Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Libre opinion

 

Petite histoire du protestantisme

 

Gilles Castelnau

.

XVIe siècle

 

voir aussi visite du Paris protestant

 

L'esprit de la Renaissance

 

21 mai 2007
En Allemagne, comme en France et dans toute l'Europe
, soufflait d'Italie un vent de liberté et de découverte qui enivrait les esprits.

Jusque là, en effet, dans la période dite « gothique » qui durait depuis quatre siècles, l'homme n'avait d'existence, de raison d'être qu'en fidèle chrétien, en fils humble et soumis de l'Église. Les artistes ne peignaient ou ne sculptaient que les saints et les saintes, les martyrs, parfois les donateurs du tableau dans les attitudes, les postures convenues, respectueuses du Christ, de la Vierge ou de Dieu, en présence de qui ils étaient représentés, ou des scènes bibliques traditionnelles comme la crucifixion, la nativité, l'annonce à Marie.

Les gestes des mains, les mouvements des bras et du corps, les agenouillements, l'expression des visages, loin de manifester le moindre sentiment original et personnel, n'avaient pour raison d'être que de montrer l'insertion sincère des participants dans ce monde céleste dont l'Église était l'incarnation évidente et indiscutée.

Les hommes ainsi donnés en exemple, n'avaient d'existence que dans leur participation au dessein de Dieu. Le monde féodal, l'imagerie gothique n'envisageaient aucune indépendance personnelle ; la pensée unique régnait seule et les bûchers flambaient lorsque l'Inquisition diagnostiquait la moindre déviation.

La sérénité qui émane des représentations de cette époque gothique, la paix qui en rayonne, proviennent précisément de l'abandon d'eux-mêmes de ces hommes livrés entre les mains de Dieu, parfaitement dépendants : saints hiératiques, graves et sereins, interchangeables, sans personnalité propre.

Les cathédrale gothiques, par leur grande structure à l'harmonie parfaite, sans irrégularité ni dissymétrie, symbolisaient bien cette vision unifiée d'un univers magnifique à la perfection indiscutable, équilibré, harmonieux, paisible, sans contradiction possible, sans même la fantaisie que la pensée romane aimait tant.

On avait désormais le sentiment de vivre une époque nouvelle. Les talents artistiques trouvent le champ libre par rapport à la pauvreté créatrice qui régnait jusque là. Désormais peintres et graveurs, Léonard de Vinci, Raphaël, Michel Ange et tous les autres, s'efforcent de scruter la personnalité individuelle de leurs modèles : les auréoles disparaissent au profit d'une recherche de l'anatomie humaine, des proportions, de la perspective.

Les poètes, les écrivains recherchent librement dans l'antiquité et la mythologie une inspiration, fort païenne souvent, indépendante de la pensée officielle, enivrée d'humanisme.

Évidemment ni Charles Quint, l'empereur d'Allemagne, qui appuyait son autorité sur la hiérarchie de l'Église, ni le pape dont le prestige provenait du soutien des princes, ne voyaient d'un bon œil cet esprit d'émancipation qui se répandait comme une traînée de poudre dans la noblesse de l'Empire. En France, les souverains cultivés et très éclairés que furent François Ier, Charles IX et Henri III, ouvrirent résolument le pays aux nouvelles idées humanistes mais ne supportèrent pas l'esprit protestant qui n'acceptait évidemment pas leur autorité absolue naissante.

 

En France, les précurseurs de la Réforme

 

Retour à l'Évangile de Jésus-Christ, à la pureté évangélique de l'Église primitive : tel est le mot d'ordre des humanistes chrétiens dont les plus influents en France ont été Érasme de Rotterdam (1469-1536) et Jacques Lefèvre d'Étaples (1460-1536). Le retour à l'Évangile est d'abord retour aux textes originaux de l'Écriture : les ajouts de la Tradition sont court-circuités. Lefèvre, dès 1508 a donné une édition scientifique des Psaumes et Érasme en 1516 du Nouveau Testament grec. Ce retour à l'Écriture débouche non seulement sur la critique des abus, mais sur la mise en question de dogmes et de lois de l'Église. En même temps, le retour à l'Écriture s'accompagne du souci de la mettre à disposition du peuple en la traduisant en langue vulgaire.

Érasme critiqua, conseilla, mais resta prudent. Les idées du prestigieux « prince des humanistes » pénétrèrent dans les milieux érudits, chez une partie du haut clergé et aussi à la cour du roi de France. Marguerite d'Angoulême (1492-1549), duchesse d'Alençon, plus tard reine de Navarre, âme mystique, ouverte aux projets de rénovation évangélique.

 

La Réforme en Allemagne


Martin Luther par Lucas Cranach le Vieux

Martin Luther, un homme inquiet et tourmenté, avait une très haute idée des exigences de la vie chrétienne. Il estimait que sa propre existence, pourtant exemplaire sur le plan moral, incarnait très mal l'idéal évangélique. Il se sentait insuffisant et indigne. Il pensait au jour du jugement, où il comparaîtrait devant le tribunal de Dieu. Il vivait dans l'angoisse de la damnation. En étudiant la Bible, en travaillant pour ses cours le Nouveau Testament, en particulier les épîtres de Paul, il trouva l'apaisement. Il y découvrit l'annonce du pardon de Dieu, qui accordait son salut non à des saints, mais à des pécheurs. Nous sommes toujours des êtres inacceptables. Néanmoins, Dieu nous accepte et nous fait grâce. Il est un père aimant, comme celui de la parabole du fils prodigue, et non un juge impitoyable qui nous accablerait sous le poids de nos manquements et de nos fautes. Il ne nous demande pas de gagner ou de mériter notre salut. Il nous le donne gratuitement. Cette découverte transforma la vie de Luther, lui donna une joie et une assurance profondes. Il mettait sa confiance non pas en sa propre valeur, mais en Jésus-Christ.

L'angoisse que Luther ressentait avant cette découverte, quantité de gens l'éprouvent à cette époque. De nombreux textes et aussi des peintures nous montrent qu'ils vivaient dans la hantise du jugement de Dieu et des peines éternelles. A ce tourment, l'Église essayait d'apporter une réponse et un remède par la théorie des indulgences.

Certes, disait-elle, nous sommes tous coupables, et nous méritons tous la mort. Mais nous pouvons accomplir des actes, faire des gestes qui nous vaudront l'indulgence de Dieu : ainsi des aumônes, des pèlerinages, des dévotions diverses.

La théorie et la pratique des indulgences dégénérèrent. Ayant besoin d'argent, les autorités ecclésiastiques autorisèrent leur vente. Ainsi, contre argent, on pouvait acheter la miséricorde divine pour les défunts ; des pauvres y dépensaient toutes leurs économies  et des riches donnaient des sommes considérables. Un moine, Tetzel, dirigeait cette vente avec beaucoup de sens commercial, et bien peu de sens religieux.

Le pape Léon X, était un prince de la Renaissance, élégant et raffiné, fils de Laurent le Magnifique, de la brillante famille des Médicis de Florence. Plus qu’un homme d’Église – il avait reçu le chapeau de cardinal à l’âge de 13 ans. et n’avait jamais eu aucune formation théologique - il était un grand amateur d’art, avait fait venir à Rome le peintre Raphaël, lisait Dante et collectionnait les manuscrits précieux. Il avait débuté son règne par une série de grandes fêtes et réjouissances qui eurent pour résultat de dilapider rapidement la fortune laissée par son prédecesseur le pape Jules II et il avait trouvé commode de vendre lui aussi des indulgences, comme Jules II l’avait fait pour reconstruire la Basilique Saint-Pierre. Ses honnêtes tentatives de conciliation avec Luther tenaient davantage de la politique que de la théologie et les choses se sont fort mal terminées.

En octobre 1517, Luther organise dans son université un débat public sur les indulgences. Pour la discussion, il avait rédigé 95 thèses, qu'il envoya aux autres universités et aux évêques, suivant une procédure courante à l'époque. Les universités organisaient souvent des confrontations sur divers sujets, et se communiquaient les unes aux autres les propositions qu'il fallait soutenir ou combattre. Les thèses de Luther déclaraient que l'Évangile (par quoi il entend le message central du Nouveau Testament) proclame la gratuité du salut et que, par conséquent, la vente d'indulgences le contredisait. Alors que la plupart des thèses passaient inaperçues, celles de Luther eurent un immense retentissement, parce qu'elles apportaient une réponse à la quête religieuse de ce temps, parce qu'elles s'opposaient à une pratique qui choquait beaucoup de gens pieux, parce que quelques-uns s'inquiétaient de cet argent qui quittait l'Allemagne pour l'Italie, ce qui maintenait la pauvreté et augmentait le sous-développement de l'Empire germanique. Pendant quelques mois Luther pu croire qu'il avait convaincu, et que son point de vue allait l'emporter. La réaction des autorités romaines le déçut profondément. Certes, déclaraient-elles, Tetzel a dépassé les bornes et exagéré. Pourtant le principe même des indulgences est bon ; de plus, un moine, même docteur en théologie et professeur d'Écriture sainte, n'a pas le droit de s'opposer aux décisions du pape, des cardinaux et des évêques ; il leur doit obéissance. Rome entreprit donc un procès à la fois religieux et politique contre Luther qui fut excommunié en 1520. Il brûla la bulle d'excommunication sur la place de Wittenberg aux applaudissements des étudiants et du peuple.

 

Pierre-Antoine Labouchère, salon de 1857, La diète de Worms

 

La diète de Worms. Charles Quint, cita Luther à comparaître en sa présence devant la diète de l'Empire à Worms en 1521. Sommé de se rétracter, Luther déclara :

« Votre Majesté sérénissime et Vos Seigneuries m'ont demandé une réponse simple. La voici sans détour et sans artifice. A moins qu'on ne me convainque de mon erreur par des attestations de l'Écriture ou par des raisons évidentes - car je ne crois ni au pape ni aux conciles seuls puisqu'il est évident qu'ils se sont souvent trompés et contredits - je suis lié par les textes de l'Écriture que j'ai cités, et ma conscience est captive de la Parole de Dieu ; je ne peux et ne veux rien rétracter. Car il n'est ni sur ni honnête d'agir contre sa propre conscience. Me voici donc en ce jour. Je ne puis autrement. Que Dieu me soit en aide. »

A la suite de quoi il fut mis au ban de l'Empire.

Cette spectaculaire résistance de Luther, affrontant à la fois le pape et l'empereur, enflamma l'imagination de l'Europe ; il acquit une immense popularité.

 



Frédérik de Saxe par Lucas Cranach le Vieux


Les municipalités de deux villes libres et cinq princes, dont Frédéric de Saxe, son souverain, le soutinrent. Des prêtres, des moines se rallièrent à lui. Pour empêcher son arrestation, Frédéric le mit en lieu sûr, dans le château de la Wartburg où il resta caché presque un an sous le pseudonyme de Chevalier Georges. Il y  traduisit le Nouveau Testament en allemand. Il rentra ensuite à Wittenberg où il reprit son enseignement, et surtout publia beaucoup. Ses idées ne cessèrent de gagner du terrain ; une partie de l'Allemagne le suivit.

 

La diète de Spire. En 1529, l'empereur Charles Quint qui avait précédemment autorisé les princes de l'Empire à opter, s'ils le désiraient, pour la Réforme luthérienne revint sur cette décision, provoquant ainsi la « protestation » des princes :

« Nous protestons devant Dieu, notre unique créateur, conservateur, rédempteur et sauveur, et qui un jour sera notre juge, ainsi que devant tous les hommes et toutes les créatures, que nous ne consentons ni n'adhérons d'aucune manière pour nous et pour les nôtres au décret proposé dans toutes les choses qui sont contraires à Dieu, à sa sainte parole, à notre conscience, au salut de nos âmes et au dernier décret de Spire. »

On appela « princes protestants » ceux qui avaient signé ce texte.

 

La diète d'Augsbourg. En 1530, Charles Quint convoqua à Augsbourg une diète en vue d'une réconciliation générale.


Philipp Melanchthon par Lucas Cranach le Vieux

Les positions de Luther y furent présentées et défendues par Philipp Melanchthon qui rédigea la Confession d'Augsbourg, aux formules conciliantes, en espérant que les autorités ecclésiastiques l'accepteraient, ce qui mettrait ainsi fin aux querelles. Cet espoir fut déçu, et le rejet de ce texte rendit la division définitive. En 1555, la paix d'Augsbourg l'entérina : le traité reconnaît l'existence de deux Églises en Allemagne, celle de la Confession d'Augsbourg, et la catholique. Selon le principe « cujus regio ejus religio » (tel prince, telle religion), chaque prince choisit pour lui et ses sujets  les sujets que ne satisfait pas la décision de leur prince ont le droit d'émigrer.

 

Le luthéranisme s'implanta surtout en Europe du Nord (Allemagne, Danemark, Suède, Norvège, etc.).

Voir sur ce site : André Gounelle, Luthériens et réformés

 

La Réforme en Suisse

 

Zwingli. La Réforme commença en Suisse en 1519-1520, sous l'impulsion d'un prêtre, Huldrych Zwingli. A près avoir été curé dans un village, puis dans un lieu de pèlerinage (où la religion superstitieuse qui y avait cours l'avait choqué), et aumônier militaire (il protesta contre la pratique des cités suisses qui louaient leurs jeunes comme mercenaires aux armées étrangères), Zwingli fut nommé en 1518 curé à la cathédrale de Zurich.

Zwingli se rattache au courant de l'humanisme. On appelle « humanistes » au XVIe siècle ceux qui étudient les auteurs latins et grecs de l'Antiquité, qui en commentent et expliquent les œuvres avec des méthodes de lecture rigoureuses. Ils représentaient la science moderne contre les scolastiques continuateurs du Moyen Age. Zwingli se mit à l'étude du Nouveau Testament, dans sa langue originelle, le grec, grâce à une édition préparée et publiée par Érasme, qu'il admire beaucoup. Petit à petit, grandit en lui la conviction que les théologiens scolastiques, et à leur suite les ecclésiastiques comprennent mal la Bible, qu'ils en déforment le sens, qu'ils en trahissent les enseignements, faute d'une science suffisante. A Zurich, il créa et développa des cercles d'étude de la Bible. Dans ces cercles, on prit conscience que le célibat des prêtres, la messe, la transsubstantiation n'ont ni fondement ni justification bibliques. Zwingli, qui supportait mal le célibat, se maria en 1522, et écrivit un traité en faveur du mariage des prêtres. L'évêque de Constance, dont il dépendait, somma alors le Conseil de la ville de Zurich de le révoquer et de l'arrêter. Le Conseil donna raison à Zwingli et l'invita à réformer la ville, ce qu'il fit progressivement. Se rallièrent aux positions de Zwingli les villes de Bâle (avec son curé Oecolampade) et de Berne. Un français  Guillaume Farel répandit ces idées dans le canton de Vaud, à Neuchâtel, dans le pays de Montbéliard et à Genève. En 1531, une guerre éclata en Suisse entre les cantons réformés et les autres. Zwingli, qui accompagne en tant qu'aumônier les troupes de Zurich fut tué à la bataille de Cappel, mais son élève Bullinger poursuivit son oeuvre.

Cinq ans plus tard, en 1536, parut un petit livre, intitulé Institution de la religion chrétienne, écrit par un jeune homme de 27 ans, peu connu, Jean Calvin que l'humanisme avait également marqué.

 

Jean Calvin (Noyon 1509 - Genève 1564). Après la publication de l'Institution Chrétienne, Calvin décida de se rendre à Strasbourg. Il fit étape à Genève, qui, à la suite d'une série de prédications de Farel, venait de se décider pour la Réforme. Dans cette ville difficile, à la vie politique et intellectuelle développée, Farel, prédicateur populaire, avait conscience de ne pas être l'homme de la situation. Il alla trouver Calvin dans sa chambre d'hôtel, et lui demanda de devenir le pasteur de Genève. Calvin résista ; il ne se sentait pas fait pour un travail sur le terrain ; il voulait se consacrer à l'étude et rédiger des livres. Farel se fâcha et hurla que si Calvin n'acceptait pas, Dieu le maudirait. Impressionné, Calvin resta. Il sera chassé de Genève deux ans plus tard, les habitants de la ville ayant peine à entrer dans le radicalisme de ses réformes ; pourtant en 1541, il sera rappelé, et fera de la ville la citadelle des réformés. Malgré une santé médiocre, il eut une activité spirituelle et sociale débordante.

Il donnait dix-sept prédications par mois, écrivit quantité de commentaires bibliques et des traités. Il s'occupa des Églises réformées partout en Europe, et ne cessa de correspondre avec elles (on connaît plus de quatre mille lettres de sa main !). En 1549, il signa avec Bullinger un accord le Consensus Tigurinus, qui scellait l'entente entre Zurich et Genève, et qui unissait zwinglianisme et calvinisme.

Sur le plan social, il rapprochait la gloire de Dieu du soulagement du prochain. Il s'efforça notamment de moraliser à Genève les pratiques commerciales et financières. Le riche, comblé des bénédictions divines, se doit de faire profiter le pauvre de ses biens dans toute la mesure possible. Le travail reçut une importance extraordinaire et fut considéré comme participation de l'homme à la création : les employeurs furent invités à respecter « l'équité » avec leurs employés, et Calvin promut des contrats de travail et des tribunaux compétents pour réglementer les relatons sociales et les activités économiques.

La reconnaissance, pour la première fois en Occident, du caractère productif du prêt à intérêt déboucha sur la distinction entre un taux d'intérêt normal et un taux qui serait usuraire et scandaleux. C'était au pouvoir civil de Genève, éclairé par les pasteurs, qu'il revenait de fixer ce taux, d'interdire l'usure qui exploite la misère et de restreindre le prêt à un rôle purement économique. Dans l'ensemble, la pensée de Calvin sur ce point est en rupture avec la tradition médiévale et même humaniste : la pauvreté n'était plus envisagée comme une conséquence du péché originel et comme une occasion de charité : celle-ci devait bien s'exercer à l'égard des personnes démunies dans le cadre d'une assistance publique et ecclésiale, mais la mendicité était interdite et c'était le travail, technique ou intellectuel, qui était valorisé.

On parle de réforme réformée, et non pas calviniste, car l'action de plusieurs hommes, Zwingli, Farel, Oecolampade, Bullinger et Calvin y a contribué. Les réformés se sont implantés en Suisse, en France, aux Pays-Bas, en Hongrie.

 

Michel Servet. Ce théologien et médecin espagnol, niait la divinité du Christ et la Trinité. Condamné à Vienne (Isère) au bûcher, il s'évada et se réfugia à Genève. Il y fut arrêté et jugé. Son procès donna lieu à un tel affrontement entre adversaires et partisans de la réforme calviniste, qu'il fut difficile à Calvin d'empêcher l'exécution de celui dont il dénonçait la doctrine. Les dirigeants de Genève ne voulaient pas que le protestantisme soit accusé dans toute l'Europe de permettre le développement de doctrines considérées unanimement comme scandaleuses. Servet fut brûlé à Genève le 26 octobre 1553. Calvin avait insisté, sans être entendu, pour que l'exécution de Servet n'ait pas lieu par le feu. Le réformateur Sébastien Castellion écrivit alors à Calvin : « Tu as laissé brûler un homme pour défendre des idées ; tu n'as pas défendu ces idées mais tu as brûlé cet homme ! ».

Une statue commémorative de ce vilain acte fut dressée par les protestants genevois à l'emplacement même du bûcher de Michel Servet ; il s'en trouve également une à Paris devant la mairie du 14e arrondissement.

 

 

La Réforme en France

 

L'Église de Paris

Les écrits de Luther - en latin d'abord - ont été connus en France dès 1520 et bientôt condamnés par la Sorbonne. A partir de 1523, ils ont été traduits en français, adaptés, interpolés, compilés sans relâche, et publiés pendant une bonne dizaine d'année à Paris, Alençon, Lyon et surtout hors de France, à Bâle, Anvers ou à Strasbourg.

Face à la diffusion des « idées de Luther », l'attitude de la Sorbonne, des autorités ecclésiastiques et du Parlement a été constante dès 1521 : livres hérétiques et suppôts de l'hérésie devaient être pourchassés et, si possible, éliminés. L'attitude du roi a flotté plus longtemps. Mais François 1er prit décidément parti contre les « luthériens » (qui étaient en réalité plutôt des zwingliens) après « l'affaire des placards », en 1534 : des centaines de petites affiches attaquant violemment la messe avaient été placardées à Paris et dans d'autres villes, y compris à Amboise, dans les appartements royaux. Les évangéliques apparurent alors non seulement comme des hérétiques mais comme des perturbateurs de l'ordre public. La répression fut exemplaire.

Le premier martyr français fut Jean Vallières, brûlé vif le 8 août 1523 au marché aux cochons, dans le triangle formé par les rues Thérèse et Sainte-Anne avec l'avenue de l'Opéra.

Calvin qui demeurait à Paris rue Valette, près de l'actuel Panthéon, adhéra à la pensée évangélique en 1533 ; il s'enfuit en Poitou, au moment de l'affaire des Placards ; il y présida des cultes et c'est à ces occasions que la sainte cène fut célébrée pour la première fois.

 

Le scandale des « placards »

Un petit groupe protestant de Neuchâtel réuni autour de deux pasteurs français, Guillaume Farel et Antoine Marcourt, un pasteur suisse Pierre Viret et surtout un imprimeur français réfugié de Lyon avec son matériel d’imprimerie, publie, afit imprimer et expédie dans toute la France les fameux « placards contre la messe » qui provoqueront un scandale affreux : « Articles véritables sur les horribles, grands et importables abus de la messe papale, inventée directement contre la sainte cène de notre Seigneur, seul médiateur et seul sauveur Jésus-Christ ». Ces placards furent affichés dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534 dans toute la France et même sur la porte de la chambre royale du roi au château d’Amboise, ce qui le mit dans une rage folle, à tel point qu’il déclencha la persécution contre les protestants.

Pour expier ce blasphème insupportable, le 21 janvier 1535, à l'occasion d'une entrée solennelle  à Paris, François 1er, fit brûler vifs trois suspects, aux Halles et trois autres à la Croix du Trahoir : à l'angle des rues Saint-Honoré et de l'Arbre Sec. Puis l'habitude se prit de mettre à mort les « hérétiques » en place de Grève, aujourd'hui place de l'Hôtel de Ville. Longue est la liste des martyrs qui périrent à cet endroit : entre autres,  Louis de Berquin, ami d'Érasme, que François 1er avait longtemps protégé (1529) ; Anne du Bourg, conseiller au Parlement de Paris, brûlé la veille de Noël 1559, pour avoir courageusement pris la défense des huguenots lors d'une séance du Parlement ; Mongomery, adversaire d'Henri II dans la tournoi qui lui fut fatal en 1559 devant le palais des Tournelles, au lieu de l'actuelle place des Vosges et que Catherine de Médicis, qui ne lui avait pas pardonné cet accident, envoya à l'échafaud en 1574.

Le premier baptême fut célébré en 1555, dans l'Église qui se réunissait dans la maison de la famille de La Ferrière, à l'actuel N° 4 de la rue Visconti (à l'époque rue des Marais), derrière l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, dans le quartier que l'on appelait « la Petite Genève » en raison  du grand nombre de huguenots qui s'y réunissaient. Ce premier baptême fut célébré par un jeune étudiant en droit, Le Maçon, dit La Rivière qui fut le premier pasteur de Paris.

Dans cette même maison, auberge à l'enseigne du Vicomte, eut lieu le premier synode national fondateur de l'Église réformée de France, en l'an 1559 ; synode « à la lueur des bûchers », tant la persécution était alors cruelle. Des délégués de la plupart des régions de France siégèrent durant quatre jours dans le plus grand secret ; ils posèrent les bases de l'Église en la dotant d'une Discipline et en adoptant officiellement la Confession de foi dite de « La Rochelle ».

 

Les martyrs de Paris

En 1557, rue Saint-Jacques, à l'emplacement des actuels N° 52 et 54, une assemblée réunissant de 300 à 400 personnes fut dénoncée et envahie par la police. Les gentilshommes présents tirèrent l'épée ; il y eut combat, 120 arrestations furent effectuées, suivies de sept condamnations à mort. Parmi elles, Philippe de Luns, jeune veuve de 23 ans, qui revêtit sa robe de mariée pour monter à l'échafaud et fut pendue après avoir été brûlée aux pieds et au visage.

En 1561, au bout de la rue Mouffetard, près de l'église Saint Médard, fut construit le premier temple de Paris, presque aussitôt détruit au cours d'une échauffourée.

 

Les protestants célèbres

voir aussi les protestants persécutés et réhabilités

Jean Goujon (1510 - environ 1566). Un macaron dans les boiseries de la chambre du roi au Louvre indique la date de 1559, où se tint le synode « à la lueur des bûchers ». Cette boiserie a été sculptée par Jean Goujon, le grand artiste protestant, également auteur des sculptures de la cour Carrée du Louvre en collaboration avec Pierre Lescot, de la salle des Caryatides, de la fontaine des Innocents, et du jubé de Saint-Germain l'Auxerrois. Ce fait est la marque de ce que les persécutions des protestants n'étaient pas massives et que simultanément des protestants notoires pouvaient poursuivre leurs activités. Pierre Lescot eut l'honneur d'être enterré à Notre-Dame, alors que Jean Goujon s'enfuit pour sauver sa vie, sans doute à Bologne en Italie. Néanmoins, hommage lui fut rendu lorsque sa statue fut placée sur la façade de l'Hôtel-de-Ville.

Bernard Palissy (1510 - 1589 ou 1590) conseiller presbytéral de sa paroisse protestante de Saintes fut appelé à Paris par la reine Catherine de Médicis qui souhaitait une grotte décorée des animaux de céramique luisante dont il avait découvert le secret. Ces oeuvres sont aujourd'hui exposées dans les vitrines du Louvre mais il finit lui-même ses jours dans la misère des cachots de la Bastille, « pour cause de religion ».

Jacques Androuet du Cerceau fut l'architecte du pont Neuf, inauguré en 1578 par le roi Henri III lui-même.

Ambroise Paré, le célèbre médecin militaire soigna le roi Henri II lors de son accident du tournoi des Tournelles.

Et pendant que ces hommes manifestaient leur art et leur dévouement au roi, d'autres huguenots périssaient place Maubert, place de Grève, au marché aux cochons !

 

La phase conquérante (1555-1565)

La croissance du groupe réformé et son aristocratisation ont changé ses destinées en le faisant sortir de la clandestinité et en le politisant. Avec ses nouvelles forces, la religion proscrite aspirait au moins à une reconnaissance légale et éventuellement  à la conquête de l'État. Les nobles réformés de haut rang, proches de la Cour, ont cru pouvoir infléchir le jeu politique en ce sens.

L'occasion a paru se présenter en 1559 à la mort d'Henri II. Le trop jeune roi François II qui lui succédait ne pouvait incarner l'autorité monarchique : il était sous la coupe des oncles de sa femme Marie Stuart, les Guise, de la maison de Lorraine. Or ceux-ci menaient une politique antiréformée implacable. Du parti réformé naissant sortit le projet audacieux de se saisir des Guise pour soustraire le roi à leur influence néfaste : ce fut, en mars 1560, la conjuration d'Amboise, qui échoua et fut brutalement réprimée.

Peu après pourtant, le vent tourna en faveur des calvinistes - que l'on commençait aussi à désigner par le sobriquet de « huguenots » (péjoratif jusqu'au début du XVIIe siècle, ce mot est d'origine controversée : rapproché de « eidgenossen », c'est-à-dire « confédérés » ; on désignait ainsi à Genève, à partir de 1535, les adversaires de l'évêque de Genève, les partisans de la Réformation). Soucieuse de restaurer l'autorité de l'État, la mère du roi, Catherine de Médicis, mit à l'écart les Guise, avant même de devenir régente, à la mort de François II, en décembre 1560. Impressionnée par le progrès des Églises réformées et conseillée par son chancelier Michel de l'Hopital, la régente tenta une stratégie de conciliation entre catholiques et réformés. Elle organisa ainsi, en 1561, le colloque de Poissy, dans l'espoir - tout politique - de réaliser l'unité religieuse : en vain. Et en 1562, elle signa l'édit de Janvier qui reconnaissait pour la première fois la « nouvelle religion » accordant aux réformés la liberté de culte hors des villes.

Cet édit exaspéra les catholiques. D'où deux mois plus tard, le massacre de Vassy, qui souleva un intense émoi chez les réformés : ce fut le point de départ des guerres de religion.

 

Les huit guerres de religion (1562-1598)

Pendant plus de trente ans, deux partis, l'un catholique, l'autre protestant, enca­drés par des familles nobles rivales, se sont affrontés pour le contrôle de l'État et le statut de la religion réformée dans le royaume. On compte huit guerres de religion, faites d'opérations militaires et de violences populaires, achevées chacune en fonction de ses résultats par un traité de pacification.

- Les trois premières guerres de religion (1562-1563, 1567-1568, 1568-1570) ont été menées du côté huguenot par Louis de Condé (qui sera tué en 1569) et l'amiral Gaspard de Coligny ; du côté catholique par le clan des Guise et à partir de 1568 par le duc d'Anjou, frère de Charles IX. Elles ont été closes par la paix de Saint-Germain (1570) qui accordait à « ceux de la religion prétendue réformée », outre la liberté de conscience, la liberté de culte (sauf Paris) et quatre « places de sûreté » pour deux ans.

- La quatrième guerre. La tentative d'assassinat de Coligny, dont les instigateurs furent les Guise, semble avoir déclenché, le 24 août 1572, à Paris, le massacre de la Saint-Barthélemy. Avec Coligny furent assassinés quelque 200 gentilshommes de la religion, présents dans la capitale à l'occasion du mariage de Marguerite de Valois et Henri de Navarre. Puis le peuple parisien, avec la bénédiction active du clergé, se déchaîna pendant trois jours contre les « hérétiques », faisant 2 000 à 3 000 morts.
La nouvelle du massacre a provoqué en province d'autres massacres, explosions de haine anti-huguenote.
La Saint-Barthélemy a mis les réformés en état de choc. Là où les communautés étaient nombreuses, bien implantées, dans le Midi et l'Ouest, la résistance s'organisa : ainsi à La Rochelle, Montauban, Millau, Castres.
La quatrième guerre s'alluma, terminée en 1573 par un édit défavorable à la « religion prétendue réformée ».

- La cinquième guerre. Des « assemblées politiques », composées de délégués des Églises, se sont tenues en 1573 dans plusieurs villes du Midi, établissant les bases d'un État huguenot séparé du reste du royaume, avec ses lois, sa justice, son armée, ses finances. Ce sont les assemblées politiques qui - après les combats - négocièrent le statut des réformés en France : ainsi au traité de Beaulieu, qui mit fin à la cinquième guerre (1574-76), à l'avantage des huguenots.

- Durant les trois dernières guerres (1577, 1578-80, 1584-98), le chef militaire du parti réformé fut Henri de Navarre. Or, après l'assassinat d'Henri III, en 1589 par un moine ligueur, la couronne lui revenait, selon la loi du royaume. Aussitôt Paris et les villes soulevées par la Ligue catholique d'Henri de Guise, soutenues par l'armée espagnole, menèrent la vie dure au nouveau roi. Il a fallu à Henri IV dix ans de luttes - outre son abjuration en 1593 - pour reconquérir son royaume. Il proclama l'édit de Nantes en 1598, qui mit définitivement fin aux guerres de religion.

Cet acte réintégrait dans la communauté nationale un groupe très diminué. Entre 1570 et 1598, on note en effet un reflux des Églises réformées : au moins un tiers des communautés ont disparu pendant cette période. À la fin du XVIe siècle, les réformés ne sont plus que 1 million. Ce reflux a plus atteint les provinces au nord de la Loire que celles du Midi, où le tissu réformé était déjà beaucoup plus dense. Les guerres de religion et les violences exercées contre les huguenots pendant ces trente années n'expliquent pas tout. Certes, les massacres de la Saint-Barthélemy ont eu un effet direct de terreur. Ils ont provoqué un double mouvement d'abjuration et d'émigration vers Genève. En dehors des affrontements sanglants, les interdictions et les entraves à la liberté du culte ont usé la capacité de résistance de « ceux de la Religion ». Plus profondément, l'échec de la conquête du pouvoir, c'est -à-dire l'échec de la Réforme en France a pu être compris comme un désaveu divin. L'attraction de la religion dominante a pu alors jouer pleinement. D'autant plus qu'indépendamment même de l'attitude du pouvoir, il était difficile de vivre une religion différente de celle de la majorité des Français, difficile d'être un homme réformé.

 

La Réforme en Italie

 

Par rapport à l'Europe du Nord, la Réforme protestante n'a connu en Italie qu'un faible impact. On en donne deux explications contradictoires : ou bien, le peuple italien, pénétré de l'esprit paganisant de la Renaissance était trop indifférent aux questions religieuses pour se passionner pour le message des réformateurs ; ou bien l'Église catholique y jouissait d'une emprise plus forte sur les populations, grâce à une action pastorale plus active, à des institutions plus vivantes, et notamment à un réseau très efficace de confréries.

Les idées nouvelles ont touché de nombreuses personnalités, mais elle n'ont guère débordé les milieux d'élite. Une exception notable est celle des communautés vaudoises.

 

Les Vaudois.

Le lyonnais Pierre Valdo a suscité dès 1175 un dynamique mouvement pré protestant qui s'est répandu dans toute l'Europe et a été violemment persécuté par l'Église officielle. Les vaudois fondaient leur piété principalement sur le Sermon sur la montagne et d'autres paroles radicales des évangiles ; ils refusaient le serment ainsi que toute effusion de sang ; ils condamnaient l'Église pour ses richesses et sa corruption et la société féodale dans son ensemble comme étant faussement chrétienne. Ils lisaient la Bible et rejetaient les doctrines du purgatoire, des indulgences, la vénération de Marie et des saints. Mais, jusqu'à la Réforme, ils avaient une conception positive des « oeuvres », conservaient les sept sacrements catholiques, la théorie de la transsubstantiation ; leurs pasteurs, qu'ils appelaient des « barbes » (« oncles ») conservaient le célibat.

En 1526, les barbes vaudois, qui avaient entendu parler de Luther et des réformateurs suisses, envoyèrent deux d'entre eux pour s'informer. Le dialogue ainsi amorcé, reprit en 1530 avec les réformateurs Oecolampade et Bucer.

 

Le synode de Chanforan (12 - 18 septembre 1532)

Les Vaudois qui ont réussi à faire souche dans les vallées alpines à l'ouest de Turin, jusqu'à y devenir majoritaires, se réunissent en synode à Chanforan dans le Val d'Angrogne. Guillaume Farel venu de Genève en compagnie de deux autres représentants du protestantisme, participent activement , à titre d'invités, aux travaux de cette rencontre décisive.

- Le ralliement de l'Église vaudoise à la Réforme est décidé.

- L'importance de la bible est confirmée ; Il est décidé de mettre en chantier une traduction en langue française. Ce sera la Bible d'Olivétan (du nom d'un parent de Calvin). Elle sera imprimée à Neuchatel dès 1535. Malgré leur pauvreté, les Vaudois rassemblèrent deux mille écus d'or comme participation à cette édition.

- Seuls le baptême et la sainte cène sont reconnus comme sacrements.

- Le ministère des « barbes » cesse d'être itinérant : ils sont désormais rattachés à une paroisse locale.

Aujourd'hui encore, l'Église réformée italienne porte le nom  d'« Église vaudoise ».

 

La Réforme aux Pays-Bas

 

Le mouvement de réforme qui suivait les idées de Calvin se heurta à la farouche opposition de l'empereur Charles Quint, qui gouvernait les Pays-Bas. Dès 1521, Charles Quint rétablit l'Inquisition ; en 1529, la simple discussion de questions touchant à la foi était passible de la peine capitale. Son fils Philippe II continua dans la même ligne. Il déclara un jour : « je préférerais perdre  tous mes domaines et cent vies plutôt que de régner sur des protestants ! ». Le féroce duc d'Albe, chargé de la répression, fit prononcer, dit-on 8000 condamnations à mort en trois ans !

En 1584, sous la direction de Guillaume d'Orange le Taciturne, (c'est lui qui dit : « il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer »)  les Pays-Bas du Nord, devenus indépendants de l'Espagne et protestants, se constituèrent en Provinces Unies, séparées des provinces du sud (l'actuelle Belgique) qui demeurèrent catholiques.

Les protestants « wallons » qui se réfugièrent du sud vers les Provinces Unies y formèrent des paroisses de langue française ; ils furent rejoints en 1685 lors de la Révocation de l'édit de Nantes par les réfugiés huguenots français, beaucoup plus nombreux qu'eux, qui agrandirent considérablement ces Églises « wallonnes », qui existent encore aujourd'hui.

La liberté aux Pays-Bas n'était certes pas totale au sens où nous l'entendons aujourd'hui ; mais les lois y étaient les plus tolérantes de l'Europe d'alors. Descartes quittait la France pour demeurer en Hollande ; Spinoza y développait librement sa philosophie panthéiste alors qu'il aurait évidemment été brûlé partout ailleurs...

 

La Réforme radicale

 

Elle naquit en Allemagne en réaction contre Luther, en suisse en réaction contre Zwingli.

En Allemagne Thomas Müntzer, un ancien prêtre devenu pasteur luthérien, jugeait Luther beaucoup trop timoré et conservateur. Il lui reprochait de ne pas aller jusqu'au bout de son entreprise, de s'arrêter en chemin. Luther réformait seulement l'Église mais il faut aussi, pensait Müntzer, réformer la société, la rendre plus juste, abolir les privilèges des seigneurs, répartir la richesse entre tous. Luther recommandait de se soumettre aux autorités dans le domaine social et politique. Müntzer prêchait, au contraire, la révolte armée. Sa prédication rencontra un grand écho, et les paysans, particulièrement misérables et exploités se soulevèrent. Ils furent impitoyablement écrasés en 1525 à la bataille de Frankhausen où Müntzer fut fait prisonnier. Il fut atrocement torturé, puis décapité. Luther appela les princes à réprimer sans pitié la révolte des paysans. Dix ans plus tard, a lieu une autre révolte, urbaine celle-ci, en 1534-1535 à Münster, qui se termina elle aussi par un bain de sang.

En Suisse, à Zurich, en 1521 et 1522, quelques Zurichois trouvaient Zwingli trop timoré et temporisateur. Ils lui reprochaient d'opérer une réforme progressive, à petits pas, au lieu de trancher brutalement et d'avancer rapidement. Il attendit, par exemple, trois ans avant d'abolir la messe. La lenteur de Zwingli s'explique par un souci pastoral et pédagogique. Il voulait expliquer, convaincre, et ne changer les choses qu'après y avoir préparé les gens. Certains de ses collaborateurs, groupés autour de Conrad Grebel, auraient voulu au contraire qu'on aille vite et fort, de sorte que l'on mette chacun devant des décisions à prendre et des choix clairs.

Le baptême des enfants. Müntzer et Grebel avaient en commun de refuser le baptême des petits enfants. Ils ne voulaient administrer ce sacrement qu'à des adultes convertis après une expérience spirituelle personnelle. Grebel et ses amis estimaient nul et non avenu le baptême des bébés, et ils décidèrent de baptiser à nouveau des gens qui l'avaient été à leur naissance (d'où le nom d'anabaptistes, de re-baptiseurs qu'on leur donne). A côté de ce point commun, il existait une différence importante entre Grebel et Müntzer. L'Allemand incitait ses partisans à la révolte armée, alors que le Suisse était résolument pacifiste et affirmait qu'un  chrétien ne doit pas avoir recours à la violence. Le conseil de Zurich a néanmoins fait arrêter les anabaptistes, et ordonna de les faire noyer dans le lac.

Luther, Zwingli, Calvin voulaient une Église du peuple, largement ouverte, qui ne se distinguait pas de la cité. Ils ne voulaient pas faire le tri entre les vrais croyants et les autres. Les anabaptistes souhaitaient, au contraire, une Église fermée, étroite, composée de purs.

Grebel dit à Zwingli :

« Quel passage de l'Écriture t'autorise à baptiser les petits enfants ? On doit interdire tout ce que la Bible ne commande pas expressément. » 

Zwingli lui répond :

« Quel passage du Nouveau Testament me défend de baptiser les petits enfants ? Tu transformes le silence de la Bible en interdiction ».

Zwingli voulait supprimer tout ce à quoi s'oppose l'enseignement biblique (réformation), tandis que Grebel voulait que tout soit fondé sur des textes de l'Écriture (restitution).

 

La Réforme anglicane

 

La réforme anglicane a quelque chose d'indécis. Elle oscille constamment entre le politique et le religieux, et hésite entre le catholicisme et le protestantisme. Elle finit par tenter un compromis que l'on a qualifié de « voie moyenne ». En fait, selon le génie de l'Angleterre, elle procède de manière plus empirique et pragmatique que théologique et théorique.

Elle part d'une histoire conjugale. Le roi Henri VIII demanda au pape Clément VII d'annuler son premier mariage avec Catherine d'Aragon pour pouvoir épouser Anne Boleyn. Il ne voulait pas faire de l'Église d'Angleterre une Église « protestante », mais une Église catholique dont il serait le chef à la place du pape.

En 1547, à la mort d'Henri VIII, un enfant de 9 ans, Édouard VI, monta sur le trône. Le duc de Somerset qui assurait la régence correspondit avec Calvin, et, réformé de conviction, protestantisa l'Église anglicane : la figure essentielle en fut Thomas Cranmer ; plusieurs réformateurs d'autres pays d'Europe y contribuèrent, notamment Martin Bucer de Strasbourg.

Marie Tudor, dite la Sanglante (1516-1558), catholique intolérante, tenta de restaurer le catholicisme ; elle fit brûler sur le bûcher près de deux cents évêques, savants, hommes et femmes du peuple et parmi eux les principaux chefs du protestantisme. Sa demi-soeur, Elizabeth 1ère (1553-1603) rétablit le protestantisme en Angleterre. Elle remplaça progressivement les dirigeants catholiques de l'Église par des protestants ; elle remit en vigueur les Articles de l'Église et le Prayer Book (livre de la liturgie officielle).

Le pape ordonna aux catholiques de ne pas se soumettre à Elizabeth et ceux-ci furent dès lors considérés comme des traîtres en puissance.

 

Les puritains anglais

 

Tout au long de son histoire, l'anglicanisme se partage entre deux tendances, celle de la haute Église, proche du catholicisme, celle de la basse Église, proche du protestantisme.

On appela puritains les protestants radicaux qui souhaitaient que l'Église anglicane se rallie à la Réforme selon la règle de Calvin faisait suivre à Genève. C'est ainsi qu'ils voulaient abolir ce qu'ils considéraient comme des survivances du catholicisme : le signe de croix, le port du surplis, la génuflexion pour recevoir la communion, le ministère des évêques. Ils furent sévèrement réprimés, persécutés, parfois expulsés du royaume en direction des Pays-Bas.

Le puritain Oliver Cromwell dirigea la révolution anglaise (1642-1649) qui conduisit à la décapitation du roi Charles 1er en 1649. Mais finalement la tentative d'instaurer une république puritaine échoua et la monarchie fut rétablie, ainsi que l'anglicanisme.

On se souviendra que ce sont des puritains anglais, les « pères pèlerins », qui émigrèrent au Nouveau Monde en 1620, à bord du « Mayflower » et y façonnèrent le paysage religieux que l'on connaît encore aujourd'hui aux États-Unis.

 

La Réforme catholique

 

Le XVIe siècle marqua aussi un tournant dans l'histoire de l'Église romaine, qui n'eut pas le même visage au début et à la fin de cette période. Elle subit une profonde transformation. Elle connut une véritable réforme, à qui on ne rend pas pleinement justice en l'appelant « contre-réforme » ; en effet, elle ne se définit pas seulement par rapport aux autres Réformes, mais aussi par des positions qui conduisent à un redressement et à une rénovation conformes à sa logique propre. Le catholicisme classique, qui durera jusqu'au second Concile du Vatican, naquit au XVIe siècle, et est aussi une Église issue de la Réforme.

Le Concile de Trente a accompli une oeuvre considérable dans deux domaines.

D'abord dans celui de la doctrine. Elle était auparavant sur bien des points assez vague et floue. Le concile précisa, clarifia, définit, mais du coup augmenta les différences et les désaccords. Les commissions de spécialistes du Concile lisaient d'ailleurs très attentivement les principaux écrits des Réformateurs ; ils indiquaient et dénonçaient ce qu'ils considéraient comme des erreurs. Loin de rapprocher les positions comme on l'avait espéré, le Concile les éloigna.

Ensuite, le Concile mit de l'ordre dans l'organisation et la vie pratique de l'Église. Il formula les droits et les devoirs des évêques et des prêtres ; il corrigea des anomalies, il donna des règles pour le gouvernement de l'Église, pour les célébrations liturgiques pour la vie chrétienne. Il voulait une Église cohérente, sans abus, qui ne prête pas à critique, qui soit digne de l'idéal catholique.

Le Concile mit en route un immense effort de redressement qui porta ses fruits au XVIIe siècle, avec des prêtres plus instruits, conscients de leur mission, avec des spirituels et des théologiens importants comme Bossuet, Vincent de Paul, François de Sales, etc. Un renforcement aussi des doctrines mises en question par les réformateurs : Ainsi furent affirmées les doctrines de la transsubstantiation, de la justification par la foi et par les oeuvres. On insista sur les sept sacrements. On proclama de nouveau l'existence du purgatoire, le célibat du clergé et la pratique des indulgences.

François-Xavier (1506-1552), par exemple, un grand missionnaire catholique en Asie,  s'exprimait ainsi :

« Le dimanche, je rassemble tout le monde, hommes et femmes, jeunes gens et vieillards, et je leur fais répéter les prières dans leur langue. Ils aiment beaucoup faire cela, et c'est avec joie qu'ils viennent à ces assemblées...
Je leur dis le premier commandement, et ils le répètent ; puis nous disons tous ensemble : "Jésus-Christ, fils de Dieu, accorde-nous la grâce pour que nous puissions t'aimer par-dessus toute chose".
Une fois que nous avons demandé cette grâce, nous récitons ensemble le "Pater Noster", puis nous nous écrions tous en choeur : "Sainte Marie, Mère de Jésus Christ, obtenez nous de votre fils la grâce de pouvoir être fidèles au premier commandement.
Puis nous récitons un "Ave Maria", et nous procédons de même pour chacun des neuf commandements qui restent.
Et de même que nous disons douze "Pater" et douze "Ave" en l'honneur des douze articles du Credo, de même nous récitons dix "Pater" en l'honneur des dix commandements, priant Dieu de nous accorder la grâce de les observer. »

 

Thérèse d'Avila (1515-1582) se consacra à la vie mystique dans les monastères espagnols ; elle fonda elle-même de nombreux carmels et y enseignait l'union avec Dieu par la contemplation et la prière en un mariage mystique. Elle décrivit ainsi une de ses extases : un séraphin lui apparut portant une lance dont la pointe était brûlante ; il la plongea dans son coeur et atteignit le plus profond de son être. Cet instant enflamma son c�ur d'un brûlant amour pour Dieu. Cette expérience, disait-elle, avait été à la fois douloureuse et d'une douceur indescriptible. Elle symbolisait l'union mystique du croyant avec Dieu.

La théorie de la prédestination calvinienne fut élaborée, à cette époque, en réaction contre cette insistance catholique sur l'effort humain d'élever son âme vers Dieu ; Jean Calvin mettait, bien au contraire, l'accent sur la venue de Dieu dans le monde de l'homme. Il est à noter que dans les milliers de sermons qu'il nous a laissés, aucun d'entre eux ne mentionne cette notion étrange de la prédestination. Celle-ci ne s'explique que comme un argument de combat contre l'ascétisme et la théologie des méritescatholique.

 

En France, les guerres de religion

(1562-1598)

 

Pendant plus de trente ans, deux partis, l'un catholique, l'autre protestant, encadrés par des familles nobles rivales, se sont affrontés pour le contrôle de l'État et le statut de la religion réformée dans le royaume. On compte huit guerres de religion, faites d'opérations militaires et de violences populaires, conclues chacune en fonction de ses résultats par un traité de pacification.

Les trois premières guerres de religion (1562-1563, 1567-1568, 1568-1570) ont été menées du côté huguenot par Louis de Condé et l'amiral Gaspard de Coligny ; du côté catholique par le clan des Guise et à partir de 1568 par le duc  d'Anjou, frère de Charles IX. Elles ont été closes par la paix de Saint-Germain (1570) qui accordait à « ceux de la Religion Prétendue Réformée », outre la liberté de conscience, la liberté de culte (sauf à Paris) et quatre « places de sûreté » pour deux ans.

Le massacre de la Saint-Barthélémy, le 24 août 1572, semble avoir été déclenché par la tentative d'assassinat de Coligny, dont les instigateurs furent les Guise. En même temps que Coligny, furent assassinés quelque 200 gentilshommes « de la religion », qui étaient présents dans la capitale à l'occasion du mariage de Marguerite de Valois (la future « reine Margot », fille d'Henri II et de Catherine de Médicis, soeur du roi) avec Henri de Navarre (le futur Henri IV). Le peuple parisien, avec la bénédiction active du clergé, se déchaîna pendant trois jours contre les « hérétiques », faisant 2000 à 3000 morts.

Alexandre-Évariste Fragonard, scène du massacre de la Saint-Barthélémy (1836) Louvre


La nouvelle du massacre a provoqué en province d'autres massacres, explosions de haine antihuguenote. La Saint-Barthélémy a mis les réformés en état de choc. Là où les communautés étaient nombreuses, bien implantées, dans le Midi et l'Ouest, la résistance s'organisa : ainsi à la Rochelle, Montauban, Millau, Castres. La guerre se ralluma, la quatrième, terminée en 1573 par un édit défavorable à la « Religion Prétendue Réformée ».

Des « assemblées politiques » composées de délégués des Églises, se sont tenues en 1573 dans plusieurs villes du Midi, établissant les bases d'un État huguenot séparé du reste du royaume avec ses lois, sa justice, son armée, ses finances. Ce sont ces assemblées politiques qui - après les combats - négocièrent le statut des réformés en France : ainsi le traité de Beaulieu, qui mit fin à la cinquième guerre (1574-76), à l'avantage des huguenots.

Durant les trois dernières guerres (1577, 1578-80, 1584-98), le chef militaire du parti réformé fut Henri de Navarre (le futur Henri IV). Or après l'assassinat d'Henri III par un moine ligueur (1589), la couronne lui revenait, selon la loi du royaume.

Aussitôt Paris et les villes soulevées par la Ligue catholique d'Henri de Guise, soutenues par l'armée espagnole, menèrent la vie dure au nouveau roi. Il a fallu à Henri IV dix ans de luttes - outre son abjuration en 1593 - pour reconquérir son royaume.

Les huguenots l'y ayant aidé, il dut leur accorder - sous la pression de leurs assemblées politiques un édit relativement favorable, l'édit de Nantes en 1598.

 

 

Retour vers « Petite histoire du protestantisme »
Retour vers "libres opinions"
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

artin Luther  

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.