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La religion crucifiée


Essai sur la mort de Jésus

 

 

François Vouga

professeur à la Faculté libre de théologie de Wuppertal-Bethel, Allemagne

 


Édition Labor et Fides

200 pages – 19 €

 

.

 

recension Gilles Castelnau

 

21 mars 2013

Le professeur Vouga étudie la signification de la mort de Jésus-Christ sur la croix et élimine l’hypothèse traditionnelle d’un sacrifice expiatoire destiné à apaiser la colère de Dieu contre les hommes pécheurs.

Dans une première partie il présente les interprétations d’Anselme de Cantorbéry, principal défenseur de la compréhension sacrificielle, de Martin Luther, de Jean Calvin et du musicien protestant contemporain Frank Martin.

Dans une seconde partie, il nous ouvre à une lecture extrêmement fouillée des textes du Nouveau Testament (les 4 évangiles, les épitres de Paul, l’Épitre aux Hébreux, la Première de Pierre et l’Apocalypse). En voici deux passages qui résument l’ensemble.

 

.

 

Jésus est mort pour nous libérer
de nous-mêmes et de la religion

[...]

page 21

Le propos de cet essai : exposer la pertinence libératrice de la Croix

« La perspective du royaume s'est élargie et modifiée, celle de son avènement définitif a reculé, mais le but de l'Evangile est resté le but de l'Eglise », écrivait Alfred Loisy. Aux continuités historiques se mêlent les discontinuités et les contradictions. A vrai dire, les rêveries religieuses d'Ignace d'Antioche resteraient d'un maigre intérêt si la lecture sacrificielle qu'il propose de la mort de Jésus et la double valorisation du sacrifice et de la souffrance qui en découle n'avaient pas meublé l'imaginaire et parasité la prédication et la réception de l'Evangile. Il reste le premier témoin de ce qui me paraît être une mécompréhension - faudrait-il écrire : une perversion ? - de la signification libératrice que l'événement de Vendredi-Saint et de Pâques avait prise pour les lettres de Paul ou pour les auteurs des quatre évangiles - et que les pères de la Révolution française semblent avoir retrouvée par la bande, avant et après beaucoup d'autres.

La thèse de ce manifeste peut donc se formuler de la manière suivante : l'interprétation sacrificielle et substitutive de la mort de Jésus, qui conserve une place centrale dans les liturgies et les catéchismes des Eglises, que certains considèrent comme la vérité, chrétienne, mais dont il semble bien difficile de rendre compte logiquement, résulte d'un malentendu. La gravité de celui-ci tient à la difficulté dans laquelle il place le christianisme d'expliquer simplement, clairement et distinctement le sens de l'événement qui le fonde, mais aussi et surtout au poids qu'il fait peser sur des femmes et sur des hommes auxquels l'Evangile devrait être annoncé comme une puissance émancipatrice et créatrice de bonheur et de liberté.

L'argumentation procède en deux temps.
Une première enquête, historique, s'efforcera de reconstruire le processus de pensée par lequel la lecture sacrificielle s'est installée, malgré Paul et les évangiles, dans l'histoire de la théologie occidentale. Elle se devra d'interroger d'abord Anselme de Cantorbéry, qui lui a donné, à la fin du XIIe siècle, sa forme la plus élaborée. Puis elle portera son attention sur la réception dont elle a fait l'objet de la part des deux grands théologiens de la Réforme, Luther et Calvin. Nous observerons comment Martin Luther l'a souvent reprise à son compte, alors même qu'elle repose sur un système d'échange qui contredit sa compréhension de la gratuité de l'Évangile et qu'elle ressortit clairement à ce qu'il appelle une « théologie de la gloire », et non à la « théologie de la croix » qu'il défend par ailleurs. Quant à Jean Calvin, soucieux de la fonder sur la parole de l'Écriture, il s'est trouvé obligé par l'épître aux Hébreux d'en renverser la perspective et à retrouver la signification libératrice de l'Évangile : dans son office sacerdotal, Jésus a donné sa vie pour faire de nous un peuple de prêtres. Enfin, une œuvre musicale, Golgotha (1945-1948) de Frank Martin, nous permettra de rendre compte d'une interprétation protestante, laïque et moderne, basée sur les évangiles et des textes attribués à saint Augustin, qui sort la Passion de l'Église pour présenter, par conviction, la signification existentielle de la mort de Jésus et sa pertinence universelle.

La seconde partie proposera une excursion à travers les différents modèles que le Nouveau Testament présente pour comprendre la mort de Jésus. Une table d'orientation nous permettra d'abord d'identifier ces différents modèles, puis de choisir quatre stations nécessitant une analyse plus approfondie.
Nous nous arrêterons d'abord à la compréhension de la révélation de la Croix que la révélation pascale a imposée à l'apôtre Paul, puis à la lecture qu'en font les évangiles de Matthieu et de Jean comme manifestation de l'altérité absolue de la transcendance. La troisième étape nous conduira à la signification de la symbolique du sang comme image de la mort de Jésus que l'on rencontre dans l'épître aux Hébreux, dans la première épître de Pierre et dans l'Apocalypse. Pour clore le parcours, nous essayerons enfin de saisir le sens de l'affirmation de l'évangile de Marc selon laquelle Jésus est venu pour « donner son âme en rançon pour beaucoup » (Mc 10,45). Tous ces textes ont fait l'objet, dans l'histoire de l'Église, de lectures sacrificielles. Nous montrerons qu'il s'agit d'un malentendu, mais aussi en quoi peut consister, pour les lectrices et les lecteurs d'aujourd'hui, leur puissance créatrice d'identité, de sens et de liberté.

 

 

 

Signification et interprétations
de la mort de Jésus dans le Nouveau Testament
- un bouquet

 

Petit panorama des lectures de la mort de Jésus dans le Nouveau Testament

page 90

1. La mort de Jésus, manifestation de l'incrédulité humaine
La lecture la plus triviale traverse le troisième évangile et les Actes des apôtres. Selon un schéma que prépare son récit de la Passion et qui se répète dans les discours qu'il place dans la bouche des apôtres, Luc présente la mise à mort de Jésus et la crucifixion comme la manifestation extrême de l'incrédulité de l'humanité. L'assassinat du Juste de Dieu (Lc23,47 ; Ac7,52) par ceux qui refusèrent de croire à sa parole, malgré les œuvres merveilleuses que la puissance de Dieu lui permettait d'accomplir, ne comporte aucune dimension salutaire. Au contraire : Luc construit une claire opposition entre l'endurcissement des hommes, dont Vendredi-Saint est l'œuvre, et l'acte sauveur de Dieu qui l'avait envoyé à Noël et qui l'a ressuscité d'entre les morts :

- les hommes, incrédules, ont livré Jésus, l'ont mis à mort et crucifié,
- lui que Dieu a ressuscité d'entre les morts (Ac2,23-24 ; 3,15 ; 4,10; 5,30 ; 13,27-31).

Reste que l'attitude que Jésus adopte devant la mort prend pour Luc la signification positive d'un martyr exemplaire : victime de l'injustice, il intercède pour ceux qui le mettent à mort, ne sachant ce qu'ils font (Lc 23,34), et il meurt dans la pleine confiance en son Père, dans les mains duquel il remet paisiblement son esprit (Lc 23,46). La même ligne d'interprétation se retrouve dans la première épître de Pierre, qui rappelle les souffrances de Jésus comme celles d'un modèle de la dissidence non violente (1 P 1,17-21 ; 2,2I-25 ; 3,18-22).

On remarque toutefois que ce n'est pas la condamnation et la crucifixion que Luc et Pierre reconnaissent comme événement salutaire, mais la Résurrection par laquelle Dieu se manifeste face à l'ignorance des hommes et à leur désespoir, et que tous deux portent bien plutôt leur regard sur l'attitude édifiante adoptée par Jésus face à la mort.

2. La mort de Jésus, attestation de la vérité de sa parole
Matthieu construit son évangile comme le drame d'une controverse, entre justice et hypocrisie, sur le sens de la volonté de Dieu. L’enjeu du conflit des interprétations se trouve dans la compréhension du Père céleste et, corrélativement, puisque la connaissance de Dieu et celle de nous-mêmes sont choses conjointes, du sens de l'existence humaine. Jésus et les pharisiens sont liés par leur solidarité dans la quête de justice, mais se séparent, selon le récit évangélique, sur la définition qu'ils en donnent. Le concept d'hypocrisie, qui joue un rôle clef dans son analyse, loin de dénoncer une volonté de tromperie, démasque bien plutôt une situation d'illusion objective : convaincus d'accomplir la justice de Dieu, qui vit de reconnaissance et, dans le secret, de gratuité, ils ont fermé le ciel et sont tombés dans un système d'échange religieux devant les hommes et dans la violence qu'elle génère. Certains d'assurer la continuité avec les prophètes de l'Ancien Testament, ils s'apprêtent à mettre à mort Jésus, révélant leur méprise dans leur dénégation :

(29) Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites,
      parce que vous bâtissez les sépulcres des justes
           et décorez les tombeaux des prophètes
      (30) et vous dites :
           « Si nous avions été là aux jours de nos pères,
           nous n'aurions pas été leurs complices
                pour verser le sang des prophètes. »
      (31) De sorte que vous attestez
           que vous êtes fils de ceux qui ont tué les prophètes.
      (32) Et vous, vous comblez la mesure de vos pères ! (Mt 23,29-32)

En donnant sa vie en silence sur la croix, celui que les moqueries confessent comme le Fils de Dieu fait la preuve de la vérité de sa parole, que cautionne son Père céleste par les signes apocalyptiques qui suivent sa mort (Mt 27,51-53) et par la grande théophanie du matin de Pâques (Mt 28,1-8)
[…]

 


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