
Peder Severin KrØyer, Soirée calme sur la plage de
Skagen
L’heure bleue
De Peder Severin
KrØyer
Musée
Marmottan-Monet
jusqu'au
26 septembre 2021
Gilles
Castelnau
9 juin
2021
Peder Severin KrØyer, Soirée calme
sur la plage de Skagen, 1893. Ce
tableau est placé ci-dessus en exergue.
Marie, l’épouse de Peder KrØyer
marche sur la plage en compagnie de son amie
Anna Ancher.
Tous les étés, Peder Severin KrØyer quitte avec sa
femme Marie la ville de Copenhague et rejoint le
village de Skagen, à l’extrême de la pointe nord
du Danemark. Une communauté de peintres aime s’y
réunir.
Ils y sont notamment séduits, semble-t-il ici
plus qu’ailleurs, par « l'heure
bleue » qui est celle du crépuscule où le
bleu de la mer se confond avec celui du ciel et
où la lumière est douce.
A la même époque, en Bretagne à Pont-Aven, Paul
Gauguin et les fauves s’essayent à des couleurs
vives et choquantes sorties pure des tubes. Mais
les Danois sont paisibles, intériorisés et leur
protestantisme luthérien ne leur permettrait pas
de telles extravagances : il leur
semblerait se détourner des couleurs prévues par
le Dieu de la Création et prétendre abusivement
vouloir les améliorer.

La Plage
de Skagen au clair de lune, 1899
Alors que KrØyer place son
chevalet en plein air sur la plage, un
peu comme le faisaient les impressionnistes, un
autre grand peintre danois, Vilhelm HammershØi ne peint qu’en
intérieur. On se souvient de sa belle exposition il y
a deux ans au musée Jacquemart-André.

Vilhelm HammershØi, Intérieur,
1899
Ne nous y trompons pas, KrØyer semble
effectivement ouvert à la beauté de la lumière
alors qu’HammershØi
nous enferme dans l’obscurité d’appartements
tristes et sombres. Pourtant la peinture de KrØyer n’a rien
d’exubérant et si elle montre l’extase de la
contemplation et le recueillement devant
l’harmonie du monde, ce n’est finalement pas du
dynamisme créateur et de la joie de vivre qui en
émane.
Autoportrait,
1889
Le visage que KrØyer donne de lui
est celle du protestant qui, comme HammershØi, contemple le monde
et les humains, sa propre existence, avec la
placidité calme de celui qui se sait pécheur aux
yeux de Dieu mais pardonné et aimé telle qu’il
est.
L’immobilité des personnages peints par
HammershØi ne
révélait pas de tristesse. Tranquillité et
méditation intérieure sans doute. Il en est sans
doute de même pour KrØyer

Pêcheurs
de Skagen, coucher de soleil, 1883
La dureté du labeur des
pêcheurs n’était pas esclavage sans
espoir mais participation puissante et
volontaire à la vie du monde.

Départ
des bateaux de pêche après le coucher du
soleil, Skagen, 1894-1895
Et cette vie si dure
n’était pas sans fraternité humaine.

Hip,
hip, hip, hourra ! Déjeuner d’artistes,
Skagen, 1885-1888
Le toast présenté lors d’un
« après-midi d’artistes »
comme se nomme aussi parfois ce tableau, fait la
preuve d’une grand moment de bonheur collectif.
Mais il n’est pas une orgie répréhensible, la
mère qui y fait participer sa petite fille en
est bien la preuve.

Roses,
1893
Vie harmonieuse et paisible
dans une nature magnifique bénie de Dieu. KrØyer passe des étés
heureux en compagnie de son épouse Marie et de
leur chien dans une maison amie à Skagen. Il ne
se dessaisit jamais de ce tableau qui ne fut
vendu qu’après sa mort.

Petite
fille débout sur la plage de Skagen,
1884
Et même dans son milieu
plus modeste, c’est manifestement à une
méditation paisible que se livre tranquillement
cette gentille petite fille.
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