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 Aujourd’hui - Non pas demain !

 

La prière de Kierkegaard

 

 

Flemming Fleinert-Jensen

pasteur de l'Église protestante unie de France

 


Ed. Olivétan

144 pages, 14 €


Recension Gilles Castelnau


.

3 septembre 2016

Flemming Fleinert-Jensen est d’origine danoise, ce qui lui permet de véritablement pénétrer au cœur de Sören Kierkegaard dont il nous présente ici la spiritualité.

Kierkegaard était un protestant philosophe et théologien. Sa théologie est très orthodoxe. Sa pensée mystique et profonde. Il était solitaire et luttait contre sa mélancolie.

Son style est raide ennuyeux mais Fleinert-Jensen réussit à nous le rendre proche et sympathique. Il nous conseille de lire ces prières lentement et de les relire, afin de pénétrer dans sa méditation, qui en vaut la peine.

En voici quelques pages :


Liminaire


page 8

Kierkegaard vivait à Copenhague au milieu du XIXe siècle et son langage est forcément marqué par l'époque. On peut même avancer que le décalage entre son langage et celui d'aujourd'hui est plus marqué que le décalage correspondant chez un auteur français. C'est un langage extrêmement varié, adapté au sujet traité et au genre littéraire choisi. Parfois il est composé de phrases longues et ardues qu'il faut lire plusieurs fois pour en saisir le sens, mais il peut aussi frapper par sa limpidité et sa simplicité.
[…]
 D'autre part, ils montrent comment, tout en maintenant les thèmes classiques de la prière, Kierkegaard parvient à traiter ceux-ci sous un angle nouveau et inattendu et à en dégager des perspectives parfois surprenantes.


 

Sur la prière

Silence

page 14

« L'homme ne peut parler à Dieu qu'avec beaucoup de crainte et tremblement, oui, avec beaucoup de crainte et tremblement. Mais parler avec beaucoup de crainte et tremblement est difficile pour une autre raison encore; car de même que l'angoisse étrangle la voix, beaucoup de crainte et tremblement réduisent la parole au silence. Celui qui prie vraiment le sait ; et celui qui n'a pas prié vraiment, il l'a peut-être appris en priant. Il a eu une certaine chose fort à cœur, une cause a pris à ses yeux une grande importance, il lui a importé de bien se faire comprendre de Dieu, il a craint en priant d'omettre quelque chose, eb oui, et s'il l'avait oublié, il a craint que Dieu ne s'en souvienne peut-être pas tout seul : c'est pourquoi il a voulu se recueillir pour prier avec une réelle ferveur. Et que lui est-il arrivé, si d'ailleurs il a prié avec cette ferveur ? Une chose étonnante lui est arrivée : à mesure que sa prière est devenue de plus en plus fervente, il a eu de moins en moins à dire, pour rester à la fin dans un silence complet. Il est devenu silencieux et, chose qui, si possible, s'oppose à la parole encore plus que le silence, il est devenu capable d'écouter. Il a cru que prier, c'est parler ; il a appris que prier,  ce n'est pas seulement se taire, mais écouter : Et il en est bien ainsi ; prier, ce n'est pas s'écouter parler, mais en venir à se taire, à demeurer dans le silence et l’attente jusqu’à ce que l’on entende Dieu. »

 

Aujourd’hui

page 39

Un texte des Discours chrétiens (1848) sur le lis des champs et l'oiseau du ciel souligne justement l'importance de « l'aujourd'hui » pour la prière :

« Quand [...] le chrétien travaille, quand il prie, il ne parle que du jour présent : il demande de recevoir le pain quotidien "aujourd'hui" et la bénédiction pour son travail "aujourd’hui", comme il demande d'éviter les pièges du mal "aujourd'hui" et de s'approcher du royaume de Dieu "aujourd'hui". Car si un homme, instruit des sujets d'effroi, fait en son âme avec passion cette prière : "Sauve-moi, ô Dieu, de moi-même et du lendemain, il ne prie pas en chrétien et le lendemain a déjà pris un trop grand pouvoir sur lui. Car le chrétien prie ainsi : "Délivre-moi aujourd'hui du mal". C'est la plus sûre façon d'être sauvé du lendemain, outre qu'elle se prête à la prière de chaque jour ; si on l'oublie un jour, le lendemain se montre aussitôt. »

Être sauvé du lendemain veut dire être libéré de la crainte, voire de l'angoisse du lendemain. La prière chrétienne ne pense qu'au jour présent. Cela ne sert à rien d'être à mille et mille lieues en avant de soi-même en voulant anticiper un avenir qui n'existe que dans la pensée. C'est pourquoi « le lendemain est un néant sans force si tu ne lui confères pas la tienne »  A ce propos Kierkegaard parle de la tâche qui consiste à devenir « contemporain de soi-même ». Vivre ni en vertu du passé, ni dans l'attente joyeuse ou inquiète de l'avenir, car « vivre, c'est être aujourd'hui », sans s'épuiser « à franchir la distance qui sépare aujourd'hui de demain. »

 

 

Prières à Dieu

Nouvel an

page 55

Le premier discours, « L'Attente de la foi », fut publié en mai 1843. Écrit pour le jour de l'An, il est introduit par la prière suivante :

« Une année s'est encore écoulée, ô Père céleste ! Nous te remercions de ce que tu l'as ajoutée au temps de la grâce et nous ne sommes pas effrayés en songeant qu'elle s'ajoutera aussi à celui des comptes que nous aurons à te rendre ; car nous avons confiance en ta miséricorde. L'année nouvelle se présente à nous avec ses exigences ; et même si nous y entrons accablés et soucieux, ne pouvant ni ne voulant nous dissimuler la pensée de ce qui a fait les délices de nos yeux et nous a tenus sous son charme, ou la pensée de la vengeance dont la douceur nous a séduits; de la colère qui nous a rendus implacables, du cœur sec qui a fui loin de toi : nous n'y entrons pas les mains totalement vides. Car nous voulons aussi y apporter le souvenir des doutes angoissés qui ont été apaisés, des secrètes afflictions qui ont été consolées, de l'âme abattue qui a été relatée, de la joyeuse espérance qui ne fut pas déçue. Et si, dans nos moments de tristesse, nous voulons fortifier et ranimer notre cœur à la pensée des grands hommes que tu as choisis pour être tes instruments et qui, dans de graves tribulations spirituelles, dans l'angoisse de leur cœur, ont gardé l'âme libre, le courage intact, le ciel ouvert à leurs yeux, nous voulons aussi joindre notre témoignage au leur, certains que si, auprès du leur, notre courage n'est que défaillance et notre force impuissance, tu es du moins le même, le même Dieu puissant qui éprouve les esprits dans la lutte, le même Père sans la volonté duquel aucun moineau ne tombe à terre. Amen. »

D'un seul tenant, cette prière parle pour elle-même et ne se prête pas à une véritable explication de texte. Il suffit de la lire et de la relire, lentement et attentivement. Elle dit si bien ce qu'elle a à dire qu'on devrait la lire au seuil de chaque nouvelle année - ou plutôt la dire, car une prière écrite est moins destinée à être lue dans le silence qu'à être murmurée, récitée à l'adresse d'un vis-à-vis, en l'occurrence de Dieu.

Cette observation correspond à ce que Kierkegaard préconisait à propos de ses discours : il fallait les lire à haute voix. Ils étaient en effet rédigés à l'attention de « l'homme bienveillant qui lit tout haut, pour lui-même, ce que j'écris en silence, celui dont la parole lève l'enchantement de la lettre écrite et dont la voix fait éclater ce que les signes muets ont pour ainsi dire sur la langue, mais ne peuvent exprimer sinon avec grand-peine, en bégayant et par à-coups. »

 


Amour

page 86

L'amour sur terre ne peut pas exister sans l'amour divin auquel il est lié par une ligne de vie qui n'est ni droite ni visible mais cachée dans une énorme ramification et enracinée dans l'amour de Dieu qui l'alimente continuellement. Kierkegaard compare cette communion de vie secrète avec un lac et ses sources :

« Comme le lac paisible plonge profondément dans ses sources cachées qu'aucun œil n'a vues, ainsi l'amour d'un homme plonge, mais plus profondément encore, dans l'amour de Dieu. S'il n'y avait aucune source au fond, et si Dieu n'était pas amour, il n'y aurait ni le petit lac, ni l'amour d'un homme. Comme le lac paisible plonge obscurément dans la source profonde, de même l'amour d'un homme plonge mystérieusement dans l'amour de Dieu. Certes, le lac paisible t'invite à le contempler, mais son reflet ténébreux t'interdit de le scruter : de même, la source mystérieuse de l'amour dans l'amour de Dieu t'interdit d'en découvrir le fond. »


 

Prières au Christ

Venez à moi

page 108

Un autre exemple. Kierkegaard allait régulièrement au culte à la cathédrale Notre-Dame de Copenhague. A chaque fois, il voyait derrière l'autel une grande statue de marbre blanc représentant le Christ qui, dans un large geste d'accueil, tend les bras vers ceux qui le regardent.
Sur le socle qui porte la statue, œuvre de Thorvaldsen terminée en 1824, sont inscrites ces paroles de l'évangile selon Matthieu : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos » (Mt 11.28). La première partie de L'École du christianisme forme un long commentaire de ces paroles et dès le début, Kierkegaard prend soin de préciser le statut de celui qui invite. C'est « Jésus-Christ. Quel Jésus-Christ ? Le Jésus-Christ qui est assis dans la gloire, à la droite du Père ? Non. Depuis sa gloire, il n'a prononcé aucun mot. C'est donc Jésus-Christ dans son abaissement, dans la condition de son abaissement, qui a prononcé ces mots. » Celui qui invite à venir ceux qui peinent est donc lui-même dans la peine. C'est cela le paradoxe. Il est celui qui s'est abaissé, qui a subi les épreuves, les injures, les outrages, l'incompréhension des autres et, à la fin, celle des siens. Néanmoins, c'est lui qui propose son aide encore aujourd'hui. Le plus pauvre de tous rend riches tous les hommes.

 

 


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