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Les recueils prophétiques

de la Bible


Origines, milieux, et contexte proche-oriental

 

Jean-Daniel MACCHI, Christophe NIHAN, Thomas ROMER et Jan Rückl (éd.)

 

Édition Labor et Fides


552 pages – 42 €

Recension Gilles Castelnau

 

12 juillet 2012

Ce gros livre est constitué de 18 articles érudits écrits par des spécialistes de l’Ancien Testament français, suisses, allemands, anglais, belges, finlandais, américain, catholiques et protestants. Ils sont tous reproduits en français.

Pour en profiter vraiment il faut être initié à la lecture historique et critique des textes bibliques. Mais cette remarque ne doit pas décourager le grand public cultivé : un simple survol de ces essais révèle une nature nouvelle des textes bibliques qui incite à en reprendre la lecture avec une curiosité aiguisée et un intérêt renouvelé.

En voici quelques passages.

 

.

 

 

Introduction

La formation des livres prophétiques :
Enjeux et débats

Jean-Daniel Macchi et Thomas Römer

page 13

La spécificité du prophétisme biblique

Comme nous l'avons évoqué, la recherche biblique considérait, traditionnellement, le prophétisme vétérotestamentaire comme un phénomène spécifique à la foi yahwiste. Le cas de Gerhard von Rad est représentatif de ce type d'approche. Il estimait qu'une « hohe Besonderheit », une spécificité bien particulière, caractérisait les prophètes parlant au nom de Yhwh. Contrairement à des auteurs comme Duhm, qui clame que « la religion d'Israël devint la plus élevée et la plus pure du monde antique, car son dieu était une figure éthique dotée d'une volonté claire et cohérente et c'est à partir de cette caractéristique que la prophétie a vu le jour », von Rad connaissait fort bien le contenu des dossiers prophétiques de la Mésopotamie et du Levant. Pourtant, influencé par la théologie dialectique de Karl Barth, il mettait encore l'accent sur ce qui, à ses yeux, distinguait la foi yahwiste des « religions païennes », en insistant, par exemple, sur la conscience historique des prophètes bibliques.

Les recherches récentes ont comparé le prophétisme biblique avec celui du Proche-Orient ancien. Or, en dépit de la grande diversité et complexité du dossier, on s'est rendu compte que les convergences étaient beaucoup plus fortes qu'on ne le pensait auparavant.

Les documents retrouvés lors des fouilles du site archéologique de Mari (Tell Hariri sur l'Euphrate) mentionnent à plusieurs reprises des personnages de type prophétique. Bien qu'ils datent du XVIIIe siècle avant notre ère, ces documents présentent des points de comparaison intéressants avec le monde biblique. La contribution de Dominique Charpin rappelle que les documents mariotes contiennent des communications de la part de plusieurs divinités adressées au roi par l'intermédiaire de prophètes de cour ou extérieurs à elle et que ces oracles recueillis et mis par écrit sur des tablettes d'argile ne sont pas sans rappeler certains oracles qui figurent dans la Bible hébraïque.

Plus proche de la prophétie biblique au plan temporel, la « prophétie néoassyrienne» est présentée par Martti Nissinen. Dans les collections assyriennes, des hommes et des femmes inspirés donnent au roi des directives sur des questions politiques et militaires. Ces oracles semblent avoir été mis par écrit et archivés sous la forme de véritables collections, peu de temps après avoir été prononcés. Comme à Mari ils reflètent un lien très fort avec le palais et le Temple.

A proximité géographique directe d'Israël et de Juda, d'autres textes prophétiques peuvent encore être évoqués, notamment l'oracle de salut adressé, par l'intermédiaire de voyants, au roi Zakir de Hamath et l'inscription de Deir Alla, contenant les oracles d'un personnage nommé Balaam à qui la Bible consacre plusieurs chapitres (Nb 22-24). Même si le dossier égyptien est relativement peu pris en compte dans la recherche biblique, on y discerne quelques convergences avec les phénomènes de la prophétie biblique. On décèle notamment un certain nombre de vaticina ex eventu (des textes tardifs qui, étant attribués fictivement à des personnages anciens, prédisent l'avenir « après coup »), en particulier la « prophétie» de Neferti (début du deuxième millénaire), l'apologie du potier (époque hellénistique), et l'agneau de Bocchoris (début de notre ère intégrant peut-être une première version de l'époque assyrienne). Ces textes ne se rattachent à aucune annonce orale mais ont été d'emblée rédigés par des scribes. Quant au dossier grec, il mériterait lui aussi davantage d'attention, tant il est vrai que les voyants (mantis) occupent des fonctions et prononcent des oracles qui ne sont pas sans rapport avec ce que l'on trouve dans la Bible: prévision de l'avenir, oracles adressés au roi lors de campagnes militaires, etc.

Quoi qu'il en soit, si l'ensemble des exégètes s'accorde sur l'enracinement de la prophétie biblique dans le contexte du Proche-Orient ancien et la nécessité d'une approche comparatiste, un certain nombre d'entre eux soulignent des points qui leur paraissent spécifiques au prophétisme du monde biblique. Ainsi, on peut relever que, dans les langues sémitiques, il n'existe pas d'équivalent étymologique du terme même de nabi. En outre, selon Thomas Krüger, la radicalité de la critique prophétique du culte exprimée, par exemple, en Osée 6,6 « Car c'est l'amour qui me plaît, non le sacrifice ; et la connaissance de Dieu, je la préfère aux holocaustes » (des idées similaires se trouvent en Am 5,14-15 et Mi 6,6-8) n'a pas d'équivalent dans les textes de l'Ancien Orient. Finalement, pour Uwe Becker, c'est surtout le phénomène de la « Schriftprophetie », c'est-à-dire des textes sans liens avec des phénomènes prophétiques oraux mais d’emblée rédigés dans le but de constituer une littérature prophétique, qui constitue la spécificité de la religion israélite et judéenne.

 

I

La prophétie dans le Proche-Orient ancien

Prophètes et temples dans le Proche-Orient ancien
et les textes bibliques

Martti Nissinen

page 110

Une comparaison entre les textes de Mari et ceux d'Assyrie ne révèle pas de différence majeure dans les univers symboliques qui légitiment les temples comme contextes d'activité prophétique ; en fait, au vu de l'écart chronologique de onze siècles entre ces corpus, le paysage prophétique apparaît étonnamment semblable. Il se peut que les prophètes mariotes aient été encore plus largement liés à un temple que leurs confrères assyriens, et les prophéties assyriennes que nous connaissons sont clairement plus soucieuses de proclamer l'idéologie d'État, elle-même certainement plus développée en Assyrie qu'à Mari. Il faut de toute façon se souvenir que l'information sur les prophètes nous vient par la médiation de différents types de transmission textuelle. Les lettres de Mari consignent le plus souvent des événements particuliers portés à l'attention du roi, alors que les oracles assyriens concernent la succession royale et la position du roi entre les dieux et le peuple. Cela fait inévitablement apparaître la prophétie même dans une autre perspective.

Quant à la Bible hébraïque, les caractères les plus flagrants de sa différence avec les autres sources proche-orientales sont (1) l'irréconciliable dichotomie entre le dieu d'Israël et les autres dieux, et (2) la nature de la tradition textuelle de pair avec le cadre idéologique du canon hébraïque. Le

résultat de cette transmission textuelle constitue une interaction inouïe de valeurs culturelles, de systèmes de croyances et de facteurs idéologiques, tout en un même corpus littéraire. Contrairement aux textes proche-orientaux qui nous sont accessibles, ce corpus exprime les troubles de l'univers symbolique des gens qui firent l'expérience de crises après l'invasion assyrienne, la fin du royaume d'Israël, la destruction du temple de Jérusalem - et même le rétablissement de ce temple, occasion aussi d'une crise causant de profondes dissensions à propos de la position et du gouvernement du Temple. Des événements si traumatisants ont sérieusement troublé la confiance et la sécurité des personnes concernées, causant des antagonismes qui servirent finalement le but de reconquérir la cohérence de leur univers symbolique.

Ceci affecte inévitablement la structuration de la prophétie dans la Bible hébraïque. Les livres prophétiques bibliques semblent faire face au stress post-traumatique causé par des ruptures apparentes dans l'expérience commune et le système de croyances qui avaient traditionnellement légitimé la position du temple au centre de l'univers. Dans la prophétie documentée du Proche-Orient ancien, le temple maintient en général cette position centrale. Mais il existe aussi des (sous-)constructions de la prophétie édifiées sur un antagonisme entre prophètes et représentants de l'ordre religieux ; elles redéfinissent le rôle du temple dans l'ordre du monde.

(Traduction : Françoise Smyth-Florentin)

 

III

La formation du livre d’Esaïe

Des rédactions deutéronomistes dans le livre d’Esaïe ?

Jacques Vermeylen

 

page 153

La question deutéronomiste

Le mot « deutéronomiste » fait aujourd’hui l’objet d’un immense débat, qui porte non seulement sur l’ampleur du phénomène (dans le temps et dans la littérature biblique), mais aussi sur sa cohérence et sur sa nature. Je ne puis évidemment reprendre ici toute la discussion. Je me contenterai de préciser ma position personnelle.

La question est venue d'observations littéraires. Il est d'abord apparu que de nombreux passages de l'ensemble Josué-Rois, et en particulier certains discours qui développent l'interprétation des faits rapportés, sont proches du Deutéronome à la fois par leur teneur et par leur phraséologie ; on a donc parlé d'une « Histoire deutéronomiste » (HD). On a retrouvé ensuite des analogies avec des textes du livre de Jérémie (récits et discours en prose). Dans une troisième étape, des observations semblables ont été faites dans d'autres recueils bibliques, et en particulier dans le livre d’Amos et dans le Pentateuque. Tout cela forme une nébuleuse plutôt que l'œuvre cohérente d'un seul auteur : il paraît bien difficile de reconnaître partout un même langage ou un message unique. Au-delà de cette diversité, des points communs apparaissent cependant : la réflexion sur l'expérience du grand malheur et sur ses causes, mais aussi l'insistance sur la responsabilité humaine, qui n'exclut pas la grâce divine, en référence plus ou moins proche à ce qu'il convient d'appeler une « théologie de l'Alliance ».

Les convergences sur le fond vont donc de pair avec une relative diversité dans l'expression. Cela donne l'image d'un réseau plus ou moins lâche de textes. Il faut imaginer plusieurs auteurs qui travaillent dans un même esprit à partir de matériaux de base disparates : récits de la Genèse et de l'Exode, codes législatifs, récits de l'histoire d'Israël et de Juda, pièces d'archives, recueils d'oracles, etc. De plus, il faut compter avec une « épaisseur » des textes deutéronomistes. Dans les mêmes livres, on trouve généralement deux, voire trois strates deutéronomistes successives. […]

Exemple

page 155

Le récit de Jérémie. Il appartient au groupe des récits qui proviennent sans doute de l’école deutéronomiste. Comme l’a montré Henning Graf Reventlow, il ne fait aucun doute que le chapitre 26 dépend du chapitre 7 et non l'inverse. Or ce texte a lui-même connu deux rédactions. C'est ce que révèle la double présentation de l'attitude du peuple à l'égard de Jérémie : aux vv. 8-9 et 24, le peuple est hostile au prophète et veut le condamner à mort ; au v. 16, en revanche, « les princes et le peuple entier » s'opposent à une telle mesure et protègent Jérémie contre les prêtres et les prophètes. Des observations complémentaires permettent d'aller plus loin. Tout d'abord, le v. 11 fait état d'un discours des prêtres et des prophètes aux princes et à tout le peuple ; or c'est Jérémie qui répond, en s'adressant « à tous les princes et à tout le peuple » ... qui n'ont pas pris la parole (vv. 12-15). Par ailleurs, le v. 11 trouve sa contrepartie exacte au v. 16, formulé en des termes presque identiques ; aux vv. 17-19, les Anciens prennent encore la défense du prophète, comme si le peuple n'avait rien dit au v. 16. Et même au v. 24, le peuple veut encore la mort de Jérémie. Autrement dit, il semble que les vv. 11 et 16, formulés d'une manière semblable, constituent deux additions complémentaires destinées à opposer, à l'intérieur de la population judéenne, deux groupes antagonistes : d'un côté, les prêtres et les prophètes, hostiles à Jérémie ; de l'autre, les princes et le peuple, qui prennent sa défense. Le récit primitif, qui correspond au point de vue déjà exposé en 7,1-15 sous sa forme déjà remaniée, parlait d'une prédication visant toute la nation, et c'était encore toute la nation qui condamnait Jérémie ; celui-ci était sauvé grâce à la protection de « quelques anciens » (v.17), dont en particulier Ahiqam, fils de Shaphan (v. 24) ; seuls quelques amis se sont montrés solidaires de lui. Le texte actuel distingue, au sein de la population judéenne, entre ceux qui réclament la mort de Jérémie (les prêtres et les prophètes officiels, v. 11 ; les vv. 20-23 suggèrent en outre : le roi et ceux qui prennent sa défense (les princes et le peuple, v. 16). La responsabilité du malheur national est ainsi attribuée à ceux qui ont été déportés, alors que les gens restés au pays sont tenus pour innocents. En d'autres termes, elle interprète la déportation comme une purification d'Israël, sa partie corrompue ayant été écartée par Yhwh ; elle permet ainsi d'envisager un renouveau national.  [..]

page 159

Partout, il faut distinguer trois générations d'écrivains deutéronomistes, trois sensibilités successives correspondant à une évolution des questions posées dans la société.

 

 

IV

La formation du livre de Jérémie

du livre au prophète
stratégies rédactionnelles dans le rouleau prémassorétique de Jérémie

Thomas Römer

 

page 256

État actuel de la discussion

Les choses sont d'autant plus compliquées que la LXX présente un livre de Jérémie (Jr) bien différent (Plus court, et dans un autre arrangement) que le texte massorétique (TM : texte hébreu courant).

Il faut donc tenir compte du fait que le livre de Jr a connu deux développements différents dans les dernières étapes de sa formation et que nous sommes aujourd'hui en possession de deux livres de Jr, ce qui signifie, comme l'a remarqué Konrad Schmid, qu'il n'existe pas de « forme finale » (Endgestalt) du livre. Alors que l'exégèse germanophone (et protestante) avait longtemps négligé le livre grec de Jérémie, considérant que le TM représentait dans la plupart des cas la forme textuelle la plus proche du texte primitif, la tendance s'est inversée, et la plupart des spécialistes partent de l'idée que la traduction de la LXX s'est élaborée sur la base d'un texte hébreu différent du texte protomassorétique et plus ancien que celui-ci. Dans la plupart des cas, cette option est probablement justifiée, mais il faut évaluer les variantes cas par cas. En effet, le texte grec de Jr a également connu des révisions et dont certaines témoignent d'une harmonisation d'un texte hébreu obscur.

La complexité du livre se reflète dans la complexité et la diversité des modèles à l'aide desquels on tente actuellement d'expliquer la formation du livre. Il n'est pas nécessaire ici de reprendre d'une manière détaillée l'histoire de la recherche depuis le début du xxe siècle. Essayons plutôt de présenter les différentes approches du livre que l'on peut rencontrer dans des publications récentes. […]

 

page 263

Comment déceler des « stratégies littéraires » ?
Quelques remarques préliminaires

La récapitulation du débat actuel sur la formation du livre de Jr peut donner l'impression qu'il n'existe pratiquement aucun consensus sur rien. Cependant, la plupart des exégètes ne nient pas que les deux formes du livre de Jr permettent de découvrir une structure qui ne peut être simplement le fruit du hasard. Presque tout le monde s'accorde sur le fait que Jr 25,1-13 marque une première conclusion ou une charnière (les fonctions du chapitre varient évidemment dans TM et dans la LXX). Il est également reconnu que les chapitres 2-6 forment une unité qui pourrait correspondre à une collection originellement indépendante. Cela signifie que le discours sur le temple en Jr 7, et son résumé accompagné de la réaction des auditeurs en Jr 26 fonctionnent comme introductions à deux grandes parties délimitées par Jr 25,1-13 (je n'ouvre pas ici le dossier de la structure et de l'emplacement des oracles sur les nations, dossier qui mériterait pour lui-même une étude). Il ne fait également pas de doute que Jr 37-43 (ou 44) forment un récit cohérent et indépendant, qui relate l'histoire du prophète depuis le siège de Jérusalem jusqu'à sa déportation en Égypte. Jr 36 peut se comprendre comme une introduction à cette histoire, voire de nouveau comme une charnière entre Jr 26-35 et 37ss.

 

 

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