Ésaïe 11.6-9
Le loup habite avec l’agneau, et la panthère se couche avec le chevreau ; le veau, le lionceau, et le bétail sont ensemble, et un petit enfant les conduit.
La vache et l’ourse ont un même pâturage, leurs petits un même gîte ; et le lion, comme le bœuf, mange de la paille. Le nourrisson s’ébat sur l’antre de la vipère, et l’enfant sevré met sa main dans la caverne du cobra.
Il ne se fait ni tort ni dommage sur toute ma montagne sainte ; car la terre est remplie de la connaissance de l’Éternel, comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent.
Le loup habite avec l’agneau
Nous sommes au 8e siècle av. JC. Quatre hommes se lèvent et parlent, animés d’un souffle fort de joie et de vie : Ésaïe, Michée, Amos et Osée. Ils sont les premiers témoins du grand mouvement biblique ; ils sont les plus anciens auteurs de la Bible.
Leur souffle est positif, heureux, créateur, porteur d’un élan vital et qui nous libère de tout réflexe souvent triste, hostile, destructeur d’espérance.
Un souffle qui réoriente notre regard sur l’année qui se termine et celle qui vient
Ésaïe s’écriait :
L’opprimé protégez-le
L’orphelin, Faites-lui droit
La veuve, défendez-la (1.17)
Et Amos, son contemporain :
Vous ruinez les humbles du pays :
Vous dites : « Vivement que finissent les fêtes de nouvelle lune,
pour que nous recommencions notre commerce de blé !
Vivement la fin du sabbat, pour que nous ouvrions nos greniers ! »
Vous diminuez la mesure, vous falsifiez les poids, vous faussez la balance.
Vous vendez à vos clients jusqu’aux déchets du blé !
Vous achetez les pauvres pour de l’argent,
et les malheureux pour le prix d’une paire de sandales.
L’Éternel a fait ce serment :
« Par le pays dont Israël est si fier,
jamais je n’oublierai aucune de ces façons d’agir ! » (8.4-8)
Grande voix des « prophètes » : « que le loup habite avec l’agneau »
Elle a résonné jusqu’en France et notre système social va bien dans leur sens : lois sociales, caisses de retraite, SS, RSA. L’individualisme n’est pas vraiment prévalant.
Écoutons néanmoins leur grande voix qui résonne quand on souhaite une « nouvelle année heureuse »
La Fontaine, dans les salons du Grand Siècle de Louis XIV jette à la face du roi le même regard lucide sur le malheur des faibles maltraités par les riches et les puissants, malheureux agneaux dévorés par les loups comme aussi l’évêque de Washington Mariann Budde à Trump :
La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.
Un agneau se désaltérait dans le courant d’une onde pure.
Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage : tu seras châtié de ta témérité.
Sire, répond l’agneau, que Votre Majesté ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant dans le courant, plus de vingt pas au-dessous d’Elle
Et que par conséquent, en aucune façon, je ne puis troubler sa boisson.
Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Là-dessus, au fond des forêts, le loup l’emporte et puis le mange,
Sans autre forme de procès.
La Fontaine avait sans doute lu et écouté Ésaïe qui répond lui-même, dans la Bible, à cette terrible fable de Lafontaine :
Esaïe 11 : Le loup habitera avec l’agneau et la panthère se couchera avec le chevreau.
Il ne se fera ni tort ni dommage sur toute ma montagne sainte.
Les puissants n’écraseront plus les faibles
. Un enfant demandait à sa mère « Quand sera cette année heureuse ? »
et elle répondait : « Dans TRÈS longtemps »
Réponse triste et pessimiste : dans notre monde la parole de Dieu n’est pas possible
. Ce sera dans l’au-delà. Mais si la promesse divine ne change rien ici et maintenant : que l’on « croie au ciel ou que l’on n’y n’y croie pas » ne change rien ?
Hic et nunc, ici et maintenant : le professeur Karl Barth disait de lire le journal en même temps que la Bible afin qu’elle soit actualisée. On peut dire aussi que la Bible jette un éclairage sur le journal.
L’hébreu n’a que deux temps : L’« accompli » pour le passé et l’« inaccompli » pour le temps en mouvement : futur, conditionnel, présent.
Dans le texte du Buisson ardent(Exode 3) Dieu se nomme à l’inaccompli :
je serai ce que je serai…, je serai ce que je suis toujours, ce que je pourrai être…
Jean l’a traduit dans le grec de l’Apocalpypse : « Celui qui est, qui était, et qui vient. » Cela ne signifie pas « plus tard » ni « au-delà » mais « en action ».
. Que le loup habite avec l’agneau ! : quel souffle d‘humanité, d’espérance.
. Le loup habite avec l’agneau : vous conviendrez que c’est parfois – souvent ? – le cas où les loups éprouvent compassion, respect, fraternité, amour. Notamment dans nos lois sociales, dans les restaurants du cœur, dans les services d’aide aux plus démunis.
. Le loup pourra habiter avec l’agneau : certainement s’il écoute !
. Le loup peut cette année habiter avec l’agneau : Le bien ne tombe pas du ciel : le ciel est en nous depuis Noël : il faut s’y mettre, réfléchir et se réorienter !
I Jean 4. A l’autre bout de la Bible, un texte récent du même souffle :
« Dieu est amour ». Une béguine de Valencienne, Marguerite Porète en a retourné le texte et a dit : « l’amour c’est Dieu ». Elle a été brûlée vive pour cela en place de Grève à Paris le 1er juin 1310 parce que les autorités de l’Église trouvaient que c’était trop permanent. Mais elle avait raison : L’esprit d’amour n’est pas seulement un miracle exceptionnel, révolutionnaire. Il est permanent : « L’amour qui est, qui était, et qui vient, le Puissant »
Et Jésus en disait : « esprit de joie » : « ma joie est en vous » (Jn 15.11)
Découvrir cette présence « inaccomplie », ce « possible », ce « pourquoi pas » hic et nunc, ici et maintenant, en soi
Ouvrir son cœur à cet esprit de Dieu en nous : amour, fraternité, joie
Dès qu’on s’approche de quelqu’un avec cette joie, l’amour surgit.
En vérité, le loup peut, pourrait, pourra habiter avec l’agneau, nous libérer de nos tristesses et nous remplir de joie. Et Esaïe ajoute : « un petit enfant les conduit ! »
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