
Giovanni Battista Moroni, L’Avvocato, Portrait d’un homme tenant une lettre, 1570
La Renaissance dans l’Italie du Nord
National Gallery de Londres
Gilles Castelnau
30 décembre 2017
Ce sont des visages sérieux, méditatifs, manifestant une personnalité consciente d’elle-même. Deux salles du musée présentent des portraits saisissants d’humanité émanant de Bologne, de Brescia et de Bergame, en une période méritant son nom de Renaissance.

Lorenzo Costa, Portrait de Battista Fiera, 1507
On est loin des gestes stéréotypés et des attitudes conventionnelles de la période gothique, où l’individualité et le caractère personnel n’étaient jamais exprimés car l’homme gothique n’avait pas d’existence autonome indépendamment du monde céleste auquel il était censé participer en fidèle chrétien, fils soumis de l'Église.

Francesco Francia, Bartolomeo Bianchini, Bologne 1485-1500
Les personnages gothiques étaient représentés en compagnie du Christ et de la Vierge ou accompagnant des scènes bibliques ou de la légende dorée des saints. Leurs agenouillements, l'expression de leurs visages, les mouvements de leurs bras, les gestes de leurs mains loin de manifester le moindre sentiment orignal et personnel, n'avaient pour raison d'être que de montrer leur insertion sincère dans le monde divin.

Lorenzo Costa, Concert, Bologne, 1485-95
Ces trois chanteurs sont encore proches des anges du Quatrocento mais ils n'ont pas d'auréole et le cartel remarque qu'ils battent la mesure de leur doigt !
Le cartel (que je traduis de l’anglais) dit :
« Au 15e siècle les peintres s’efforçaient de représenter l’harmonie musicale et l’expression inspirée des chanteurs. Remarquez que le premier et le trosième chanteurs battent la mesure du doigt sur le rebord de marbre. »
En ce brillant XVIe siècle, Le Titien, Tintoret et Véronèse sont à Venise,
Michel Ange à Rome, Bronzino à Florence. Les Cranach, amis du réformateur Martin Luther, à Wittenberg. Léonard de Vinci est en France, invité par François Ier et Jean Clouet ainsi que plusieurs peintres néerlandais sont à Fontainebleau
(voir sur ce site : François Ier et l’art des Pays-Bas)

Lorenzo Lotto, Portrait d’une femme inspirée par Lucrèce, 1530
« Ce portrait représente les fiançailles ou le mariage de cette femme élégante de la province de Venise, peut-être Brescia ou Bergame. Le dessin qu’elle brandit représente Lucrèce, l’héroïne romains qui se tua après avoir été violée par le fils du roi Tarquin. »
La Réforme protestante récusant l’enveloppement moral, spirituel et intellectuel du système catholique est en train de se développer depuis l’Allemagne de Luther comme un feu dans toute l’Europe.
Le geste de Luther d'afficher ses fameuses 95 thèses a lieu en 1517. On remarquera que plusieur de ces tableaux datent d'avant : ce n'est pas Luther qui était en avance sur sontemps, c'est bien le mouvement de la Renaissance, dont Luther était partie prenante, qui a lancé le protestantisme.
Les protestant italiens sont vaillants mais peu nombreux, horriblement persécutés et même massacrés. Ils sont pourtant présents dans les vallées des Alpes – pas très loin. En 1532 leurs synode national de Chanforan adhère à la Réforme protestante européenne.
Ce qui n’est pas loin non plus est la ville de Trente où, de 1545 à 1563 se déroule le concile de Trente qui instaure la Contre-Réforme et constitue l’Église catholique conservatrice que nous connaissons de nos jours.

Giovanni Battista Moroni Portrait d’un homme aux sourcils levés, 1570
« Cet homme est militaire. Sa tunique est de celles que l’on portait sous l’armure. Ses manches sont celle d’une cotte de maille. »

Moretto da Brescia, Portrait d’un jeune homme, 1540-1545
« Sur la lettre qu’il tient à la main et qui est soulignée par un rayon de lumière on peut déchiffrer : "au très honorable seigneur Julius" qui le désigne sans doute. »
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