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Le mysticisme



Matthew Fox



Traduction Gilles Castelnau


 


13 août 202

 

Question

Pourquoi semblez-vous attacher tant d’importance aux mystiques ?


 

Réponse
de Matthew Fox

 

Il est vrai que j’aime les mystiques. J’ai écrit trois livres sur Hildegard de Bingen, trois sur Maître Eckhart, deux sur Thomas d’Aquin, un sur Julienne de Norwich, and un sur Thomas Merton.  

Je puise de l’énergie à les lires. Ils sont vivants, ils laissent libre cours à leur intuition et leur imagination. Ils sont créatifs et comprennent que le Saint-Esprit est la source de cette créativité.

J’aime faire connaître les mystiques et faire ainsi prendre conscience aux gens de leur propre mysticisme. Car tout le monde peut l’être.

Les mystiques nous apaisent et nous guérissent dans la mesure où ils nous font plonger au plus profond de nous-même, dans les profondeurs de la joie et de la méditation (via positiva), dans le silence de la souffrance et du deuil (via negativa), dans le dynamisme de notre créativité (via creativa), dans notre engagement en faveur de la justice et de la compassion qui nous transforme nous-même en thérapeute (via transformativa).

Et cela, ils le font avec grâce, sourire, poésie et dans le cas de Hildegarde dans la musique, le récit et la peinture.

Les mystiques disent à la fois un grand OUI et un également grand NON aux diverses réalités de la vie. Ils s’attachent à être fidèles à la vocation de l’humanité au mysticisme et au prophétisme dont la société a, d’ailleurs tellement besoin.

Je ne suis pas seul à prendre conscience de l’importance du mysticisme dans notre monde d’aujourd’hui. Dietrich Bonhoeffer écrivit dans sa prison avant son exécution sur les ordres d’Hitler que le Dieu du futur serait le Dieu des mystiques.

T.S. Elliot a dit : « c’est le mysticisme ou le désespoir ».

Karl Rahner a prédit que « le chrétien fidèle sera demain un mystique ou… ne sera plus rien du tout. »

Dorothée Sölle a dit que le mysticisme est ce qui nous permet de dépasser le patriarcat.

Quant au Père Bede Griffith il a déclaré : « Si le christianisme ne parvient pas à retrouver et à enseigner sa tradition mystique, il devra tout simplement fermer boutique et cesser toute activité car il n’aura plus rien à proposer à nos contemporains. »

Bien entendu, tout dépend de ce qu’on appelle « mysticisme ».  Les quatre chemins de via positiva, negativa,  creativa et transformativa que nous promouvons dans la « Creation spirituality » ( 1 ) remplacent les trois chemins de « purification, d'illumination et d’union », qui dominaient depuis des siècles.

 Ces trois chemins ne sont pas bibliques et laissent de côté la joie, la créativité et la justice, et restreignent la joie et le jeu qui ont pourtant leur place dans notre vie quotidienne. Ils ne nous conduisent donc pas dans le domaine prophétique comme le font les quatre chemins.

Thomas d’Aquin nommait l’expérience mystique « extase ». Maître Eckhart, « percée de l’ego ». Julienne de Norwich, « être un ». Jean de la Croix, « plonger dans la profondeur ». chacun de ces termes éclaire, à sa manière le sens du mysticisme.

Plongez dans la vague, l’eau est bonne ! Plongez profond !


 _____________________________________________________

( 1 ) C'est par la purification que l'âme cherche à surmonter les effets de la chute sur la volonté et l'intelligence humaines ; l'illumination se produit lorsque l'âme commence à vivre dans la sphère de la grâce ; l'union se rapporte à la restauration de l'homme à la vie du paradis.




Le pasteur Sid Hall, président du mouvement Creation Spirituality  écrit :

Le chemin spirituel est comme une danse impliquant tour à tour les quatre sentiers mystiques :

• Via positiva : contemplation, bonheur, gratitude, joie
• Via negativa : incertitude, obscurité, souffrance, acceptation
• Via creativa : naissance, créativité, passion
• Via transformativa : justice, guérison, célébration, renouveau, résurrection.

 

1. La via positiva

Les mystiques dont la pensée est centrée sur la création commencent toujours par la contemplation et la gratitude : la via positiva. Le premier chemin est centré sur la théologie de la bénédiction originale et la conscience du « très bon » prononcé sur la création : il s’agit plus d’une prise de conscience que d’une action à effectuer.

Nous avons tous été créés à l’image du Créateur et nous avons tous l’empreinte du cosmos dans notre ADN. Reconnaître ceci en nous-même, en notre prochain, en notre ennemi et en chaque élément de l’univers signifie que tout, dans le ciel et sur la terre est sacré et ne peut être considéré comme un objet. Cette manière de voir récuse nos conceptions étroites et nous montre le présence de la divinité absolument partout.

J’ai vu quelque chose de merveilleux, lors d’un coucher de soleil sur les bords du lac Michigan : deux jeunes amoureux se promenaient main dans la main, un couple âgé était assis sur un banc, des adolescents s’éclaboussaient dans l’eau et des enfants cherchaient des galets qui leur conviennent. Ils étaient tous chacun dans leur monde. Et brusquement, lorsque le ciel s’est embrasé de rouge, tous se sont figés sur place à la vue de cette beauté.
Pourquoi regarde-t-on le coucher de soleil ? Sa beauté est-elle inscrite dans notre ADN ? Je le crois. Il y a une profondeur qui suscite en nous contemplation et recueillement.
La Creation Spirituality considère que nous sommes tous des mystiques, quelle que soit notre foi ou non-foi, notre culture ou notre spiritualité. Et nous entrons dans le premier chemin avec recueillement et bonheur.

 

2. La via negativa

C’est le deuxième chemin. Celui où on laisse aller les choses, accepter l’obscurité pour un temps. Mechtild de Magdebourg (13siècle) décrivait la vie spirituelle comme « se laisser couler ». Les mystiques sont de tendance apophatique (la connaissance de Dieu passe par la négation et le non-dit) et non par le cataphatique (la connaissance de Dieu passe par l’expression de mots, d’images, de symboles, de dogmes).

Affronter l’obscurité et la violence, vivre dans l’incertitude n’est certainement pas simple mais représente une vérité universelle et en nier la réalité ne la supprime pas et risque d’ailleurs de rendre les choses plus difficiles par la suite.

A propos de l’Holocauste, Thomas Merton écrit que nier la folie meurtrière est une attitude réellement la plus folle imaginable. Reconnaître notre folie est, par contre, l’attitude la plus sage car sinon notre folie se trouve projetée sur les plus petits, les plus vulnérables, les plus brisés. Et ceci vaut aussi bien pour nous que pour la Terre elle-même.

Le deuxième chemin nous permet de nommer les moments arides de notre vie, ceux où nous avons été abattus de manière inattendue. Moments de trouble provoqués par une perte, un manque, un deuil.

C’est la lutte intérieure qui survient dans l’obscurité de notre esprit lorsqu’une souffrance sans cesse ravivée surgit de notre passé. Nous sommes sur le chemin où on laisse aller, on laisse être les choses telles qu’elles sont lorsque nous voulons voir la peine du monde qui nous entoure et que nous la partageons.

Le deuxième chemin est source de richesse pour notre spiritualité dans la mesure où il nous donne l’occasion de prendre conscience de nos valeurs humaines et de nos désirs profonds.

La contemplation et la gratitude de la via positiva nous mènent inévitablement à l’acceptation et au laisser faire de la via negativa. On ne peut marcher sur l’un sans aussi marcher sur l’autre.

 

3. La via creativa

Le troisième chemin, la via creativa, est celui du renouveau, de la nouvelle naissance. Dans son introduction à Maître Eckhart, Matthew Fox disait : « Après le vide du deuxième chemin, il y a l’union, la naissance. » Pour Eckhart, toute union porte du fruit – « c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez » - et la créativité est donc le résultat d’une vraie spiritualité et la preuve de sa valeur.

Les mystiques utilisent différents termes pour désigner le troisième chemin : renouveau, nouvelle naissance, union, créativité, conversion, transformation, sentiment artistique.

J’ai personnellement expérimenté le troisième chemin en contemplant une aurore boréale, en recevant la communion, en étant arrêté par la police pour mon soutien aux LGBT, en tenant la main d’un mourant et en voyant mon petit-fils me sourire.

 

4. La via transformativa

Le quatrième chemin, que Maître Eckhart nommait via transformativa, est celui de la compassion et de la justice. Matthew Fox dit : « Notre vie spirituelle ne se contente pas de la créativité. Nous devons encore utiliser la créativité pour notre transformation individuelle et collective. La compassion et la justice en sont la marque. »

Une caractéristique fondamentale de la mystique de la création est la transformation du chagrin en joie, de l’oppression en libération, du désespoir en espérance.

A la différence des mystiques ascétiques qui se détournent du monde pour se rapprocher de Dieu, les mystiques de la création veulent incarner leur union avec le divin dans des actes créateurs de compassion et de justice à l’égard de l’humanité et de la Terre.

Un exemple en est celui du rabbin Abraham Joshua Heschel. Dans un discours sur la religion et le racisme prononcé en 1963 à Chicago, il a déclaré : « L’Exode a commencé mais il est loin d’être accompli. Il était finalement plus facile aux enfants d’Israël de franchir la mer Rouge qu’à un Noir de traverser certains campus d’université. »

Deux ans plus tard, après que Martin Luther King, Jr., John Lewis et d’autres courageux manifestants furent brutalement battus à Montgomery le « Dimanche sanglant », le rabbin Heschel organisa une manifestation qui groupa 800 personnes, juifs pour la plupart, devant le Quartier général du FBI à New York. Sachant qu’il avait un vigoureux allié en la personne de Heschel, King l’invita à se joindre à lui lors de sa marche de 1965 de Selma à Montgomery en faveur du droit de vote. En souvenir de cette expérience transformative, le rabbin Heschel écrivit : « pour beaucoup d’entre nous, cette marche était protestation et prière. Certes les jambes ne sont pas des lèvres et marcher n’est pas s’agenouiller mais il semblait néanmoins que nos jambes chantaient et priaient : notre marche se faisait culte. »

Le quatrième chemin est le mysticisme en action, action pour la justice, compassion vécue, régénération du monde et incarnation de la Bénédiction Originelle.

Matthew Fox résume tout ceci en écrivant : « La Création est ce à quoi le mystique s’éveille et ce que le prophète protège. » Lorsqu’il s’agit de lutter pour les droits de l’homme et de sauver la planète, il nous faut prière avec nos jambes !
De plus, à la différence de la structure linéaire et hiérarchique de la spiritualité classique, les quatre chemin de la Creation Spirituality composent une spirale en expansion. Notre engagement pour la justice nous ouvre à une plus grande gratitude et davantage de contemplation, à une plus profonde capacité d’acceptation, davantage de créativité et de possibilité de transformation.

 

 

 

 

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