Théologie
radicale
Une foi pure
Pure Faith
Greg
Spearritt
Brisbane, Australie
.
9 juin 2007
Quelqu'un m'a demandé, l'autre
jour, si j'étais
« chrétien ». Cela m'a choqué. Certes je suis heureux de
l'être, mais pourquoi cet homme s'imaginait-il que je devais
forcément donner à ce mot le même sens que
lui ?
Il est vrai que certains chrétiens
prétendent définir eux-mêmes ce qui est
chrétien et ce qui ne l'est pas. Ce sont souvent ceux qui
s'efforcent le plus de faire parler d'eux et de convertir les autres
à leurs propres façons de voir.
Ils ont l'idée de conserver pure et
immuable la foi héritée de « nos
Pères ».
Le christianisme s'est constitué
depuis son origine par un
mélange de conceptions et de pratiques hébraïques
et gréco-romaines. Pourtant sa « pureté » a été affirmée de façon
prétentieuse et même féroce face aux traditions
religieuses des autres cultures. Ainsi en 1683, un Espagnol se
permettait d'écrire :
« Il est toujours
nécessaire, parmi les peuples barbares, que notre zèle
espagnol sème d'une main la semence évangélique
et brandisse de l'autre l'épée qui la
protège. »1
Cette méthode a effectivement
été très efficace pour l'expansion du
christianisme mais certainement pas pour en préserver la « pureté » !
Les conservateurs s'obstinent dans cette
attitude pourtant indéfendable. Ils se félicitent des progrès du
christianisme en Afrique mais ne disent pas mot de la manière
dont les Africains adaptent le christianisme à leur culture
fort différente de la nôtre. Ceux-ci font
évidemment comme tous les peuples du monde qui ont
été en contact avec la colonisation occidentale
- et comme font également les membres du
réseau Sea of Faith - ils prennent
dans le christianisme ce dont ils ont besoin et laissent ce qui leur
paraît inutilisable.
Par contre, le bouddhisme, qui est aussi une
grande religion missionnaire, doit son succès à son
ouverture syncrétiste systématique : il s'est
rapproché et s'est combiné avec, entre autres, le
taoïsme, le shintoïsme, le confucianisme, et des traditions
tibétaines.
Même à l'égard du
bouddhisme, les théologiens occidentaux - lisez : « chrétiens » - ont parlé de « pureté » et d' « authenticité ». La pensée occidentale semble focalisé
sur l'essence d'une religion. Le grand indianiste belge du
19e siècle Louis
de La Vallée Poussin, par
exemple, recherchait « le
bouddhisme qui est sous-tend les divers
bouddhismes »2
En ce qui concerne le christianisme et
particulièrement dans les milieux conservateurs,
l' « Église
primitive » du temps du
Nouveau Testament, est supposée incarner le christianisme le
plus pur et le meilleur.
Les origines (mythiques) du bouddhisme, de
l'hindouisme et du christianisme sont censées
représenter leur seul expression authentique, leurs mutations
ultérieures étant considérées comme des
déviations. Et ceci justifiait la domination brutale des
colonisés « corrompus ».
Le bouddhisme tel que nous le comprenons est
en fait une création du 19e siècle.
Jusqu'à récemment les langues orientales n'avaient pas
de mot désignant le « bouddhisme » ou la « religion » et c'est, sans doute, toujours le cas.
En fait on a pu dire - et cela ne surprendra pas les habitués
du réseau Sea of Faith - que la « religion » elle-même est une invention occidentale.
L'anthropologue américain Bernard McGrane a
écrit : « ce
n'est pas dans l'aube lointaine du paléolithique que la
religion est née mais au siècle des
Lumières ».
Le théologien canadien Wilfred Cantwell
Smith disait que la notion de
« religion » est une conception occidentale « inutile, illusoire et
trompeuse », une
abstraction forgée à partir de la vie religieuse des
autres peuples.
Le christianisme occidental manifeste un
respect exagéré et malsain pour les définitions
doctrinales, le vocabulaire
religieux, les credo qui prétendent atteindre l'essence de la
vérité et devenir à leur tour objets de foi. Il
vaudrait mieux exprimer notre pensée en termes de « récits », cela nous éviterait d'identifier la foi avec
les mots qui la disent.
Restons optimistes. Les mots « chrétien » et « religion » sont suffisamment ouverts pour désigner des
réalités diverses, permettre une
créativité toujours nouvelle et enrichir toujours
à nouveau notre vie spirituelle.
_______________________________________________
1.
P. Hempenstall & N.
Rutherford Protest and Dissent in the Colonial Pacific
(Institute of Pacific Studies of the University of South
Pacific, 1984) 101.
2. Guy Richard Welbon The Buddhist Nirvana
and its Western Interpreters (Uni of Chicago Press,1968)
Traduction Gilles
Castelnau
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