Spiritualité
Comprendre
Jésus-Christ
Pentecôte
Gilles Castelnau
.
Cette fête enseigne que
la Présence divine, l'union de Dieu et de l'homme, est
donnée à tous, et pas seulement à
Jésus-Christ.
Plus que le sentiment de l'existence problématique de Dieu,
Jésus-Christ nous fait prendre conscience de la
présence du saint Esprit en nous qui nous apaise, renouvelle
notre courage de vivre et nous ouvre fraternellement aux
autres.
3 juin 2003
Le don du saint Esprit
dans les évangiles
Le saint Esprit est l'Esprit
divin venant irradier notre esprit
humain, l'apaiser, l'orienter vers des pensées nouvelles ;
c'est le Souffle de Dieu venant se mêler à notre souffle
pour gonfler nos poumons du même dynamisme créateur que
celui du Christ des évangiles.
- Le premier évangile mentionne très peu
ce saint Esprit. Il se termine par ces paroles du Christ :
Allez, faites de toutes les
nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et
du saint Esprit, enseignez-leur à observer tout ce que je vous
ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours,
jusqu'à la fin du monde.
On remarque que n'est pas le saint Esprit,
c'est Jésus lui-même qui demeure avec les
disciples.
- L'évangile
de Marc est semblable :
[Les disciples] s'en
allèrent prêcher partout. Le Seigneur
[c'est-à-dire] le Christ travaillait avec eux et confirmait la
parole par les miracles qui l'accompagnaient.
- L'évangéliste Jean (20.21) dit que
c'est le jour de Pâques, le soir même de sa
résurrection, que Jésus transmet le saint Esprit aux
disciples et le texte joue sur le terme de souffle qui reprend le mot
de l'Ancien Testament.
Jésus leur dit : La paix
soit avec vous ! Comme le Père m'a envoyé, moi
aussi je vous envoie. Il souffla sur eux, et leur dit :
« Recevez le Saint-Esprit ».
- L'évangéliste Luc seul développe
considérablement, dans son livre des Actes, le don du saint
Esprit et le met en rapport avec la fête juive de
Pentecôte (Chavouot).
La fête juive de
Pentecôte
Pentecôte est un terme d'origine
grecque qui signifie
« cinquante ».
La tradition dit en effet que, cinquante jours après le
passage de la mer Rouge marquant la libération de l'esclavage
d'Égypte, le peuple hébreu arriva au mont Sinaï
où Moïse leur transmit la loi de Dieu gravée sur
des tables de pierre ; la Loi était le guide indiquant la
conduite digne de Dieu, convenant au peuple libre.
Paul estimait que les 613 commandements
que les rabbins comptent dans la Torah étaient devenus
dictatoriaux dans une pensée trop légaliste : la
présence du saint Esprit en nos esprits remplace
désormais la Loi de Dieu et nous rend nous-mêmes
responsables, comme des fils de Dieu.
La loi a été notre
surveillant, en attendant le Christ, afin que nous soyons
justifiés par la foi. Mais, après la venue de la foi,
nous ne sommes plus soumis à ce surveillant. Car tous vous
êtes, par la foi, fils de Dieu en Jésus-Christ.
Galates 3.24
Fils, vous l'êtes bien : Dieu a
envoyé dans nos coeurs l'Esprit de son Fils, qui crie :
Abba ! Père ! Tu n'es donc plus esclave, mais
fils ; et, comme fils, tu es aussi héritier : c'est
l'oeuvre de Dieu. Galates 4.6-7
C'est donc désormais le saint Esprit
qui vient accomplir directement en nous le rôle
précédemment attribué à la Loi : il
nous conduit, réoriente nos pensées et nos actions en
nous communiquant les qualités que l'ancien Testament nommait
la sagesse et la justice. Mais, bien entendu, c'est dans la
liberté de nos coeurs que la présence vivante de Dieu
vient demeurer. C'est aussi son propre dynamisme créateur qui
agit en nous, comme nous l'avons vu agir en
Jésus-Christ.
.
Impossible n'est pas
chrétien
Je crois en l'homme
et en sa faculté de faire un choix pour sa vie.
Je crois l'homme capable
de sourire au lieu de se mettre en colère
de garder intact son espoir même quand tout marche de
travers
de rester joyeux pour les autres même après la perte
d'un être cher.
Je le crois capable
d'aimer même son ennemi
de se mettre à la place de l'autre pour comprendre
de ne pas critiquer son voisin a priori sur la couleur de sa peau
sur sa religion, ses idées politiques ou ses coutumes.
Je le crois capable
d'oublier son propre intérêt et sa
sécurité
pour se préoccuper de l'intérêt et de la
sécurité de l'autre.
Je le crois capable de
transformer ce monde de violence et d'argent
en un monde de foi et d'amour.
Je crois en l'homme parce
que Jésus était ainsi
et que par lui l'Esprit de Dieu agit en nous.
Je crois en l'homme
parce que Dieu croit en l'homme.
.
C'est pourquoi, pense Luc, le don du saint Esprit doit être
célébré le jour de la Pentecôte à
la place du don de la Loi ; et c'est tout naturellement qu'il
compose son récit en reprenant dans le livre de l'Exode des
éléments du récit de la première
Pentecôte sur le mont Sinaï que ses contemporains devaient
identifier sans peine :
La montagne de Sinaï
était toute en fumée, parce que l'Éternel y
était descendu au milieu du feu ; cette fumée
s'élevait comme la fumée d'une fournaise, et toute la
montagne tremblait avec violence Exode 19.18
Tout à coup il vint du ciel un bruit
comme celui d'un vent violent, et il remplit toute la maison
où ils étaient assis. Des langues, comme des langues de
feu, leur apparurent
Actes 2.2-3
Luc y ajoute l'ouverture de la
prédication de la présence divine à tous les
peuples de la terre en une compréhension universelle et la
capacité de prophétiser accordée
désormais à tous les jeunes.
Il s'agit, dès lors, non plus d'une
obéissance fidèle à un Dieu demeurant au
lointain sommet d'une montagne, mais de la présence
intérieure du souffle même de Dieu, mêlé
à notre propre souffle de sorte que, comme Dieu
lui-même, nous parlions à tous les hommes du
monde.
Les apôtres. Remarquons que dans leurs récits, ni Jean, ni
Luc, ne disent que ce don du saint Esprit est réservé
aux seuls apôtres. Cette question n'est pas sans importance,
car certaines Eglises considèrent que leurs
évêques sont successeurs des apôtres et
détenteurs du saint Esprit qu'ils peuvent, à leur tour,
transmettre dans un sacrement à d'autres prêtres et aux
simples fidèles.
Les autres évangiles de Matthieu,
Marc et Jean, ne connaîssent pas l'institution dite des
apôtres ; ils ne connaissent que des « disciples » qui sont les simples croyants.
Quant au récit de Luc dans les
Actes (Ac 2) qui, lui, fait une
distinction entre les douze apôtres et les autres disciples, il
présente ainsi ceux qui ont reçu le don du saint Esprit
le jour de la première Pentecôte :
Ils étaient tous ensemble
dans le même lieu.
Qui étaient-ils ? La
réponse est en Actes 1.15 :
Pierre se leva au milieu des
frères - le nombre des personnes réunies
était d'environ cent vingt.
.
Toi dont les mains
emprisonnent les étoiles
toi qui parles toujours le
premier et le dernier
toi le Dieu de vie qui as connu la mort
tu animes tout de ton exubérance
tu es le fondement de toute vie
c'est toi le dynamisme de tout élan
la chaleur et le coeur de tout être.
Sauveur de nos
activités humaines
sauveur de nos peines humaines
tu nous fais abandonner nos mesquineries
nous aventurer sur l'océan de la charité
donne-nous bien d'apercevoir au plus profond de l'âme de nos
frères
dans l'épaisseur de la vie humaine
ton visage divin qui donne sens à tout.
Et voici que nous venons au devant de toi
alors que tu surgis en nous
d'après Teilhard de
Chardin
.
Le
royaume de Dieu vient
là où des
hommes écoutent la voix des prophètes
la parole du Christ
Le royaume vient
là où des hommes misent sur lui
sur la force de l'amour sans défense
Le royaume devient visible sous
nos mains
sous nos yeux
quand nous allons où il nous envoie
et croyons à la force des actions modestes
Il nous donne la confiance
et nous croyons que l'impossible en ce monde
est possible pour lui
car il est le Dieu des promesses.
.
Souffre,
résiste, persévère
ne raconte pas tes misères
et ne désespère pas
chaque jour Dieu vient à ton aide
Martin Luther
.
Le Dieu de la Loi est
devenu le Dieu intérieur.
C'est le Dieu créateur de la
Vie, tel que le Christ nous l'a fait
connaître, qui vient demeurer en nous ; l'incarnation de
Dieu en Jésus que nous célébrons à
Noël s'effectue en nous aussi. Le Christ, Fils unique conduit
la ronde de tous les fils que nous
devenons comme lui, avec lui, par lui. Souffle divin qui animait
Jésus, mêlé à notre propre souffle
jusqu'à n'en faire qu'un.
Bien sûr, notre ouverture à la
Présence divine n'est jamais celle que Jésus
vivait ! Foi partielle, ambiguë. Foi pourtant, qui permet,
disait Jésus, de déplacer les montagnes !
Matthieu 17.20.
Nous sommes enracinés en Dieu,
apaisés par cette Présence intérieure,
dynamisés, encouragés, réorientés, rendus
capables de pensées et d'actes convenant à la
construction du Royaume de Dieu, du monde meilleur qui vient. Nous
prenons conscience des forces mauvaises qui nous tirent vers le bas,
nous détournent de nos frères et de nous-mêmes en
nous séparant, toujours à nouveau du véritable
Fondement de notre vie.
Le Dieu
extérieur
Lorsqu'on ignore
Pentecôte, on conçoit
Dieu comme une personne céleste parfaite, douée d'un
pouvoir écrasant, résidant dans un au-delà
mystérieux, animée de volontés étranges
n'ayant guère de rapports avec les préoccupations
réelles d'une humanité concrète. Les
athées ont bien raison de n'en pas vouloir !
Pentecôte nous rappelle que ce Dieu-là n'existe pas, que
notre créateur est Celui qui participe directement à
notre existence, comme évidemment à celle des autres
hommes.
L'inquiétude, l'insatisfaction que
nos contemporains ressentent parfois - le sentiment d'être
incomplet et de ne pas vivre ce pourquoi ils se sentent faits -
provient de l'ignorance de cette Présence à laquelle il
est pourtant si simple et si naturel de s'ouvrir. Lorsque Paul
s'écriait :
Ce n'est plus moi qui vis, c'est
le Christ qui vit en moi Galates 2.20
il faisait allusion
précisément à cette vie en nous du saint Esprit
qui animait précédemment le Christ.
Évidemment, il serait plus simple de
demeurer infantiles et de profiter passivement des miracles
venus de
l'extérieurs que l'on a
souvent tendance à solliciter du tout-puissant. Espérer
que Dieu se chargera lui-même de « déplacer les
montagnes ». On se
désole en ce cas que Dieu n'en fasse pas davantage ! Le
saint Esprit fait de nous des enfants de Dieu, des collaborateurs du
Christ et non pas d'humbles serviteurs d'un despote oriental !
C'est une affirmation magique et oublieuse
du saint Esprit de dire que
« Dieu est capable de faire tout ce qu'il
veut ». Certes, Dieu est
le pouvoir de la Vie qui triomphera toujours des forces de la
destruction et de la mort ; certes il nous fournit sans cesse le
courage d'affronter la vie et d'assumer l'angoisse de l'existence.
Mais c'est en nous qu'il agit, ce n'est pas sans nous, même
s'il est plus que nous ! C'est la foi qui sauve. Jésus
disait à la femme malade :
Ta foi t'a sauvée, va en paix. Luc 8.48.
L'éthique
chrétienne
Le saint Esprit qui animait Jésus
dans son ministère de Fils de
Dieu, de révélation du Royaume de Dieu, nous oriente
nous aussi et nous anime dans notre existence quotidienne avec tous
ses problèmes éthiques.
Il ne s'agit plus d'une Loi et nous ne
sommes pas les hommes du Livre mais d'un homme (de l'Homme) et nous
devons découvrir dans chaque cas, comme Jésus le
faisait, comment nos contemporains et nous-mêmes peuvent
bénéficier de la puissance créatrice de Dieu et
traverser les ténèbres du Vendredi saint dans l'Esprit
de victoire de Pâques.
Nous permettrons au saint Esprit de
réorienter nos réflexions et nous conserverons
systématiquement un doute quant au bien fondé de nos
certitudes : nos impressions nous trompent, ce que l'on voit, ce
que l'on entend, prend, dans l'Esprit divin une autre
signification ; les gens ne nous disent pas toujours la
vérité ; bien des affirmations péremptoires
et d'apparence évidentes sont en réalité
marquées d'orgueil, de peur, d'ambition et si nous les
écoutons naïvement, nous rendent stupides et
malfaisants.
Chaque situation est nouvelle et
différente des précédentes car le monde change
et les hommes aussi. Il n'y a aucune loi, quelque sacrée
qu'elle puisse nous apparaître, qui soit intangible et nous
évite la libre réflexion. Souvenons-nous que même
la loi du sabbat a été transgressée par
Jésus, au profit de la guérison de la main d'un homme
(Luc 6.6).
On cherchera toujours la solution
la moins mauvaise, la plus créatrice d'espoir, celle qui ouvre
des portes sur l'avenir, permet de tourner des pages. On prendra
conscience des passions, des blocages et des angoisses que le
problème éthique fait naître en nous pour puiser
en Dieu la paix intérieure. On se rappellera que les passions
théologiques et éthiques rendent facilement inhumain et
méchant.
Ainsi la loi de la vie
biologique, par exemple, ne sera jamais un argument pouvant
être opposé de façon absolument décisive
à la pratique d'une IVG, ni la loi de la
fidélité conjugale à un remariage de
divorcés. On se souviendra des reproches de
Jésus :
Ils chargent des fardeaux
pesants sur les épaules des hommes, mais eux-mêmes ne
les remuent pas du doigt . Matthieu 23.3
De toute façon, on ne
légiférera pas pour les autres. Car nous ne sommes plus
sous la Loi mais animés du saint Esprit !
Inversement, nous serons attentifs aux
inspirations du saint Esprit qui nous détournent d'attitudes
pourtant habituelles, bien humaines, issues de notre
caractère, de notre éducation, de notre profession.
L'Esprit du Créateur du monde sera
sans doute bien plus attentif à la protection de la nature que
nous qui polluons si facilement ; lui qui donne le souffle aux
animaux et qui aime être loué par tout ce qui respire nous suggérera de mettre plus de coeur dans le
traitement des veaux élevés en batteries et des singes
utilisés en laboratoires.
La
prière
Elle ne consiste pas à attirer
l'attention de Dieu sur les sujets
dont il devrait, à notre gré se préoccuper
davantage, ni à lui dire ce qu'il doit faire : c'est au
contraire le saint Esprit en nous qui nous invite à plus
d'amour et de fraternité.
Elle ne consiste pas non plus à lui
demander des interventions spéciales : « Fais
qu'Oslo soit bien la capitale de la Finlande comme je l'ai
écrit dans mon devoir ! »
Jésus recommandait bien (Matthieu 6.7) de ne pas prier comme les païens qui n'ont pas
de Père et se situent devant Dieu comme ils le faisaient
devant Zeus et devant l'empereur.
Ce n'est pas Dieu qui a besoin de notre
prière pour participer à la vie du monde par son saint
Esprit créateur, c'est nous qui avons besoin de nous situer
devant Lui et de permettre davantage à son Esprit de nous
imprégner.
La prière consiste
précisément à épancher notre âme
devant Dieu dans le calme et le silence, comme le faisait dans sa
douleur la mère du petit Samuel (I Samuel 1.15) et à puiser au fond de notre âme la paix
et l'élan vital divins.
La prière, plus qu'un discours
adressé à Dieu, est une attitude spirituelle qui
consiste à échapper à l'agitation de notre
conscience et à laisser Dieu nous renouveler et nous conduire
consciemment dans sa libération. La prière nous fait
vivre l'éveil de notre conscience et notre progrès
spirituel.
La prière dite d'intercession ou
universelle où nous nommons
devant Dieu les êtres, proches ou lointains qui ont besoin
d'être soutenus, est l'acte par lequel nous nous engageons aux
côtés de Dieu dans son amour pour le monde. Elle ne doit
pas être transformée en catalogue de toutes nos
inconséquences et erreurs que Dieu serait invité
à réparer à notre place.
Toute prière devrait être
introduite par les mots : « Envoie sur nous (ou sur moi) ton saint
Esprit afin que, devenus semblables à Jésus-Christ,
nous... »
Nous trouverons libération et
détente si, dans la méditation, nous comprenons que la
solution de nos problèmes ne dépend pas de nos
capacités mais de Dieu dont l'Esprit monte en nous, nous
oriente, nous apaise et nous fortifie. Devenir moins
angoissés, moins passionnels, plus légers de fausses
douleurs, de convoitises insensées et de ressentiments
refoulés.
Peut-être que cette marche vers la
guérison nous coûte, peut-être y a-t-il là
une participation au renoncement et à la souffrance de la
croix, mais l'Esprit de Pâques est à ce prix.
Éveil de notre conscience au
rôle que nous jouons et à tout ce qui se passe dans
l'ensemble du monde que Dieu a tant aimé et qui gémit
dans « les douleurs de
l'enfantement » Romains 8.22 ; acceptation du
combat auquel Dieu nous appelle, comme tous les hommes de bonne
volonté en communion avec le Christ et dans son dynamisme
créateur contre les forces de la destruction et du mal. Cette
participation à la participation de
Dieu coûte elle aussi, mais c'est une nouvelle
naissance.
Progrès spirituel donc,
évidence intérieure, sérénité du
sage, joie du chrétien qui assume ses peurs, comprend ses
douleurs et domine son agitation.
Et si nos vies quotidiennes nous semblent
banales et médiocres, la Présence secrète de
l'Esprit y demeure et les réchauffe, les vivifie et le jour
venu les appelle au service dont Il a besoin.
La guérison physique par la
prière
Pour certains c'est par elle que se
manifeste le mieux la Présence spirituelle. Et certes,
Jésus prêchait le Royaume de Dieu en faisant des
guérisons.
Mais justement ces guérisons
n'étaient que les illustrations extérieures de la
guérison intérieure opérée par le saint
Esprit. Ses « miracles » avaient du sens dans la mesure où ils
renvoyaient la personne à elle-même, l'amenaient
à une meilleure prise de conscience d'elle-même, la
rendaient à sa condition d'enfant de Dieu : transformation de
la vision de soi et du monde, c'est cela la « rédemption ».
Le saint Esprit agit en
tous
Il n'y a aucune condition à
l'action du saint Esprit ; ni
l'acceptation d'une doctrine solidement enseignée, ni la
réception d'un sacrement validement accordé, ni le
fameux « parler en langues » charismatique, ni
l'émotion de la conversion du coeur, ni la vie intègre
selon les critères d'une Église officielle :
Jésus ne posait aucune de ces conditions et disait seulement
qu'un « coeur ouvert et
bon » permet aux graines qu'y
jette le Grand Semeur de s'y développer au centuple
Luc 8.15. Mais aucun mouvement religieux, aucune
Église quelle qu'elle soit, n'en a le monopole.
D'ailleurs, c'est à juste titre que
les milieux charismatiques, pentecôtistes, New Age, etc, qui
recherchent les expériences spirituelles sont
considérés comme souvent malsains.
Cette « ouverture du
coeur » dont parle la parabole
du Semeur, qui fait de nous
« le bon terrain »
implique que nous renoncions aux mauvais sentiments et attitudes
négatives qui sont bien loin du monde de Dieu. Il faut
accepter de voir les choses avec le regard illuminé du Christ
lui-même. Cela nous change et change aussi la manière
dont nous voyons notre entourage.
Alors nous voyons les choses comme elles
sont vraiment et nous prenons
conscience que la vie est plus belle que nous ne pensions, le mal
moins inévitable qu'on ne dit : c'est bien cela que Paul
nommait la foi, l'espérance et
l'amour
I Corinthiens 13.13.
Mais tous, croyants ou incroyants, de toutes
les religions ou spiritualités n'en font-ils pas,
inconsciemment l'expérience ?
Tous les hommes, les animaux, les plantes
(qui respirent elles aussi !) sont enracinés, chacun
à sa manière, en Dieu, le fondement de toute Vie.
Partout dans l'univers où il y a renouvellement,
guérison, salut, résurrection, le saint Esprit
créateur de Dieu est à l'oeuvre.
- Il donne à tous la vie,
la respiration, et toutes choses... en lui nous avons la vie, le
mouvement, et l'être Actes 17.25ss.
- Louez l'Éternel du bas de la
terre,
Mmonstres marins, et vous tous, abîmes,
feu et grêle, neige et brouillards,
vents impétueux, qui exécutez ses ordres,
montagnes et toutes les collines,
arbres fruitiers et tous les cèdres,
animaux et tout le bétail,
reptiles et oiseaux ailés,
rois de la terre et tous les peuples,
princes, juges de la terre,
jeunes gens et jeunes filles,
vieillards et enfants !
Qu'ils louent le nom de l'Éternel ! Psaume 148
- Que tout ce qui respire loue
l'Éternel
Psaume 150
Intériorité
Maître Eckhart (1260-1327), dominicain allemand, mystique, a
enseigné notamment à Paris à la Sorbonne. Il
écrit :
Dans tous les dons qu'il fait,
Dieu se donne d'abord Lui-même. Il se donne autant que celui
qui voudrait l'accueillir est capable de le recevoir.
Le Père engendre son Fils dans
l'âme des hommes de la manière même dont Il
l'engendre dans l'éternité, et pas autrement. Sans
cesse le Père engendre son Fils et je dis plus encore :
il m'engendre en tant que son fils, le même fils.
Le plus grand don que nous ayons reçu
de Dieu, c'est que nous soyons enfants de Dieu et qu'il engendre son
Fils en nous... Engendrer, voilà le plus haut dessein de Dieu.
Il n'est jamais satisfait avant d'avoir fait naître son Fils en
nous. Et l'âme, de son côté, n'a de satisfaction
en rien tant que le Fils de Dieu n'est pas né en elle.
Il opère et je deviens. Ce n'est pas
le bois qui transforme le feu en bois mais le feu qui transforme le
bois en feu. De même c'est nous qui sommes transformés
en Dieu.
La vie et l'être de Dieu se trouvent
également dans une pierre, dans un morceau de bois ou en
d'autres créatures qui ne possèdent pourtant pas la
béatitude. Mais dans le serviteur (à qui Jésus
dit « cela va bien, bon et fidèle
serviteur » Dieu est d'une autre manière qui rend ce
serviteur bienheureux et bon ; Dieu se complaît dans son
serviteur, il vit joyeusement et intellectuellement en lui et avec
lui il vit en lui-même et avec lui-même. Sermons 6, 9, 11, 66
Jean Tauler (1300-1361) dominicain strasbourgeois disciple de
maître Eckhart :
O toi, mon âme, noble
créature, pourquoi cherches-tu en dehors de toi ce qui est en
toi ? [...] Dieu est toujours là présent, et
même si nous ne le sentons pas, il est cependant
secrètement entré. Où Dieu est, là il y a
en vérité jour de fête.
Comment Dieu s'est-il établi dans le
fond intime de l'âme ? Comment y demeure-t-il caché
et voilé ? Celui qui pourrait découvrir,
reconnaître et contempler ce mystère serait sans doute
bienheureux.
Ce « fond », ce centre
de notre personne, en amont de nos facultés
supérieures, l'intelligence, la volonté, la
mémoire, Dieu veut venir le visiter, il veut y naître.
On chante à
Noël : « Un
enfant nous est né, un Fils nous est
donné ». Cela nous
fait penser à la toute aimable naissance qui, tous les jours
et à chaque instant, doit se réaliser et se
réalise en chaque âme bonne et sainte, si elle veut bien
y donner une amoureuse attention [...] Dieu naît à
chaque instant et sans cesse en nous.
Il faut mettre notre vie en ordre et ne pas
accepter volontairement qu'une part de nous-mêmes
échappe à l'action de Dieu [...].
Le fond est le lieu où Dieu habite,
mais nous-mêmes avec tous nos bagages inutiles, en encombrons
fortement l'accès. La recherche du fond sera donc un
désencombrement patient et progressif.
Le fond est aussi le lieu où peut se
reconstituer l'unité de notre personne, puisque y
réside la racine de notre être et le point où
Dieu, notre Créateur, nous tient dans sa main.
Entre en ton tréfonds ;
recherche ce qui s'y trouve, ce qui s'oppose le plus à ton
progrès et te retient et jette cette pierre au fond du
Rhin.
Quand un jardin ou un champ a
été débarrassé des mauvaises herbes, il y
reste parfois, profondément en terre, des racines de mauvaises
herbes qu'on ne remarque pas [...] Ce sont les mauvais
défauts qui restent dans le fond. On ne les a pas
tués [...], la mauvaise racine est restée au
fond : orgueil, haine ou jalousie [...]. Quand la vie
divine et vertueuse devrait s'épanouir, cette mauvaise
végétation vient faire périr cet aimable fruit
et cette aimable vie [...]. Tant que cette racine demeure en toi
tu n'a pas de repos.
Initiation à
Jean Tauler, Suzanne Eck, Cerf
Assurance et
doute
L'Esprit du Dieu présent dans nos
coeurs est celui du crucifié
et du Ressuscité. Nous ne devons pas, bien sûr, nous
contenter d'une spiritualité engluée dans le doute et
la médiocrité, nous rendant incapables d'un
témoignage simple, clair et heureux auprès de notre
entourage, comme si le Christ n'était pas ressuscité.
Mais, inversement nous ne pouvons pas avoir
une théologie de la
gloire comme s'il n'était
que
ressuscité, et nous n'assènerons pas non plus
d'affirmations catégoriques et péremptoires, nous ne
nous isolerons pas dans d'orgueilleuses certitudes
intérieures.
C'est fidèlement et modestement,
qu'ensemble nous chercherons les mots que l'Esprit nous
suggérera pour rendre compte du Dieu de
Jésus-Christ.
Conclusion de Jean
Tauler
La douceur est tout
près de Dieu ; elle
permet d'entendre la voix de Dieu que l'homme passionné et
violent n'entend jamais [...] Si tu veux entendre en toi la
parole paternelle, mystérieuse et confidentielle, qui t'est
dite en un chuchotement secret, au plus intime de ton âme, il
faut alors qu'en toi et autour de toi tout soit apaisé ;
que tu sois une douce petite brebis, tranquille et soumise, que tu
perdes ton impétuosité et que tu écoutes avec
une tranquille douceur cette aimable voix. Voilà qui est
mystère pour tous ceux qui ne sont pas brebis.
Si l'angoisse s'empare de toi, à
cause de ta faiblesse, fais comme les mariniers, quand le Rhin est
mauvais ; inutile de ramer furieusement, jette l'ancre :
jette ton ancre en Dieu.
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