Introduction à l'Ancien
Testament
Introduction au Nouveau
Testament
Années
80-100
L'épître de
Jude
Épître
« catholique »
On
appelle « catholiques » les
7 épîtres de Jacques, Pierre, Jean et
Jude
qui sont adressées à l’Église universelle et non
à un destinataire précis.
L'épître de Jude étant la dernière dans la liste
traditionnelle du Nouveau Testament,
elle pourrait être la conclusion de l'ensemble
des 7 qui ne sont pas sans ressemblances entre
elles.
22 août 2012
Qui était
Jude ?
La mention explicite
« frère de Jacques » tend
sans doute à situer cette épître dans le milieu
judéo-chrétien. Mais les grammairiens remarquent
la qualité de la rédaction du texte en un grec
excellent et raffiné, un vocabulaire riche et
recherché, des assonances et des allitérations
remarquables. Prêter un tel style au frère du
Seigneur parait peu vraisemblable. On ignore
tout de l'auteur.
Le verset 17 mentionne les apôtres comme
un groupe de personnes qui ne sont plus là pour
s’exprimer directement. Alors que l’auteur se
situe dans les derniers temps :
Souvenez-vous des choses
annoncées d'avance par les apôtres de notre
Seigneur Jésus-Christ. Ils vous disaient qu'au
dernier temps il y aurait des
moqueurs, marchant selon leurs convoitises
impies
La date la plus vraisemblable se situe
entre 80 et 100
Le milieu
Jude s’inspire et cite des
textes du judaïsme ancien ou de la
première Église, qui n’ont pas tous trouvé place
ensuite dans le canon des textes reçus. Voici
l’exemple d’une citation du livre d’Hénoch écrit
en hébreu et en araméen dans le judaïsme du 3e siècle av. JC
et qui n’a pas été admis dans le canon juif, ni
dans le canon chrétien (sauf par l’Église
d’Éthiopie).
1er exemple Jude
14-15
Énoch, le
septième depuis Adam, a prophétisé en ces
termes :
Voici, le Seigneur est venu avec ses saintes
myriades, pour exercer un jugement contre
tous, et pour faire rendre compte à tous les
impies parmi eux de tous les actes d'impiété
qu'ils ont commis et de toutes les paroles
injurieuses qu'ont proférées contre lui des
pécheurs impies.
Voici le texte du livre d'Énoch (I Énoch 2.1)
Voici ! il arrive avec des myriades de ses
saints, pour juger toutes les créatures pour
détruire la race des méchants, et réprouver
toute chair à cause des crimes que le pécheur
et l’impie ont commis contre lui.
2e exemple
Jude 17
Mais vous, bien-aimés,
souvenez-vous des choses annoncées d'avance
par les apôtres de notre Seigneur
Jésus-Christ. Ils vous disaient qu'au dernier
temps il y aurait des moqueurs, marchant selon
leurs convoitises impies
On ne sait pas à quel texte Jude fait allusion.
Les trois évangiles synoptiques rapportent bien
une parole de Jésus dans son grand discours fnal
apocalyptique mais celle-ci ne correspond pas
vraiment à la citation de Jude :
Marc 13.6
Plusieurs viendront sous mon nom,
disant : C'est moi. Et ils séduiront
beaucoup de gens.
Marc 13.22
Il s'élèvera de faux Christs et de faux
prophètes ; ils feront des prodiges et des
miracles pour séduire les élus, s'il était
possible.
Plus tard les épîtres à Timothée s’en
rapprocheront, mais on les date de l’an 100
et à l’époque de la rédaction de Jude, elles
n’étaient donc pas encore écrites :
I Ti 4.1-3
L'Esprit dit expressément que, dans les
derniers temps, quelques-uns abandonneront la
foi, pour s'attacher à des esprits séducteurs
et à des doctrines de démons, par l'hypocrisie
de faux docteurs portant la marque de la
flétrissure dans leur propre conscience,
prescrivant de ne pas se marier, et de
s'abstenir d'aliments que Dieu a créés.
2 Ti 4.3-4
Car il viendra un temps où les hommes ne
supporteront pas la saine doctrine; mais,
ayant la démangeaison d'entendre des choses
agréables, ils se donneront une foule de
docteurs selon leurs propres désirs,
détourneront l'oreille de la vérité, et se
tourneront vers les fables.
3e exemple
Jude 9
Or, l'archange
Michel, lorsqu'il contestait avec
le diable et lui disputait le corps de Moïse,
n'osa pas porter contre lui un jugement
injurieux, mais il dit : Que le Seigneur
te réprime !
Ce verset est, selon Origène (185-253), une
citation du livre aujourd’hui perdu Le Testament de Moïse.
Qui
étaient les opposants
- C’étaient des
membres de l’Église puisqu’ils
communiaient :
Ce sont des écueils dans vos
agapes, faisant impudemment bonne chère, se
repaissant eux-mêmes. v.12
- Jude les trouve
particulièrement antipathiques :
ils méprisent l'autorité et
injurient les gloires. v.8.
Ils parlent d'une manière
injurieuse de ce qu'ils ignorent v.10.
Ce sont des gens qui
murmurent, qui se plaignent de leur sort, qui
marchent selon leurs convoitises, qui ont à la
bouche des paroles hautaines, qui admirent les
personnes par motif d'intérêt. v.16.
- Leur prétention
provenait sans doute du fait qu’ils se disaient
inspirés par le saint-Esprit puisque Jude les
attaque sur ce point :
hommes sensuels, n'ayant pas
l'esprit. v.19
ces hommes entraînés par
leurs rêveries v.8
- Ils se croyaient
libérés des prescriptions morales
habituelles :
ils changent la grâce de
notre Dieu en dissolution v.4.
ils souillent pareillement
leur chair, v.8 ,
- Tout ceci n’était
pas traditionnel
Comme je désirais vivement
vous écrire au sujet de notre salut commun, je
me suis senti obligé de le faire afin de vous
exhorter à combattre pour la foi qui a été
transmise aux saints une fois pour toutes.
v.3.
Étaient-ils peut-être des
gnostiques analogues à ceux que Paul rencontrait
à Corinthe ?
Le gnosticisme était un mouvement né
précisément au 1er
siècle de notre ère dans des milieux
spiritualistes enseignant que le salut vient de
la « connaissance » (gnose signifie
connaissance) de la divinité malheureusement
emprisonnée en l'homme dont la chair physique
est comme la gangue entourant l'or d'une pépite.
L'homme est « sauvé » lorsqu'il prend
conscience qu'il appartient au monde d'en haut,
de la lumière, de la pureté, de la vérité. Pour
les chrétiens, c'est le Christ qui nous a fait
connaître ces choses.
Puisque le corps matériel de l'homme n'a aucune
importance, cette doctrine entraînait ou bien
une attitude d'ascétisme extrême, ou bien au
contraire un laxisme total. Elle provoquait en
tous cas la fierté prétentieuse de ceux qui «
savent » et méprisent les
« ignorants ».
On entend dire généralement
qu'il y a parmi vous de l'impudicité, et une
impudicité telle qu'elle ne se rencontre pas
même chez les païens ; c'est au point que l'un
de vous a la femme de son père.
Et vous êtes enflés d'orgueil ? Et vous n'avez
pas été plutôt dans l'affliction, afin que
celui qui a commis cet acte fût ôté du milieu
de vous ? I Corinthiens 5.1-2
Ne
savez-vous pas que vos corps sont des
membres de Christ ? Prendrai-je donc les
membres de Christ, pour en faire les membres
d'une prostituée ? Loin de là ? Ne
savez-vous pas que celui qui s'attache à la
prostituée est un seul corps avec elle ?
Car, est-il dit, les deux deviendront une
seule chair.
Mais celui qui s'attache au Seigneur est
avec lui un seul esprit.
Fuyez l'impudicité. Quelque autre péché
qu'un homme commette, ce péché est hors du
corps ; mais celui qui se livre à
l'impudicité pèche contre son propre corps.
Ne savez-vous pas que votre corps est le
temple du Saint-Esprit qui est en vous, que
vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous
appartenez point à vous-mêmes ?
I Corinthiens 6.15-19
Lors donc que vous vous
réunissez, ce n'est pas pour manger le repas
du Seigneur ; car, quand on se met à table,
chacun commence par prendre son propre repas,
et l'un a faim, tandis que l'autre est ivre.
N'avez-vous pas des maisons pour y manger et
boire ? Ou méprisez-vous l'Église de Dieu, et
faites-vous honte à ceux qui n'ont rien ? Que
vous dirai-je ? Vous louerai-je ? En cela je
ne vous loue point. I
Corinthiens 11. 20-22
A chacun la manifestation de
l'Esprit est donnée pour l'utilité commune.
En effet, à l'un est donnée par l'Esprit une
parole de sagesse ; à un autre, une parole de
connaissance, selon le même Esprit […] Un seul
et même Esprit opère toutes ces choses, les
distribuant à chacun en particulier comme il
veut. I Corinthiens 12.7-11
L’enfer,
la damnation éternelle
Il s'est glissé parmi vous
certains hommes, dont la condamnation
est écrite depuis longtemps [...]
Je veux vous rappeler, à vous qui savez fort
bien toutes ces choses, que le Seigneur, après
avoir sauvé le peuple et l'avoir tiré du pays
d'Égypte, fit ensuite périr les
incrédules ;
qu'il a réservé pour le jugement du
grand jour, enchaînés
éternellement par les ténèbres, les
anges qui n'ont pas gardé leur dignité, mais
qui ont abandonné leur propre demeure que
Sodome et Gomorrhe et les villes voisines, qui
se livrèrent comme eux à l'impudicité et à des
vices contre nature, sont données en exemple,
subissant la peine d'un feu éternel.
Malgré cela, ces hommes aussi, entraînés par
leurs rêveries, souillent pareillement leur
chair, méprisent l'autorité et injurient les
gloires. v.4-8
Reprenez les uns, ceux qui
contestent ; sauvez-en d'autres en les
arrachant du feu.
v.22-23
Jude est sévère à l’égard de ces gens dont
l’attitude semble effectivement avoir été bien
peu sympathique et fraternelle mais dont la
faute semble surtout avoir été essentiellement
théologique et éthique ! Paul n’avait pas
menacé les Corinthiens gnostiques
du feu éternel, dont il ne parle d’ailleurs
jamais dans ses épîtres.
Matthieu et Luc, à la même
époque mentionnent un feu éternel.
Mais c’est pour punir un manque de solidarité
fraternelle et sans jamais préciser
nommément ceux qui sont visés par une telle
mesure :
Seigneur, quand
t'avons-nous vu ayant faim, ou ayant soif,
ou étranger, ou nu, ou malade, ou en prison,
et ne t'avons-nous pas assisté ?
Et il leur répondra : Je vous le dis en
vérité, toutes les fois que vous n'avez pas
fait ces choses à l'un de ces plus petits,
c'est à moi que vous ne les avez pas faites.
Et ceux-ci iront au châtiment éternel, mais
les justes à la vie éternelle. Matthieu
25.44-46
Il y avait un homme riche,
qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et
qui chaque jour menait joyeuse et brillante
vie.
Un pauvre, nommé Lazare, était couché à sa
porte, couvert d'ulcères et désireux de se
rassasier des miettes qui tombaient de la
table du riche ; et même les chiens
venaient encore lécher ses ulcères.
Le pauvre mourut, et il fut porté par les
anges dans le sein d'Abraham. Le riche mourut
aussi, et il fut enseveli.
Dans le séjour des morts, il leva les
yeux ; et, tandis qu'il était en proie
aux tourments, il vit de loin Abraham, et
Lazare dans son sein.
Il s'écria ; Père Abraham, aie pitié de
moi, et envoie Lazare, pour qu'il trempe le
bout de son doigt dans l'eau et me
rafraîchisse la langue ; car je souffre
cruellement dans cette flamme. Luc
16.19-24
Le lecteur de ces textes est
naturellement sensible au fait que
chacun est ainsi menacé de l’enfer mais que
cette menace n’est évidemment pas suivie
d’effet. Il en va différemment avec le texte de
Jude.