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SpiritualitÉ des images

 

Vilhelm HammershØi, Intérieur. Coin de salle à manger, Strandgate 30, 1899

 



HammershØi


Le maître de la peinture danoise

 

Musée Jacquemart-André
Jusqu’au 22 juillet 2019


 

Gilles Castelnau

 

20 mars 2019

La grisaille austère qui émane de cette exposition fait penser – pour ceux qui l’ont vu – au film Le Festin de Babette qui symbolise le puritanisme glacial du Danemark – pour ceux qui ne l’ont pas vu !

Le Coin de salle à manger placé ci-dessus en exergue frappe par la silhouette de cette femme vêtue de noir, ne portant ni collier ni écharpe de couleur et tournant le dos au visiteur. Elle est, nous dit le titre, dans une salle à manger mais la table est totalement vide, le mobilier de la pièce est réduit à une chaise et à un poêle. Les deux portes sont, certes, élégantes mais elles sont fermées et aucun mouvement ne suggère aucun élan de vie.
Cette femme était Ada, l’épouse du peintre. On le sait car c’est toujours elle qu’il représente.


Vilhelm HammershØi, Intérieur, Strandgate 30, 1899


Les HammershØi viennent d’emménager dans cet immeuble du 17e siècle cossu et confortable. Ils n’y sont pas malheureux. Voici Ada qui dépose – ou enlève – une tasse de la table. On voit bien qu’elle ne porte aucun bijou et qu’elle n’est ni souriante ni enjouée. Elle n’est pas forcément triste : tranquille et intériorisée peut-être.

Son visage est, certes, peu apprêté. Elle est sans bijoux et mal coiffée :
«  Moche ! » commente une visiteuse sophistiquée et bien fardée... Moche peut-être mais non revêche, ni déplaisante. Calme et sereine certainement, participante à un monde tranquille où aucun plaisir, aucun sentiment douteux n’incite à la distraction, au péché !


Vilhelm HammershØi, Intérieur avec une femme arrangeant des fleurs dans un vase, 1900

 

Ada installe pourtant un bouquet de fleurs. Ce n’est pas grand chose. Un peu de vie néanmoins.
Vilhelm HammershØi n’est pas un peintre gai. Il est taciturne, secret, sans amis, porté au repliement sur soi et sa famille proche : il ne peint personne d’autre que sa femme et lui qui a beaucoup voyagé nous donne une peinture qui ne sort jamais des quatre murs de son appartement de. Copenhague.
Il faut bien prendre conscience du fait qu’il est un de ces protestants luthériens puritains tutoyeurs de Dieu parfaitement conscients d’être des enfants de Dieu, pécheurs pardonnés attachés au monde d’en-haut et délivrés des plaisirs matériels.

La vision du monde qu’il nous propose n’est certainement pas un accablement dans la tristesse ou la mélancolie. Elle est celle d’un sentiment de responsabilité personnelle, attaché aux choses d’en haut et détachée des divertissements vains de ce monde qui passe.


Carl Holsoe, La Femme de l’artiste dressant la table, 1884-1888


Carl Holsoe , son ami, peint, lui aussi, étrangement, des femmes de dos.
Ces figures sont comme une tapisserie que l’on regarderait à l’envers, en ne voyant que des fils emmêlés sans signification mais en sachant que l’autre côté, celui qu’on ne peut pas voir, est sans doute magnifique, que les couleurs s’agencent en une figure compréhensible et signifiante.
De même le croyant sait que l’on ne peut jamais saisir le vrai visage d’un être – même pas de sa propre épouse ! – tel qu’il est en profondeur, en vérité, tel que Dieu le voit. On peut seulement le croire, l’ « espérer » et c’est lui qu’il convient d’aimer.

 

René Magritte, Le Maître d’école, 1954

 

Magritte aussi a représenté des personnages de dos. Avait-il la même pensée sous-jacente que les peintres danois ?

 

Peter Ilsted, Intérieur, 1896

 

Peter Ilsted est le beau-frère de Vilhelm HammershØi. Il peint lui aussi des femmes de dos. L’aspect un peu mystérieux de cette posture correspond aussi au secret manifesté par le vide de ce logement. Très peu de meubles, rien au mur, pas de décoration : que s’y passe-t-il dans la vie courante ? Quelle en est l’ambiance ? N’y a-t-il aucune animation, aucune vie ?

 

Vilhelm HammershØi, Intérieur avec un pot de fleurs, Bredgate 25. 1910-1911

 

La peinture de Vilhelm HammershØi manque de netteté. Les contours des personnages, des meubles et de l’ensemble sont un peu flous. Il ne se permet pas, sans doute, de représenter avec exactitude et précision un autre être, même proche et aimé ni même son logement. Il maintient toujours une atmosphère d’incertitude qui provient de la conviction que l’on ne peut prétendre avoir tout compris de cette personne ou de son lieu de vie dont Dieu pénètre la vérité profonde.

 

Vilhelm HammershØi, Paysage, 1909

 

Aucun détail pittoresque dans ce paysage, aucune animation, aucune présence humaine : rien qui attire l’attention et détourne de la méditation intérieure qui convient à un luthérien danois.

En sortant de cette exposition, nul doute qu’on puisse réfléchir à jeter sur le monde, sur les autres, sur soi-même un regard, certes profond et méditatif mais tout de même un peut plus souriant !

 


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