Jesse Jackson, une voix prophétique s’est tue
Le monde perd une grande voix prophétique. Le pasteur baptiste américain Jesse Jackson s’est éteint à 84 ans. Avec lui disparaît un témoin majeur de la lutte pour la dignité humaine, dont la foi chrétienne fut indissociable de l’engagement pour la justice.
Né le 8 octobre 1941 à Greenville, en Caroline du Sud, dans une Amérique encore profondément marquée par la ségrégation raciale, Jesse Jackson grandit dans un contexte d’inégalités structurelles. Très tôt, sa vocation pastorale s’accompagne d’une conscience aiguë de la responsabilité sociale de l’Évangile. Sa rencontre avec le pasteur Martin Luther King sera décisive. Il rejoint son mouvement et participe activement aux grandes campagnes pour les droits civiques dans les années 1960, incarnant cette génération de croyants pour qui la foi exigeait une traduction concrète dans l’histoire. Après l’assassinat de Martin Luther King en 1968, Jesse Jackson poursuivra ce combat avec une détermination inlassable. Il fonde l’organisation Operation PUSH, puis la Rainbow/PUSH Coalition, cherchant à bâtir une « coalition arc-en-ciel » rassemblant les marginalisés, les minorités, les pauvres et tous ceux laissés au bord du chemin. Sa prédication, nourrie des Écritures, insistait sur la dignité irréductible de chaque être humain, créé à l’image de Dieu. La foi en acte sur la scène politique. Candidat à l’investiture démocrate à la présidence des États-Unis en 1984 et 1988, il fut le premier Afro-Américain à remporter plusieurs primaires et à mobiliser un électorat jusque-là invisible. Au-delà des résultats électoraux, sa démarche ouvrait un horizon nouveau. Celui d’une participation politique élargie et d’une espérance partagée. Pasteur avant tout, Jesse Jackson n’a jamais cessé de porter une parole enracinée dans la tradition prophétique biblique.

Jesse Jackson
Sa foi n’était pas refuge, mais envoi. Il croyait en un Dieu qui appelle à relever les humiliés, à briser les chaînes de l’injustice, à bâtir la réconciliation. Sa voix, grave et vibrante, rappelait que le christianisme n’est pas seulement une confession, mais une incarnation. Un héritage qui dépasse les frontières américaines. Sa disparition intervient dans un temps où les fractures sociales, raciales et culturelles creusent de profonds sillons. Elle nous rappelle combien le monde a besoin de figures capables de tenir ensemble foi et courage, prière et engagement. Jesse Jackson fut de celles-là.
Son héritage dépasse les frontières américaines. Il appartient désormais à cette nuée de témoins qui, à travers leur engagement, ont rendu visible la puissance transformatrice de l’Évangile dans l’histoire humaine. Aujourd’hui, son silence nous interroge. Qui portera la parole lorsque la haine menace de devenir ordinaire ? Qui rappellera que la justice et la miséricorde sont au cœur de la foi chrétienne ? Mais peut-être la réponse se trouve-t-elle déjà dans le message qu’il n’a cessé de proclamer : « L’espérance n’est pas une illusion. Elle est une responsabilité ! »
Sur le terrain, Jackson était un orateur captivant, débordant d’énergie. L’écouter, c’était comme assister à un office religieux, et il puisait dans sa formation de pasteur pour évoquer des analogies bibliques qui rappelaient celles du pasteur baptiste Martin Luther King, son mentor. Jackson pouvait improviser comme peu avant lui ou après lui – ouvrir les portes du rêve américain à tous. La part des électeurs noirs parmi les électeurs des primaires démocrates est passée de 14 % en 1980 à 24 % en 2016, un changement spectaculaire en termes de pouvoir. À titre de comparaison : lors de la session 1983-1984 du Congrès, il n’y avait aucun sénateur noir et seulement 22 représentants noirs. Aujourd’hui, on compte cinq sénateurs noirs et 61 représentants noirs. Le fils de Jackson, Jonathan, élu de l’Illinois, est l’un d’eux.
Aujourd’hui, comme ses mentors avant lui, Jesse Jackson a passé le flambeau. Mais on entend encore cette voix inspirante : « Gardez espoir. Gardez espoir. Gardez espoir. Demain soir et pour les jours à venir, gardez espoir. » C’est ainsi qu’il terminait son discours lors d’un meeting en 1988. Comme il l’avait fait pendant des décennies, Jackson a mené les manifestants en scandant l’un de ses slogans fétiches : « I am somebody ! Je suis quelqu’un ! Je suis peut-être pauvre ! Mais je suis quelqu’un ! Je suis peut-être au chômage ! Mais je suis quelqu’un ! Je n’ai peut-être pas d’assurance maladie ! Mais je suis quelqu’un ! »
Et pour finir le témoignage d’une théologienne : « Je ne pense pas que Jesse Jackson voyait son engagement en politique comme différent de l’appel de Dieu à être un prédicateur.
Jesse Jackson nous a ouvert les yeux sur le possible, ce qui a permis à tant de choses de se réaliser et nous lui en sommes tous reconnaissants.
L’Église épiscopalienne américaine se rebiffe
Des groupes chrétiens et juifs américains ont porté plainte à la suite des rafles d’immigrants et de la violation de leurs droits. 27 groupes religieux ont saisi la justice pour protester contre la suppression d’une directive protégeant les écoles et les lieux de culte des rafles de la police. L’Église épiscopalienne américaine en fait partie, arguant que la suppression de cette directive menaçait la liberté religieuse et avait entraîné une baisse de la fréquentation des offices, les fidèles craignant d’être pris dans les rafles. Cette directive avait déjà été modifiée il y a un an, lorsque l’expression « lieux sensibles » avait été retirée des instructions données aux agents d’immigration concernant les zones où les opérations ne devaient pas être menées. S’exprimant au nom des groupes religieux, l’avocate a déclaré : « Actuellement, les fidèles qui manquent sont privés d’un élément essentiel de leur pratique religieuse : la prière, le culte et la communion en groupe. » Selon les groupes religieux, la suppression de la protection des lieux de culte viole la liberté de religion garantie par le Premier Amendement.
L’Église épiscopalienne a notamment présenté des éléments de preuve au tribunal, citant des exemples d’agents de l’immigration stationnés devant une église épiscopalienne et tentant d’arrêter des fidèles à leur sortie, ainsi que des agents se présentant devant une banque alimentaire paroissiale pour photographier les personnes faisant la queue. L’avocat du Département de la Sécurité intérieure a plaidé qu’il n’y avait aucune menace imminente de descentes dans les lieux de culte ; par conséquent, aucune raison de demander une injonction. Une décision de la Cour est attendue dans les prochaines semaines. Le Primat de l’Église épiscopalienne du Canada a écrit à l’Église des États-Unis pour soutenir ses fidèles : « Nous, vos voisins du Nord, sommes tristes de constater les troubles qui persistent dans tant de vos communautés aux États-Unis. Nous avons vu et entendu des récits alarmants d’agressions, d’intimidations et de harcèlement envers des communautés et des individus ciblés, ainsi que la déshumanisation de ceux qui sont perçus comme étrangers. Nous avons vu des images de violence, de brutalité et même de mort pour ceux qui osent s’opposer réclamer justice. Nous voulions vous dire que vous n’êtes pas seuls. »
Philadelphie. L’exposition Liberté et esclavage
Le 28 janvier dernier, l’administration américains avait fait retirer l’exposition « Liberté et esclavage dans la construction d’une nouvelle nation ». Des panneaux sur le site où le président George Washington avait vécu racontaient entre autres que ce Président avait des esclaves. L’exposition, installée depuis 2010, avait été retirée par décret de Donald Trump qui depuis 2025 interdit aux sites nationaux de « présenter des aspects négatifs de l’histoire des États-Unis, notamment l’esclavage. »

Portrait d’Absalom Jones par Raphaelle Peale, 1810
Un panneau était consacré à Absalom Jones, premier pasteur épiscopalien noir ordonné et qui avait fondé l’Église épiscopalienne St-Thomas de Philadelphie en 1792, une paroisse qui existe encore.
La maire de Philadelphie avait porté plainte devant un tribunal fédéral le jour même du retrait de l’exposition et le 16 février, une juge a ordonné à l’administration Trump de remettre les panneaux en place et de n’en rien modifier. A la fureur de Donald Trump et de son administration qui prétendent être les seuls habilités à décider des récits présentés sur les sites nationaux. La procédure judiciaire suit son cours. Le révérend Shaw, actuel recteur de l’Église épiscopalienne africaine de Philadelphie a déclaré : « Absalom Jones, fait assurément partie intégrante de cette histoire. Dans la construction de notre nation. Nous espérons sincèrement qu’à l’occasion du 250eanniversaire de l’Indépendance de l’Amérique, le 4 juillet 2026, toute son histoire – y compris l’histoire des Noirs – sera reconnue, honorée et célébrée »
Combattants kenyans dans l’armée russe en Ukraine
Religion News Service, un site américain d’informations chrétiennes racontait une cérémonie organisée tout récemment dans le centre du Kenya à la mémoire de Charles Waithaka Wangari, un joueur de football kenyan de 31 ans, mort au combat en Ukraine en décembre. Pourquoi un Kenyan serait-il mort en Ukraine ? La réponse, après enquête, c’est qu’il combattait dans l’armée russe contre l’Ukraine. Waithaka, s’était rendu en Russie en octobre pour travailler comme conducteur d’engins lourds dans une usine, mais il a été enrôlé de force dans l’armée russe et envoyé au front peu après son arrivée. Et il a été tué par une explosion sur la ligne de front, à peine deux mois après son arrivée en Russie. Sa famille a appris son décès le jour de Noël et a été informée que sa dépouille ne pouvait être rapatriée en raison des violents combats. En fait son corps n’aurait pu être retrouvé. Et sa mère a supplié en vain, jusqu’ici, le gouvernement russe de rapatrier le corps de son fils « afin qu’elle puisse lui offrir une sépulture digne. Je sais que si je l’enterre, je trouverai la paix intérieure, explique Bibiana Wangari. Pour l’instant, je souffre énormément et je ne pourrai faire mon deuil que lorsque je verrai sa dépouille. » Ce qu’elle ne dit pas ce sont tous les rites sociaux et religieux qui entourent un enterrement, la veillée funèbre et la participation du clan.
Selon les médias locaux, le voyage de Waithaka en Russie a été facilité par des contacts au sein de l’Église orthodoxe russe, et certaines organisations de défense des droits humains s’interrogent sur le rôle que jouerait cette Église dans le recrutement d’autres jeunes Kenyans souhaitant se rendre en Russie pour des raisons pécuniaires. Un responsable d’une organisation africaine de défense des droits humains a raconté que des responsables de l’Église orthodoxe russe faisaient la promotion auprès de jeunes kenyans d’un travail en Russie. Ainsi, il évalue à plus de 500 le nombre d’Africains qui seraient partis en Russie ces deux dernières années avec la promesse de salaires importants mais en fait déposés sur un compte qu’on leur désigne. « En réalité, dès que l’argent est déposé sur le compte, vous êtes déjà envoyé au front », dit ce responsable. Et le patriarche orthodoxe russe Kirill de Moscou présente la guerre comme une cause sainte. L’Église orthodoxe russe qui avait une présence limitée en Afrique jusqu’à 2021 a établi depuis l’exarchat patriarcal d’Afrique (une province sur l’ensemble du continent africain et dépendant du patriarcat de l’Église orthodoxe russe)
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