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Le Christ cosmique

La Grâce originelle

 

 

Matthew Fox

prêtre épiscopalien de Californie

 

22 février 2009
Le professeur Matthew Fox directeur du Centre de recherche Creation Spirituality de l’Église épiscopalienne de Californie
a publié en 1995 deux remarquables livres traduits en français.

 

Le Christ Cosmique

(Albin Michel)

 

Voici un fragment de la préface par Bernard Besret

Pour Matthew Fox, la foi n'est pas adhésion à un dogme mais confiance en ce qui est. Notre histoire trouve sa source dans l'énergie créatrice de Dieu et non dans le péché. D'où un véritable amour de la Terre et du corps, par opposition à la suspicion dans laquelle la tradition augustinienne tient le corps et tout ce qui peut contribuer au bonheur de vivre.
Dieu ne répond plus à la seule image du père, mais tout autant à celle de la mère et de l'enfant. Il s'ensuit une vision beaucoup moins patriarcale et\ beaucoup plus féministe de la société. Une vision beaucoup moins individualiste et beaucoup plus collective du salut. C'est l'humanité entière et le cosmos lui-même que nous devons entraîner dans la quête de notre intégrité.
Et cette recherche spirituelle que Matthew Fox aime appeler mystique, loin de suivre un shemin de mort, une mortification, est une démarche de naissance et de re-naissance.

 

La Grâce Originelle

(Ballarmin - Desclée de Brouwer)

 

En voici quelques passages significatifs.

 

Page 84
Explorer le cosmos c'est explorer Dieu. Comme Honorius d'Autun l'écrivait vers 1125 :

Tout dans la création divine donne grand plaisir à quiconque la contemple : ainsi par exemple, on trouve ici la beauté dans les fleurs ; là, la guérison dans les herbes ; ici, la nourriture dans les légumes ; et là encore, on trouve un sens dans les serpents et dans les oiseaux. [...] L'Artisan suprême a conçu l'univers comme une grande cithare dont les cordes produisent toute une gamme de sons.

Nous sentons à nouveau la certitude du plaisir et de la joie qu'enseigne une spiritualité consciente du cosmos. Nous voyons le créateur sous les traits d'un artisans qui conçoit l'univers comme une grande cithare (image rafraîchissante d'un Dieu qui ne juge pas !). Et toute cette musique cosmique n'est qu'harmonie.
La définition du cosmos implique une dimension d'équilibre, d'harmonie et donc de justice. Le mot grec « cosmos » signifie « ordre ». Une spiritualité cosmique est une spiritualité de l'ordre, parce qu'elle a un souci sincère pour l'harmonie, l'équilibre et la justice. En fait, l'injustice constitue précisément une rupture dans l'ordredu cosmos, une rupture dans la création elle-même.
Les Juifs voyaient le cosmos reposer sur deux piliers : le pilier de la justice et celui de la droiture, c'est-à-dire de la justice intériorisée. « Justice et Droit sont l'appui de ton trône. » (Ps 89,15).

 

Page 87
Thomas d'Aquin écrit que chaque personne humaine est capax universi, capable d'embrasser l'univers. Il invite ainsi chaque personne à une prise de conscience du cosmos, à une relation avec le cosmos. Mais il faut aussi réfléchir sur le revers de cette affirmation. Si chaque personne est capable d'embrasser l'univers, et si la plupart d'entre elles ne sont pas encouragées à découvrir et à célébrer cette relation, qu'advient-il alors des personnes et de leurs institutions ? Elles deviennent malades et violentes.

 

Page 88
Dissociée du cosmos, la vie humaine ne peut être ni sage, ni saine, ni désirable. Sans le cosmos, l’humanité devient arrogante et manipulatrice, victime de son narcissisme et de ses conséquences.

 

Page 94
La terre ne peut tolérer plus longtemps le péché qu'est la religion introspective.
Pour comprendre à la fois l'attrait et le drame d'une spiritualité trop introspective, je crois qu'il est important de saisir la différence cruciale entre un voyage intérieur et un voyage intime. Le voyage intérieur est à la fois sain et nécessaire : idéalement, nous en faisons constamment : en nous-mêmes, nos proches, les arbres, la musique de Mozart, la mort, la douleur, la souffrance et l'injustice.
Prier c'est pénétrer, donc faire un voyage intérieur. Mais celui qui effectue un voyage intime, à la recherche de Dieu ou d'un ressourcement spirituel, ne s'occupe que de soi : c'est de l'introspection. Ce type de démarche est la mort de la spiritualité cosmique, la mort du cosmos, et c'est une recherche abusive du salut personnel. Le monde n'a pas besoin de plus de voyages intimes, mais il n'y a pas de limites aux voyages intérieurs.

 

Page 101
Une religion dont le point de départ est le péché originel et qui s'édifie exclusivement autour du péché et de la rédemption n'enseigne pas la confiance : c'est là un corollaire psychologique destructeur, qui relève de la tradition chute/rédemption. On n'apprend pas, avec une telle religion, à avoir confiance en 1'existence, en son corps, en la société, en la créativité ou dans le cosmos. Consciemment et inconsciemment, par ses paroles et ses silences, elle n'enseigne que la peur : peur de la damnation, peur de la nature - et, au premier chef, peur de notre propre nature - peur des autres et peur du cosmos. En fait, elle enseigne la méfiance, d'abord à l’égard de notre propre existence, de notre propre originalité et de notre propre intrusion glorieuse dans ce monde de gloire et de douleur.

Le Mahatma Gandhi comprenait la faiblesse sous-jacente à une foi religieuse aussi méfiante lorsqu'il affirmait : « Ce qu'on obtient par la peur, dure qu'aussi longtemps que dure la peur. » Cela signifie qu’une religion fondée sur la peur doit continuer d'enseigner la peur si elle veut se perpétuer. Une telle religion fuira toujours davantage la société, le cosmos et tout ce qui n'est pas introspectif.
Cette remarque éclairée de Gandhi nous aide aussi à comprendre pourquoi beaucoup de gens en Occident abandonnent la religion : parce qu'en devenant adultes ils cessent d'avoir peur et commencent à faire confiance, et que très souvent ils ne trouvent plus dans les religions occidentales de quoi répondre à leurs besoins spirituels d'adultes.
Que se passerait-il toutefois si la religion devait se construire non plus sur des réflexes de peur, mais sur une psychologie de la confiance et du développement continu de la personne humaine ?

 

Page 113
Une spiritualité panenthéiste emploie une une terminologie maternelle pour parler de Dieu. Julienne de Norwich, qui fut une grande avocate de la  maternité de Dieu, l'a définie dans ce cas comme « l'étreinte » dont nous sommes l'objet. Pour elle, le côté maternel de Dieu est enveloppement, étreinte, accueil, inclusion, cosmos et développement. Eckhart emploie une terminologie panenthéiste et maternelle analogue et nous décrit comment tout ce qui existe « est baigné de Dieu, investi de Dieu qui est autour de nous et nous enveloppe ».

 

Page 115
J'ai souvent tendance à rire lorsque des gens me disent qu’ils ne prient plus, ce qui, dans 99 % des cas signifie « Je ne prie plus comme j'avais l'habitude de le faire » ou « Je ne prie plus comme on le fait à l'église ». Si nos prières étaient théistes et si la forme des prières liturgiques chrétienne est toujours théiste, c'est alors une véritable grâce que d'entendre des gens dont la croissance spirituelle est suffisamment avancée pour se sentir de moins en moins à l'aise dans des célébrations dualistes. Des célébrations qui, si elles ne changent pas, finiront par tuer l'âme comme le suggère Jung.

Il est temps de se réjouir et de rire lorsque nous entendons dire que l'esprit de Dieu mène progressivement les gens vers une vie de prière plus adulte et plus authentiquement mystique, une vie de prière où nous entrons vraiment profondément en symbiose avec Dieu, un Dieu qui est tout en tous. Ce mouvement signifie que nous sommes vraiment en train de croître, de mûrir en passant d'une religion chute/rédemption à une spiritualité de la création.

 

Page 137

« On me demande souvent comment les Bouddhistes répondent à la question : "Dieu existe-t-il ?" L'autre jour, je marchais le long du fleuve. [...] J'ai soudain pris conscience du soleil qui brillait à travers les arbres sans feuilles, de sa chaleur, de sa lumière et du caractère entièrement libre et complètement gratuit de tout cela. Il n'est là que pour notre plaisir. Sans m'en apercevoir, de façon complètement spontanée, j'ai joint mes deux mains et j'ai réalisé que je faisais un gassho. J'en ai conclu que c'était tout ce qui comptait: m'incliner, m'incliner profondément, c'était tout ce qui comptait. »
Rév. Eido Tai Shimano, maître zen japonais

 

Page 150
Le péché consiste à faire du tort à la création, et à nuire à son équilibre et à son harmonie en transformant la beauté en laideur. Dans cet esprit, toute atteinte à l'écologie est un péché et, comme le soulignent Hildegarde et les théologiens de la sagesse, un tel péché est une cassure, une rupture dans la création elle-même. Ce péché de l'humanité contre sa propre origine, la terre, constitue l'essence même de l'injustice. Hildegarde écrit :

Toute vie a maintenant déserté
le peuple qui était fait pour verdir.
Tout n'est plus qu'aridité flétrie.
Les vents sont chargés de la puanteur pestilentielle
des comportements mauvais et égoïstes.
Les orages s'amoncellent à l'horizon.
L'air vomit la saleté dégoûtante des gens.

Et elle s'exclame :

Il ne faut pas blesser la terre ! Il ne faut pas détruire la terre !

 

Page 287
Chose certaine, le cosmos n'a pas encore achevé son œuvre. Vingt milliards d'années n'ont en aucune manière mis un terme à sa quête de la beauté. Le cosmos est encore en naissance et en expansion, et il nous appelle à faire de même. Dernier et plus étonnant rejeton du cosmos, l’humanité est appelée à s'impliquer dans ce processus de naissance. C’est ce que nous entendons en parlant de recouvrer la maternité de Dieu et le rôle de la mère de Dieu pour l'ensemble de l'humanité. Le Créateur n'a pas encore achevé son œuvre et la théologie nous annonce qu'il aspire àvoir le cosmos être encore source de joie nouvelle. Et nous tous, artistes, sommes appelés à être les instruments de cette joie qui est à sagesse et miséricorde.

 

Voir aussi l'article de Matthew Fox
L’écologie peut nous aider à déconstruire et reconstruire la théologie et la religion

 

 

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