribuent les évangiles. Il exerçait ces dons pour soulager les détresses, souvent sans aucune publicité, alors que les prodiges que seront censés avoir accomplis ses adeptes viseront surtout à confirmer devant témoins l'origine divine de leur mission ; ce que les biblistes appellent des miracles d'habilitation.

 

 

page 52


La foi au crucifié

Une mort intolérable

Jésus a été condamné à mourir sur la croix par les Romains, chez qui ce supplice était courant, alors qu'il était exceptionnel chez les Juifs. Mais les évangélistes, soucieux de ne pas s'attirer l'hostilité du pouvoir impérial, firent tout pour dédouaner le procurateur Ponce Pilate, que pourtant les sources juives et romaines sont unanimes à présenter comme un homme cruel, vénal, buté, de surcroît mauvais gouverneur et mauvais politique.

Le principal chef d’accusation auquel pouvait être sensible l’autorité romaine était la prédication du Royaume qui pouvait faire ombrage à l’autorité suprême de l’empereur. De fait, l'inscription clouée sur la croix porte « Roi des Juifs ». On pouvait faire aussi grief à Jésus d'avoir expulsé des marchands du Temple. Étant donné que cette scène est rapportée dans deux passages évangéliques de traditions différentes, il y a des chances qu'elle ait effectivement eu lieu. Or elle était de nature à troubler l'ordre public et pouvait servir de prétexte à l'arrestation du Nazaréen. À l'époque, il en fallait bien peu pour justifier une mise à mort. Il suffit de voir sous quels prétextes et avec quelle hâte ont été exécutés le diacre Étienne et Jacques frère de Jésus.

 

page 55

Vers la déification du Messie

Par sa mission et sa résurrection le Nazaréen s'est placé loin au-dessus des plus grands personnages de l'histoire juive. Persuadés d'une intime proximité entre Jésus et Dieu son père, les textes du Nouveau Testament vont peu à peu multiplier les traits merveilleux dans la biographie de leur inspirateur.

 

page 59

Chrétiens ou judéo-chrétiens ?

Les partisans de la fidélité au judaïsme, groupés autour de Jacques, considéraient que la foi au Christ n'abrogeait pas les prescriptions de la Loi judaïque, Jésus lui-même ayant dit : « Je ne suis pas venu abolir la Loi, mais l'accomplir ». Paul, lui, prit parti dans le débat avec toute sa fougue, décidé à libérer les fidèles du Christ du joug de la Loi. Il définira clairement l'enjeu du débat : « l'homme est justifié par la foi sans la pratique de la loi. Ou alors Dieu est-il le Dieu des Juifs seulement, et non point des païens ? Certes, également des païens ; puisqu'il n'y a qu'un seul Dieu. » Dans cette position transparaît nettement la vocation universaliste de la religion monothéiste. Les innombrables normes qui enserraient la vie des juifs visaient à affirmer l'identité propre de ceux-ci, à part de tous les autres peuples.

Les principaux responsables de ceux que l'on commençait à appeler « chrétiens » se réunirent alors à Jérusalem pour sauvegarder l'unité du mouvement, et ils s'entendirent sur une solution de compromis. Les convertis non juifs devraient seulement s'abstenir de la viande d'animaux immolés aux dieux païens, des chairs étouffées, du sang et de l'impudicité.

 

page 68

Face au monde romain

À la conquête de l'Empire

Au IIIe siècle la situation générale de l'Empire connut plusieurs crises qui l'amenèrent au bord de la dislocation. Beaucoup se sentirent alors attirés par le message de salut des chrétiens. Alors qu'aux deux premiers siècles ceux-ci ne représentaient qu'une secte peu nombreuse recrutant surtout parmi les humbles, ils finirent par approcher ou peut-être même dépasser cinq pour cent de la population totale de l'Empire. Le caractère de ce recrutement changea lui aussi, avec la multiplication des conversions de notables, à partir du milieu du IIIe siècle. Vers la fin de ce siècle, le christianisme avait des adeptes parmi les magistrats municipaux de plusieurs cités et même au sein de certaines familles sénatoriales, c'est-à-dire dans l'entourage immédiat du prince. Les chrétiens commencèrent à accepter, dans la culture antique, ce qui pouvait conforter la nouvelle religion. Le théologien Origène reconnaissait l'utilité de la géométrie, de la musique, de la rhétorique et de l'astronomie à condition qu'elles soient les auxiliaires de la philosophie et que cette dernière, à son tour, se mette au service de la doctrine chrétienne.

 

 

page 80

Le triomphe de l’homme-Dieu

L’identité de Jésus

Les chrétiens se trouvaient devant un véritable casse-tête. Proclamer Jésus l'égal de Dieu signifiait admettre l'existence de deux Dieux. Faire des deux une seule et même personne impliquait que le Dieu tout-puissant, créateur et maître de l'univers, avait été torturé et mis à mort par des humains, ce qui était proprement sacrilège. Toutes sortes de théories furent échafaudées pour surmonter la difficulté. Certains affirmaient que Jésus était une simple apparence humaine dont s'était affublé le Dieu unique, comme un comédien qui revêt son costume de scène avant de paraître devant le public. Pour d'autres, c'était un homme véritable, très proche de Dieu, mais néanmoins d'un rang inférieur à celui-ci. D'autres encore voyaient en lui un humain adopté par Dieu. Les opinions en concurrence étaient très nombreuses, se distinguant les unes des autres par des nuances souvent à peine perceptibles.

 

 

page 82

La solution trinitaire

Théodose réunit en 381 un nouveau concile à Constantinople. Celui-ci, pour mettre un terme aux querelles christologiques, posa la dernière pierre de la doctrine de la Trinité en affirmant l'égalité de nature entre le Saint-Esprit et les deux autres personnes divines.

Cette doctrine s'appuyait sur des textes bibliques faisant mention d'un « esprit de Dieu », ou « esprit saint », comme expression, ou vecteur, de la force agissante de Dieu. Tandis que les écrits chrétiens antérieurs au IIIe siècle ne le mettaient que rarement sur le même plan que Dieu et Jésus-Christ, et qu'il n'était pas l'objet d'un culte vraiment distinct, la doctrine de la Trinité posa que, s'il n'y a qu'un seul Dieu, une seule nature divine, celle-ci se réalise également dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit, le Père ayant cependant la primauté sur les deux autres personnes dans la mesure où elles émanent de lui. En définissant, avec la Trinité, trois formes différentes de présence de Dieu au monde - par la création de l'univers, par l'incarnation en un homme et par une force spirituelle agissante -, l'Église conciliait ses deux dogmes fondamentaux, celui de la double nature de l'homme-Dieu Jésus, cœur du christianisme, et celui de l'unicité de Dieu, sans laquelle il n'est pas de monothéisme.

 

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