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Libre opinion

Les trois portes du christianisme

 

Foi – espérance – amour

 

Flemming Fleinert-Jensen

 

Ed. Olivétan
154 pages – 16 €

 

Voir sur ce site :
Flemming Fleinert-Jensen : Aujourd’hui - Non pas demain 

 

25 avril 2019

Le pasteur Flemming Fleinert-Jensen à la fois nous enchante par son extrême humanisme et sa grande culture gréco-romaine alliée à son excellente connaissance de l’exégèse historico-critique de l’Ancien et du Nouveau Testament.
Toute sa lecture des textes bibliques est d’une grande justesse. Sa comparaison avec les mythes anciens fascinante et ses citations de Kierkegaard approfondissent notre spiritualité.

Il imagine que chacune des trois vertus que sont la foi, l’espérance et l’amour est comme une des trois portes ouvrant au monde de Dieu auquel donnaient accès les anciennes cathédrales.

La porte de la foi : croire en Dieu, la foi chrétienne est chrétienne, « Ta foi t’a sauvé »…
La porte de l’espérance : la jarre de Pandore, l’espérance d’Israël, l’espérance pascale, l’espérance inespérée…
La porte de l’amour : Traces bibliques, l’amour du prochain l’amour de Dieu.

En voici quelques passages.

 


Prologue

Une triade

Pris chacun isolément, foi, espérance et amour appartiennent au vocabulaire fondamental du Nouveau Testament. Pris ensemble, ces trois mots constituent un accord parfait. Ils se soutiennent et s'expliquent mutuellement, comme si l'un ne trouvait sa pleine signification qu’associé aux deux autres. Ils forment une ronde, ils se tiennent par la main dans une périchorèse - terme quelque peu exotique employé par les Pères de l'Église d'Orient pour comparer les relations entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit à une danse, à une chorégraphie divine, créant une communion vivante et incessante. Un peu comme Andrei Roublev a su le suggérer dans la célèbre icône de la visite des trois anges évoquant celle des trois hommes arrivant chez Abraham aux chênes de Mamré.

Dans cette triade, on sent battre le cœur du christianisme naissant. Elle témoigne du souffle qui, dès l’origine, a traversé la parole chrétienne et qui lui a donné sa singularité.

Elle forme le portail royal du christianisme.

 


La porte de la foi

Regards croisés

Toujours est-il que 'foi' et 'croire' ont une place beaucoup moins centrale dans la Bible hébraïque que dans le Nouveau Testament. Au lieu de demander si l'on croit en Dieu, la première préfère poser la question autrement. Par exemple :
« Et maintenant, Israël, qu'est-ce que le Seigneur Dieu attend de toi ? »
suivi de la réponse :
« Il attend seulement de toi que tu craignes le Seigneur ton Dieu en suivant tous ses chemins, en aimant et en servant le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, en gardant les commandements du Seigneur et les lois que je te donne aujourd'hui, pour ton bonheur. »

[...]

Au contraire de la Bible hébraïque, le Nouveau Testament parle abondamment de 'foi' et de 'croire', le plus souvent à propos de Jésus- Christ, beaucoup plus rarement quand il s'agit de Dieu. Dans les trois premiers évangiles, le seul exemple se trouve dans l'évangile selon Marc (11.22), où Jésus dit à ses disciples : « Ayez foi en Dieu ». Dans l’évangile selon Jean le mot 'foi' ne figure même pas. En revanche, l'emploi du mot 'croire’ y est extrêmement fréquent, habituellement en référence à Jésus, mais il existe quelques passages où il se rapporte à Dieu, comme au début du chapitre 14 où les deux usages sont réunis : « Croyez en Dieu, croyez aussi en moi. »

[...]

Il faut se rappeler que tous ces auteurs étaient nés juifs, à l’exception possible de Luc, et qu’en tant que juifs, nourris des textes sacrés d’Israël, ils n’étaient pas accoutumés à parler de « croire en Dieu ». Pour eux, ce qui distinguait la foi chrétienne du judaïsme n’était pas la relation à Dieu, mais la relation au Christ.

 

« Ta foi t’a sauvé »

« Ta foi t’a sauvé », - cette parole qui montre la place centrale que Jésus accorde à la foi, se trouve dans quatre récits différents.
[...]
Qu’il s’agisse d’une guérison corporelle, d’une guérison de l’âme ou des deux à la fois, la personne concernée est rétablie dans sa dignité et son intégrité humaines. Le sens primitif de 'sauver' est 'rendre sain" comme dans l'expression 'sain et sauf’ (le mot latin salus signifiant 'santé'). On pourrait le rapprocher de l'expression 'faire vivre'. Être sauvé serait alors être rendu à la vie, être ressuscité sur le plan humain. La vie est retrouvée sous forme d'une résurgence de forces insoupçonnées, d'une confiance en soi renouvelée, d'une espérance au sein des obstacles existants.

[...]

Il n'en demeure pas moins que dans ces exemples, on suppose que ceux qui sont en butte à la mort ou au mal manifestent leur volonté de se faire secourir et se soumettent avec confiance à leurs bienfaiteurs. L’expérience humaine rejoint ainsi l'expérience chrétienne, telle que les récits de guérison évoqués l'illustrent. Il faut d'abord vouloir guérir, au lieu de s'enfermer obstinément dans son malheur, comme si l'on avait peur de changer de bord - condition qui apparaît dans la question de Jésus au mendiant aveugle : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Sinon, on reste englouti dans son propre découragement, au risque même d'une certaine complaisance avec la souffrance qui mène à un refus de recevoir de l'aide, qu'elle vienne du ciel ou de la terre.

 

 

La porte de l’espérance

L’espérance précaire

Puisqu’il arrive que l’espoir trompe, un moyen d'éviter toute illusion serait de cesser d'espérer, de se dire que rien n'est plus désespérant que l’espoir puisqu'il cache la déception en son sein. C'est l'approche de la tradition stoïcienne. Ainsi Sénèque, contemporain de l'apôtre Paul, dans sa 5e lettre à Lucilius, donne son assentiment à la réflexion du stoïcien
Hécaton de Rhodes (autour de l'an 100 av. J.-C.), selon laquelle la limitation ou la mort des désirs est le remède contre la peur et le moyen de trouver l'impassibilité, l'apatheia, devant ce qui pourrait affecter l'âme et le corps : « Tu cesseras de craindre, si tu as cessé d'espérer ».

[...]
En France, ce regard sceptique sur l’espérance trouve de nos jours un écho chez André Comte-Sponville qui, inspiré par des auteurs comme Lucrèce, Montaigne et Spinoza, s’efforce de montrer la fragilité et la caducité de l’espoir. Au lieu de créer des attentes plus ou moins réalistes, l'important consiste à penser, à agir et à aimer dans le présent sans se laisser influencer par un passé qui n'existe plus ou par un avenir qu’on ne fait qu’imaginer. Le passé est le domaine de la nostalgie ou de la culpabilité, tandis que l'avenir représente la fuite vers l'inconnu. Le bonheur ne se trouve pas dans l'espoir, car tant qu’on espère on n'a pas encore atteint l'objet espéré. En se référant à Épicure, il dira aussi : « celui qui n’espère pas, rien ne lui manque ». Aussi n'est-on heureux que lorsqu'il n'y a plus rien à espérer et qu’on peut jouir pleinement du bonheur du moment.

 

 

La porte de l’amour

L’amour du prochain

Le christianisme n'exige pas que j'aie les mêmes sentiments pour tout le monde. Il ne me prescrit pas d'embrasser mon bourreau. Il me dit ce que je ne peux pas me dire moi-même : ajuster mon regard et voir en chaque homme mon prochain, même en celui qui me poursuit, me calomnie ou me malmène. Cet ajustement n’est pas le résultat de la simple bienveillance prônée par les philosophes.

Il suppose une véritable conversion du regard que je pose sur autrui, un regard sans désir ni mépris, un regard qui, sans perdre son discernement critique et sans succomber à un angélisme aveuglant, ne juge pas, qui au-delà des sympathies et des antipathies, au-delà des différences qui structurent le monde, voit chaque être humain comme mon égal devant Dieu et autant aimé par Dieu que moi-même.

Et ceci avec l'enjeu majeur de ne pas me rendre compte de ce retournement du regard, de ne pas regarder mon regard, parce que le risque serait alors grand de me comparer, au profit de moi-même, à ceux qui ne semblent pas avoir emprunté le même chemin que moi.

 


L’amour de Dieu

Dieu est à la fois la raison et le fondement de l’amour (ce que la langue allemande exprime en un seul mot, Grund), mais personne ne parviendra à scruter cette origine. Kierkegaard écrit à ce sujet :

« comme le lac paisible plonge profondément dans ses sources cachées qu’aucun œil n'a vues, de même l’amour d'un homme plonge, mais plus profondément encore, dans l'amour de Dieu. Sans la source au fond, et si Dieu n'était pas amour, alors, il n’y aurait ni le petit lac, ni l'amour d’un homme.
Comme le lac paisible plonge obscurément dans sa source profonde, de même aussi l'amour d'un homme plonge mystérieusement dans l'amour de Dieu. comme le lac paisible t'invite à le contempler, mais par son reflet ténébreux t’interdit de le scruter, de même l'origine mystérieuse de l'amour dans l'amour de Dieu t'interdit d'en découvrir le fond » (OC XIV, 9).

Le véritable amour du prochain celui qui sans s'imposer n'attend ni ne veut rien de l'autre, cet amour-là participe de l'amour de Dieu.

 

 

D’une porte à l’autre

 

Charles Péguy écrit :

Les quatre cardinales
Marchent de front.
Mais les Théologales
Dansent en rond.

La foi se réfère plus particulièrement à l'histoire de Jésus-Christ telle que le Nouveau Testament la présente. En faisant mémoire, elle est « ressourcement en arrière ». Elle remonte vers ses origines pour se mesurer, s'affermir,

L'espérance est tournée vers les pages de cette histoire qui ne sont pas encore écrites. Elle vit des possibles, elle est « ressourcement en avant ». Devant le temps inexistant, elle attend une plénitude à venir,

L'amour, écrin de la foi et de l’espérance, est « ressourcement sur place », qui s'accomplit ici et maintenant comme un correctif à ce qui dans la vie des hommes le contredit.



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