Ouvrez nous donc la porte !
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Textes poétiques
Rassemblés par
Jacques Gradt
24 mars 2020
prier
Toi, le Christ
Frére Roger, Taizé
Toi, le Christ
tu te charges de ce qui nous charge
au point que,
débarrassés de ce qui alourdit
notre existence,
nous reprenions à tout moment
la marche légère
de l'inquiétude vers la confiance,
de l'ombre vers la clarté de l'eau vive
de notre volonté propre
vers la vision du Royaume qui vient
Alors, bien que nous osions
à peine l’espérer,
tu offres à chaque être humain
d’être un reflet de ton visage.
Le cri de la Beauté éternelle
Muhammad Iqbal
1877-1938
poète et philosophe, indien musulman
Le calame de Dieu, parmi les images de beauté et de laideur,
A dessiné pour chacun de nous celle qui lui convient.
Qu'est-ce qu'« être », le sais-tu, ô homme noble ?
C'est participer à la beauté de l'Essence divine.
Créer ? C'est rechercher l'Aimé, c'est s'ouvrir soi-même à l’autre !
Toute cette multitude tumultueuse d'êtres
Sans notre Beauté ne serait jamais venue à l’existence !
La vie est éphémère aussi bien qu'éternelle,
Elle n'est que créativité et brûlant désir !
Es-tu vivant ?
Alors sois brûlant de ferveur, sois créateur,
Embrasse comme nous tous les horizons de l'univers.
Renverse et brise tout ce qui n'est pas digne de toi,
Des profondeurs de ton être fais surgir un monde nouveau !
Pour un homme libre, il est pénible de vivre dans le monde d'autrui.
Celui qui ne possède pas de pouvoir créateur
A mes yeux n'est qu'un impie et un hérétique !
Il ne participe pas à ma Beauté, il n'a pas goûté aux fruits de la vie !
Ô homme de Dieu ! Sois acéré comme le glaive,
Sois toi-même l'arbitre de ton propre univers !
Que ta vie soit un chant !
saint Augustin
(Commentaires des Psaumes 148, 149 et 146)
Nous louons Dieu, rassemblés dans l’église.
Quand chacun de nous retourne à ses affaires,
il semble qu’on cesse de le louer.
Ne cesse pas de bien vivre
et tu loueras Dieu par ta vie
en chantant « Alléluia ! ».
Donne du pain à qui a faim.
Habille celui qui est nu.
Accueille les sans-abri.
Ce n’est pas seulement ta voix qui chante,
mais ta main chante aussi
quand tes actes se conforment à tes paroles.
Si ta langue loue Dieu à certaines heures,
ta vie doit le louer sans arrêt.
Si tu ne chantes qu’avec ta voix,
il y aura des silences.
Que ta vie soit un chant
que rien n’interrompt.
Chante avec ta voix.
Que ton cœur ne se taise pas.
Ne laisse jamais ta vie se taire.
Votre prière
est une conversation avec Dieu.
Lorsque vous lisez l'Ecriture,
Dieu vous parle;
lorsque vous priez,
vous parlez à Dieu.
St Augustin
Toi qui es au-dessus de nous
Dag Hammarskjold
1905-1961
ancien Secrétaire général de l’O.N.U.
Toi !
Toi qui es au-dessus de nous,
Toi qui es un de nous,
Toi qui es aussi, en nous,
Fais que tout le monde te voie aussi en moi,
Que je prépare le chemin.
Qu'alors je te remercie de tout ce qui m'arrive;
Qu'alors je n'oublie pas la misère des autres.
Garde-moi dans ton amour
Comme tu veux que les autres
Demeurent dans le mien.
Que tout ce qui fait partie de mon être
Te soit gloire,
Et que je ne désespère jamais;
Car je suis dans ta main,
Et en toi sont toute force et toute bonté.
Donne-moi un cœur pur, afin que je voie,
Un esprit humble afin, que j'entende,
L'esprit de l'amour, afin que je te serve,
L'esprit de la foi, afin que je demeure en toi.
Toi
Que je ne connais pas mais à qui j'appartiens.
Toi
Que je ne comprends pas
Mais qui m'a voué à mon destin.
Toi.
Prière des ânes
paru dans Ensemble, mensuel protestant du Sud-Ouest Toulouse 1990
Donne-nous, Seigneur, de garder les pieds sur terre et les oreilles dressées
vers le ciel pour ne rien perdre de ta Parole.
Donne-nous, Seigneur, un dos courageux
pour supporter les hommes les plus insupportables,
Donne-nous, Seigneur, d'avancer tout droit
en méprisant les caresses flatteuses,
autant que les coups de bâton.
Donne-nous, Seigneur, d’être sourds
aux injures et à l'ingratitude...
c'est la seule surdité que nous ambitionnons.
Ne nous donne pas d'éviter toutes les sottises
car un âne fera toujours des âneries.
Donne-nous, simplement, Seigneur,
de ne jamais désespérer
de ta miséricorde si gratuite
pour ces ânes si disgracieux
que nous sommes...
à ce que disent les pauvres humains
qui n'ont rien compris
ni aux ânes ni à toi,
qui a fuit en Egypte avec un de nos frères.
et qui a fait ton entrée prophétique à Jérusalem
sur le dos d’un des nôtres.
Amen
Comme un radar sur la colline…
Juliette Hacquard
Les jeux du temps et de l'éternité - Cahiers bleus
Ma prière est dressée
comme un radar sur la colline
ma prière est un écran de silence
sur lequel viennent buter
cris et sanglots
paroles ou chansons
Ma prière est là pour capter ces appels
qui ne connaissent pas leur but
et pour les retransmettre plus haut
Et sur la colline, ma prière
tendue et confiante capte aussi la Réponse
Les mots qui se forment
ne sont pas mes mots
car ma prière est faite de silence
Et si ma prière est faite aussi de mots
ces mots ne viennent pas de moi
Ma prière c'est un autre qui la formule en moi
et je projette sur mes frères
qui soupirent qui pleurent qui chantent
la Réponse venue d'Ailleurs
Ma prière n'est qu'un relais sur la colline
La prière parapluie
Olivier Fabre, pasteur
Ferme ton parapluie, mon frère,
la prière n’est pas un parapluie ;
Dieu ne vend pas de parapluie, ma sœur,
Il aime trop le vent !
J’avais peur de me mouiller.
Je me croyais à l’abri
sous ma prière parapluie ;
Mais tu m’as éclaboussé par dessous, Seigneur !
La rafale est venue de côté,
et le parapluie troussé !
J’avais cru, sous le parapluie,
que tu t’y tenais toi aussi,
toi le maître de l’Esprit …
Un p’tit coin d’parapluie,
un p’tit coin de paradis,
c’était ma chance …
J’ai ouvert les yeux,
personne sous le parapluie.
Personne que moi,
un homme au sec,
un homme sec,
doigts crispés sur le manche
de la prière parapluie.
Viens ! Maître du vent et de l’Esprit,
Emporte aux quatre coins du vent
mon ridicule parapluie
et ma prière paravent !
Toi, le Dieu des sans-parapluies
Pousse moi dehors, dans le vent,
mouille-moi, Seigneur !
Mais donne-moi, en même temps la joie et la force
de ceux que tu trempes de l’Esprit !
La prière
Daniel Bourguet (paru dans le mensuel « Ensemble »)
La prière, mon frère,
c'est aussi une aventure étonnante,
qui te fait quitter le port douillet de
certaines certitudes
pour te lancer sur l'océan infini
de l'amour de Dieu.
Il t'appartient de hisser la voile,
de larguer les amarres,
de lever l'ancre, de te mettre à la barre,
de t'exposer au vent sur les profondes eaux...
Le vent ? C'est le souffle de Dieu.
Sans lui tu n'avanceras pas ;
c'est lui qui t'enveloppe et te prend ;
c'est lui qui t'enlace et t'expose ;
c'est lui qui t'entraîne loin du port et qui t'isole..
mais n'aie pas peur !
Il est maître du vent, des courants et des flots ;
l'océan repose sur lui.
Et puis quand tu découvriras
que ta fragile embarcation
n'a laissé derrière elle aucune trace
pour retourner au port,
il te sera donné de découvrir, émerveillé,
une main amie tenant la barre avec toi...
Alors tu iras jusqu'au bout...
Mais va mon frère, le vent se lève...
Prière de Martin Luther
Martin Luther
1483-1546
Je ne veux Seigneur ni or ni argent,
Donne-moi une foi ferme et inébranlable.
Je ne cherche Seigneur ni plaisirs,
ni joies de ce monde,
Console-moi et affermis-moi par ta sainte Parole.
Je ne demande pas honneurs
et considération du monde
qui ne peuvent en rien me rapprocher de Toi;
Donne-moi ton Saint-Esprit,
pour qu'il éclaire mon cœur, me fortifie
et me console dans mon angoisse et ma misère.
Garde-moi jusqu'à ma mort dans la vraie foi
et la ferme confiance en ta grâce.
Épitaphe
Julien Green
1900-1998
Eglise saint Egid à Klagenfurt
Si j’avais été seul au monde
Dieu y aurait fait descendre son fils unique
Afin qu’il fût crucifié et qu’il me sauvât.
Voilà me dira-t-on un étrange orgueil.
Je ne le crois pas. Cette idée
A dû traverser plus d’une tête chrétienne.
Mais qui donc l’aurait jugé,
Condamné, battu et mis en croix ?
N’en doutez pas une seconde,
C’est moi.
J’aurai tout fait.
Chacun de nous peut dire cela.
Tous tant que nous sommes et de tous les coins du monde.
S’il faut un juif
Pour lui cracher au visage ?
Me voilà !
Un fonctionnaire romain pour l’interroger,
Un soldat pour le tourner en dérision,
Un bourreau pour le fixer avec des clous sur le bois
Afin qu’il y reste jusqu’à la fin des temps ?
Ce sera encore moi.
Je saurai faire tout ce qu’il faudra.
Un disciple pour l’aimer ?
Voilà le plus douloureux de cette histoire,
Le plus mystérieux aussi,
Car enfin, tu sais bien
Que ce sera moi !
Quand la peur nous prend
Karl Barth
théologien protestant suisse
1886-1968
Quand la peur nous prend,
ne nous laisse pas désespérer !
Quand nous sommes déçus
ne nous laisse pas devenir amers !
Quand nous sommes tombés,
ne nous laisse pas à terre !
Quand nous n’y comprenons plus rien
et que nous sommes à bout de force,
ne nous laisse pas périr !
Non, fais-nous sentir ta présence et ton amour,
que tu as promis aux cœurs humbles et brisés.
Nous te demandons tout cela
au nom du Sauveur en qui tu nous a déjà exaucés
et en qui tu veux continuer de nous exaucer !
O Dieu si mes péchés irritent ta fureur…
Mathurin Régnier
(1573-1613)
O Dieu si mes péchés irritent ta fureur,
Contrit morne et dolent, j'espère en ta clémence
Si mon deuil ne suffit à purger mon offense,
Que ta grâce y supplée et serve à mon erreur.
Mes esprits éperdus frissonnent de terreur
Et ne voyant salut que par la pénitence
Mon cœur, comme mes yeux s'ouvrent à la repentance,
Et me hais tellement que je m'en fais horreur.
Je pleure le présent, le passé je regrette ;
Je crains à l'avenir la faute que j'ai faite ;
Dans mes rebellions je lis ton jugement
Seigneur dont la bonté nos injures surpasse,
Comme de père à fils uses-en doucement,
Si j'avais moins failli, moindre serait ta grâce.
Je ferme les yeux et j'écoute
Jules Supervielle
Ainsi priait celui qui ne savait pas qu'il priait,
Et qui toujours crut ne pas croire
Et pour mieux connaître ma route
Je ferme les yeux et j'écoute.
Je crois bien que c'est par l'oreille
Que Dieu s'avance
Quand il vient comme en ce moment.
Moi qui ne crois à la prière
Je sens que je le laisse faire.
Et se peut il que l'on résiste
A qui vient de loin, vous assiste,
Et s'installe modestement
Sans le plus petit argument
Au sein de vos propres affaires
Invisible mais déférent,
Pour vos plus obscures misères.
Prier
c’est au-delà du voile
être certain d’une présence
Jacques Gradt
Prier c’est au-delà du voile être certain d’une présence
et au-delà du silence entendre une réponse .
C’est le geste de celui qui croit ne pas croire et prie sans savoir qu’il prie.
Prier ça n’est pas forcément un instant consacré à Dieu,
Ça n’est pas nécessairement parler ;
c’est un mouvement de tout l’être :
révolte, fatigue ou action de grâces.
Prier c’est un appel ! comme on s’appuie sur un compagnon pour ne pas tomber.
C’est un geste d’humilité ! peut-être que l’orgueilleux a du mal à prier.
Prier c’est se savoir faible, pauvre et limité et recourir à plus fort.
C’est faire confiance comme celui qui dort
sans penser toujours au toit qui le protège de la pluie ou du vent.
On ne pense pas toujours à sa respiration ou au cœur qui bat !
Prier c’est aussi contempler, une fleur, le sourire d’un enfant ;
il y faut le silence.
C’est parfois pousser un cri, dire une révolte !
Prier c’est souvent être comme un relais, un écran sur lequel viennent buter
les appels, les cris, les joies des frères, les transmettre plus haut,
et qui sait ? recevoir une réponse.
Prier c’est être là, vrai devant Dieu !
Prier à haute voix en public c’est discrètement éviter
d’imposer un cours de catéchisme à Dieu,
ou encore d’infliger une prédication-bis aux frères !
c’est fermement implorer pour tous, paix tendresse, bénédiction.
.
vivre
Demandez à ce père
Charles Péguy
le Mystère des Saints innocents
Demandez à ce père, si le meilleur moment
n'est pas quand ses fils commencent à l'aimer
comme des hommes,
lui-même comme un homme,
librement, gratuitement,
demandez à ce père dont les enfants grandissent.
Demandez à ce père s'il n'y a pas une heure secrète,
un moment secret, et si ce n'est pas quand
ses fils commencent à devenir des hommes, libres,
et lui-même le traitent comme un homme, libre,
l'aiment comme un homme, libre,
demandez à ce père dont les enfants grandissent.
Demandez à ce père s'il n'y a pas
une élection entre toutes et si ce n'est pas
quand la soumission précisément cesse
et quand ses fils devenus hommes,
l'aiment, (le traitent), pour ainsi dire en connaisseurs,
d'homme à homme,
librement, gratuitement, l'estiment ainsi.
Demandez à ce père s'il ne sait pas que rien ne vaut
un regard d'homme qui se croise
avec un regard d'homme.
La source qui jaillit…
Didier Rimaud
Jésuite, poète, liturge
1922-2003
La source qui jaillit témoigne de la mer,
La feuille dans le ciel témoigne des racines,
La graine au cœur du fruit témoigne de la fleur,
La sève de l'aubier témoigne du soleil,
Il y a plus en vous qu'en toutes les forêts :
Vous avez leur silence et leur monde secret,
Ne cherchez pas ailleurs ce que le cœur enferme :
Découvrez vos jardins, vos marais et vos îles.
Mais cherchez-les très loin, comme font les racines,
Très loin dans les régions nocturnes de vous-mêmes.
Que pour chaque douleur se lève une tendresse !
Qu'il y ait plus d'amour qu'il n'y a de misère,
Qu'il y ait plus de paix qu'il n'y a de colère,
Et bien plus de bonté qu'il n'y a de détresse.
Danse
Jacques Gradt
Que la steppe exulte et fleurisse, Qu’elle se couvre de fleurs,
Qu’elle saute et danse et crie de joie ! Esaïe 35,2
Dans la Bible la création tout entière danse. Hommes et femmes y dansent aussi.
La prophétesse Myriam sœur d'Aaron et de Moïse prend en main le tambourin, toutes les femmes sortent à sa suite et dansent au rythme de leur cœur empli de joie. La Mer rouge est traversée. L'Egypte et l'esclavage sont bien loin, derrière.
On danse !
David vêtu de sa seule confiance en son Dieu s'était avancé contre un Goliath pesamment cuirassé de la tête au pied. Il revient victorieux, les femmes sortent de toutes les villes d'Israël, chantent et dansent au son des tambourins, des cris et des sistres Un jet de pierre du jeune berger, fond la peur et renaît la vie !
On danse !
Devenu roi, ceint d'un léger éphod de lin, David accompagne l'arche de l'Alliance vers sa nouvelle capitale Jérusalem et là encore il tournoie, saute danse à la gloire de l'Eternel qui l'avait pris au pâturage, derrière le troupeau pour en faire ce grand roi qui ne cesse de chanter :
Tu as changé mon deuil en danse et mes oripeaux en habit de fête Ps. 30 12
Qu'ils dansent les os que tu as brisés ! Ps. 51
Chantez pour le Seigneur un chant nouveau
Louez son nom par la danse ! Ps. 149,3
Louez-le par le tambourin et la danse ! Psaume 150,4
Et qui donc a dit :
Il y a un temps pour se lamenter et un temps pour danser ?
Au retour de l'enfant prodigue, on danse encore pour exprimer la victoire, la libération, le renouveau, le retour de celui qui était mort et qui revient à la vie,
On danse la grâce plus forte que la pesanteur !
D'où nous vient ce désir, ce besoin de danser ? Et si c'était la tentative de retrouver un état une forme de vie enfouie au fin fond de nous-mêmes et qui ne demande qu'à éclater au moindre instant de joie ?
Bien avant d'être promu jardinier de l'Eden, l'homme est modelé, non pas créé comme les étoiles, les plantes ou les animaux, mais modelé, conçu tel une œuvre d'art, poussière prise de la terre, légèreté issue de la pesanteur.
L'homme est là dans les mains de Dieu, tel un filet de sable fin dans les mains d'un enfant, sable assez subtil pour se laisser aller au vent et traverser les océans.
Sable fin extrait de la glèbe, légèreté tirée de la pesanteur voici l'homme à qui Dieu va confier le soin aisé d'un jardin, lieu de beauté et de subtilité, loin des champs à la terre lourde, à la culture pénible ! ...
Léger comme un oiseau.
Au Cantique des cantiques, la jeune femme chante :
Mon bien aimé est semblable à la gazelle ou au faon des biches,
et ce mot « faon » s’écrit, en hébreu, avec les mêmes lettres que le mot « poussière » et exprime tout autant la légèreté.
Le jeune homme à son tour entonne :
Ma bien aimée est ma colombe, ma parfaite ! ...
Légère comme un oiseau.
Viennent la désobéissance et la chute. L'homme et la femme succombent aux paroles du serpent, le plus rusé de tous les animaux des champs, assez malin pour se faufiler des champs au jardin, du domaine de pesanteur au lieu par excellence de légèreté !
Dieu éloigne alors Adam et Eve de la légèreté du jardin vers la pesanteur de la glèbe :
Tu mangeras ton pain à la sueur de ton visage tant que tu séjourneras dans la terre dont tu as été tiré. Tu es poussière et tu retourneras poussière.
(Le mot hébreu qui dit poussière n'est pas précédé d'un article, il s'agit donc bien d'un état et non d'un lieu).
Condamnation, certes, mais assortie d'une promesse : tu es légèreté et tu redeviendras légèreté, promesse de libération, de retour, de résurrection.
Alors la danse, cette manière de bouger dont le rythme est un permanent défi aux lois de la pesanteur, ne serait-elle pas une tentative de retrouver cet état de légèreté originel ?
La danse qui naît spontanément en nous n'est-elle pas surgissement de l'esprit et rappel de la promesse ?
Le Seigneur de la promesse joue de la flûte et du tambourin...
Alors danse et que la pesanteur tombe à tes pieds de danseur !
Prends ton sourire
Mahatma Gandhi
1869-1948
Prends ton sourire
et donne-le à celui qui n'en a jamais eu
Prends un rayon de soleil
et fais-le percer les ténèbres qui enveloppent 1a terre.
Découvre une source
et purifie celui qui est dans la boue
Prends une larme
et dépose-la sur le visage de celui qui n'a jamais pleuré
Prends ton courage
Et mets-le dans le cœur de celui qui ne peut plus lutter
Découvre un sens à la vie,
et partage-le avec celui qui ne sait plus où il va
Prends dans tes mains l'Espérance
et vis dans la lumière de ses rayons
Prends la bonté,
et donne-la à celui qui ne sait pas donner
Découvre l'amour,
et fais-le connaître à l'humanité
Le sol…
Maurice Béjart
Lettres à un jeune danseur
Actes Sud 2001
Le sol …il faut que tu l'ignores.
Mais il faut que tu l'ignores avec une certaine ruse,
en sachant que tu es issu de lui,
que tu l'ignores
en t'en servant énormément
Avec le sol, par le sol, contre le sol,
sur le sol, au-dessus du sol !
Danse !
Tu l'effleures, tu le quittes, tu le presses, tu bondis,
tu retombes,
tu joues avec le sol comme une balle.
Ce n’est pas ton corps qui s’élève,
c’est le sol qui se dérobe,
et qui revient docile sous tes pieds.
Exactement comme un chien ramène une pierre :
Tu la jettes, le chien cours,
Va et revient, et la pose à tes pieds.
Tu veux sauter :
le sol s’évade,
soudain devient très profond et,
à l’instant où tu en as besoin
il revient comme un tremplin
à nouveau
pour te donner cette gifle sous la plante des pieds
qui va te permettre de toucher les étoiles.
L'hymne à la vie
Mère Térésa
La vie est une chance, saisis-la.
La vie est beauté, admire-la.
La vie est béatitude, savoure-la.
La vie est un rêve, fais-en une réalité.
La vie est un défi, fais-lui face.
La vie est un devoir, accomplis-le.
La vie est un jeu, joue-le.
La vie est précieuse, prends en soin.
La vie est une richesse, conserve-la.
La vie est amour, jouis-en.
La vie est un mystère, perce-le.
La vie est promesse, remplis-la.
La vie est tristesse, surmonte-la.
La vie est un hymne, chante-le.
La vie est un combat, accepte-le.
La vie est une tragédie prends-la à bras-le-corps.
La vie est une aventure, ose-la.
La vie est bonheur, mérite-le.
La vie est la vie, défends-la.
Il est des terres
Michel Schaeffer
Il est des terres que seuls quelques-uns connaissent. Elles effrayent et font souvent baisser les yeux tant on craint qu’un jour on y mettra les pieds. Pour un crime qu’on aura pas commis ou pour celui qu’on aura vraiment fait
Il est des terres où l’on peut voir
Comme échoués au milieu de nulle part
Des inquiétants vaisseaux de pierre
Aux dures lois des portes en fer
Dans ces bateaux où l’on n’est rien
Coupés du monde et loin de tous
Même les mots ne sont plus rien
Que des sons mous
Bien des marins de ces navires
Ont approché de près le pire
Et n’ont plus rien pour l’avenir
Que l’addition à affranchir
Coupable de confiance
De faute ou de violence
Coupables de silence
Ou bien de négligence
Avec ou sans sentence …
Attendre, attendre
Hosanna au plus haut des cieux
Dans cet endroit où l’on étouffe
Viennent parfois des porteurs d’air
Capables d’espérance remplis de bienveillance
Ils n’ont rien de magique
Mais ils laissent derrière eux de ce parfum
Dont ils s’enivrent
Qui semble les faire vivre
Alors je rêve que Tu es là
Que tu partages mon silence
Que tu m’entends
Que tu comprends
Que c’est si dur de rester seul
Dans la terre sèche de mon cœur
Si désolée, si désolée
Et moi qui croyais m’abreuver
A la fontaine des délices
Je verse des torrents salés
Brûlantes larmes du supplice
Du rouge dans les yeux
Des nœuds dans l’estomac
Dans cet endroit où l’on étouffe
Viennent parfois des porteurs d’air
Capables d’espérance, remplis de bienveillance
Ils n’ont rien de magique
Mais ils laissent derrière eux de ce parfum
Dont ils s’enivrent
Qui semble les faire vivre
Alors je sens que tu es là
Et qu’à toi j’offre mon silence
Que tu m’entends
Que tu comprends
Alors je sens que tu es là
Toi qui peut m’ouvrir l’espérance
Que tu m’attends
Et que j’attends
Parfois je sens
Si loin de tout
Que tu es là
Tout près de moi
Au cœur de ces terres de pierre vivent, mêlés, résignés et révoltés enfants, mères, grands-pères tous ceux qu’on a mis de côté, les déchirés, les seuls au monde et tous les autres connus ou ignorés
Je suis le Seigneur de la danse
Sydney Carter
poète anglais, XIIIe siècle
« Expressions de Foi de l'Eglise Universelle » /Défap
Je dansais le matin, lorsque le monde naquit,
Je dansais entouré de la lune, des étoiles, du soleil,
Je descendis du ciel et dansais sur la terre,
Et je vins au monde à Bethléem.
Dansez, où que vous soyez,
Car je suis le Seigneur de la danse:
Je mènerai votre danse à tous, ou que vous soyez;
Où que vous soyez,
Je mènerai votre danse à tous.
Je dansais pour le scribe et pour le pharisien,
Mais eux n'ont voulu ni danser ni me suivre;
Je dansais pour les pêcheurs, pour Jacques et pour Jean:
Eux m'ont suivi et ils sont entrés dans la danse.
Je dansais le jour du sabbat,
Je guéris le paralytique,
Les saintes gens disaient que c'était une honte...
Ils m'ont fouetté, m'ont laissé nu,
Et m'ont pendu bien haut, sur une croix,
Pour y mourir.
Je dansais le vendredi, quand le ciel devint ténèbres :
Ils ont enseveli mon corps, et ils ont cru que c'était fini,
Mais je suis la danse et je mène toujours le ballet.
Ils ont voulu me supprimer,
Mais j'ai rebondi plus haut encore,
Car je suis la Vie, la Vie qui ne saurait mourir ;
Je vivrai en vous, si vous vivez en moi,
Car je suis le Seigneur de la danse...
Au creux des mains
Au creux des mains, la sueur et la peine
au creux des mains la trace de l'outil
au creux des mains le pli des lassitudes
au creux des mains cet enfant tout petit
au creux des mains le sang de la blessure
et cet amour dont rien ne nous guérit
au creux des mains la source la plus pure
où notre soif s'apaise et heureuse, grandit.
La flamme d'une chandelle
Jacques Gradt
après avoir lu Gaston Bachelard
Dans les premiers feux
du monde
elle s'enracine
et rêve loin,
au delà du toujours vu,
la flamme d'une chandelle.
La chaleur du feu endort.
Solitaire et tranquille,
la petite lumière familière
subtile et forte comme la vie
élève la pensée
de qui contemple
la flamme d'une chandelle
Au temps lourd, le sable s'écroule.
Léger, le temps se met à veiller,
où ruisselle,
verticale,
la flamme d'une chandelle.
Elle transfigure le lumignon,
comme le parfum la fleur
la prière le veilleur,
pont de feu
du corps à l'esprit,
la flamme d'une chandelle.
Te rencontrer sans te séduire
Jacques Salomé
Te rencontrer sans te séduire
Te désirer sans te posséder
T'aimer sans t'envahir
Te dire sans me trahir
Te garder sans te dévorer
T'agrandir sans te perdre
T'accompagner sans te guider
Et être ainsi moi-même
Au plus secret de toi.
Ouvrez-nous donc la Porte !
Simone Weil
Pensées sans ordre concernant l'amour de Dieu Cahiers, t. III, p.
Ouvrez-nous donc la porte et nous verrons les vergers,
Nous boirons leur eau froide où la lune a mis sa trace.
La longue route brûle ennemie aux étrangers.
Nous errons sans savoir et ne trouvons nulle place.
Nous voulons voir des fleurs.
Ici la soif est sur nous.
Attendant et souffrant, nous voici devant la porte.
S'il le faut nous romprons cette porte avec nos coups.
Nous pressons et poussons, mais la barrière est trop forte.
Il faut languir, attendre et regarder vainement.
Nous regardons la porte ; elle est close, inébranlable.
Nous y fixons nos yeux ; nous pleurons sous le tourment ;
Nous la voyons toujours ; le poids du temps nous accable.
La porte est devant nous ; que nous sert il de vouloir ?
Il vaut mieux s'en aller abandonnant l'espérance.
Nous n'entrerons jamais.
Nous sommes las de la voir...
La porte en s'ouvrant laissa passer tant de silence
Que ni les vergers ne sont parus ni nulle fleur ;
Seul l'espace immense où sont le vide et la lumière
Fut soudain présent de part en part, combla le cœur,
Et lava les yeux presque aveugles sous la poussière.
« Ce monde est la porte fermée.
C'est une barrière, et en même temps c'est le passage. »
.
S’engager
Je me suis tu !
Martin Niemöller
pasteur allemand opposant au nazisme
Lorsque les nazis vinrent
chercher les communistes,
je me suis tu
je n'étais pas communiste.
Lorsqu'ils ont enfermé
les sociaux-démocrates,
je me suis tu
je n'étais pas social-démocrate.
Lorsqu'ils sont venus
chercher les catholiques,
je me suis tu
je n'étais pas catholique.
Lorsqu'ils sont venus
me chercher,
il n'y avait plus personne
pour protester.
La Tendresse
écrite par quel poète ? et chantée par Bourvil en 1963
On peut vivre sans richesse
presque sans le sous.
Des seigneurs et des princesses,
y'en n'a plus beaucoup !
Mais vivre sans tendresse... on ne le pourrait pas.
On peut vivre sans la gloire
qui ne prouve rien ;
être inconnu dans l’histoire
et s'en trouver bien !
Mais vivre sans tendresse... il n'en est pas question.
Quelle douce faiblesse,
quel joli sentiment,
ce besoin de tendresse
qui nous vient en naissant...vraiment, vraiment, vraiment...
Le travail est nécessaire
mais s'il faut rester
des semaines sans rien faire,
eh! bien... on s'y fait.
Mais vivre sans tendresse, le temps nous parait long...
Dans le feu de la jeunesse
naissent les plaisirs
et l'amour fait des prouesses
pour nous éblouir.
Oui, mais sans la tendresse, l'amour ne serait rien...
Quand la vie impitoyable
vous tombe dessus,
qu'on n'est plus qu'un pauvre diable,
broyé et déçu,
alors sans la tendresse
d'un cœur qui vous soutient... on n'irait pas plus loin.
Un enfant vous embrasse
parce qu'on le rend heureux,
tous les chagrins s'effacent,
on a les larmes aux yeux,
mon Dieu, mon Dieu... mon Dieu,
dans Votre immense sagesse,
immense ferveur,
faites donc pleuvoir sans cesse,
au fond de nos cœurs,
des torrents de tendresse,
pour que règne l'amour... jusqu'à la fin des jours.
If
Casamayor 1970
Si de tes supérieurs, attentif au désir
De plaire, l’occasion ne manque de saisir ;
Si tu peux sans efforts aux plaintes t’assourdir,
Toujours pour le plus fort si tu sais requérir ;
Les méchants et les bons si tu sais sans faillir
Distinguer sans erreur ainsi que sans plaisir ;
Si tu sais sans faiblir,
Pour une peccadille humiliante, au vizir
Porter en saluant une tête qui saigne ;
Si tu veux que partout l’ordre s’impose et règne ;
Si sensible au détail mais ignorant du tout,
Tatillon et mesquin, consciencieux par à-coups,
Tu mouilles de salive et tu colles partout
L’étiquette puni, bel accomplissement !
Si tu gardes les yeux sur le Gouvernement ;
Si tu crois que payer rétablit l’équilibre,
Qu’au fond du cœur d’autrui nulle corde ne vibre,
Que tu es supérieur à ceux que tu meurtris,
Que les coupables seuls du mal doivent le prix ;
Si la peine d’autrui te laisse indifférent,
Si tu confonds toujours justice et châtiment,
Ne soit jamais juge, mon fils !
Casamayor (nom de plume de Serge Fuster, 1911-1988)
est un magistrat et un écrivain français.
Il a écrit une vingtaine de livres,
principalement des essais consacrés à la justice.
La paix, une audace
Dietrich Bonhoeffer
1906 –1945
Commentaire du psaume 85,9
Comment viendra la paix ?
Par un système d'accords politiques ?
Par des investissements économiques ?
Ou par un équilibre dans la course aux armements ?
Non, par rien de tout cela,
et ceci pour la simple raison que dans tous les cas on confond paix et sécurité.
Il n'y a pas de paix possible sur la voie de la sécurité,
car la paix est une audace,
c'est une aventure qui ne va pas sans risques.
La paix, c'est le contraire de la sécurité.
«
Sécurité » signifie méfiance qui à son tour entraîne la guerre.
Chercher la sécurité signifie vouloir se protéger soi-même,
alors que la paix implique un abandon
face au commandement de Dieu.
Dis-leur…
Francine Carillo
In Traces vives Labor et Fides 1997
quand ils n'auront plus sur les lèvres
que l'infinie litanie des désastres,
quand leurs yeux s'arrêteront
sur un ciel verrouillé
et une terre à l'abandon,
quand ils plieront
sous la bourrasque
des illusions perdues,
et quand ils se laisseront gagner
par la froidure du dedans,
dis-leur...
Dis-leur seulement
qu'une Parole vient
qui brise les évidences,
dis-leur que de l'humain,
une autre version est possible,
dis-leur que l'hiver des cœurs
abrite une promesse !
Dis-leur surtout
que la lumière attend de naître
sous leur pas,
dans le terreau de leur fragilité reconnue!
L’Amour
Georges Casalis
1917-1987
théologien, professeur à la faculté de théologie protestante de Paris
(Extrait de « Vers une communauté kénotique »)
L'amour ne force pas, sinon il se transforme en viol :
Il renonce à imposer à l'autre son pouvoir.
L'amour ne calcule pas, sinon il devient prostitution :
Il prend constamment des risques fous.
Il ne donne pas quelque chose, il se donne ; il ne prend rien,
Il s'offre sans réserve.
Il rompt définitivement avec les catégories de l'avoir
et se situe résolument dans celles de l'être :
Il est réduit à l'essentiel, la communication,
le partage de la vie.
Plus question de perdre quoi que ce soit,
plus question de garder quoi que ce soit :
C'est le don sans réserve ni attente
d'une expression de reconnaissance,
d'une réponse adéquate à l'acte gratuit.
Un sens à la vie !
Georges Casalis
I1 y a quelque chose de préférable à la vie, c'est son sens.
Très simplement on peut dire que sa qualité est préférable à sa durée. Le choix décisif se situe, pour tout être humain, entre avoir et être. La personne humaine est prisonnière du péché du vouloir avoir, de la logique de l'avoir et de la puissance.
Car le péché, c'est de se faire et de se vouloir différent sans les autres, dans une espèce d'isolement que l'on considère comme nécessaire et heureux, et de se vouloir aussi finalement toujours contre les autres.
La logique de l'avoir est à la base de toutes les discriminations que nous connaissons dans le monde : qu'il s'agisse du racisme, du sexisme, du nationalisme, du "classisme", peut-être !
Alors que la logique de 1'être, c'est d'accepter d'être comme les autres, en rien différent, en rien supérieur ; c'est la logique d'être avec les autres, et c'est bien sûr aussi la logique de l'être pour les autres.
Mais attention à cet ordre : je dis
« comme, avec, pour ».
Si on commence par le « pour » on est paternaliste, ce qui est une autre forme de discrimination.
Sensations
Hugues Vertet
2000
archéologue, aumônier de la Maison centrale de Moulins Yzeure
Pourquoi suis-je blessé
sans avoir senti la blessure ?
Révolté sans avoir réalisé l’oppression ?
Fracturé sans avoir senti le choc ?
En pleurs, sans avoir senti venir l’émotion ?
Je ne sais pas qui je suis.
Quel chemin il suit,
celui que je rencontre,
quel chemin je suis,
quel chemin il suit ?
Je parle des paroles qui surgissent en moi devant lui.
Il m’apprend combien je m’ignore.
De quelle mémoire d’enfant ?
De quelle distillation sortent-elles ?
de quelle prison je les tenais cachés, ces mots ?
Je me vois en lui, il se voit en moi.
Miroirs ?
Je suis un autre que lui,
je me vois autre en lui, inattendu,
Se voit-il en moi ?
Je ne sais.
Regarder et garder.
Qu’ai-je à garder ?
Qu’ai-je à donner ?
Il prend ce qu’il veut dans la corbeille.
Et pourtant je m’en vais plus lourd.
Qu’a-t-il posé sur mes épaules sans que je le voie ?
Fatigue en sortant de la prison,
quand les grilles se ferment.
Je prendrai
Jacques Brel
Je prendrai
Dans les yeux d'un ami
Ce qu'il y a de plus chaud, de plus beau
Et de plus tendre aussi
Qu'on ne voit que deux ou trois fois
Durant toute une vie
Et qui fait que cet ami est notre ami.
Je prendrai
Un nuage de ma jeunesse
Qui passait rond et blanc
Par-dessus ma tête et souvent
Et qui aux jours de faiblesse
Ressemblait à ma mère
Et aux jours de colère à un lion,
Un beau nuage douillet et rond et confortable.
Je prendrai
Ce ruisseau clair et frêle d'avril
Qui disparaît aux premiers froids
Qui disparaît tout l'hiver
Et coule alors parait il sur la table des Noces.
Je prendrai
Ma lampe la meilleure
Pas celle qui éclaire,
Non celle qui illumine
Et rend joli et appelle de loin.
Je prendrai
Un lit un grand le mien
Et qui sait ce que c'est qu’un homme
Et son chagrin
Un grand lit d'être humain
Je prendrai tout cela
Et puis je bâtirai
Je bâtirai et j'appellerai les gens
Qui passeront dans la rue
Et je leur montrerai
Ma crèche de Noël
Nos mains
Jean Jacques Goldmann
Sur une arme, les doigts noués
Pour agresser, serrer les poings
Mais nos paumes sont pour aimer
Y'a pas de caresse en fermant les mains
Longues, jointes en prière
Bien ouvertes pour acclamer
Dans un poing, les choses à soustraire
On ne peut rien tendre les doigts pliés
Quand on ouvre nos mains
Suffit de rien dix fois rien
Suffit d'une ou deux secondes
A peine un geste, un autre monde
Quand on ouvre nos mains
Mécanique simple et facile
Des veines et dix métacarpiens
Des phalanges aux tendons dociles
Et tu relâches ou bien tu retiens ;
Et des ongles faits pour griffer
Poussent au bout du mauvais côté
Celui qui menace ou désigne
De l'autre on livre des vies dans des lignes
Quand on ouvre nos mains
Suffit de rien dix fois rien
Suffit d'une ou deux secondes
A peine un geste, un autre monde
Quand on ouvre nos mains
Un simple geste d'humain
Quand se desserrent aussi nos poings
Quand s'écartent nos phalanges
Sans méfiance, une arme d'échange
Des champs de bataille en jardin
Le courage du signe indien
Un cadeau d'hier à demain
Rien qu'un restant d'innocence
Un geste de reconnaissance
Quand on ouvre comme un écrin
Quand on ouvre nos mains.
Rêve d'homme
Martin Luther King
La seule révolution p. 114, Ed. Castermann 1967.
Je fais le rêve que les hommes, un jour, se lèveront et comprendront enfin
qu'ils sont faits pour vivre ensemble comme des frères.
Je fais encore le rêve, ce matin, qu'un jour chaque Noir de ce pays,
chaque homme de couleur dans le monde entier,
sera jugé sur sa valeur personnelle plutôt que sur la couleur de sa peau,
et que tous les hommes respecteront la dignité de la personne humaine.
Je fais encore le rêve qu'un jour la fraternité
sera un peu plus que quelques mots à la fin d'une prière,
qu'elle sera, bien au contraire, le premier sujet
à traiter dans chaque ordre du jour législatif.
Je fais encore le rêve aujourd'hui que dans toutes les hautes sphères de l'Etat
et dans toutes les municipalités entreront des citoyens élus
qui rendront justice, aimeront la pitié et marcheront humblement
dans les voies de leur Dieu.
Je fais encore le rêve qu'un jour la guerre prendra fin,
que les hommes transformeront leurs épées en socs de charrue
et leurs lances en ébranchoirs,
que les nations ne s'élèveront plus les unes contre les autres
et qu'elles n'envisageront plus jamais la guerre.
Je fais encore le rêve aujourd'hui que toute vallée sera exhaussée
que toute montagne et toute colline seront abaissées,
que les chemins raboteux seront aplanis
et que les chemins tortueux seront redressés
que la gloire de Dieu sera relevée,
et que toute chair, enfin réunie, le verra.
Je fais encore le rêve que, grâce à cette foi, nous serons capables
de repousser au loin les tentations du désespoir
et de jeter une nouvelle lumière sur les ténèbres du pessimisme.
Oui, grâce à cette foi, nous serons capables de hâter
le jour où la paix règnera sur la terre
et la bonne volonté envers les hommes.
Ce sera un jour merveilleux,
les étoiles du matin chanteront ensemble
et les fils de Dieu pousseront des cris de joie.
Aimez vos ennemis
Martin Luther King
Dans le Nouveau Testament, on trouve le mot grec Agapè pour désigner l'amour. C'est l'amour débordant qui ne demande rien en retour. Les théologiens diraient qu'il s'agit de l'amour de Dieu à l’œuvre dans le cœur humain. Lorsqu'on s'élève jusqu'à aimer ainsi, on aime tous les hommes, non parce qu'on éprouve pour eux de la sympathie, non parce qu'on apprécie leur façon d'être, on les aime parce que Dieu les aime. Tel était le sens de la parole de Jésus Aimez vos ennemis. Et pour ma part, je suis heureux qu'il n'ait pas dit : "Ayez de la sympathie pour vos ennemis", parce qu'il y a des personnes pour lesquelles j'ai du mal à avoir de la sympathie.
La sympathie est un sentiment d'affection, et il m'est impossible d'avoir un sentiment d'affection pour quelqu'un qui bombarde mon foyer. Il m'est impossible d'avoir de la sympathie pour quelqu'un qui m'exploite. Non, aucune sympathie n'est possible envers quelqu'un qui, jour et nuit, menace de me tuer. Mais Jésus me rappelle que l'amour est plus grand que la sympathie, que l'amour est une bonne volonté compréhensive, créatrice, rédemptrice, envers tous les hommes.
Et je pense que c'est là que nous nous situons en tant que peuple dans notre lutte pour la justice sociale. Dans cette lutte, nous ne reculerons jamais, mais jamais, dans notre action, nous n'abandonnerons le privilège que nous possédons, celui d'aimer.
Si c'est un homme…
10 janvier 1946
Primo Levi in « Une heure incertaine »
Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c'est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui pour un non.
Considérez si c'est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu'à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N'oubliez pas que cela fut,
Non, ne l'oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants.
…
Je me battrai !
William Booth
fondateur de l'Armée du Salut...
Tant que des femmes pleureront,
je me battrai,
Tant que des enfants auront faim et soif,
je me battrai,
Tant qu'il y aura un alcoolique,
je me battrai,
Tant qu'il y aura dans la rue une fille qui se vend,
je me battrai.
Tant qu'il y aura des hommes en prison,
et qui n'en sortent que pour y retourner,
je me battrai,
Tant qu'il y aura des victimes d'attentats aveugles je me battrai.
Tant qu'il y a aura un fanatique qui blasphème le nom de Dieu,
je me battrai.
Tant qu'il y aura un être humain ou un peuple humilié sur terre,
je me battrai.
Tant qu'il y aura un être humain privé de la lumière de Dieu,
je me battrai.
Avec toi, je veux me lever Seigneur,
contre la détresse et la mort,
contre la torture et la souffrance,
contre la pauvreté et la misère,
contre la haine et la terreur,
contre le doute et la lassitude,
contre l'oppression et la force aveugle,
contre la guerre qui ravage les humains.
Avec toi, je veux me lever contre tout ce qui empêche la vie.
Avec toi je veux m'engager dans tout ce qui stimule la vie.
Sois avec moi, pour que je me lève avec toi.
Amen !
Comment cela s'appelle-t-il
Jean Giraudoux
Electre 1937
- Comment cela s'appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd'hui,
et que tout est gâché, que tout est saccagé,
et que l'air pourtant se respire, et que tout est perdu,
que la ville brûle, que les innocents s'entretuent,
mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?
- Cela porte un très beau nom,
cela s'appelle l'aurore.
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