
Raphaël, La Donna Velata, 1516
Raphaël
les dernières années 1483-1520
Musée du Louvre
jusqu’au 14 janvier 2013
Gilles Castelnau
18 novembre 2012
En janvier 2002 le musée du Luxembourg nous avait donné une magnifique exposition « Grâce et beauté » des femmes que Raphaël avait aimées et si bien peintes.
Son amour de la vie et de la beauté - particulièrement celle des femmes – rayonnait tant dans ses portraits qu’ils lui valaient une énorme célébrité. Il savait si bien donner une élégance sobre, raffinée et séduisante aux visages qu’il peignait, que ce soit celui d’une madone ou celui de sa maîtresse la Fornarina, appelée ci-dessus « La Donna velata ». Il s’intéressait d’ailleurs à leur séduction plus qu’à leur psychologie : ses madones ressemblaient à ses maîtresses et celles-ci étaient belles comme des madones.

La Vierge à l'Enfant avec le petit saint Jean-Baptiste,
dite La Belle Jardinière,
1505-1508
A la fin de sa vie il dirigeait un atelier de 50 artistes dont certains sont aussi renommés que Jules Romain (Giulio Romano) ou Gian Francesco Penni auxquels le Louvre rend hommage en exposant un grand nombre de leurs tableaux à la suite de ceux de Raphaël.
Giulio Romano (dit Jules Romain), Portrait de Jeanne d’Aragon, 1518

Gian Francesco Penni, la Madone au livre, 1512-1514
Les commissaires écrivent : « Il enrichit son modèle d’une grande variété d’expressions : la joie enfantine de Jésus et du Baptiste, l’amour maternel de la Vierge, la réflexion mélancolique de Joseph ou d’Anne. »
Cela est peut-être exagéré. Les magnifiques tableaux de Raphaël et de ses amis me semblent tout simplement typiques de la Renaissance qui permettait à l’humanité un épanouissement libre et heureux libéré de l’ère glaciaire de la religion médiévale : les visages des enfants Jésus et Jean-Baptiste n’incitent guère à une méditation religieuse profonde ; l’expression songeuse attribuée à la Vierge aussi bien par Raphaël que par ses élèves est bien la même que celle de la belle Donna velata ; et la « mélancolie » de Joseph ou d’Anne n’est pas grave et n’exprime en tous cas pas d’élévation spirituelle.
Les Préraphaélites.
C’est d’ailleurs bien ce qu’ont pensé, longtemps après, au milieu du 19e siècle un groupe de jeunes peintres anglais novateurs qui reprocheront justement à Raphaël d’avoir mis en œuvre le grand mouvement qui s’est étendu jusqu’à l’ennuyeuse et conventionnelle Angleterre victorienne, d’une peinture magnifique et qu’ils jugeront académique, désincarnée, inexpressive et indigne de l’humanité. N’avaient-ils pas exposé un tableau de Raphaël portant l’inscription : « cracher ici » !
Ils ne figurent pas dans l'exposition du Louvre. Il faut aller à la Tate Gallery de Londres pour les voir. Mais les regarder permet de mieux prendre conscience de l'œuvre de Raphaël.
Sans récuser évidemment la remarquable technique picturale de Raphaël, sans non plus retomber dans l’asphyxiante pensée unique du Moyen-Age, ils ont voulu remonter au-delà de Raphaël dans l’explosion humaniste de la Première renaissance dite du Quattrocento.
Les « pré-raphaéliques » - Millais, Hunt, Rossetti, Burne Jones, que l’on a pu voir en 1999 au musée d’Orsay - travaillaient eux aussi leur technique picturale et utilisaient notamment des couleurs brillantes mais ils voulaient retrouver dans les traditions anciennes de l'imaginaire anglais les idées originales permettant d’exprimer une présence au monde sérieuse, vécue passionnément, une spiritualité authentique et profonde.

John William Waterhouse, The Lady of Shalott, 1888

John Collier, Lady Godiva 1898

Burne Jones, l’Arbre du pardon, 1881

William Rossetti, Venus Verticordia

John Millais, Ophélie

William Hunt, la Lumière du monde
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