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 Le Bernin, « Extase de sainte Thérèse », Santa Maria della Vittoria, Rome

 

Thérèse d'Avila

 l'aventure de Dieu

 

Textes choisis et présentés par Véronique Donard

Ed. Points

 

Recension Gilles Castelnau

 

13 mars 2008
La catholique Thérèse d'Avila et le protestant Jean Calvin
sont contemporains et leurs spiritualités sont exactement aux antipodes l'une de l'autre. Pour bien comprendre l'un il faut avoir lu l'autre et réciproquement.

Ces quelques pages écrites par Thérèse d'Avila et sélectionnées par Véronique Donard, psychologue, spécialisée dans le dialogue entre la psychanalyse et le fait religieux, montrent clairement la conception catholique du salut que l'on pouvait avoir à l'époque. Elle s'efforce de faire le vide en elle, en renonçant à toute richesse intérieure, afin de laisser toute la place à la présence de Dieu qu'elle ressent en elle comme son unique amour. Cette union mystique avec Dieu, cette fusion en Lui est son unique bonheur, son salut.

 

On comprend dès lors la réaction protestante et notamment celle de Calvin, récusant toute effort pour se rapprocher de Dieu puisqu'à Noël c'est Lui qui est venu souverainement et librement à nous et que par le saint-Esprit il demeure en nous par « libre grâce » et qu' « à lui seul est la gloire », de sorte que c'est « par la foi » que nous sommes sauvés et non pas « par les oeuvres ».

La doctrine de la prédestination (qui n'est que théorique dans sa pensée, dans la mesure où dans aucun des centaines de sermons qu'il a prêchés il n'y fait jamais la moindre allusion) est le point extrême atteint par sa polémique contre Thérèse d'Avila : Dieu n'a besoin d'aucun, absolument aucun de nos efforts de sainteté pour s'approcher de nous, il nous a prédestinés avant même notre naissance !

 

Thérèse d'Avila, suivie par Jean de la Croix, préoccupée de ses expériences mystiques, développait une éthique de spiritualité individuelle et ascétique

Jean Calvin, suivi par les autres Réformateurs, dépréoccupé de son salut, développait une éthique sociale et de recherche du bien public.

.

 

Voici deux extraits des pages de Thérèse d'Avila que nous donne ce petit livre :

 

p. 36

[L'âme] sent qu'elle a été blessée d'une manière ineffablement savoureuse, mais elle ignore comment et qui l'a blessée ; elle comprend plutôt que cette blessure est un don précieux et elle voudrait ne jamais en guérir.
Elle ne peut s'empêcher de proférer même extérieurement des plaintes toutes d'amour à son Époux, parce qu'elle comprend qu'il est là et qu'il ne veut pas se manifester de façon à ce qu'elle puisse jouir de sa présence.
C'est une peine très vive, bien que savoureuse et douce. Voudrait-elle ne pas la ressentir, qu'elle ne le pourrait ; son désir serait, au contraire, de n'en être jamais délivrée.
Car elle éprouve une satisfaction bien supérieure à celle que lui procure l' envoûtement savoureux mais dépourvu de peine de l'oraison de quiétude.

 

Voici le passage que le Bernin a voulu illustrer, sans aucun doute, en sculptant le groupe de l'église Santa Maria della Vittoria à Rome représenté ci-dessus.

p.57

L'âme ne fait rien pour souffrir de cette blessure que lui cause 1'absence de son Dieu, mais on lui enfonce parfois une flèche au plus vif des entrailles et du coeur, au point où l'âme ne sait plus ce qu'elle a ni ce qu'elle veut. Elle comprend bien qu'elle aime Dieu et que la flèche semble avoir été trempée dans le suc d'une herbe qui la porte à s'abhorrer elle-même pour l'amour de ce Seigneur, et qu'elle lui ferait très volontiers le sacrifice de sa vie. Aucun langage ne saurait exprimer ni exalter la manière dont Dieu lui fait cette blessure, et le tourment dont il est J'auteur. Elle ne sait plus alors ce qu'elle est devenue. Mais cette peine est si délicieuse qu' elle procure plus de contentement que tous les plaisirs d'ici-bas. L'âme voudrait, comme je l'ai dit, être toujours mourante de ce mal.

 

Dans la même collection voir

Thérèse de Lisieux

François d'Assise

 

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