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Sea of Faith - Nouvelle Zélande : textes en français

 

La religion, construction  humaine

 

Richard Dawkins, Lloyd Geering et Dieu

 

Religion as a Human Construct

 

Richard Randerson

ancien évêque d’Auckland

bulletin de Sea of Faith - Nouvelle Zélande
octobre 2013

traduction Gilles Castelnau

 

27 août 2016

Comme un panneau indique une ville, le langage religieux est une construction humaine indiquant la présence de Dieu. Les credo, les images, les liturgies, la musique et même la lecture de la Bible ont pour but d’indiquer la réalité de Dieu.
Il ne faut pas confondre l’indication avec la réalité : les symboles et le langage n’indiquent que la direction. Et comme ils sont des constructions humaines, ils peuvent varier lorsque la réflexion et la compréhension du moment changent. A chaque époque la réalité de Dieu a besoin d’être désignée  par une expression de la pensée contemporaine, alors même qu’aucun mot humain et aucune image ne peut percer adéquatement le mystère de Dieu.

Certains disent qu’il y a bien un panneau indicateur mais qu’il ne désigne aucune réalité. La religion en tant que construction humaine peut être finalement une illusion sans réalité. « Les humains ont fait Dieu », a dit Lloyd Geering.

Le mot de théisme est souvent utilisé pour désigner l’image traditionnelle de Dieu comme être surnaturel pensant, exauçant, intervenant dans la vie des hommes. Ceci est, d’ailleurs aussi, à mon avis, une construction humaine partagée par beaucoup de gens. Mais lorsqu’on dit qu’elle est la « seule » image de Dieu à l’exclusion de toutes les autres, elle devient un exemple du fondamentalisme religieux.

Il y a aussi des athées fondamentalistes qui interdisent aux croyants de faire évoluer leur langage et leurs images selon les époques car ils sentent bien que cela les priverait de la facilité d’attaquer les anciennes conceptions dépassées.  Ils pensent que les constructions humaines concernant la science, la technologie, la médecine, la loi, la société ou la philosophie peuvent bien changer mais pas les constructions humaines concernant la religion !

Richard Dawkins en est un bon exemple. Son livre The God Delusion (traduit en français sous le titre Pour en finir avec Dieu) est le livre le plus malhonnête que j’ai jamais lu. En effet ses attaques contre la religion ne portent que sur des points de vue fondamentalistes, présentés d’ailleurs de façon entièrement caricaturale. Il ne veut certainement aucune modernisation des conceptions religieuses traditionnelles car toute son argumentation s’effondrerait.
Il ne fait aucune allusion dans son livre aux principaux théologiens contemporains que sont Rowan Williams, Richard Harries, Karen Armstrong, Marcus Borg ou Tom Wright. L’honnêteté intellectuelle exige une analyse impartiale des diverses théologies existantes et ne pas se focaliser sur une étroite sélection d’opinions extrémistes pour les détruire facilement.
Dawkins est pourtant parfaitement conscient qu’il existe des points de vue variés.
[...]

Bien que ses arguments soient fortement discutables, Richard Dawkins a de nombreux disciples. Nombreux sont nos contemporains qui sont très ignorants en matière de foi. Nous sommes loin du temps où la plupart des gens avaient quelques connaissances religieuses acquises dans leur enfance et qui les mettait au moins au niveau de l’école du dimanche (catéchisme élémentaire).
Les caricatures du monde religieux se multiplient dans l’opinion courante. On entend affirmer que Jésus n’est pas mort sur la croix mais a pu être sauvé d’une apparence de coma et vécut heureux après cela dans le voisinage de la mer Morte en compagnie de Marie-Madeleine ! Les gens qui n’ont jamais eu d’instruction religieuse n’ont pas été formés à l’esprit critique et n’ont pas les moyens de résister à de telles légendes.

Il est vrai que Dawkins a raison de s’attaquer comme il le fait à certains fondamentalistes radicaux qui affirment qu’il est « inutile de se préoccuper de la paix, de la justice, de la pauvreté ou de l’environnement car ce monde passe et tous ces problèmes vont être prochainement oubliés. »
Les religions historiques sont bien d’accord sur ce point avec Dawkins pour s’attaquer à des opinions aussi scandaleuses sur les plans théologique et éthique.
Il a raison de critiquer les idées irrationnelles que ces fondamentalistes se font d’un Dieu présenté comme un être théiste surnaturel.

Il n’y a pas d’argument décisif prouvant ou infirmant l’existence de Dieu. En fait, le problème de Dieu est en général mal posée. La question : « croyez-vous en l’existence de Dieu ? » est couramment comprise en termes théistes : « croyez-vous en l’existence d’un être surnaturel ? » et suivant la réponse que l’on donne à cette question, on est qualifié d’athée, d’agnostique ou de croyant.

Et c’est là que Dawkins dérape. Partant du principe que la question de la foi est une question de croyance en un être surnaturel, il cite l’image de la Théière céleste que propose Bertrand Russell.
Celui-ci suggère qu’une théière est en orbite entre la Terre et Mars. Trop petite pour être observable, personne ne peut prouver qu’elle n’existe pas mais personne non plus ne peut croire à son existence. Il en est ainsi de l’existence de Dieu, dit Russel et Dawkins l’approuve et décide qu’un tel argument « par l’absurde » évacue tout fondement rationnel à la croyance en un Dieu théiste.
Soyons-lui reconnaissants ! En montrant cette absurdité, il en démontre sans le vouloir, une autre plus grande encore qui est de poser la question de la foi dans un cadre rationnel.

Je propose de ne pas poser la question de la foi comme étant celle de l’existence plausible de Dieu mais comme d’une expérience surgissant dans le cœur – que l’on peut nommer Dieu. On ne peut naturellement rien prouver, on peut interpréter cette expérience comme on veut.

- Voici l’exemple d’un homme de 60 ans qui mourait d’un cancer. Il n’était pas croyant et il m’a demandé de présider sa cérémonie funèbre en respectant sa position. Je lui ai demandé comment il voyait la vie et la mort et sa réponse m’a frappé : « Je ne crois pas en Dieu mais j’ai le sentiment de faire partie de quelque chose de plus grand que moi. »
J’ai été surpris car la manière dont je rends compte de ma propre expérience de Dieu est justement de dire que « je me sens faire partie de quelque chose de plus grand que moi. » Quelque chose qui transcende toute vie humaine et toute la création et qui me relie à tous les autres hommes et au monde qui nous entoure.

- Dans une autre perspective, Dag Hammarskjold, Secrétaire général des Nations Unies a écrit : « je ne sais pas qui – ou quoi – m’a posé la question. Je ne sais pas quand elle l’a été. Je ne me rappelle même pas avoir répondu. Mais il est vrai qu’à un moment j’ai répondu "oui" à quelqu’un ou à quelque chose et j’ai compris que, sans que cela dépende de moi, la vie a un sens. Hammarskjold rapporte ainsi une expérience d’altérité, de mystère, quelque chose que l’on ne peut traduire en mots, et dont jaillit sa vocation de service des autres.

- Ce sens de la vocation a également surgi en Moïse lorsqu’il vit le buisson ardent et qu’il entendit une voix évoquant la souffrance de son peuple d’Israël et l’appelant à s’opposer au Pharaon d’Égypte afin de libérer le peuple et de le conduire en Terre promise. C’était alors la même sensation d’altérité, de mystère et d’appel.
Le texte biblique d’Exode 3 rapporte qu’en appelant Moïse, Dieu se désigna comme « Je Suis » : titre mystérieux ayant des connotations d’être ou du cœur de la vie.

- Un autre exemple est celui qui a ému tout le pays il y a quelques années : Emma Woods, une jeune femme de la ville de Christchurch eut son petit garçon de 4 ans, Nayan, tragiquement tué par une voiture qui avait échappé au contrôle de son jeune conducteur.
Emma dit : « Nous avons eu une belle journée au jardin public où nous avons fait mille jeux ensemble. C’était magnifique. Quant au jeune automobiliste qui l’a tué, nous ne souhaitons pas que ce soit la fin de sa vie. Il n’a que 17 ans, sa vie est tout entière devant lui et nous espérons qu’il l’utilisera pour faire beaucoup de bien autour de lui et qu’il sera, lui aussi, un bon père de famille. »
J’ignore quelle est la spiritualité d’Emma, mais dans une situation d’inimaginable souffrance elle a exprimé un étonnant esprit de sagesse et de générosité qu’elle a puisé au plus profond d’elle-même.

Ces expériences et ces réflexions révèlent une manière de penser Dieu qui est fort différente de la sempiternelle question de l’existence ou non d’un être surnaturel. Il y est question du cœur de l’être, d’un mystère dont aucun mot et aucune image ne pourront jamais rendre compte.
On peut utiliser différents systèmes de pensée pour en parler celui de la religion, de l’humanisme, de l’athéisme, de la psychologie, de l’éthique.
Pour celui de l’Église, le nom de Dieu est donné à cette réalité profonde. Le langage et les images de la liturgie s’efforcent de le décrire. Les récits, la musique, la peinture, les icônes sont le riche héritage de notre représentation humane du divin. Ce ne sont évidemment que des constructions humaines, mais elles sont évocatrices et participent à la richesse de notre existence.

 

 

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