
Ceci n’est pas une pipe : La Trahison des images, 1929
René Magritte
1898-1967
la trahison des images
Centre Pompidou
jusqu’au 31 décembre 2016
Gilles Castelnau
23 novembre 2016
René Magritte est un peintre belge qui a connu le milieu Dada à Bruxelles dans les années 1920 puis est venu s’installer en 1927 en Région parisienne où il a fréquenté le groupe surréaliste français : André Breton, Salvador Dali, Paul Éluard, Max Ernst, Jacques Prévert etc.
Les surréalistes ne supportaient plus le conformisme étouffant et bien-pensant des années 1920-1930, la droitisation de la société (ils étaient volontiers communistes et critiquaient la religion, la patrie, les valeurs bourgeoises). Ils mettaient en question globalement la pensée unique et toutes les structures de la culture officielle de l'époque.
Magritte, quant à lui, réfléchissait par sa peinture au sens que peut prendre dans notre monde la représentation des objets, de la nature et du monde qui nous entoure :
Nous voyons le monde à l’extérieur de nous-mêmes et cependant nous n’en avons qu’une représentation en nous. dit-il en 1940.
Ceci n’est pas une pipe ; La trahison des images, 1929 en exergue ci-dessus.
Par cet exemple tout simple il fait remarquer la manière dont les choses se passent dans notre esprit.
Pouvez-vous la bourrer ma pipe ? Non, n’est-ce pas, elle n’est qu’une représentation. Donc si j’avais écrit sous mon tableau : "ceci est une pipe", j’aurais menti !

La Durée poignardée, 1938
Évidemment l’apparente simplicité de son expression fait penser à un jeu d’enfants.
Didier Ottinger, le commissaire de l’exposition écrit :
Juxtaposant une locomotive et une cheminée, Magritte nous invite à rapprocher voire à confondre, deux objets qui émettent des panaches de fumée. C’est un principe d’équivalence entre cheminée et locomotive que nous propose « La Durée poignardée ». Foyer et locomotive doivent leur raison d’être au feu qu’elles ont vocation à héberger. Ce principe de similitude fait de la cheminée le double de la locomotive. Elle devient l’agent par lequel la maison est propulsée, à toute vapeur, dans les plaines de la poésie et de l’imaginaire.

La Moisson, 1943
La victoire de l’Armée rouge à Stalingrad en 1943, apparaît à Magritte comme la promesse d’une ère nouvelle. Après les années de guerre et de privation, il veut faire de son art la célébration d’un hédonisme retrouvé, d’une joie de vivre. Sa Moisson dit la sensualité, la fécondité, l’abondance des temps à venir. Magritte entre dans sa « période Renoir » qu’il propose bientôt à André Breton comme dépassement du surréalisme ténébreux, en phase avec l’angoisse des années d’avant-guerre.
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La Décalcomanie, 1966
Le visiteur qui regarde ce tableau croit se voir lui-même de dos, ce qui est naturellement tout à fait impossible. Il aperçoit aussi sa silhouette découpée et laissant apparaître le ciel et ses nuages et, au fond, la mer. A-t-il disparu ? N’est-il en réalité qu’un fantôme ? Une absence ? Magritte joue-t-il avec nous ou veut-il exprimer quelque chose de profond ? Lorsqu’on lui a demandé, un jour, ce qu’il y avait « derrière » ses tableaux, il a répondu qu’il n’y avait que le mur sur lequel ils étaient accrochés et derrière le mur, toute la nature...

Le Blanc-Seing, 1968
Il faut remarquer que l’arbre mince qui cache l’épaule, le manteau de la cavalière et la patte arrière du cheval s’enracine étrangement derrière l’arbre plus gros qui est pourtant lui-même derrière elle.
Et l’intervalle entre deux arbres est opaque et cache l’encolure du cheval.
Didier Ottinger écrit :
Comme les rideaux, les obstacles visuels entre nos yeux et le monde dissimulent autant qu’ils révèlent. Magritte a résolument fait le choix d’une peinture de l’esprit, contre celle soumise aux imperfections et aléas de l’œil. Ses images, qui revendiquent leur arbitraire peuvent dès lors faire le choix du savoir au détriment du perçu. Rien n’empêche le vide entre deux arbres de prendre visuellement le pas sur la forme qui le comble, rien ne s’oppose à ce qu’arrière et avant-plans n’intervertissent leur place dans la marqueterie qui constitue l’image.
« Quand on voit ce qu'on voit » dit-on souvent. Et Magritte nous démontre qu'en réalité on ne sait pas très bien ce qu'on voit, ce qu'on dit et... ce que l'on pourrait bien en penser !
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