Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Libre opinion


Les Apocryphes


Témoins d’une Église plurielle

 


Régis Burnet

professeur de Nouveau Testament
Université catholique de Louvain

Éd. Cabédita

96 pages - 14, 50 €


recension Gilles Castelnau

 

 

28 décembre 2016

Plusieurs ouvrages récemment parus et d’accès aisé ont déjà fourni la traduction des principaux textes apocryphes. Régis Burnet les signale à la fin de ce livre. Mais ce qu’il propose ici est un survol et une présentation de toute la littérature apocryphe du Nouveau Testament.
Il en classe les textes comme sa table des matières le montre et il explique comment et pourquoi ceux-ci ont trouvé le jour dans les communautés chrétiennes des premiers siècles.
Le lecteur découvre ainsi sans difficulté, dans un langage agréable et clair, une très étonnante diversité dans la spiritualité des premières Églises que l’on ne soupçonnait guère.

En voici quelques passages.

 

page 22

Les premiers témoins de communautés diverses

Premiers fragments d’évangiles

l’Évangile de Pierre

Or dans la nuit où commençait le dimanche, tandis que les soldats montaient à tour de rôle la garde par équipes de deux, il y eut un grand bruit dans le ciel. Et ils virent les cieux s'ouvrir et deux hommes, brillant d'un éclat intense, en descendre et s'approcher du tombeau. La pierre, celle qui avait été poussée contre la porte, roula d'elle-même et se retira de côté. Et le tombeau s'ouvrit et les deux jeunes gens entrèrent. Alors, à cette vue, les soldats réveillèrent le centurion et les anciens, car eux aussi étaient là à faire la garde. Et tandis qu'ils racontaient ce qu'ils avaient vu, à nouveau ils voient du tombeau sortir trois hommes, et les deux soutenaient l'autre et une croix les suivait. Et la tête des deux atteignait jusqu'au ciel, alors que celle de celui qu'ils conduisaient par la main dépassait les cieux. Et ils entendirent une voix venue des cieux qui dit : « As-tu prêché à ceux qui dorment ? » Et on entendit une réponse venant de la croix : « Oui. » Alors ils se mirent à débattre entre eux s'il fallait s'en aller et exposer ces faits à Pilate. Et tandis qu'ils réfléchissaient encore, on voit les cieux qui s'ouvrent à nouveau, et un homme qui descendit et entra dans le tombeau.

 

page 39

L’archipel des gnose


La gnose d’inspiration juive et ses apocryphes

Le Livre des Secrets de Jean ou Apocryphon de Jean.

Le texte est tout à la fois abstrait et mythique. Il montre comment une émanation féminine de Dieu (appelée ici éon, « être ») nommée la Sagesse prend le parti d'engendrer sans le consentement de son conjoint, l'Esprit mâle. Cette décision impulsive et irréfléchie rompt l'équilibre primordial du masculin et du féminin. L'être ainsi produit, nommé Archonte (« celui qui gouverne » en grec) ou Yaldabaôth (« fille du chaos » en hébreu) est le Yahvé de l'Ancien Testament, que l'on reconnaît à la fin de notre passage à ses attributs traditionnels : la nuée lumineuse et le trône.

 

page 48

Les autres textes gnostiques

L'Evangile de Philippe a aussi excité les spéculations contemporaines à cause d'un passage très fragmentaire tant le papyrus est mal conservé :

[Quant à Ma]rie Ma[de]leine, le S[auveur Ilaimait] plus que [tous] les disci[ples et il] l'embrassait sur la [bouche sou]vent. Le reste des [disciples] [... ici, une grosse lacune] ils lui dirent : « Pourquoi l'aimes-tu plus que nous tous ? » Le Sauveur répondit et leur dit [autre lacune] « pourquoi ne vous aimé-je pas comme elle ? »

Ce passage constituerait-il enfin la preuve que Marie de Magdala et Jésus avaient un commerce charnel ?
Après tout ce que l'on vient de dire des communautés gnostiques, il est bien évident que cela ne saurait être le cas : elles condamnaient toutes les relations sexuelles. Il s'agit donc bien d'un échange des souffles, d'un baiser mystique, qui fait écho au statut particulier que Marie de Magdala semble occuper dans certains milieux gnostiques : celle de la gnostique parfaite.

 

page 57

Les apocryphes sur Marie : par la mère définir l’identité du fils

Le cycle des enfances de Jésus et Marie

L'Evangile de l'Enfance de Thomas prend.la forme assez déconcertante pour notre modernité, d'une série de miracles accomplis par l'enfant Jésus de 5 à 14 ans. Nous sommes en en effet dérangés par la nature même de ces miracles, que nous aurions plutôt tendance à citer en exemple pour « prouver » l'absurdité de tous les apocryphes. Jésus, dépeint comme un sacripant, tue un de ses petits camarades pour mieux le ressusciter, terrorise les pauvres habitants de Nazareth, transforme des oiseaux qu'il modèle en argile en véritables volatiles, étonne tout le monde de sa sagesse.

L'Enfant Jésus étant âgé de cinq ans jouait sur le bord d'une rivière, et il recueillit dans de petites fosses les eaux qui coulaient, et aussitôt elles devinrent pures et elles obéissaient à sa voix. Ayant fait de la boue, il s'en servit pour façonner douze oiseaux, et c'était un jour de sabbat. Et beaucoup d'autres enfants étaient là et jouaient avec lui. Un certain Juif ayant vu ce que faisait Jésus, et qu'il jouait le jour du sabbat, alla aussitôt, et dlt à son père Joseph : « Voici que ton fils est au bord de la rivière, et il a façonné douze oiseaux avec de la boue, et il a profané le sabbat. Et Joseph vint à cet endroit, et ayant vu ce que Jésus avait fait, il s'écria : pourquoi as tu fait, Ie jour du sabbat, ce qu'il est défendu de faire ? » Jésus frappa des mains et dit aux oiseaux : « allez. » Et ils s'envolèrent en poussant des cris. Les Juifs furent saisis d'admiration à la vue de ce miracle, et ils allèrent raconter ce qu'ils avaient vu faire à Jésus.

On aurait tort d'en rire : si le petit enfant ne correspond pas à notre image d'un Christ doux et serviable, il rappelle que dans l’Évangile aussi, Jésus maudit et condamne, et que dans les écrits prophétiques les prophètes multiplient les miracles. Il accomplit aussi des prodiges un jour de sabbat pour confondre ceux qui faisaient de ce commandement une interprétation trop rigoriste.


page 61

Le cycle du transitus Mariae

C'est dans la Dormition du Pseudo-Jean que se trouve la tradition que toutes les icônes orthodoxes de la Dormition reprennent : à l’instant du trépas, Jésus recueille entre ses mains l'âme de sa mère figurée comme un petit enfant.

Alors, le Seigneur se tournant vers Pierre lui dit : « Le moment est venu d'entonner l'hymne. » Quand Pierre entonna l'hymne, toutes les puissances des cieux répondirent par l’Alléluia. Alors, le visage de la mère du Seigneur brilla plus que la lumière. Et, se levant, elle bénit de sa propre main chacun des apôtres. Et tous glorifièrent Dieu. Le Seigneur, étendant ses mains pures, reçut son âme sainte et irréprochable.

 

page 73

Les Actes apocryphes des apôtres : le début de l’hagiographie

Ces Actes de Jean évoquent l'un des thèmes les plus populaires concernant l'apôtre : sa virginité et son mépris de la sexualité. Si on peut en repérer de nombreuses preuves tout au long du texte, les indices les plus manifestes se trouvent dans le discours d'adieu, dans lequel l'apôtre se déclare pur et vierge de toute union avec la femme. Il explique comment il a failli se marier trois fois et comment trois fois le Seigneur est intervenu. Il en devint même aveugle et, lorsqu'il fut guéri, il se rendit compte que la vue d'une femme lui était insupportable.

Selon une tradition qu'on va retrouver par la suite tout au long de l'hagiographie concernant l'apôtre, Jean ne périt pas comme martyr. Il est divinement averti de sa fin prochaine, et meurt de la « bonne mort », ayant le temps de mettre en ordre ses affaires et de dire adieu à ses disciples.


page 85

Les textes plus tardifs

Le Martyre de Pierre est un remaniement au IVe siècle de la Passion des apôtres comportant le fameux épisode du Quo Vadis ?, apparemment une tradition locale.

Tous les frères, ainsi que Marcellus, pressaient [Pierre] de sortir. Mais Pierre leur dit : « Serais-je donc un fuyard mes frères ? » Eux lui disaient : « Non, mais c'est que tu peux encore servir le Seigneur. » Obéissant alors aux frères, il sortit seul, en disant : « Qu'aucun de vous ne sorte avec moi, je sortirai seul, après avoir changé de tenue. » Mais comme il franchissait la porte de la Ville, il vit le Seigneur entrer dans Rome. Et le voyant, il lui dit : « Seigneur, où vas-tu ainsi ? » Et le Seigneur lui dit : « J'entre dans Rome pour y être crucifié. » Et Pierre lui dit : « Seigneur, seras-tu de nouveau crucifié ? » Il lui dit : « Oui, Pierre, je serais de nouveau crucifié. » Et Pierre rentra en lui-même en voyant le Seigneur remonter au ciel ; il retourna à Rome, se réjouissant et glorifiant le Seigneur de ce qu’il avait dit : « Je serais de nouveau crucifié », ce qui devait arriver à Pierre.


page 89

Ouverture

Dans la peinture, de nombreux thèmes ressortissent des apocryphes, et ils furent peints par les plus grands. On citera, par exemple, la rencontre de Joachim et Anne à Porte dorée (Giotto, Dürer), la Présentation de Marie au Temple (Ghirlandaio, Tintoret, Titien, Le Sueur...), le mariage de la Vierge (Pérugin, Raphaël, Greco, Champaigne, Murillo...), les Miracles lors de la Fuite en Égypte (Poussin, Duccio, Rubens, Murillo…) la Mort de la Vierge (Giotto, Duccio, Fra Angelico, Mantegna, Caravage...), etc.

Beau destin que celui des apocryphes, ces textes tellement bien « cachés » qu'on n'a cessé de les exhiber dans les lieux les plus emblématiques de la chrétienté.

 


Retour vers "libres opinions"

Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

v it libérs du sacré

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.