Le religieux dans la presse

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Saints bulgares

La Bulgarie est devenue au Nouvel An, le premier État de l’Union européenne à avoir des saints sur ses pièces en euros après avoir adopté la monnaie européenne le 1er janvier, une décision approuvée en juillet par le Parlement européen.  La Bulgarie devient ainsi l’un des 20 États membres de l’Union européenne qui constituent la zone euro. Petite révolution : d’abord l’euro remplacera le lev, une monnaie en usage en Bulgarie depuis 1880. Ensuite, la nouvelle pièce bulgare de 1 euro représente saint Ivan le Thaumaturge – celui qui fait des miracles, qui guérit -, mort en 946 et fondateur du monastère orthodoxe de Rila, un ensemble monastique qui a tenu un rôle important dans la vie spirituelle et sociale de la Bulgarie médiévale. Ravagé par un incendie au début du XIXe siècle, l’ensemble a été rebâti et symbolise la prise de conscience d’une identité culturelle slave après des siècles d’occupation ottomane. 

Sur la pièce bulgare de 2 euros est inscrit « Que Dieu protège la Bulgarie » et l’autre face représente saint Païssius de Hilendar qui a vécu au 18e siècle. Prêtre orthodoxe et historien, il a contribué au renouveau national alors que la Bulgarie était sous domination ottomane. 

Enfin, les pièces de moindre valeur portent au revers la représentation du Cavalier de Madara, un cavalier vainqueur d’un lion, un bas-relief du VIIIe siècle, sculpté sur une falaise de 100 m de haut, près du village de Madara, dans le nord-est de la Bulgarie et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. 

La Bulgarie majoritairement de religion orthodoxe est ainsi le troisième pays de confession orthodoxe de l’Union européenne après Chypre et la Grèce. Et le premier à afficher des saints sur sa monnaie européenne. Une manière d’intégrer des éléments chrétiens à son appartenance à l’Europe. 

Church Times, l’hebdomadaire anglican remarque que la plupart des pièces et billets en euros ne portent pas d’images religieuses suivant en cela les directives de la Banque centrale européenne qui prône la neutralité. Il reste le Vatican, qui par un accord avec l’Union européenne et l’Italie illustre sa monnaie de portraits de papes récents… et la Slovaquie dont la monnaie européenne porte une croix à quatre branches, symbole du pays.

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États-Unis, le général Lee
L’Histoire emprunte parfois de curieux chemins. Ainsi, le Capitole, le bâtiment à Washington où siègent le Congrès, c’est-à-dire le pouvoir législatif des États-Unis a vu, en décembre 2020, la statue du général confédéré Robert Lee déboulonnée du Capitole de Washington. Elle était devenue un symbole insoutenable du passé raciste et esclavagiste des États-Unis, dont le général avait été un  ardent défenseur. La statue était dressée depuis cent onze ans dans le National Statuary Hall. Un don de l’État de Virginie dont le gouverneur avait lancé en avril 2020, un mois avant la mort de George Floyd à l’origine de nombreuses manifestations antiracistes aux États-Unis et dans le monde, une commission chargée de statuer sur le déboulonnage et le remplacement du général Lee. La commission avait été unanime à décider du retrait de la statue. Et des représentants démocrates du Congrès de Virginie avaient déclaré que cette statue de Robert E. Lee « représentait un héritage de division, d’oppression et de racisme ». 

Mais l’Histoire emprunte parfois des chemins inattendus. A la place du général Lee, la commission a recommandé l’installation d’une statue de Barbara Johns, une pionnière du mouvement des droits civiques, symbole de la lutte contre la ségrégation raciale ! Une lutte commencée il y a 16 ans lorsque en 1951 Barbara s’est dressée contre le traitement réservé aux Africains-Américains dans son lycée de Farmville en Virginie. Elle avait alors mené une grève pour protester contre les conditions indignes réservées aux élèves noirs dans son lycée qui pratiquait la ségrégation. Les élèves noirs ont porté plainte auprès de la NAACP, leur affaire est allée jusqu’à la Cour suprême qui a finalement aboli la ségrégation scolaire. 

Mais à Farmville, au lieu de supprimer la ségrégation, les dirigeants blancs ont fermé l’école. Et l’on a vu au Capitole à Washington la statue d’une adolescente noire ayant lutté, au péril de sa vie, contre la ségrégation remplacer celle d’un général confédéré ayant combattu pour le maintien de l’esclavage. La statue de Barbara Rose Johns a rejoint celle de George Washington, né aussi en Virginie et 1er Président des États-Unis. Les deux statues représentant la Virginie au Capitole. 

Des acclamations ont retenti lors du dévoilement de la statue de Barbara Johns, la représentant un bras levant un livre – la Bible ? – vers le ciel et un verset biblique gravé sur le piédestal, tiré du livre d’Ésaïe, dans l’Ancien Testament : « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera avec le chevreau, le veau, le lionceau, et le bétail qu’on engraisse, seront ensemble, et un petit enfant les conduira ».

Mais l’histoire n’est pas finie : l’administration Trump a déclaré que toute initiative des établissements scolaires visant à lutter contre les inégalités raciales était illégale. Et que prendre en compte la race dans l’élaboration des politiques publiques équivalait à une discrimination raciale… Il faudra alors d’autres Barbara Johns, d’autres Martin Luther King , d’autres citoyens courageux et anonymes pour libérer les opprimés…

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Le pape Léon XIV
Le pape Léon XIV a nommé, le jeudi 18 décembre, Mgr Ronald Hicks à la tête du puissant archidiocèse de New York. Venue de Chicago, cette figure attachée aux droits des migrants remplace le médiatique et puissant cardinal Timothy Dolan, l’ancien président de la Conférence épiscopale américaine. 

En renouvelant le diocèse de New York, le pape Léon XIV a envoyé un message : il nomme Ronald Hicks, 58 ans, à la tête de cet archidiocèse, l’un des plus importants aux États-Unis, un homme originaire de l’Illinois, comme lui et qui fut l’auxiliaire du cardinal Cupich, l’actuel archevêque de Chicago, l’un des visages les plus progressistes de l’épiscopat américain.

Cette nomination vient surtout tourner la page du puissant cardinal Timothy Dolan, 75 ans, qui sera resté plus de quinze années à la tête de la ville, une figure ultraconservatrice qui n’a pas caché ses liens avec Donald Trump. Le président américain avait fait du cardinal Dolan son favori au dernier conclave pour succéder au pape François.

Missionnaire au Salvador. Antiavortement et contre le mariage des personnes de même sexe, l’influent cardinal était aussi un fervent adepte des réseaux sociaux. Mais au mois de septembre, c’est sur la chaîne Fox News que le cardinal Dolan n’avait pas hésité à comparer Charlie Kirk, l’influenceur d’extrême droite assassiné sur un campus universitaire, à un héros et même un « Saint Paul des temps modernes ». Ces propos avaient même provoqué la consternation chez de nombreux catholiques.

Comme Léon XIV, qui fut missionnaire au Pérou, le nouvel archevêque de New York, Ronald Hicks, a vécu plusieurs années au Salvador, s’occupant d’orphelinats dans le pays. L’une de ses premières tâches sera de suivre la création récente d’un fonds de 300 millions de dollars pour indemniser des victimes de crimes sexuels qui avaient poursuivi l’archidiocèse de New York en justice.

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Le président Trump a reçu lundi 12 janvier le président de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, alors que le pape Léon XIV, dans la lignée de son prédécesseur François, se montre sévère envers la politique trumpienne. La rencontre a eu lieu à huis clos avec l’archevêque Coakley, élu en novembre à la tête de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis. A cette occasion, celui qui représente les prélats américains est venu redire à Trump leurs critiques sur l’administration. La hiérarchie de l’Église est devenue, sur certains sujets, l’une des forces de résistance à l’intérieur du pays, avec une partie des juges fédéraux. 

On se souvient du discours du pape au Vatican, le 9 janvier, alors qu’il recevait le corps diplomatique où il mettait en cause, sans citer expressément les États-Unis, l’avènement d’une « diplomatie de la force » et d’une « ferveur guerrière ». Il avait aussi mis en cause, sans citer Washington, l’effacement du droit international et du multilatéralisme. « On ne recherche plus la paix comme un don et un bien désirable en soi (…) mais on la recherche par les armes, comme condition pour affirmer sa propre domination », avait dénoncé le pape. »

Mais le principal sujet de controverse concerne la politique migratoire de la Maison Blanche, tandis que les images des abus commis par les agents de l’ICE, dans les villes américaines, se multiplient et inondent les réseaux sociaux. Interrogé le 21 décembre sur la chaîne CBS, l’archevêque Paul Coakley avait rejeté l’idée que « la fin justifie les moyens » dans les expulsions de clandestins. « Il n’y a pas nécessairement de conflit entre la défense de frontières sûres et sécurisées et le fait de traiter les gens avec respect et dignité », résumait-il. Et la Conférence des évêques des États-Unis avait déjà en novembre publié un communiqué inhabituel pour dénoncer « un climat de peur et d‘anxiété » dû aux opérations anti-migrants ainsi que la « diabolisation » des étrangers, les conditions déplorables de vie dans les centres de rétention, les séparations violentes dans les familles et l’attitude des agents de la police de l’ICE peu soucieux de respecter écoles, lieux de culte ou hôpitaux. 

« Sans citer Donald Trump, relève Le Mondele texte ressemblait à un réquisitoire contre sa politique migratoire, rappelant plusieurs passages de la Bible, notamment la priorité de ne pas opprimer les plus vulnérables : « la veuve et l’orphelin, l’étranger et le pauvre » (Zacharie 7:10). A la Maison Blanche, la lecture est opposée, politisée et radicale avec J D VanceJ, chef de file d’un nouveau catholicisme américain, prétendant imposer la foi comme vecteur de transformation de la société » […] Le catholicisme a pris une importance inédite au sein de la coalition trumpienne. 

« La pensée catholique traditionaliste, conservatrice et nationaliste est vraiment devenue significative dans l’univers MAGA, confirme un politique. Cette sous-culture est en développement chez les jeunes, surtout chez les hommes. Elle a une importance bien plus grande comme force spirituelle et intellectuelle. » 

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