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Spiritualité des images

 

Jean Cavalier
jouant le choral de Luther
devant sa mère mourante

 

 Puvis de Chavannes (1824-1898)

Musée des Beaux Arts de Lyon

.

 

 

 

Gilles Castelnau

 

6 septembre 2007
Ce grand tableau frappe et attire le regard dès l'entrée dans la salle.
La scène est surprenante de ce jeune homme jouant du violoncelle avec une attention et une tendresse frappantes pour une femme âgée et malade qui ne le quitte pas des yeux. Le mouvement de son visage tourné vers elle, son geste de musicien, la couleur rouge de son vêtement, le ciel lumineux et le vaste horizon qui s'ouvre derrière lui le montrent plein de vie et de dynamisme. La femme vêtue de noir, dont le visage est aussi blanc que ses cheveux et son grand oreiller, sa tête qu'elle ne peut plus soulever, suggèrent sa très grande faiblesse. La relation d'amour entre eux est saisissante.

Puvis de Chavannes explique ces choses et donne encore davantage à penser en donnant son titre à ce tableau : « Jean Cavalier jouant le choral de Luther devant sa mère mourante »

Jean Cavalier était un jeune chef camisard - il avait 22 ans - dans la célèbre révolte qui souleva les Cévennes protestantes en 1702-1704. Originaire d'Anduze où il avait été berger et apprenti boulanger, il s'était réfugié à Genève lorsque les persécutions religieuses avaient commencé. Il en était revenu au début de la grande insurrection. A la fin de la guerre, le maréchal de Villars écrivit de lui au ministère de la guerre : « C'est un paysan du plus bas étage, petit et aucune mine qui impose, mais ayant une fermeté et un bon sens surprenants. Il a beaucoup d'arrangement pour ses subsistances et dispose aussi bien ses troupes que des officiers pourraient le faire. Du moment que Cavalier a commencé à traiter, jusqu'à la fin il agit toujours de bonne foi ».

La tradition a perduré de cette visite qu'il aurait faite à sa mère mourante, au cours de laquelle il lui aurait chanté, comme Puvis de Chavannes a choisi de le représenter, le célèbre cantique de Luther « C'est un rempart que notre Dieu ». Ce cantique qui a été composé en langue allemande à partir du Psaume 46 de la Bible a connu un succès extraordinaire dans tous les milieux protestants. Il a été traduit en français à Genève dès le 16e siècle. Puvis de Chavannes devait sans doute plutôt penser à la traduction et la mise en musique qui venait d'en être faite en 1845 et qui est toujours chantée aujourd'hui :

 

C'est un rempart que notre Dieu :
Si l'on nous fait injure
Son bras puissant nous tiendra lieu
Et de fort et d'armure.
L'ennemi contre nous redouble de courroux
Vaine colère
Que pourrait l'adversaire ?
L'Éternel détourne ses coups.

 Seuls nous bronchons à chaque pas,
Notre force est faiblesse.
Mais un héros dans les combats
Pour nous lutte sans cesse.
Quel est ce défenseur ?
C'est toi puissant Sauveur,
Dieu des armées
Tes tribus opprimées
Connaissent leur libérateur.

 Que les démons forgent des fers
Pour accabler l'Église,
Ta Sion brave les enfers
Sur le rocher assise.
Constant dans son effort,
En vain avec la mort
Satan conspire.
Pour briser son empire
Il suffit d'un mot du Dieu fort.

 Dis-le ce mot victorieux
Dans toutes nos détresses.
Répands sur nous du haut des cieux
Ta force et sa sagesse.
Qu'on nous ôte nos biens
Qu'on serre nos liens
Ta main nous garde
Plus loin nos yeux regardent
Car ton royaume est pour les tiens

 

Puvis de Chavannes n'était pas protestant mais il état proche du peintre Ary Scheffer, très connu à l'époque et qui faisait acte public de protestantisme. C'est sans doute par lui qu'il a appris à connaître le cantique de Luther dans la nouvelle édition qui venait de sortir.

Le chant des psaumes et des cantiques est, en effet, une caractéristique de la Réforme protestante qui s'est détournée de la musique religieuse catholique chantée en latin par des religieux dans le choeur de l'église, pour être une forme d'expression spirituelle donnée à tous.

Puvis de Chavannes a sans doute été frappé par cette attitude de Jean Cavalier, jeune guerrier quittant pour un instant la violence des combats pour dorloter sa vieille mère, remplaçant son fusil  par un violoncelle et chantant les antiques paroles destinées à redonner courage à celle que ses forces abandonnent.

L'idéalisme de Puvis de Chavannes était fait de mystique et de symbolique qui nous touchent aujourd'hui mais qu'à l'époque son entourage ne comprenait guère : preuve en est un éditorial de la Revue des Deux Mondes qui critiquait ainsi l'excès de « pensée » de son tableau l'Espérance : « Pour être le dupe des grandes pensées de monsieur Puvis de Chavannes, il faut un degré de naïveté bien rare ! »

 

L'Espérance, 1871, musée d'Orsay

 

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Le carillon du beffroi de la mairie du 1er arrondissement de Paris, voisin de l'église Saint-Germain l'Auxerrois où résonnèrent les cloches déclenchant le massacre de la Saint-Barthélémy, est avec ses 40 cloches, un des plus importants de France. Il joue tous les jours le cantique de Luther « C'est un rempart que notre Dieu » à 20 h et le dimanche à 12 h 45.

 

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