Comment
concevoir Dieu
How
We Imagine God Matters
Marcus Borg
13 décembre 2006
Il est normal de
personnaliser Dieu dans notre
méditation et notre prière. Mais il ne faut pas
prendre ces personnifications à la lettre.
Du début jusqu'à la fin,
la Bible est l'histoire de Dieu. Elle n'est bien
sûr pas
écrite par Dieu. La Bible hébraïque est
l'histoire
de Dieu écrite par l'ancien Israël et le Nouveau
Testament est l'histoire de Dieu écrite par la
communauté des premiers chrétiens, notamment
telle que
Jésus l'avait révélée.
Comment ces deux anciennes
communautés ont-elles compris le personnage
central de leurs
récits ? Comment ont-elles conçu Dieu et sa
relation au monde ?
La Bible donne à ces questions une
réponse double.
D'une part,
la Bible emploie un langage imagé qui
présente Dieu comme une personne humaine, un
roi, un seigneur,
un père, une mère, un guerrier, un berger, un
potier
pour ne citer que certaines de ces images
anthropomorphiques.
Le seul fait que ces images soient
nombreuses et diverses indique qu'il s'agit de
métaphores.
Dieu n'est littéralement aucune d'elles, il est
comme un roi,
comme un père ou une mère, comme un guerrier, un
berger
etc.
Prendre ces métaphores
anthropomorphiques à la lettre entraîne une
notion de
Dieu appelée « théisme
surnaturel ». Dieu est
considéré comme demeurant « là-haut »,
comme ayant créé il y a longtemps
l'univers comme une entité séparée de Dieu.
C'est donc de l'extérieur que Dieu intervient
lorsqu'il le
veut, notamment dans les événements les plus
dramatiques rapportés par la Bible. La plupart
du temps, Dieu
n'est donc pas
« ici » mais
« là-haut ».
C'est ainsi que l'on dit :
« Notre Père qui es
aux cieux. »
D'autre part,
la Bible dit aussi que Dieu est « ici parmi
nous » et davantage
même. Dieu est alors considéré comme l'Esprit
immatériel enveloppant l'humanité et toute
chose.
- Dans
le livre des Actes, Paul dit de
Dieu :
En lui nous avons la vie,
le
mouvement, et l'être. 17.28.
Ceci implique que Dieu n'est pas ailleurs,
mais qu'il nous entoure : nous vivons
et nous mouvons
« en
Dieu ».
- Dans
le Psaume 139 on trouve la même
idée qu'on ne peut jamais être en dehors de
Dieu.
7-11
Où irais-je loin de
ton
esprit,
Où fuirais-je loin de ta face ?
Si je monte aux cieux, tu y es,
Si je me couche au séjour des morts,
t'y voilà.
Si je prends les ailes de l'aurore,
Et que j'aille habiter à l'extrémité
de la
mer,
Là aussi ta main me conduira,
Et ta droite me saisira.
Si je dis : Au moins les ténèbres
me
couvriront,
La nuit devient lumière autour de moi.
Dans l'hébreu
de l'Ancien
Testament, comme dans le grec du
Nouveau Testament, le mot
que nous traduisons par « esprit »
signifie aussi « vent »
et « respiration ».
Dieu est comme un vent, comme une
respiration. A
l'époque on ne concevait pas le vent
comme une
réalité matérielle, des molécules d'air
en mouvement, mais comme une force
invisible mais puissante. La
respiration aussi est, en nous, comme
une force invisible de
vie.
Dieu est comme le vent qui souffle à
l'extérieur de nous et comme la
respiration qui est en
nous.
Nous sommes en Dieu et Dieu est aussi
en
nous.
Cette manière de comprendre Dieu se
nomme en théologie le
« panenthéisme » (ce
qui signifie en grec « tout est
en Dieu »). Nous
sommes en Dieu, nous vivons et nous
mouvons en Dieu. Dieu n'est pas
un être là-bas mais une présence en
nous et
autour de nous.
Il est
normal de personnifier Dieu
et de nous adresser à
lui,
dans la méditation et la prière,
comme s'il
était une personne, en lui disant « tu ».
Mais si l'on prend cette
personnification
littéralement, on tombe dans le
théisme surnaturel,
Dieu devient un être, à côté et en
plus des
autres êtres de l'univers et il
s'éloigne de
nous.
Il d'ailleurs peu crédible dans le
monde moderne, qu'un tel être existe
là-haut. La
conception du théisme surnaturel me
semble responsable du
refus de Dieu par l'athéisme
moderne.
Par contre, la conception
panenthéiste de Dieu ne génère pas
de telles
difficultés : un Dieu présent
en nous et autour de
nous, aussi proche de nous que notre
propre souffle. Une religion qui
ne consiste pas à croire en un Dieu
qui existe ou qui,
peut-être n'existe pas, mais qui
nous fait prendre conscience
du Dieu qui est présent en nous.
Traduction Gilles Castelnau
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