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Jésus-Christ
est-il mort pour nous ?

 

André Gounelle

professeur honoraire à la faculté de théologie protestante de Montpellier

 

27 févrer 2004

Dans le Nouveau Testament, on trouve entre quinze et vingt fois, l'affirmation que Jésus nous a rachetés de la malédiction par son sang : à qui cette rançon a-t-elle été payée ?

La thèse des « droits du démon ». Une réponse très ancienne, déclare : au diable. Par ses péchés, l'humanité s'est vendue à Satan ; pour la libérer, et quelle appartienne à nouveau à Dieu, il faut verser un dédommagement au démon.

Cette thèse suppose que Satan est le légitime propriétaire de l'humanité, et qu'il a de justes droits dont Dieu devrait tenir compte. Elle implique une curieuse négociation entre Dieu et le démon dont les rapports seraient régis par la législation commerciale. On peut s'interroger sur l'honnêteté de la transaction, puisque Jésus ressuscite et que le démon se voit ainsi floué.

La thèse de l'expiation substitutive. Au onzième siècle, Anselme, archevêque de Cantorbéry propose la réponse de l'expiation substitutive. Il s'inspire du droit féodal. L'être humain est un vassal qui doit à Dieu, son suzerain, soumission et respect. Or, l'être humain se conduit comme un mauvais vassal et fait ainsi doublement tort à Dieu. D'abord, il le vole en ne rendant pas le service qu'il doit à son seigneur. Ensuite, il l'offense, en faisant de lui un maître incapable de se faire obéir. Cette situation, Dieu ne peut pas la tolérer. Il doit ou bien punir les humains, ou bien recevoir d'eux une indemnité qui compenserait le tort qu'il a subi, et lui restituerait l'honneur qui lui a été enlevé.

Cette réparation, les humains se trouvent dans l'incapacité de la faire. En effet, toutes leurs bonnes oeuvres, il les doivent normalement à Dieu. Elles ne peuvent donc pas constituer un supplément qui viendrait compenser leurs carences. De plus, la majesté infinie de Dieu rend infinie toute offense à son égard, et les humains, êtres finis, n'ont pas les moyens d'offrir quelque chose qui soit à la hauteur du dommage et de l'injure. La justice, que Dieu ne peut pas transgresser sans se renier luimême, exige donc la condamnation de l'humanité.

Mais Dieu n'est pas seulement juste, il est aussi miséricordieux. Il vient lui-même, ou plus exactement, il envoie l'une des personnes de sa Trinité, pour payer à la place des humains la dette et l'indemnité qu'ils sont hors d'état de régler eux-mêmes. La mort de Jésus rachète leurs fautes, rétablit sa gloire et manifeste sa compassion. C'est donc à Dieu qu'est versée la rançon. Jésus se substitue aux humains, il subit à leur place la punition qui devrait normalement leur être infligée et leur permet d'y échapper. Il offre à Dieu sa vie en tant qu'homme, solidaire de toute l'humanité ; et comme il est également Dieu, cette vie a une valeur infinie, et compense à la fois la perte et l'offense subies par Dieu. Il y a « expiation substitutive ».

Un Dieu ni miséricordieux ni juste. Selon Anselme, la croix concilie la miséricorde et la justice de Dieu. En fait, la théorie de l'expiation détruit à la fois la miséricorde et la justice divines.

En effet, en quoi Dieu fait-il ici preuve de miséricorde ? Il se préoccupe beaucoup de ses intérêts et de sa gloire. Il envoie son Fils à une mort horrible pour satisfaire son honneur. Il pardonne seulement quand on l'a payé. On est très loin du salut gratuit.

En quoi le supplice d'un innocent à la place d'un coupable satisfait-il la justice ? N'est-ce pas une scandaleuse injustice ?

 

 

La générosité de Dieu

 

Quand il pardonne et sauve, Dieu le fait gratuitement. Il ne pose aucune condition. Il n'exige rien, ni rançon, ni sacrifice expiatoire, ni punition substitutive. Tout cela ne l'intéresse pas. Il demande seulement qu'on s'ouvre à sa parole, qu'on se laisse inspirer, convertir, transformer, entraîner par elle. Dieu cherche à gagner les coeurs, les volontés, à convaincre. Patiemment, progressivement, Dieu agit dans l'humanité pour qu'elle avance, se rapproche de lui, et que le monde devienne meilleur.

La mort de Jésus est un échec pour Dieu. Avec une vigueur et une clarté qu'on ne rencontre nulle part ailleurs, Jésus a fait entendre l'appel de Dieu. Il l'incarne de manière unique dans sa prédication et son comportement, dans sa personne et son existence. Il représente l'intervention la plus importante, la plus décisive, la plus profonde de Dieu dans l'histoire humaine.

Bien sûr, Dieu espérait que Jésus serait écouté, qu'à sa voix les humains changeraient de vie, et qu'avec lui le Royaume s'installerait dans notre monde. Cette attente a été déçue. Jésus s'est heurté à une vive hostilité. Sa personne et son message ont été rejetés. Ses adversaires ont obtenu qu'il soit arrêté et exécuté. Dieu n'a pas voulu, ni même prévu la Croix. Loin de s'inscrire dans ses projets, elle représente pour lui un échec, un refus qu'on lui oppose. Le soir du vendredi saint, Dieu est un vaincu, et non un souverain qui aurait obtenu les réparations qu'il demandait.

Un échec refusé. Dieu n'accepte pas cette défaite. Il n'abandonne pas l'humanité et le monde à leur sort. Il retourne la situation en ressuscitant Jésus pour que sa Parole reste vivante et agissante.

 

 

Et les textes ?

 

Plusieurs passages du Nouveau Testament qualifient Jésus de victime expiatoire qui est mort pour nos péchés. Ils présentent le sang versé comme le prix payé afin de nous racheter.

Les théologiens américains du « Process » voient dans ces formules des images du premier siècle. Celle du prix payé convenait dans un monde où le marché des esclaves était une réalité quotidienne, où l'on faisait commerce avec des vies humaines et où la liberté s'achetait. Celle de la victime tuée sur un autel est adaptée à une époque où, partout et tout le temps, on sacrifiait à des divinités pour obtenir leur indulgence et leur faveur.

Le Nouveau Testament est un recueil de prédications, et non un manuel de doctrines. Il parle le langage et utilise les images de ceux à qui il s'adresse, qui correspondent à leurs manières de vivre et de penser. De même Anselme, au onzième siècle, propose une explication du salut appropriée aux règles et mentalités féodales qui se mettaient alors en place. On aurait tort de le lui reprocher. Par contre, lorsque les images deviennent des doctrines, quand on transforme en système théologique ce qui est comparaison, alors on tombe dans l'absurde, et sous prétexte de fidélité aux textes on en fausse le sens.

 

 

A cause de la Croix ou malgré elle ?

 

Selon la théorie de l'expiation substitutive, Dieu nous sauve parce que Jésus lui offre sa vie pour nous. Pour la théologie du Process, Dieu nous sauve malgré la Croix, en dépit du crime quelle constitue. La croix n'entre pas dans une froide logique que Dieu ferait respecter. Elle s'insère dans un drame, celui de l'opposition des êtres humains à la parole divine.

La Croix, ainsi comprise, contredit la thèse (non biblique) de la « toute-puissance » de Dieu. Elle montre que des événements arrivent contre sa volonté et qu'il lui arrive d'être mis en échec par ses créatures. Il ne ressemble pas à un marionnettiste qui tirerait tous les fils, et qui conduirait à son gré les personnages et les événements. Il est engagé dans une entreprise difficile, dans un combat où tout ne se passe pas selon ses plans et ses desseins, où il reçoit des coups et des blessures. Les humains ont la capacité de lui dire « non », de s'opposer à lui, en tout cas provisoirement. Il ne se caractérise pas par une domination totale, mais par un amour agissant et militant, par un effort douloureux, une lutte persévérante qu'il poursuivra jusqu'au bout.

 

 

Le fondement de la foi chrétienne

 

La Croix et la Résurrection se trouvent au coeur et au centre de la foi chrétienne, mais pour un autre motif que celui indiqué par la théologie traditionnelle. Elles suscitent notre confiance en Dieu, ils nous donnent la joyeuse et tranquille certitude du salut pour deux raisons :

Si Dieu n'a pas rejeté et abandonné les humains après ce qu'ils ont fait à Jésus, après le refus qu'ils lui ont opposé et le crime qu'ils ont commis, à Golgotha, cela signifie que rien ne pourra le détourner d'eux, que jamais il ne les laissera tomber, ni ne renoncera à s'en occuper.

Que Dieu ait dû surmonter et renverser à Pâques une situation apparemment aussi bloquée et désespérée que celle de Golgotha, fait naître en nous la confiance que rien ne parviendra à le mettre en échec. Il trouvera toujours une solution positive, aucune circonstance ne l'empêchera d'aller jusqu'au but qu'il s'est fixé. Ce qu'il a fait à Jérusalem autour des années 30 servira toujours de référence à la foi.

La Croix est liée au salut non parce quelle apporterait à Dieu une satisfaction quelconque, en rétablissant son honneur, ou en se conformant aux règles d'une justice formaliste, mais parce qu'elle témoigne d'un amour qui ne se laisse pas rebuter, et d'une puissance qui finit pas l'emporter. Malgré toutes les oppositions, Dieu fait surgir la vie du Royaume, qui fait de nous des êtres véritablement humains.

 

 

Quel salut ?

 

Anselme voit dans le salut une amnistie (chèrement payée) qui répare une faute commise. Pour la théologie du Process, être sauvé veut dire entrer dans la vie nouvelle offerte et ouverte par Dieu. Le salut se produit, travaille quand en nous et autour de nous l'emportent la vérité, la justice, la paix et l'amour. Il ne consiste pas en une procédure juridique qui aboutirait à un acquittement devant un tribunal, mais en une transformation du monde et de l'être humain. Il ne s'agit pas tant de régler une dette, d'apurer un passé que de s'ouvrir à l'avenir, de bâtir avec l'aide de Dieu, sous son impulsion ce Royaume que proclame Jésus et auquel il nous invite.

Albert Schweitzer, dans une perspective voisine, écrivait à l'un de ses critiques 

« vous me reprochez de situer le centre de gravité de la foi chrétienne dans l'avenir au lieu de le placer dans le drame rédempteur lors de la mort et de la résurrection du Christ. Le reproche est juste... Seulement, c'est Jésus lui-même qui situe le centre de gravité de la foi chrétienne dans l'avenir... dans la venue du Royaume de Dieu en notre coeur et dans le monde ».

 

 

 

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