année
70
Les
chrétiens « hellénistes »
L'essentiel du
christianisme était pour eux - ils sont
présentés ici sur ce site - la
seule affirmation éblouissante de la
résurrection glorieuse du crucifié désormais
présent à la droite de Dieu. Ils n’avaient pas
connu Jésus, ignoraient tout de son ministère et
ne citaient jamais les parole et les actions de
son ministère.
.
l'Évangile selon Marc
18 juillet 2014
L’auteur
Le nom de Marc est
mentionné pour la première fois par
Papias (100-150), évêque d'Hiérapolis en
Phrygie, dont le livre datant des environs de
l'an 140 est cité dans l'Histoire
ecclésiastique d'Eusèbe (IVe siècle) :
Marc, devenu l'interprète de Pierre écrivit
avec soin tout ce qui était resté dans son
souvenir des paroles qu'avait dites et des
actions qu'avait accomplies le Seigneur,
sans toutefois les mettre en ordre.
Il n'avait pas, en effet, entendu le Seigneur
et ne l'avait pas suivi, mais plus tard, comme
je l'ai dit, il accompagna Pierre. Celui-ci
donnait ses enseignements suivant les besoins
du moment. Marc n'a donc commis aucune faute
en écrivant d'après ses souvenirs quelques
récits seulement. Il n'a eu qu'un souci :
ne rien omettre de ce qu'il avait entendu et
n'en rien altérer.
Mais ce passage semble difficilement se
rapporter à notre Second évangile dont on ne
peut pas dire qu'il est rédigé « sans
ordre ».
L’auteur écrit un grec au
vocabulaire pauvre, ses phrases sont
juxtaposées sans mots de liaison, il pratique
l’usage du présent historique, son style est
souvent maladroit. Il utilise des
latinismes (12.42)
La citation erronée.
1.2. Selon ce qui est écrit dans Esaïe, le
prophète : "Voici, j'envoie devant
toi mon messager qui préparera ton
chemin".
1.3. C'est la voix de celui qui crie dans
le désert : préparez le chemin du Seigneur,
aplanissez ses sentiers.
En réalité le verset 2 est une citation du
prophète Malachie 3.1 :
Voici, j'enverrai mon
messager. Il préparera le chemin devant moi et
soudain entrera dans son temple le Seigneur
que vous cherchez et le messager de l'alliance
que vous désirez, voici, il vient, dit
l'Eternel des armées.
et le verset 3 d'Ésaïe 40.3 :
Préparez au désert le chemin
de l'Eternel, aplanissez dans les lieux arides
une route pour notre Dieu.
L'évangéliste ne semble pas avoir disposé d'un
Ancien Testament complet mais plutôt d'un
recueil de citations que l'on jugeait
particulièrement significatives.
Date et lieu de la
rédaction. Le
chapitre 13 fait penser à la guerre juive et à
la chute de Jérusalem en l’an 70.
Le lieu est celui d'une ville importante de la
diapora hellénistique ; peut-être Rome. Marc
juge nécessaire d'y expliquer les usages juifs,
ce qui prouve que ses destinataires les
ignoraient :
Marc 7.1
Les pharisiens et quelques scribes, venus de
Jérusalem, s'assemblèrent auprès de Jésus. Ils
virent quelques-uns de ses disciples prendre
leurs repas avec des mains impures,
c'est-à-dire, non lavées. Or, les pharisiens
et tous les Juifs ne mangent pas sans s'être
lavé soigneusement les mains, conformément à
la tradition des anciens ; et, quand ils
reviennent de la place publique, ils ne
mangent qu'après s'être purifiés. Ils ont
encore beaucoup d'autres observances
traditionnelles, comme le lavage des coupes,
des cruches et des vases d'airain.
A titre de comparaison on remarque que
Matthieu, qui écrit donc probablement en milieu
chrétien d’origine juive n’explique pas cette
coutume :
Matthieu 15. 1
Des pharisiens et des scribes vinrent de
Jérusalem auprès de Jésus, et dirent :
Pourquoi tes disciples transgressent-ils la
tradition des anciens ? Car ils ne se lavent
pas les mains, quand ils prennent leurs repas.
.
La première ligne de l'Évangile
selon Marc est :
Commencement de l'Évangile de
Jésus Christ, Fils de Dieu.
Ce titre de l’Évangile de Marc est tout à fait
dans le style de l’apôtre Paul qui
écrivait :
Romains 1.3-4.
L'Évangile de Dieu, qui avait été
promis auparavant de la part de Dieu par ses
prophètes dans les saintes Écritures, et qui concerne
son Fils (né de la postérité de
David, selon la chair, et déclaré
Fils de Dieu avec puissance, selon
l'Esprit de sainteté, par sa résurrection
d'entre les morts), Jésus-Christ
notre Seigneur.
La « Bonne
Nouvelle » révélée au monde telle
que Marc nous la présente est celle de la
présence dynamique de Dieu, créatrice de vie,
jaillissant malgré les forces de mort et à
travers elles.
L’Évangile de Marc est le récit de l’incarnation
en Jésus-Christ, de cet Élan vital caché en
l’homme Jésus.
Il ne devra pas être révélé inconsidérément car
il n’est pas une prodigieuse puissance
surnaturelle analogue à celle de Zeus
brandissant la foudre mais la présence cachée du
Souffle de renouveau du crucifié méconnu
finalement ressuscité.
Il sera d’abord reconnu par les démons, maintenu
secret par les injonctions de Jésus lui-même,
confessé ensuite par Pierre et finalement par le
centurion qui le crucifiait.
1.44
(Jésus dit au lépreux guéri) : Garde-toi de
rien dire à personne ; mais va te montrer au
sacrificateur, et offre pour ta purification
ce que Moïse a prescrit, afin que cela leur
serve de témoignage.
Mais cet homme, s'en étant allé, se mit à
publier hautement la chose et à la divulguer.
5.43
(aux parents de la jeune fille revenue à la
vie) : Jésus leur adressa de fortes
recommandations, pour que personne ne sût la
chose ; et il dit qu'on donnât à manger
à la jeune fille.
7.36
(au sourd-muet) : Jésus leur recommanda
de n'en parler à personne ; mais plus il
le leur recommanda, plus ils le publièrent.
Ils étaient dans le plus grand étonnement, et
disaient : Il fait tout à merveille ;
même il fait entendre les sourds, et parler
les muets.
8.29
Pierre lui répondit : Tu es le Christ. Jésus
leur recommanda sévèrement de ne dire cela de
lui à personne.
9.9
(après la transfiguration) : Comme ils
descendaient de la montagne, Jésus leur
recommanda de ne dire à personne ce qu'ils
avaient vu, jusqu'à ce que le Fils de l'homme
fût ressuscité des morts.
6.49
Quand ils le virent marcher sur la mer, ils
crurent que c'était un fantôme, et ils
poussèrent des cris ;
car ils le voyaient tous, et ils étaient
troublés. Aussitôt Jésus leur parla, et leur
dit :
- Rassurez-vous, c'est moi, n'ayez pas
peur !
Puis il monta vers eux dans la barque, et le
vent cessa. Ils furent en eux-mêmes tout
stupéfaits et remplis d'étonnement ; car ils
n'avaient pas compris le miracle des pains,
parce que leur cœur était endurci.
15.39
Le centurion, voyant qu'il avait expiré de la
sorte, dit : Assurément, cet homme était Fils
de Dieu.
On
trouve, certes, ces passages dans les
Évangiles de Matthieu et de Luc mais
ils y sont enchâssés dans de très nombreux
discours et paroles de Jésus, paraboles et
enseignements. Marc ne cite guère de paroles de
Jésus : c’est en rapprochant les paroles
citées par Matthieu et par Luc que l’on fait
l’hypothèse de l’existence de la Source Q que
Marc ne connaissait évidemment pas. Ici les
rencontres que fait Jésus et ses actes se
succèdent de manière imprévisible. On ne sait
jamais ni d’où il vient ni où il va. Le lecteur
est saisi par la puissance de vie émanant de
lui, Bonne Nouvelle de Dieu typique de la
théologie hellénistique.
Jésus enraciné dans la
tradition des prophètes de l'Ancien Testament
Marc nous présente Jésus détourné de l’idée des
pharisiens que l’union avec Dieu passait
obligatoirement par le respect de règles
matérielles de pureté rituelle, du sabbat, de la
circoncision, d’alimentation cachère. Jésus
n’avait non plus rien de commun avec l’idée des
Esséniens de développer une vie intérieure de
prière et de renoncement.
Jésus s’enracine dans l’ancienne tradition des
grands prophètes d’Israël : Osée, Amos,
Michée, Ésaïe ainsi qu’Élie et Élisée (I et II
Rois) :
Michée 6
6 Avec quoi me présenterai-je devant
l'Eternel,
Pour m'humilier devant le Dieu Très-Haut?
Me présenterai-je avec des holocaustes,
Avec des veaux d'un an?
7 L'Eternel agréera-t-il des milliers de
béliers,
Des myriades de torrents d'huile?
Donnerai-je pour mes transgressions mon
premier-né,
Pour le péché de mon âme le fruit de mes
entrailles?
8 On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est
bien;
Et ce que l'Eternel demande de toi,
C'est que tu pratiques la justice,
Que tu aimes la miséricorde,
Et que tu marches humblement avec ton Dieu.
Esaie 58.
6. Voici le jeûne auquel je prends plaisir,
dit l'Éternel :
Détache les chaînes de la méchanceté,
Dénoue les liens de la servitude,
Renvoie libres les opprimés,
Et que l'on rompe toute espèce de joug ;
7 Partage ton pain avec celui qui a faim,
Et fais entrer dans ta maison les malheureux
sans asile ;
Si tu vois un homme nu, couvre-le,
Et ne te détourne pas de ton semblable.
I Rois 17.
17 Le fils de la femme, maîtresse de la
maison, devint malade, et sa maladie fut si
violente qu'il ne resta plus en lui de
respiration.
18 Cette femme dit alors à Elie: Qu'y a-t-il
entre moi et toi, homme de Dieu? Es-tu venu
chez moi pour rappeler le souvenir de mon
iniquité, et pour faire mourir mon fils?
19 Il lui répondit: Donne-moi ton fils. Et il
le prit du sein de la femme, le monta dans la
chambre haute où il demeurait, et le coucha
sur son lit.
20 Puis il invoqua l'Eternel, et dit: Eternel,
mon Dieu, est-ce que tu affligerais, au point
de faire mourir son fils, même cette veuve
chez qui j'ai été reçu comme un hôte?
21 Et il s'étendit trois fois sur l'enfant,
invoqua l'Eternel, et dit: Eternel, mon Dieu,
je t'en prie, que l'âme de cet enfant revienne
au dedans de lui!
22 L'Eternel écouta la voix d'Elie, et l'âme
de l'enfant revint au dedans de lui, et il fut
rendu à la vie.
23 Elie prit l'enfant, le descendit de la
chambre haute dans la maison, et le donna à sa
mère. Et Elie dit: Vois, ton fils est vivant.
24 Et la femme dit à Elie: Je reconnais
maintenant que tu es un homme de Dieu, et que
la parole de l'Eternel dans ta bouche est
vérité.
.
La finale
de l’Évangile de Marc
Elle fait problème car les
deux principaux manuscrits du Nouveau
Testament (Sinaïticus et Vaticanus)
arrêtent l’Évangile à la fin du verset 8,
de sorte que les femmes témoins de la
résurrection ne disent rien à personne.
Il y a une « finale longue » qui donne
les versets 9 à 20 dans beaucoup d’autres
manuscrits moins réputés.
Le professeur Corina Combet-Galland
écrit :
Une analyse du vocabulaire
et des motifs des versets 9-20 du
chapitre 16, et de leur parenté avec
d'autres écrits du Nouveau Testament, ou
postérieurs, a permis de dater ce morceau du
deuxième tiers du IIe
siècle, comme un document de la mission
chrétienne en milieu hellénistique.
L'évangile dans sa forme originale
s'arrêtait-il en 16,8, avec pour dernier mot
la peur des femmes expliquant leur fuite du
tombeau et leur silence, ou comportait-il
une autre fin accidentellement perdue ou
volontairement mutilée ?
L'hypothèse de la finale primitive
courte l’emporte aujourd’hui sur celle d’une
mutilation du texte. Elle est bien à la
manière de cet évangile qui suspend plus
d'une fois un épisode sur un affect. Si le
texte long dessine le trajet qui va du
tombeau et de son silence à la parole
partout proclamée dans le monde et s’il
inverse la peur en signes qui accompagnent
les croyants, le texte court en revanche est
tout de renvois : le rendez-vous en Galilée
renvoie au début du récit où Jésus paraît en
Galilée, pour une lecture à recommencer de
l’évangile ; le silence renvoie à la
parole qui l'a précédé, à la confession du
centurion qui accueille la révélation, non
des apparitions pascales, mais de la croix
elle-même (15.39).
Introduction
au Nouveau Testament
sous la direction de Daniel Marguerat
page 66
Finale de
l’Évangile selon Marc
Finale courte.
Présente dans tous
les manuscrits
16.
1-8
Lorsque le sabbat fut passé, Marie de
Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé,
achetèrent des aromates, afin d'aller
embaumer Jésus.
Le premier jour de la semaine, elles se
rendirent au sépulcre, de grand matin, comme
le soleil venait de se lever. Elles disaient
entre elles : Qui nous roulera la pierre
loin de l'entrée du sépulcre ? Et, levant
les yeux, elles aperçurent que la pierre,
qui était très grande, avait été roulée.
Elles entrèrent dans le sépulcre, virent un
jeune homme assis à droite vêtu d'une robe
blanche, et elles furent épouvantées.
Il leur dit : Ne vous épouvantez pas ; vous
cherchez Jésus de Nazareth, qui a été
crucifié ; il est ressuscité, il n'est point
ici ; voici le lieu où on l'avait mis.
Mais allez dire à ses disciples et à Pierre
qu'il vous précède en Galilée : c'est là que
vous le verrez, comme il vous l'a dit.
8. Elles sortirent du
sépulcre et s'enfuirent. La peur et le
trouble les avaient saisies ; et elles ne
dirent rien à personne, à cause de leur
effroi.
Finale longue.
Présente dans plusieurs
manuscrits, absente des meilleurs manuscrits.
16.9-20
Jésus, étant ressuscité le matin du
premier jour de la semaine, apparut d'abord
à Marie de Magdala, de laquelle il avait
chassé sept démons.
Elle alla en porter la nouvelle à ceux qui
avaient été avec lui, et qui s'affligeaient
et pleuraient. Quand ils entendirent qu'il
vivait, et qu'elle l'avait vu, ils ne le
crurent point.
Après cela, il apparut, sous une autre
forme, à deux d'entre eux qui étaient en
chemin pour aller à la campagne. Ils
revinrent l'annoncer aux autres, qui ne les
crurent pas non plus.
Enfin, il apparut aux onze, pendant qu'ils
étaient à table ; et il leur reprocha leur
incrédulité et la dureté de leur cœur, parce
qu'ils n'avaient pas cru ceux qui l'avaient
vu ressuscité.
Puis il leur dit : Allez par tout le monde,
et prêchez la bonne nouvelle à toute la
création. Celui qui croira et qui sera
baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira
pas sera condamné. Voici les miracles qui
accompagneront ceux qui auront cru : en mon
nom, ils chasseront les démons ; ils
parleront de nouvelles langues ; ils
saisiront des serpents ; s'ils boivent
quelque breuvage mortel, il ne leur fera
point de mal ; ils imposeront les mains aux
malades, et les malades, seront guéris.
Le Seigneur, après leur avoir parlé, fut
enlevé au ciel, et il s'assit à la droite de
Dieu. Et ils s'en allèrent prêcher partout.
Le Seigneur travaillait avec eux, et
confirmait la parole par les miracles qui
l'accompagnaient.
Addition brève au
verset 8. Présente dans la
finale courte dans une ancienne version latine
et dans la finale longue dans plusieurs autres
manuscrits.
Elles sortirent
du sépulcre et s'enfuirent. La peur et le
trouble les avaient saisies
[suppression de et elles ne dirent rien
à personne,] à
cause de leur effroi. Elles racontèrent
brièvement aux compagnons de Perre ce
qui leur avait été annoncé. Ensuite, Jésus
lui-même fit porter par eux, de l’orient
jusqu’au couchant, la proclamation sacrée et
incorruptible du salut éternel.
Logion de Freer.
Ignoré des principaux manuscrits, présent dans
le manuscrit W copié au 5e siècle, il ajoute
entre les v. 14 et 15 :
Ceux-ci dirent
pour leur défense : « ce
siècle d’impiété et d’incrédulité est sous le
pouvoir de Satan qui ne permet pas que la
vérité et la puissance de Dieu soient reçues
par les esprits impurs ; c’est pourquoi
révèle dès maintenant ta justice ». Ils
disaient cela au Christ et le Christ leur
répondit : « Le terme des
années du pouvoir de Satan est accompli, mais
d’autres choses terribles approchent. Et j’ai
été livré à la mort pour ceux qui ont péché
afin qu’ils se convertissent à la vérité et
qu’ils ne pèchent plus, afin qu’ils héritent
de la gloire, de la justice, gloire
spirituelle et incorruptible qui est dans le
ciel ».
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