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Parler du Christ

 

André Gounelle

Ancien doyen de la Faculté de théologie protestante de Montpellier

 

 

édition van Dieren. 150 pages. 20 €


recension Gilles Castelnau

 

Avec sa clarté et sa précision habituelle, le professeur André Gounelle parle du Christ.
Les extraits de son livre que voici donneront peut-être à bien des internautes l'idée de l'acheter et de le lire entièrement.

 

.

 

page 9

INTERROGATIONS ET ORIENTATIONS

 

Le monopole du Christ

La première question vient d'un malaise que j'ai ressenti dès mon enfance. J'ai toujours été gêné et embarrassé par l'exclusivisme que les chrétiens revendiquent pour le Christ et qu'ils opposent aux autres religions. J'ai vécu en Afrique du Nord de l'âge de trois ans jusqu'à celui de vingt ans, et j'y suis ensuite retourné à plusieurs reprises.

[...]

Nous connaissions mal l'islam, mais nous le côtoyions tous les jours, et il nous inspirait du respect. Dans le milieu où je vivais, on éprouvait parfois de la peur, mais rarement du mépris à son égard. Nous avions conscience de nous trouver devant une spiritualité exigeante et rayonnante qui imprégnait profondément toute une population. À côté de l'islam, il y avait un judaïsme important, lui aussi très vivant. Je me souviens de la petite ville de Mazagan, qu’on appelle aujourd'hui El Jadida, où dans les années 1940-1960 sur une même place se trouvaient la mosquée, la synagogue, l'église catholique et un minuscule temple protestant.

Dans cette situation, on ne pouvait pas proclamer tranquillement la supériorité ou l'exclusivité du christianisme.

 

 

 

page 40

LE CHRIST

 

Le sens du mot « christ »

L'acte de Dieu
Par « christ », je pense qu'il faut d'abord entendre un acte de Dieu, un événement par lequel il entre en relation avec les êtres humains et fait surgir du nouveau en eux et dans leur existence.

Ainsi, dans le premier Testament, Moïse est un personnage christique parce qu'à travers lui, Dieu transforme la condition d'Israël et établit avec ce peuple une relation nouvelle définie par la loi. David, les grands prophètes et même le Perse Cyrus, quand il fait revenir en Palestine les juifs exilés à Babylone, introduisent également des changements dans la vie du peuple et dans son lien avec Dieu.

En ce qui concerne l'histoire du christianisme, pour ma part, je qualifie volontiers la Réforme d'événement christique, car, par elle, Dieu nous - ce « nous » désigne les catholiques tout autant que les protestants - a amenés à comprendre et à vivre l'évangile autrement. Peut-être pourrait-on attribuer le même qualificatif à un François d'Assise, à un Schleiermacher, à un Albert Schweitzer ou à Martin Luther King, et également à l'abolition de l'esclavage et au développement de l'action humanitaire.

Enfin, je discerne dans les diverses religions et spiritualités de l'humanité des moments qui me paraissent avoir une valeur christique. Par exemple, quand Gautama Bouddha se met à prêcher la tolérance et la compassion dans une société d'une impitoyable dureté, il apporte une transformation positive des sentiments et des attitudes éthico-religieuses qui la caractérisaient.

J'admets qu'il existe du christique en dehors de Jésus, même si je crois profondément que Jésus est par excellence le christ, c'est-à-dire si je vois en lui l'événement le plus décisif, l'acte le plus important, l’intervention la plus marquante de Dieu dans l'histoire humaine. Selon la thèse réformée de l'extra calvinisticum - que je rejoins - si le Fils de Dieu se manifeste de manière indépassable en Jésus, il le fait également ailleurs.

Une intervention christique a pour caractéristique essentielle de faire toujours surgir du nouveau et d'ouvrir un avenir. Elle apparaît comme un acte créateur.

[...] quand Dieu intervient, il ne restaure pas, il invente. On appelle « christ » cette puissance de transformation créatrice, ce dynamisme de Dieu agissant dans le monde et dans chacun de nous, cet acte par lequel il fait surgir du nouveau.

 

L'être nouveau
Les interventions de Dieu ou événements christiques ont pour but de susciter une nouvelle humanité, c'est-à-dire de faire de nous des êtres réellement et pleinement humains. Ils veulent nous arracher à la sauvagerie et à la bestialité qui nous caractérisent trop souvent. Ils tendent à nous purifier de ce qui nous empêche de vivre et de nous conduire comme des enfants de Dieu. Autrement dit, le mot christ désigne à la fois un acte de Dieu et le résultat visé par cet acte, à savoir un être humain digne de ce nom qui soit à l'image et à la ressemblance de Dieu, qui vive en fonction de lui, qui se préoccupe d'abord du Royaume et de sa justice, qui recherche l'harmonie avec ses semblables et avec l'ensemble de la création, qui connaisse une authenticité intérieure et ne soit plus déchiré, abîmé, perverti par les contradictions de l'existence et par son propre péché. Les événements christiques conduisent à la naissance et aboutissent au développement du christ, autrement dit, de l'être humain conforme à sa vérité, en communion avec son Créateur.

 

 

 

page 56

LA CROIX

Le salut malgré la croix

Le dessein de Dieu
À mon sens, Dieu n'a pas voulu ni même prévu la mort de Jésus. Elle n'entrait nullement dans ses desseins, ses projets et ses calculs. Elle ne solde pas une dette, n'assouvit pas un besoin métaphysique ni ne répond à une nécessité théologique. quand il pardonne et sauve, Dieu le fait gratuitement. Il ne pose aucune condition. Il n'exige rien, ni rançon, ni réparation, ni sacrifice expiatoire, ni offrande propitiatoire, ni punition substitutive. Tout cela ne l'intéresse pas. Il demande seulement qu'on l'écoute, qu'on s'ouvre à sa parole, qu'on se laisse convertir, transformer, entraîner par elle. Il cherche à gagner les cœurs, les esprits, les volontés.

Dans ce but, il suscite des témoins, des prophètes, des sages qui parlent en son nom et de sa part. Lentement, patiemment, Dieu agit dans l'humanité pour qu'elle avance, se rapproche de lui et afin que le monde devienne meilleur. Le salut se produit quand, en nous et autour de nous, l'emportent la vérité, la justice, la paix et l'amour. Il ne consiste pas en une procédure juridique qui aboutirait à un acquittement devant un tribunal, mais en une transformation du monde et de l'être humain.

[…]

La croix, échec de Dieu
[…]
Bien sûr, Dieu espérait que Jésus serait écouté et suivi, qu'à sa voix les humains se convertiraient, changeraient de vie, et qu'avec lui le Royaume ferait son entrée et s'installerait dans notre monde. Cette attente a été déçue. Jésus s'est heurté à une vive hostilité. Les autorités politiques et religieuses, et aussi les gens du peuple, se sont dressés contre lui. Sa personne et son message ont été rejetés. Ses adversaires ont obtenu qu'il soit arrêté, condamné, exécuté. Loin de s'inscrire dans le plan de Dieu, la Croix signifie pour lui un terrible échec. Elle « est violence humaine, et non pas violence divine ». Elle constitue le refus le plus brutal qu'on pouvait lui opposer. Le soir du vendredi saint, Dieu est un vaincu, et non pas un souverain qui aurait obtenu les satisfactions qui lui étaient dues et les réparations qu'il demandait. Comme l'écrit Henri Bois, « le péché des hommes a fait échouer le plan de Dieu ».

La bonne nouvelle ou évangile qu'annonce le Nouveau Testament, c'est que Dieu n'accepte pas cette défaite. Il ne se résigne pas. Il ne baisse pas les bras, et ne renonce pas à ses projets et à son espérance pour nous. Il n'abandonne pas l'humanité à son sort. Il décide de continuer, alors que tout semble indiquer qu'il n'y a plus rien à faire et qu'il a définitivement perdu la partie. Il agit de manière inattendue, surprenante. Il retourne la situation, d'abord en ressuscitant Jésus pour que sa Parole reste vivante et agissante ; ensuite en suscitant des témoins de l'évangile afin que sans cesse les êtres humains soient appelés, invités, introduits à cette vie nouvelle que Dieu leur propose et qui est leur salut. Comme l’écrit D. Marguerat, « Pâques est la réponse de Dieu au crime de Golgotha. »

 

 

 

page 69

La RÉSURRECTION DU CHRIST

Une humanité nouvelle

La résurrection du Christ ne constitue pas seulement une guérison qui permet le retour à la vie physique habituelle. Elle ne se borne pas à un phénomène de cadaver revividus (cadavre revenu à la vie). Elle ne se contente pas de réparer un accident, d'annuler une anomalie, de rétablir l'ordre naturel des choses. Elle représente quelque chose de très différent : le surgissement dans notre monde d'une forme de vie nouvelle et originale qui vient de Dieu, et qui dépasse nos possibilités naturelles.

[...]
Cette vie ressuscitée est ouverte et offerte à ses disciples qui, dans la foi, commencent à y entrer ; elle fait d'eux des êtres nouveaux.

 

 

page 136

PAR JÉSUS SEUL

Le christ et Jésus

Jésus est bien totus Christus (totalement christ), mais pas totum Christi (la totalité du christ). Dieu ne se confine pas en un seul lieu, il se révèle et intervient en quantité d'endroits. Même si Jésus est le christ par excellence, il y a du « christique » en dehors de lui. On reconnaît, par conséquent, une indépendance limitée et une relative distinction entre le christ et Jésus. Le christ, le Logos ne s'enferme pas dans la personne humaine de Jésus de Nazareth. Il agit et se manifeste autre part, dans la nature, dans la raison, dans les autres religions dont Calvin pensait qu’elles ont des lueurs confuses de Dieu. Ces lueurs (plus généreusement on peut leur accorder de véritables lumières) viennent du christ mais pas de Jésus.

Quand Jésus le christ déclare : « Je suis le chemin, la vérité, la vie ; nul ne vient au Père que par moi », on peut estimer que le « je » dont il est ici question ne se rapporte pas à l'homme Jésus, mais au christ qui se trouve en Jésus et qui se manifeste aussi ailleurs. Ces paroles signifieraient alors que l'être humain ne rencontre Dieu que si Dieu vient à lui et lui parle. Il faut que Dieu prenne l'initiative, se révèle et agisse. Nous sommes incapables de le trouver et de l'atteindre par nos seuls moyens. Ainsi compris, ces textes perdent leur caractère exclusif. Ils proclament que là où il y a présence, action, manifestation de Dieu, n'importe où dans le monde, le christ est à l'œuvre, ce même christ qui se trouve en Jésus, mais qui ne s'identifie pas totalement avec l'homme de Nazareth. Ainsi, peut-on concilier l'irréductible pluralité des religions avec l'hypothèse d'une unité fondamentale. Elles trouveraient leur origine dans une intervention différente et une manifestation autre du Dieu (ou de l'ultime) qui se révèle aussi dans l'évangile en Jésus.

 

 

 

page 140

INVENTER LE CHRIST

Le christ inconnu

Des siècles de commentaires, de prédications et de catéchèses n'ont pas tout extrait des récits évangéliques qui parlent de son action et de sa personne. Ces textes continuent à nous étonner. Ils disent plus et autre chose que ce dont leurs rédacteurs avaient conscience. Ils génèrent des significations différentes de celles qu'on a perçues à l’origine et au cours des âges. Ils font jaillir de l'inouï dans notre écoute de leur message, et suscitent de l'inédit dans les prédications qui l'annoncent. Si à partir du Nouveau Testament nous nous construisons « notre Jésus » ou « notre christ », les évangiles viennent le déconstruire et nous conduisent à le reconstruire dans un processus sans fin. Il ne s'agit pas tant d'une progression (même si notre connaissance augmente et s'approfondit) que d'une incessante recomposition de notre perception de Jésus et de notre compréhension du christ.

 

 

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