Années
80-100
L'évangile
selon Luc
19 août 2012
Qui était
Luc ?
On pense généralement que
Luc était un gréco-romain cultivé,
d’origine païenne, demeurant en Grèce ou dans
l’actuelle Turquie. Il a dû être proche du
judaïsme, « craignant Dieu » ou
peut-être même « prosélyte », avant sa
conversion au christianisme, car il montre une
bonne connaissance du monde juif et de l’Ancien
Testament.
On
a dit que, comme Matthieu, il a
connu et remanié Marc qui
date de l’an 70. Marc a
écrit avant la prise et la destruction de
Jérusalem qui eut lieu cette année-là car il l’a
sans doute prévue mais ne l’a pas connue : il
écrit sans précision :
Lorsque vous verrez
l'abomination de la désolation établie là où
elle ne doit pas être, que celui qui lit
fasse attention, alors, que ceux qui seront
en Judée fuient dans les montagnes. Mc
13.14
Luc, par contre écrit après 70 :
Lorsque vous verrez Jérusalem
investie par des armées, sachez alors que sa
désolation est proche. Alors, que ceux qui
seront en Judée fuient dans les montagnes, Luc
21.20-21
On date généralement Luc des années 80-85 dans
le monde hellénistique, en Grèce, dans
l'actuelle Turquie, peut-être même à Rome.
La
théorie des deux sources
Luc, comme Matthieu, dépend
de deux sources.
Il répète d’une part les récits de l’Évangile
de Marc. Celui-ci montre comment la puissance et
l’autorité du Dieu de la Résurrection s’incarne
dans le ministère de Jésus.
Il y ajoute les souvenirs de la prédication de
Jésus en Galilée rapportés par la Source Q.
Contrairement à Matthieu qui les organise en
cinq discours qu’il insère dans le déroulement
des récits de Marc, Luc les place à deux
endroits du récit de Marc, en Luc 6.20 à 8.3 et
en Luc 9.51 à 18.14.
Source propre à Luc
Comme aussi Matthieu, Luc a une source très
abondante (environs 45 % du texte total)
qui lui est propre avec notamment les récits de
la nativité (incompatibles avec ceux de
Matthieu : les bergers, Jérusalem avec
Siméon et Anne)
Luc disciple de
Paul ?
Une tradition l’a dit. Elle est
difficilement justifiable. En tous cas
l’importance que Paul attache au dynamisme
créateur de l’Esprit de résurrection se retrouve
parfaitement dans la spiritualité de Luc.
Luc écrit dans le
monde hellénistique, en Grèce ou
dans l’actuelle Turquie et ne connaît
pas la Palestine
Pour aller de Galilée à Jérusalem on ne passe
pas entre la Samarie et la Galilée mais on
traverse la Samarie. Or Luc écrit :
Jésus, se rendant à
Jérusalem, passait entre la Samarie et la
Galilée. 17.11
La ville de Nazareth n’est pas construite sur
une montagne d’où l’on puisse précipiter les
gens. Or Luc écrit :
S'étant levés, ils le
chassèrent de la ville, et le menèrent
jusqu'au sommet de la montagne sur laquelle
leur ville était bâtie, afin de le précipiter
en bas. 4.29
Le dynamisme
créateur de l’Évangile de Luc
Luc définit ainsi le
programme du ministère de Jésus :
Jésus, revêtu de la puissance de
l'Esprit, retourna en Galilée, et sa
renommée se répandit dans tout le pays
d'alentour.
Il enseignait dans les synagogues, et il
était glorifié par tous.
Il se rendit à Nazareth où il avait été
élevé, et selon sa coutume, il entra dans la
synagogue le jour du sabbat. Il se leva pour
faire la lecture et on lui remit le livre du
prophète Esaïe. L'ayant déroulé, il trouva
l'endroit où il était écrit :
L'Esprit du Seigneur est sur moi,
Parce qu'il m'a oint pour annoncer une bonne
nouvelle aux pauvres ;
Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le
cœur brisé,
Pour proclamer aux captifs la délivrance,
Et aux aveugles le recouvrement de la vue,
Pour renvoyer libres les opprimés,
Pour publier une année de grâce du Seigneur.
Ensuite, il roula le livre, le remit au
serviteur, et s'assit. Tous ceux qui se
trouvaient dans la synagogue avaient les
regards fixés sur lui.
Alors il commença à leur dire :
Aujourd'hui cette parole de l'Écriture, que
vous venez d'entendre, est accomplie.
Et tous lui rendaient témoignage ; ils
étaient étonnés des paroles de
grâce qui sortaient de sa bouche,
et ils disaient : N'est-ce pas le fils
de Joseph ? 4.14-22
Cette présence dynamique de Dieu, du saint
Esprit, sera également vécue par les
12 apôtres puis pareillement par les
70 disciples :
Les soixante-dix revinrent
avec joie, disant : Seigneur, les démons
mêmes nous sont soumis en ton nom.
Jésus leur dit : Je voyais Satan tomber
du ciel comme un éclair.
Voici, je vous ai donné le pouvoir de marcher
sur les serpents et les scorpions, et sur
toute la puissance de l'ennemi et rien ne
pourra vous nuire.
Cependant, ne vous réjouissez pas de ce que
les esprits vous sont soumis, mais
réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits
dans les cieux.
En ce moment même, Jésus tressaillit de joie
par le Saint-Esprit, et il dit : Je te
loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre,
de ce que tu as caché ces choses aux sages et
aux intelligents, et de ce que tu les as
révélées aux enfants. Oui, Père, je te loue de
ce que tu l'as voulu ainsi. 10.17-21
L’Évangile de la grâce
Tout au long de son
évangile, Luc montre la tendresse de
Jésus envers tous les hommes, quelle que soit
leur religion, leur foi ou leur non foi, leur
valeur morale ou non.
Il m'a envoyé pour guérir
ceux qui ont le cœur brisé,
Pour proclamer aux captifs la délivrance,
Et aux aveugles le recouvrement de la vue,
Pour renvoyer libres les opprimés.
[...]
Ils étaient étonnés des paroles de
grâce qui sortaient de sa bouche 4.14-22
(La grâce est ici l’attitude de bienveillance
systématique et sans condition de Dieu - et
naturellement de Jésus)
Luc, à plusieurs reprises,
met en parallèle une personne croyante,
fidèle et une autre qui ne l’est pas, pour
montrer que Dieu traite tout le monde avec la
même bienveillance (attitude de grâce).
1er
exemple : l’annonciation à Zacharie et
Marie. (Luc 1)
Le dialogue de l’ange avec Zacharie et avec
Marie se déroule de manière strictement
parallèle. Zacharie bénéficie d’une présentation
exemplaire alors que Marie n’est qualifiée que
de « jeune fille » sans qu’aucune
qualité particulière lui soit attribuée. Leur
doute à l’égard de la possibilité de la promesse
est identique mais l’ange manifeste une grande
sévérité envers l’excellent Zacharie et une
indulgence absolue envers la jeune Marie.
Néanmoins tous deux, prêtre honorable et
considéré ou jeune fille dont on ne dit rien de
spécial, sont l’objet d’une même promesse.
• Zacharie
Du temps d'Hérode, roi de Judée, il y avait un
sacrificateur, nommé Zacharie, de la classe
d'Abia ; sa femme était d'entre les
filles d'Aaron, et s'appelait Elisabeth. Tous
deux étaient justes devant Dieu, observant
d'une manière irréprochable tous les
commandements et toutes les ordonnances du
Seigneur.
Ils n'avaient point d'enfants, parce
qu'Elisabeth était stérile et ils étaient l'un
et l'autre avancés en âge.
Or, pendant qu'il s'acquittait de ses
fonctions devant Dieu, selon le tour de sa
classe, il fut appelé par le sort,
d'après la règle du sacerdoce, à entrer dans
le temple du Seigneur pour offrir le parfum.
Toute la multitude du peuple était dehors en
prière, à l'heure du parfum.
Alors un ange du Seigneur apparut à Zacharie,
et se tint debout à droite de l'autel des
parfums.
•• Marie
Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé
par Dieu dans une ville de Galilée, appelée
Nazareth, auprès d'une jeune fille fiancée à
un homme de la maison de David, nommé
Joseph. Le nom de la jeune fille était
Marie.
L'ange entra chez elle, et dit : Je te
salue, toi à qui une grâce a été faite, le
Seigneur est avec toi.
• Zacharie fut troublé en le
voyant, et la frayeur s'empara de lui.
•• Troublée par cette
parole, Marie se demandait ce que pouvait
signifier une telle salutation.
• Mais l'ange lui dit :
Ne crains point, Zacharie car ta prière a été
exaucée.
•• L'ange lui dit ; Ne
crains point, Marie ; car tu as trouvé
grâce devant Dieu.
• Ta femme Elisabeth
t'enfantera un fils, et tu lui donneras le nom
de Jean. Il sera pour toi un sujet de
joie et d'allégresse, et beaucoup se
réjouiront de sa naissance.
•• Et voici, tu deviendras
enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu
lui donneras le nom de Jésus.
• Car il sera grand devant le
Seigneur. Il ne boira ni vin, ni liqueur
enivrante, et il sera rempli de l'Esprit-Saint
dès le sein de sa mère ; il ramènera
plusieurs des fils d'Israël au Seigneur, leur
Dieu ; il marchera devant Dieu avec
l'esprit et la puissance d'Élie, pour ramener
les cœurs des pères vers les enfants, et les
rebelles à la sagesse des justes, afin de
préparer au Seigneur un peuple bien disposé.
•• Il sera grand et sera
appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur
Dieu lui donnera le trône de David, son
père. Il règnera sur la maison de Jacob
éternellement, et son règne n'aura point de
fin.
• Zacharie dit à
l'ange : A quoi reconnaîtrai-je
cela ? Car je suis vieux, et ma femme est
avancée en âge.
•• Marie dit à
l'ange : Comment cela se fera-t-il,
puisque je ne connais point d'homme ?
• L'ange lui répondit:; Je
suis Gabriel, je me tiens devant Dieu ;
j'ai été envoyé pour te parler, et pour
t'annoncer cette bonne nouvelle. Et voici, tu
seras muet, et tu ne pourras parler jusqu'au
jour où ces choses arriveront, parce que tu
n'as pas cru à mes paroles, qui s'accompliront
en leur temps.
•• L'ange lui
répondit : Le Saint-Esprit viendra sur
toi, et la puissance du Très-Haut te
couvrira de son ombre. C'est pourquoi le
saint enfant qui naîtra de toi sera appelé
Fils de Dieu.
Voici, Elisabeth, ta parente, a conçu, elle
aussi, un fils en sa vieillesse, et celle
qui était appelée stérile est dans son
sixième mois. Car rien n'est impossible à
Dieu.
• Cependant, le peuple
attendait Zacharie, s'étonnant de ce qu'il
restait si longtemps dans le temple.
Quand il sortit, il ne put leur parler, et ils
comprirent qu'il avait eu une vision dans le
temple ; il leur faisait des signes, et
il resta muet.
•• Marie dit : Je suis
la servante du Seigneur, qu'il me soit fait
selon ta parole ! Et l'ange la quitta.
2e
exemple : Un mendiant et Zachée veulent
voir (Jésus)
18.35-19.10
Le mendiant désire voir. Il n’est pas
particulièrement pécheur. Il est un modèle de
foi. Il attribue à Jésus le titre de Fils de
David et demande pitié (kyrie eleison) à deux
reprises en criant plus fort. Jésus reconnaît sa
foi et lui rend la vue.
Le peuple loue Dieu. Ce récit est exemplaire.
Zachée aussi désire voir. il est
particulièrement pécheur : collecteur
d’impôts et étant devenu riche, il ne
manifeste aucune repentance et n’exprime aucune
foi particulière.
Jésus se fait particulièrement voir de lui
puisqu’il s’invite dans sa maison sans aucune
condition.
La foule murmure cela lui semble injuste. Ce
n’est qu’après que Zachée décide de rembourser
les biens mal acquis.
• Comme Jésus approchait
de Jéricho, un aveugle était assis au bord
du chemin, et mendiait.
Entendant la foule passer, il demanda ce que
c'était.
On lui dit : C'est Jésus de Nazareth
qui passe.
Et il cria : Jésus, Fils de David, aie
pitié de moi !
Ceux qui marchaient devant le reprenaient,
pour le faire taire, mais il criait beaucoup
plus fort :
Fils de David, aie pitié de moi !
Jésus, s'étant arrêté, ordonna qu'on le lui
amène et, quand il se fut approché, il lui
demanda : Que veux-tu que je te
fasse ? Il répondit : Seigneur,
que je recouvre la vue.
Et Jésus lui dit : Recouvre la vue, ta
foi t'a sauvé.
A l'instant il recouvra la vue, et suivit
Jésus, en glorifiant Dieu.
Tout le peuple, voyant cela, loua Dieu.
•• Jésus, étant entré dans
Jéricho, traversait la ville.
Et voici, un homme riche, appelé Zachée,
chef des publicains, cherchait à voir qui
était Jésus, mais il ne pouvait y parvenir,
à cause de la foule, car il était de petite
taille. Il courut en avant, et monta sur un
sycomore pour le voir, parce qu'il devait
passer par là.
Lorsque Jésus fut arrivé à cet endroit, il
leva les yeux et lui dit : Zachée,
hâte-toi de descendre car il faut que je
demeure aujourd'hui dans ta maison.
Zachée se hâta de descendre, et le reçut
avec joie.
Voyant cela, tous murmuraient, et
disaient : Il est allé loger chez un
homme pécheur.
Mais Zachée, se tenant devant le Seigneur,
lui dit : Voici, Seigneur, je donne aux
pauvres la moitié de mes biens, et, si j'ai
fait tort de quelque chose à quelqu'un, je
lui rends le quadruple.
Jésus lui dit : Le salut est entré
aujourd'hui dans cette maison, parce que
celui-ci est aussi un fils d'Abraham.
Car le Fils de l'homme est venu chercher et
sauver ce qui était perdu.
Une
passion violente pour le respect des pauvres
Luc éblouis par l’amour gratuit de Dieu (sa
« grâce ») est sévère pour ceux qui
s’opposent à ce dessein d’amour :
Le mauvais riche et
Lazare (16.19-31)
Il y avait un homme riche,
qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et
qui chaque jour menait joyeuse et brillante
vie.
Un pauvre, nommé Lazare, était couché à sa
porte, couvert d'ulcères, et désireux de se
rassasier des miettes qui tombaient de la
table du riche ; et même les chiens
venaient encore lécher ses ulcères.
Le pauvre mourut, et il fut porté par les
anges dans le sein d'Abraham. Le riche mourut
aussi, et il fut enseveli.
Dans le séjour des morts, il leva les yeux et,
tandis qu'il était en proie aux tourments, il
vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein.
Il s'écria : Père Abraham, aie pitié de
moi, et envoie Lazare, pour qu'il trempe le
bout de son doigt dans l'eau et me
rafraîchisse la langue car je souffre
cruellement dans cette flamme.
Abraham répondit : Mon enfant,
souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant
ta vie, et que Lazare a eu les maux pendant la
sienne ; maintenant il est ici consolé,
et toi, tu souffres.
D'ailleurs, il y a entre nous et vous un grand
abîme, afin que ceux qui voudraient passer
d'ici vers vous, ou de là vers nous, ne
puissent le faire.
Le riche dit : Je te prie donc, père
Abraham, d'envoyer Lazare dans la maison de
mon père car j'ai cinq frères. C'est pour
qu'il leur atteste ces choses, afin qu'ils ne
viennent pas aussi dans ce lieu de tourments.
Abraham répondit : Ils ont Moïse et les
prophètes, qu'ils les écoutent.
Et il dit : Non, père Abraham, mais si
quelqu'un des morts va vers eux, ils se
repentiront.
Et Abraham lui dit : S'ils n'écoutent pas
Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront
pas persuader quand même quelqu'un des morts
ressusciterait.
Les Béatitudes
(6.20-26)
Alors que Matthieu spiritualisait la notion de
pauvreté, Luc la présente dans sa réalité brute
et ajoute la malédiction aux riches :
Heureux vous qui êtes
pauvres, car le royaume de Dieu est à
vous !
Heureux vous qui avez faim maintenant, car
vous serez rassasiés !
Heureux vous qui pleurez maintenant, car vous
serez dans la joie !
Heureux serez-vous, lorsque les hommes vous
haïront, lorsqu'on vous chassera, vous
outragera, et qu'on rejettera votre nom comme
infâme, à cause du Fils de l'homme !
Réjouissez-vous en ce jour-là et tressaillez
d'allégresse, parce que votre récompense sera
grande dans le ciel car c'est ainsi que leurs
pères traitaient les prophètes.
Mais, malheur à vous, riches, car vous avez
votre consolation !
Malheur à vous qui êtes rassasiés, car vous
aurez faim !
Malheur à vous qui riez maintenant, car vous
serez dans le deuil et dans les larmes !
Malheur, lorsque tous les hommes diront du
bien de vous, car c'est ainsi qu'agissaient
leurs pères à l'égard des faux
prophètes !
Le « bon larron »
Jésus lui manifeste de la fraternité :
Ce soir même tu seras avec
moi dans le paradis.
L’ouverture au monde entier
Nous avons dit que Matthieu
montrait cette ouverture par le début de
l’Évangile où les mages venus d’Orient se
prosternent devant celui qu’ils appellent le roi des Juifs, par
son dernier mot où les disciples sont appelés à
évangéliser toutes les
nations et à les baptiser et notamment
par le déplacement accompli par Jésus dans le
territoire de Tyr et de Sidon où le pain des
enfants est aussi donné aux païens.
Luc, quant à lui écrit un second tome de son
œuvre : les Actes des Apôtres.
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