
Association Pro-Fil
Sous la direction de Jacques Champeaux et Waltraud Verlaguet
312 page – 21 €
Recension Gilles Castelnau
L’association Pro-Fil, qui publie cet important ouvrage sur le dialogue entre cinéma et théologie, a été créée en 1992 par le pasteur Jean Domon. Animateur de jeunesse à Montpellier, puis du centre de vacances du Lazaret à Sète, producteur de l’émission télévisée Présence protestante, de l’association Meromédia, directeur de la compagnie théâtrale de La Marelle, il se consacre ensuite entièrement à Pro-Fil.
C’est toute son expérience de contacts avec la réalité des mouvements intellectuels et spirituels des jeunes et des moins jeunes qui l’a ouvert à la réflexion sur le monde quotidien des images et du cinéma. Il découvre ainsi que la théologie influence bien souvent la construction des films, et qu’à leur tour ceux-ci proposent au monde religieux des images qui l’incarnent de façon plus ou moins juste.
Ce livre propose de très nombreux articles écrits par 16 auteurs de Pro-Fil qui nous en font prendre conscience.
• Et Dieu créa les péplums bibliques par Françoise Wilkowski-Dehove et Jean Wilkowski
• Coup de projo sur Jésus par Joël Baumann
• Dieu créa les cieux et la terre par Jacques Champeaux
• La Bible et le fusil par Arielle Domon
• Bible et science-fiction par Roland Kauffmann
• Grâce et cinéma par Christophe Singe
• Mise en scène de figures christiques par Waltraud Verlaguet
• Entre les murs du couvent par Nic Diament
• Du biopic au primat du visage par Florence de Tienda
• Le prêtre catholique au cinéma par Jean-Michel Zucker
• Le pasteur protestant par Jean-Michel Zucker
• Les chrétiens et le monde par Jean Lods
• Spiritualités contemporaines par Nicole et Jacques Vercueil
• Le cinéma comme outil de la théologie par Waltraud Verlaguet
• Postface par Jacques Champeaux
Et des rappels historiques concernant la réflexion protestante sur le monde du cinéma.
En voici des passages :
Et Dieu créa les péplums bibliques
Françoise Wilkowski-Dehove et Jean Wilkowski
Les Dix Commandements
Vers la fin de sa vie, en 1956, dans un remake, Cecil B. DeMille reprend le prologue en l’étoffant largement, avec un budget colossal de la Paramount, et il tourne en Égypte (mont Sinaï et Louxor) et en Californie (Monument Valley, Red Rock Canyon) l’un des plus célèbres péplums de l’histoire mondiale, un film en couleur de trois heures trente, mythique. Contrairement à la Bible, l’enfance de Moïse y occupe une grande place, le bébé caché dans un panier d’osier dérivant sur le Nil étant ‘joué’ par le fils de Charlton Heston, âgé de trois mois ! Le scénario invente une rivalité entre deux ‘frères’, Moïse (Charlton Heston) et Ramsès (Yul Brynner), à la fois pour le pouvoir et pour une femme, Néfertari (Anne Baxter). Les prouesses techniques sont éblouissantes dans les scènes du Buisson ardent et des plaies. Au passage de la mer Rouge, des haies de mer s’élèvent de part et d’autre de la colonne d’Hébreux qui emprunte le passage, asséché sur un signe de Moïse. Les Tables de la Loi sont écrites comme dans la Bible par le doigt de Dieu.
Coup de projo sur Jésus
Joël Baumann
On compte environ trois cents titres de films traitant de Jésus en un peu plus d’un siècle de productions cinématographiques.
Reconstituer le puzzle de l’image de Jésus
Des représentants de tendances religieuses radicales peuvent se sentir scandalisés parce que des artistes, ‘hors les murs’ de l’Église, désacralisent, selon eux, l’image de Jésus, de ‘LEUR’ Christ. Ils cherchent alors à censurer les œuvres dites ‘litigieuses’, en assiégeant théâtres ou salles de cinéma, quelquefois très violemment, ou en intentant des procès. Ces croyants se considèrent comme les ‘gardiens du Temple’. Ils ont la conviction que l’Église seule est dépositaire de la véritable interprétation du message évangélique et même de l’unique image de Jésus le Christ.
Une image très encadrée
On dit que Cecil B. DeMille a incorporé environ deux cent soixante-dix peintures religieuses dans son Roi des Rois. Dans Ben-Hur, c’est Titien et Raphaël qui sont convoqués pour une représentation du Christ lumineuse et mystique. Même L’Évangile selon saint Matthieu de Pasolini s’inspira des peintres de la Renaissance italienne comme Giotto et Piero della Francesca. Dans La Passion du Christ, Mel Gibson utilise Caravage et Rubens, notamment dans l’usage du clair-obscur et du réalisme brutal (lumière dramatique, couleurs profondes, scènes de souffrance proches des représentations baroques de la crucifixion). Dans La Dernière tentation du Christ, Martin Scorsese a reproduit la Cène de Léonard de Vinci et !’École flamande l’aide pour le rendu des visages et la lumière ambiante.
Dieu créa les cieux et la terre
Jacques Champeaux
Au commencement
Le seul film entièrement consacré à la Création semble être La création du monde d’Eduard Hofman d’après les dessins de Jean Effel. Ce film d’animation plein d’humour met en scène Dieu le père en vieillard chauve avec une belle barbe blanche, des angelots joufflus et fessus qui parlent en vers, des diablotins qui barbouillent des graffitis sur le soleil pour saboter la Création et une Ève··qui danse avec le diable un rock ‘endiablé’. La création des plantes et des animaux est poétique et est accompagnée de chants qui sont un mélange de cantiques et de comptines.
Le pasteur protestant
Jean-Michel Zucker
Le pasteur malfaisant, fondamentaliste ou rigoriste
Le pasteur autoritaire et possessif du Festin de Babette impose à sa communauté une vie pieuse et austère et, tyran domestique qui interdit à ses deux filles de se marier, offre également une représentation rigide de la religion.
Enfin Et au milieu coule une rivière – adaptation d’un roman autobiographique de Norman Maclean et lointaine évocation de la parabole du fils prodigue – oppose le destin caricaturalement différent de deux frères élevés au fin fond du Montana dans le double culte de la religion et de la pêche par leur père, un pasteur rigoriste.
Le ‘bon pasteur’, ordinaire ou même vertueux
A l’opposé de ces caricatures, le cinéma a heureusement proposé aussi des portraits de pasteurs humainement riches quoique moins nombreux. Il s’agit du pasteur bienveillant, intègre et dévoué, figure morale souvent associée aux valeurs de solidarité et de compassion.
[…]
Le biopic Il est minuit docteur Schweitzer, d’après la pièce de Gilbert Cesbron, a un peu vieilli en raison de son caractère hagiographique et théâtral.
Le pasteur engagé politiquement et dans la société
La Colline aux mille enfants évoque André Trocmé, le pasteur du village du Chambon-sur-Lignon, qui incarne une autorité morale calme et déterminée : refusant toute compromission avec le régime de Vichy et les nazis, il s’engage avec sa communauté à protéger et cacher des enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et sa foi se traduit en actes concrets de résistance non violente.
Spiritualités contemporaines
Nicole et Jacques Vercueil
Spiritualité dans la sagesse quotidienne
Rien n’est plus charnel, certes, que la cuisine ; mais la nourriture est source de la vie. Le thème, très exploité au cinéma, se prête merveilleusement à dire la convivialité, le plaisir, la beauté, la joie de vivre, quitte à fermer les yeux sur ce qui pourrait en ternir la saveur: la faim, la pauvreté, la pollution, la souffrance animale, le travail dur et avilissant des petites mains, ou encore la gloutonnerie, la gourmandise, l’indifférence. Incontournable, Le Festin de Babette nous fait assister à une remarquable révélation gastronomique construite par l’héroïne, une étrangère réfugiée, à force de travail, d’intelligence, de compétence, et de sa volonté d’y faire accéder ses proches – les deux sœurs qui l’hébergent et l’emploient, mais aussi toute la communauté villageoise, autrement confite dans une dévotion revêche ; et c’est le Général, ancien amoureux de l’une des sœurs, qui brise le tabou du silence et ouvre l’hymne à la vie que devient ce repas.
Le cinéma comme outil de la théologie
Waltraud Verlaguet
Prémisses : le cinéma, rôles et fonctions
Les questions que le théologien peut se poser à propos d’un film vont bien plus loin que l’intrigue du récit.
Quelle(s) problématique(s) sous-tend(ent) le film ? Dans quelle perspective ? Avec quels moyens ? Quelles émotions sont sollicitées chez le spectateur ?
Intouchables : le film
En 2012, Intouchables est devenu le film non anglophone le plus rentable, avec 281 millions de dollars dans le monde et 444,7 millions jusqu’en mai 2013. Ce succès mérite une analyse.
Cadrage – Les angles illustrent les rapports sociaux. Par exemple, Philippe est souvent filmé en contre-plongée, renforçant son statut supérieur, tandis que Driss est montré en plongée, suggérant sa position subordonnée. Cependant, au fil du film, les deux apparaissent à la même hauteur, marquant l’évolution de leur relation en amitié égalitaire.
Ces choix techniques subtils transmettent des messages subliminaux au spectateur, renforçant la profondeur narrativedu film.
Postface
Jacques Champeaux
D’un côté le cinéma trouve dans les textes bibliques et le monde religieux des sujets ou des thèmes qu’il va porter à l’écran, de la même façon qu’il puise dans les grandes mythologies ou dans la littérature. De l’autre, le chrétien, ou d’ailleurs tout humaniste qui souhaite réfléchir à sa place dans le monde ou à l’évolution du monde qui l’entoure, va trouver dans les films un support, d’une richesse inépuisable, à sa réflexion.
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