Libre opinion
François
d'Assise
la joie
parfaite
Textes choisis et
présentés par Stéphane Barsacq
Ed. Points
8 avril 2008
Originaire d'Assise en Italie, le jeune
commerçant Giovanni fit des
voyages d'affaires en France et y prit son surnom de François.
Puis il obéit à une vocation divine et vendit tout ce
qu'il avait (et une partie des biens de son père !) afin
de prêcher la pauvreté évangélique en
Italie.
Il suivit ainsi les traces de son prédécesseur
Pierre Valdo, riche marchand lyonnais qui vendit, lui aussi ses
biens pour prêcher l'Évangile dans la pauvreté en
Italie et fut à l'origine, avec trois siècles d'avance,
du protestantisme italien.
François d'Assise était un
mystique (il reçut, dit-on
les stigmates). Il n'était pas un théologien,
répétait sans vergogne les affirmations les plus
réactionnaires de son temps et refusait toute étude
pour lui-même comme pour ses frères. Mais il vivait une
piété intériorisée simple et
émouvante, en communion avec tous les hommes, les animaux et
la nature. Il a réalisé la première
crèche de Noël avec des personnages vivants. Il
prêchait aux oiseaux et aux poissons, nous dit la
Légende Dorée, s'émerveillait de frère
Soleil et de soeur eau et réussit même à
impressionner en pleine croisade le sultan Al Kamel.
C'est la simplicité de sa joie et l'ouverture de son coeur
qui, aujourd'hui encore, touchent les coeurs.
.
Voici des extraits des pages de François d'Assise que nous donne
cet excellent petit livre :
p. 38
La joie parfaite.
Saint François dit :
Quand nous arriverons à Sainte-Marie-des-Anges, ainsi
trempés par la pluie et glacés par le froid,
souillés de boue et tourmentés par la faim, et que nous
frapperons à la porte du couvent, et que le portier viendra en
colère et dira :
- Qui êtes-vous ?
et que nous lui répondrons : «
- Nous sommes deux de vos frères,
et qu'il dira :- Vous ne dites pas vrai, vous êtes
même deux ribauds qui allez trompant le monde et volant les
aumônes des pauvres ; allez-vous-en
et quand il ne nous ouvrira pas et qu'il nous fera rester dehors dans
la neige et la pluie, avec le froid et la faim, jusqu'à la
nuit, alors si nous supportons avec patience, sans trouble et sans
murmurer contre lui, tant d'injures et tant de cruauté et tant
de rebuffades, et si nous pensons avec humilité et
charité que ce portier nous connaît
véritablement, et que Dieu le fait parler contre nous, Ô
frère Léon, écris que là est la joie
parfaite.
Et si nous persistons à frapper, et qu'il sorte en
colère, et qu'il nous chasse comme des vauriens importuns avec
force vilenie et soufflets et disant : «
- Allez-vous-en d'ici, misérables petits voleurs, allez
à l'hôpital, car ici vous ne mangerez ni ne logerez
»
si nous supportons tout cela avec patience, avec allégresse
dans un bon esprit de charité, Ô frère
Léon, écris que là est la joie parfaite.
p. 56
Le loup de Gubbio
Au temps où saint François demeurait dans la ville de
Gubbio, apparut dans la campagne environnante un très grand
loup, terrible et féroce, qui dévorait non seulement
les animaux mais aussi les hommes, en sorte que tous les habitants
vivaient en grande peur car il s'approchait souvent de la ville; et
tous partaient armés quand ils sortaient des murs, comme s'ils
avaient marché au combat; et malgré tout cela, qui le
rencontrait seul ne pouvait se défendre de lui. Et par peur de
ce loup on en vint au point que personne n'osait plus sortir des
murs.
C'est pourquoi saint François, ayant
pitié des gens de cette ville, voulut sortir face à ce
loup bien que les habitants le lui déconseillassent
complètement ; et ayant fait signe de la sainte croix, il
sortit des murs avec ses compagnons, mettant en Dieu toute sa
confiance. Et les autres hésitant à aller plus loin,
saint François s'achemina vers les lieux où
était le loup.
Et voici que sous les yeux de beaucoup
d'habitants, qui étaient venus voir ce miracle, le loup
arriva, la gueule ouverte, à la rencontre de saint
François ; et s'approchant de lui, saint François
fit sur lui le signe de la croix, l'appela et lui parla ainsi :
«
- « Viens ici, frère loup; je te commande de la
part du Christ de ne faire de mal ni à moi ni à
personne. »
Chose admirable ! Aussitôt que saint François eut
tracé la croix, le terrible loup ferma la gueule et cessa de
courir ; et, au commandement, il vint, paisible comme un agneau,
se jeter couché aux pieds de saint François. Alors
saint François lui parla ainsi :
- « Frère loup, tu fais par ici beaucoup de
dommages, et tu as commis de grands méfaits, blessant et tuant
sans sa permission les créatures de Dieu ; et non
seulement tu as tué et dévoré les bêtes,
mais tu as eu l'audace de tuer et blesser les hommes faits à
l'image de Dieu, ce pour quoi tu mérites les fourches comme
voleur et assassin très méchant ; et tout le monde
crie et murmure contre toi, et toute cette ville t'a en
inimitié. Mais je veux, frère loup, faire la paix entre
toi et ceux-ci, de telle sorte que tu ne les offenses plus, et qu'ils
te pardonnent toutes les offenses passées, et que ni les
hommes ni les chiens ne te poursuivent plus. »
Ces paroles dites, le loup, par les
mouvements de son corps, de sa queue et de ses oreilles et en
inclinant la tête, témoignait qu'il acceptait ce que
saint François disait et qu'il voulait l'observer. Alors saint
François dit :
- « Frère loup, puisqu'il te plaît de
faire et de garder cette paix, je te promets de te faire donner
toujours ce qu'il te faut, tant que tu vivras, par les hommes de
cette ville, et ainsi tu ne pâtiras plus de la faim, car je
sais bien que c'est la faim qui t'a fait commettre tout ce mal. Mais
puisque je t'obtiendrai cette grâce, je veux, frère
loup, que tu me promettes de ne plus nuire jamais ni à aucun
homme ni à aucun animal: me le
promets-tu ? »
Et le loup, en inclinant la tête, fit évidemment signe
qu'il promettait. Et saint François dit :
- « Frère loup, je veux que tu me fasses foi de
cette promesse afin que je puisse m'y fier. »
Et saint François étendant la
main pour recevoir sa foi, le loup leva la patte droite de devant, et
la mit familièrement dans la main de saint François,
lui donnant ainsi le signe de foi qu'il pouvait. Alors saint
François dit :
- « Frère loup, je te commande, au nom de
Jésus-Christ, de me suivre maintenant sans rien craindre, et
nous allons conclure cette paix au nom de Dieu »
Et le loup obéissant s'en vint avec lui comme un doux agneau,
ce que voyant les habitants s'émerveillèrent
grandement. Et la nouvelle se répandit sur-le-champ par toute
la ville; aussi tous les gens, grands et petits, hommes et femmes,
jeunes et vieux, se pressèrent vers la place pour voir le loup
avec saint François.
Et tout le peuple y étant bien
réuni, saint François se leva et prêcha, leur
disant entre autres choses comment pour leurs péchés
Dieu permettait de tels fléaux et combien le feu de l'enfer,
qui doit durer éternellement pour les damnés, est plus
redoutable que la rage du loup, qui ne peut tuer que le
corps :
- « Combien est donc à craindre la gueule de
l'enfer quand la gueule d'un petit animal tient en peur et en grand
tremblement une telle multitude. Tournez-vous donc vers Dieu, mes
bien-aimés, faites pénitence de vos
péchés et Dieu vous délivrera du loup dans le
présent et dans l'avenir du feu de l'enfer. »
p. 65
Première règle des
Frères mineurs (fragment)
[...] Craignez et honorez, louez et
bénissez, remerciez et adorez le Seigneur Dieu tout-puissant,
dans la Trinité et l'Unité, Père, Fils et
Saint-Esprit, Créateur de toutes choses. Faites
pénitence, faites de dignes fruits de pénitence, car
sachez que vous mourrez bientôt. Donnez et il vous sera
donné. Pardonnez et il vous sera pardonné !
Et si vous ne pardonnez pas aux hommes leurs péchés, le
Seigneur ne vous pardonnera pas les vôtres. Confessez tous vos
péchés. Bienheureux ceux qui meurent dans la
pénitence, car ils iront dans le royaume des cieux.
Malheur à ceux qui ne meurent pas dans la pénitence car
ils sont les fils du démon ! dont ils font les oeuvres,
et ils iront au feu éternel. Gardez-vous et abstenez-vous de
tout mal, et persévérez jusqu'à la fin dans le
bien.
p. 85
Testament de saint François
(fragment)
Bien que je sois simple et infirme,
je veux pourtant avoir toujours un clerc qui me dise l'office comme
il est marqué dans la Règle.
Que tous les autres frères soient aussi tenus d'obéir
à leur gardien et de dire l'office selon la Règle.
S'il s'en trouvait quelques-uns qui ne dissent pas l'office selon la
Règle et voulussent y faire des changements, ou qui ne fussent
pas catholiques, que tous les frères, en quelque endroit
qu'ils soient, ou qu'ils en trouvent un de ceux-là, soient
aussi tenus par obéissance de le présenter au Custode
le plus proche du lieu où ils l'auraient trouvé.
Et que le Custode soit tenu par obéissance de le faire bien
garder jour et nuit, comme un prisonnier, de telle sorte qu'il ne
puisse être enlevé de ses mains, jusqu'à ce qu'il
le remette lui-même personnellement entre les mains de son
Ministre.
Et que le Ministre soit fermement tenu par obéissance de le
faire conduire par des frères capables de le faire garder jour
et nuit comme prisonnier, jusqu'à ce qu'ils l'aient
amené en présence du Seigneur Cardinal d'Ostie, qui est
Maître, Protecteur et Correcteur de cette
Fraternité.
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