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SpiritualitÉ des images



Théodore Géricault , Joseph, dit le Nègre, 1818-1819


Le modèle noir


de Géricault à Matisse

 

Musée d’Orsay

jusqu’au 21 juillet 2019

 

Gilles Castelnau


 

19 avril 2019

Cette grande exposition est très belle et émouvante. Ses nombreux et - souvent magnifiques - tableaux montrent en effet la manière dont on pouvait regarder les noirs. Les peintres ont, en effet, souvent une profonde sensibilité humains et fraternelle à l’égard de leurs contemporains. C’est le cas notamment en ce qui concerne l’esclavage qui n’a été aboli qu’après la Révolution de 1848 et la Seconde République.

L’exposition s’efforce d’en présenter l’évolution en énumérant successivement l’ère de l’abolition, la Nouvelle Peinture et les débuts de l’avant-garde, les artistes post-guerre er contemporains. Mais le visiteurs se laisse plutôt saisir par la puissance expressive de ces tableaux et leur beauté.


Théodore Géricault , Joseph, dit le Nègre  1818-1819 (tableau placé ci-dessus en exergue)
Géricault aimait peindre cet homme qui était acrobate à Paris et dont il était devenu ami. Il l’a, d’ailleurs, représenté à trois reprises dans son Radeau de la Méduse.
Le regard tourné vers le haut suggère une attitude de faiblesse dépendante appel à la sympathie et la protection du visiteur. Les ligues d’émancipation des Noirs luttaient à cette époque contre l’esclavage en Angleterre et en France et Géricault leur apporte sa contribution en peignant un « nègre » au visage très humain et sympathique, bien loin des stéréotypes des « esclaves » aux traits traditionnellement bestiaux et « négroïdes ».


François-Auguste Biard, L'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises le 27 avril 1848


C’est peut-être Victor Schœlcher
, sous-secrétaire d’État à la Marine qui est représenté, le décret pour lequel il s’était tant impliqué à la main. Son bras levé désigne le drapeau tricolore symbole de la 2e République qui remplace désormais le drapeau blanc de la royauté et qui donne la liberté aux Noirs des colonies.
Ceux-ci manifestent leur joie. Leur nudité tranche sur l’habillement de leurs anciens maîtres et maîtresses. Les deux demoiselles devant qui une ancienne esclave s’agenouille semblent bien empruntées et leur père debout derrière elles regarde la scène avec scepticisme.
Mais l’enthousiasme du couple aux chaînes brisées qui s’embrasse debout au centre du tableau entraîne l’adhésion de tous dans son enthousiasme magnifique.
Le tableau a été présenté au Salon de 1849.

 


• « olympia » : Édouard Manet, Olympia, 1863


Ce tableau présenté au Salon de 1865 y a créé un scandale retentissant. On oubliait que bien d’autres nus plus ou moins sensuels avaient déjà été peints sans provoquer d’autres réactions que l’admiration. C’est évidemment le visage dur et le regard direct de la femme toisant le visiteur qui le déstabilise, ainsi que les détails – la mule, le bracelet, les ruban dans les cheveux, les draps froissés – qui rendent la scène réaliste et actuelle alors que les « Vénus » précédentes étaient représentées dans un environnement désincarné et ne croisaient pas notre regard.
La servante noire contribue également à l’étonnement général avec le bouquet qu’elle apporte de la part, sans doute, d’un visiteur admirateur. Et la présence énigmatique du chat semble ajouter, sans qu’on se l’explique vraiment, un élément de vive sensualité.

 

Jean-Léon Gérôme, Bain turc, 1870

 


Beauté exotique, nudité, seins nus de la servante noire, couleurs de cet étonnant rideau, brillance du magnifique turban de la femme noire et de son splendide bassin.
Présenté à l’exposition universelle de Paris, 1878, ce tableau ne pouvait qu’enthousiasmer le public élégant – et masculin – de Paris

 

Jean-Léon Gérôme, Étude d’après un modèle féminin pour « à vendre, esclaves au Caire », vers 1872

 


Gérôme fait partie des « pompiers », ces peintres – mentionnés sur ce site - qui séduisent et émeuvent en peignant ce qu’ils prétendent être des photographies  de la réalité humaine. Mais, s’ils sont effectivement véritablement humanistes et laissent s’exprimer leurs sentiments de fraternité et de compassion, doivent pour cela transgresser la « vérité » et la présenter d’une manière tellement idéalisée que les historiens plissent le nez.

Gérôme s’est rend à fréquentes reprises en Afrique et notamment en Égypte. Il était fasciné par la « réalité » humaine qu’il y découvrait. Il en dessinait sur place des esquisses et, de retour à Paris, dans le silence de son atelier, il en élaborait ses tableaux avec finesse et élégance, sensibilité et compassion.
Il ajoutait alors les détails « qui font vrai » et montrent une réalité qui n’a jamais vraiment existé mais qui est magnifiquement transcendée dans des fantasmes saisissants.
Ainsi ce beau visage de femme révélant une assurance intérieure qui fait évidemment contraste avec le collier de l’esclave qui va être vendue.

 

Jean-Léon Gérôme, A vendre, esclaves au Caire, 1873

 


Nous sommes sous la Troisième République. Gérôme émeut les Parisiens en revenant plusieurs décennies auparavant à l’époque d’avant la liberté. On reconnaît la femme noire stoïque et paisible dans l’attendre de son futur propriétaire. La femme blanche est rongée d’inquiétude.
Femmes objets à vendre en même temps que le perroquet, le petit singe, le glaive et peut-être le tapis !

 

Paul Colin, La revue nègre, 1925

 


C’était les années folles : Le music-hall des Champs Élysées faisait courir les foules parisiennes à l’affut du scandale : la « danse sauvage » de Joséphine Baker déhanchée à moitié-nue avec sa ceinture de bananes, les « nègres » prenant des poses caricaturales avec leurs sourires rigolards sur des airs de jazz (Sydney Bechet lui-même faisait partie de l’orchestre).

 

 

Dorothea Charol, Joséphine Baker, 1928, porcelaine

 


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