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Repenser la vie chrétienne

 

Re-Visioning Christianity

 

Marcus Borg

Professeur de religion
université de l'Oregon, États-Unis

 

Jésus et la vie chrétienne

 

4 avril 2004

Dès les premières décennies qui ont suivi la mort et la résurrection du Christ, l'Église primitive a attribué au Christ des titres comme « Parole de Dieu », « Agneau de Dieu », « Sagesse de Dieu », « Messie », « Fils de Dieu », « Seigneur ».
Aucun n'avait été utilisé durant le ministère même de Jésus et il est peu vraisemblable qu'il se soit lui-même considéré comme « Fils de Dieu », « Messie » et certainement pas comme « Lumière du monde », « Pain de vie », « Chemin, Vérité et Vie ».
La plupart des biblistes sont d'accord pour dire que ces titres sont l'expression de la foi premiers chrétiens et non celle de Jésus lui-même. C'est l'Église qui témoignait de sa foi en confessant reconnaître en lui « la Parole faite chair » ; « l'Esprit de Dieu incarné en une vie humaine » ; « le Messie », « la Lumière du monde ».

Ce langage qui présente parfois, il est vrai, des analogies avec le vocabulaire de l'hellénisme, émane essentiellement de la tradition juive, dans sa dimension la plus exaltée. Et cette remarque souligne l'extraordinaire impact que la ministère de Jésus a produit sur ses disciples.
Ces titres sont des métaphores dont chacune a, bien sûr, son sens propre. Mais toutes ensemble, elles signifient que pour nous chrétiens, « Jésus nous donne la révélation décisive de Dieu », la « révélation d'une vie remplie de Dieu ».
Jésus ne nous dit pas que Dieu est « omniscient », « omniprésent », ni même « créateur du monde ». Mais il nous montre ce que peut être une vie humaine remplie de Dieu.

D'ailleurs nous ne sommes pas obligés d'ajouter qu'il est le seul à le faire. Les chrétiens trouvent la révélation décisive de Dieu en Jésus, mais les musulmans la trouvent dans le Coran et les juifs dans la Torah.

On a souvent hésité à dire que Jésus est un modèle de vie chrétienne, de crainte de valoriser « les oeuvres » plutôt que « la grâce », et de laisser croire que la vie chrétienne se limite à l'éthique. De plus la nature divine de Jésus tenait une telle place qu'on n'osait même plus le donner comme modèle de vie humaine.
Mais ces craintes n'ont pas lieu d'être si l'on considère que c'est le saint Esprit qui est lui-même à l'oeuvre dans la personne et le ministère de Jésus.

J'ai dit ailleurs (Ce que le christianisme n'est plus et ce qu'il est) que Jésus était un être spirituel, un mystique juif, un guérisseur, un sage, un prophète social et un fondateur.
J'ajouterai aujourd'hui que la « vie remplie de Dieu » de Jésus était une vie de spiritualité et de sagesse, de compassion et de justice.

 

 

Spiritualité et sagesse

 

La spiritualité

La « vie remplie de Dieu » que Jésus a vécue était naturellement la vie remplie de l'Esprit divin d'un mystique juif. Les mystiques sont des gens qui ont des expériences vives et fréquentes de la présence du sacré. La relation de Jésus avec l'Esprit était centrale, il en avait évidemment une conscience aiguë et il appelait se disciples à entrer, comme lui dans cette communion spirituelle.

La spiritualité, la conscience d'une communion avec Dieu est certainement une des deux caractéristiques centrales de la vie chrétienne. Certes Dieu est présent depuis les origines en tous les hommes, mais la vie chrétienne est précisément d'en devenir conscient.

Plus nous nous attachons à nos relations humaines, plus elles se renforcent ; notre relation avec Dieu s'approfondit également si nous y prêtons attention.

Il ne s'agit pas dans cette recherche de spiritualité de nous efforcer de « croire des choses », ni même de commencer par « croire en Dieu » davantage. Il s'agit de cultiver une relation avec le Mystère qui englobe notre vie, nos actions et notre être entier.

La spiritualité, qui est l'un des deux piliers de la vie chrétienne, est donc fondamentalement une ouverture du coeur à la présence de Dieu, comme une coquille qui se brise et laisse jaillir la vie.

 

L'intervalle étroit. C'est ainsi que l'ancienne tradition celtique du 5e siècle désigne le moment où le monde du sacré se fait proche, où le passage du matériel à l'immatériel semble possible. Le voile qui les sépare se déchire et on entre en présence de l'Esprit qui nous anime et nous fait vivre.

Nos coeurs peuvent ainsi s'ouvrir au sacré dans la nature ou à certains endroits privilégiés comme le monastère d'Iona en Écosse, lors d'un pèlerinage à Jérusalem ou à Rome.

Nos célébrations religieuses ont certainement aussi cette vocation, à condition du moins qu'elles ne soient pas constituées d'une banale succession de prières, d'exhortations, de credo, de lectures ennuyeuses et de chants aux paroles vides de sens car dans ce cas, hélas trop fréquent, il n'est pas étonnant que nos contemporains aient mieux à faire le dimanche matin que de s'y rendre !

La spiritualité, c'est-à-dire la relation avec le saint Esprit que Jésus nous a révélée en la vivant lui-même est donc un des deux pôles de la vie chrétienne.

 

La sagesse

La « vie remplie de Dieu » que Jésus a vécue et qui nous sert de modèle était aussi une vie de sagesse, c'est-à-dire un « chemin », une « voie » qui conduit au-delà des conventions. Une sagesse qui nous fait prendre du recul par rapport à nos habitudes, par rapport à nos conceptions de ce qui est désirable, de ce qui est bien ou mal.

C'est une sagesse alternative, subversive. Jésus en parlait comme d'un « chemin étroit », car il est le chemin de Dieu et non celui de la culture, des habitudes humaines.

Alors que Jésus, par son expérience spirituelle de mystique juif, découvrait et vivait la présence de Dieu, il enseignait cette même présence dans sa prédication de sagesse.

Prédication de sagesse adressée à tous, marginaux ou honnêtes ; sagesse plus facilement comprise par les marginaux qui n'avaient guère leur place sur les « chemins » de la sagesse traditionnelle.

 

Le passage de la Croix à la Résurrection, de la mort à la vie, est le symbole de l'ancienne manière de vivre, marquée par une culture et des habitudes humaine, qui s'ouvre à l'Esprit, en une nouvelle naissance en communion avec Dieu, comme Jésus l'a vécue lui-même.

Il est vrai que les évangéliques ont détourné le sens de « nouvelle naissance » en lui donnant le sens de la conversion subite à une pensée légaliste et rigide. Mais ce n'est pas une raison pour que nous leur laissions le monopole extravagant de cette expression, que nous ne devons pas craindre d'utiliser en lui donnant sa véritable signification qui est de mourir à notre ancienne manière de penser qui est celle de notre culture et de notre éducation.

Nous observerons alors que la sagesse de Jésus, sa « voie », est de même nature que celle des penseurs des autres grandes religions du monde, comme le Bouddha ou Lao Tseu. Nous ne devons pas nous en offusquer mais bien au contraire nous réjouir de ce rapprochement universel que je trouve très encourageant.

 

 

Compassion et justice

 

Ces deux mots sont indissociables : sans justice, la compassion est trop individualiste et sentimentale. Et sans compassion, la justice manque d'humanité.

 

La compassion

Pour Jésus elle est au centre de la vie en présence de Dieu, car elle est aussi la caractéristique fondamentale de Dieu : « Ayez compassion comme votre Père a compassion  » Luc 6.36. Méfions-nous des mots comme « miséricorde » qui supposent une relation de supérieur à inférieur et qui suggèrent peut-être aussi une culpabilité de celui qui est l'objet de la « miséricorde », alors que le terme original n'a aucune de ces deux significations mais dit clairement « soyez pleins de bonté comme votre Père est plein de bonté ». Dans l'Ancien Testament ce mot de « compassion » est de la même racine que la matrice d'une femme. (Chouraki le traduit d'ailleurs par « matriciel », note de G. Castelnau). Avoir de la compassion, signifie donc que l'on donne la vie comme une mère, que l'on est tendre, affectueux et bienveillant.

Une mère peut aussi devenir farouche pour défendre ses enfants : La« compassion » que Dieu éprouve pour les hommes et qu'il invite les hommes à manifester entre eux n'est pas inconsistante et toujours douce.

L'importance centrale ainsi donnée à la compassion donne au christianisme sa véritable caractéristique, bien différente de ce qu'il aurait été s'il avait été centré sur la justice légale ou la pureté morale et c'est bien heureux !

 

La justice

Elle est un élément central de la Bible, depuis le récit dans l'Exode de la Sortie d'Égypte qui est libération de l'injustice économique et politique. Les prophètes d'Israël, comme ensuite Jésus lui-même, en ont fait le coeur de leur prédication.

On peut dire qu'à la question « pour quoi Jésus est-il mort ? », qui est mieux formulée : « pourquoi fut-il tué ? », la réponse est clairement qu'il fut tué à cause de son engagement pour la justice et ses critiques à l'égard du système aliénant de son temps.

Ce terme de justice prête à confusion. Dans la Bible il ne désigne pas ce que nous appellerions aujourd'hui le Ministère de la Justice ou une procédure légale régulièrement observée. La « justice » biblique vise le résultat obtenu par l'application de la loi, non la régularité de son application.

Cette notion nous est en grande partie étrangère aujourd'hui où notre société américaine est sous divers aspects, radicalement injuste : qu'aurait dit Jésus de l'injustice avec laquelle les soins médicaux sont dispensés aujourd'hui aux Etats-Unis ; qu'aurait-il pensé de notre système américain de redistribution des richesses ?

Rendre le monde conscient de l'injustice du système dans lequel nous vivons est une des tâches les plus importantes qui se présentent aujourd'hui à l'Église ; elle est en même temps particulièrement difficile à cause de l'individualisme qui est actuellement le nôtre.

 

Prenons l'exemple déjà lointain de la pression sociale qui s'exerçait, il y a seulement quarante ou cinquante ans, sur les mères célibataires. Dans ma jeunesse, une jeune femme enceinte hors mariage n'aurait pas été tolérée dans la petite ville du Nord Dakota où nous habitions ; elle aurait dû abandonner son enfant et s'exiler dans l'anonymat d'une cité lointaine.

Pensons aussi à la pression sociale et à la souffrance injuste et inutile qu'exerce notre système économique sur les moins privilégiés d'entre nous.

Le Dieu de la Sortie d'Égypte, le Dieu des prophètes d'Israël et de Jésus sensible à la misère humaine nous appelle incontestablement à ouvrir nos coeurs à son Esprit de compassion et de justice.

Une « vie remplie de Dieu » est une vie de compassion et de justice.

 

 

Foi et vie chrétienne

 

La foi-adhésion

C'est la foi qui consiste à donner son assentiment à une idée, à une affirmation, croire en une doctrine. « croire » les choses que l'on ne peut pas démontrer. On peut aussi décider de « croire » les choses qui nous paraissent discutables. Cette conception est courante de nos jours, mais elle me paraît particulièrement nocive et destructrice de... foi ! Elle ne date que du 18e siècle, du siècle des Lumières. Au Moyen Age il n'en était pas du tout ainsi. La Bible était globalement admise, personne n'avait, par exemple, de peine à admettre que Dieu avait créé le monde en six jours comme la Genèse le raconte.

Selon cette conception, les gens qui « n'ont pas la foi » sont ceux qui ne peuvent pas adhérer à des affirmations semblables.

Si Dieu souhaite que nous donnions notre adhésion à certaines affirmations, il est évident que ne pas le faire, « douter » ou « ne pas croire » signifie que l'on tombe loin de Dieu. C'est même un péché dont il faudrait de se repentir. Mais identifier la volonté de Dieu avec le théologiquement correct est tout à fait erroné. Parmi ceux qui « croire » parfaitement à tout, certains ne sont que de pauvres crétins, d'autres s'enfoncent dans une existence aliénée, d'autres encore mènent une vie misérable et sans horizon. Car la foi-adhésion ne sauve pas.

 

La foi-fidélité

Il ne s'agit pas de fidélité à l'idée de Dieu, car qui reviendrait à la foi-adhésion, mais de fidélité à la présence divine. Son contraire est se détourner de la présence de Dieu au profit des autres valeurs fondamentales que l'on vénère au premier chef. La Bible parle dans ce cas d'adultère, comme si l'on adorait d'autres Dieux.

 

La foi-confiance

Il ne s'agit pas d'avoir confiance en l'existence de Dieu, ce qui est encore la foi-adhésion, mais de confiance en la bienveillance divine. Son contraire est de se détourner de la confiance et de laisser la place à l'inquiétude. C'est l'attitude que Jésus invite à éviter en répétant ce mot d'inquiétude à cinq reprises dans le même passage : « Ne vous inquiétez pas » et en ajoutant : « gens de peu de foi » Matthieu 6.25-33.

Le baromètre mesurant la quantité de foi-confiance qui est en nous mesure la quantité d'inquiétude que nous avons chassée. La foi-confiance nous donne la « paix de Dieu qui dépasse toute intelligence » Philippiens 4.7.

 

La foi-vision

Quelle vision avons-nous du monde qui nous entour? La réalité du monde peut nous apparaître hostile, destructrice, effrayante. La mort nous menace tous de son néant. Le système solaire lui-même, disent les astronomes, aura disparu dans cinq milliards d'années dans l'explosion finale du soleil.

Le théologien américain Richard Niebuhr évoque l'angoisse qui saisit nombre de nos contemporains devant toutes les puissances maléfiques dont ils se sentent entourés et la tendance d'un certain christianisme à considérer Dieu lui-même comme l'ultime force de mort qui se saisira de nous en son Jugement dernier. Dieu dont il faudrait alors se protéger en adhérant aux doctrines salvatrices, en se soumettant aux sacrifices indispensables, en se purifiant, en acceptant toutes ses exigences.

Le monde peut aussi nous apparaître neutre, ni spécialement bienveillant ni particulièrement hostile. Il suffit d'organiser sa vie avec sagesse et une prudence raisonnable pour mener une existence normalement paisible.

Mais le monde peut nous apparaître positif et source de vie. Les théologiens emploient le terme de « grâce ». C'est la vision que Niebuhr propose, alors même qu'il n'ignore pas l'Holocauste et les horreurs dont les hommes se rendent coupables, mais il croit à la paix intérieure que donne la vie de la foi.

Cette troisième manière de voir le monde est celle qui permet de s'y impliquer, de lui donner et d'en recevoir. C'est la vie que Jésus nous a montrée et que tant de saints, connus et inconnus ont menée au cours des siècles. Ils pouvaient donner et recevoir car ils cultivaient une vision positive du monde.

Il ne s'agit pas, en tout ceci, de croire qu'il existe un Être surnaturel, que les dogmes chrétiens expriment la vérité absolue ou que la Bible est l'infaillible Parole de Dieu : il s'agit de notre regard sur le monde. Il s'agit bien, en fait, de Dieu.

 

 

Conclusion

 

Voici donc comment je vois la relation avec Dieu que propose la vie chrétienne. Elle me semble parfaitement résumée dans ce verset de Paul :

Nous tous qui, le visage dévoilé, reflétons la gloire du Seigneur,
nous sommes transfigurés en cette même image,
avec une gloire toujours plus grande,
par le Seigneur,
qui est Esprit.

2 Corinthiens 3.18

 

Traduction Gilles Castelnau

 

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