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Marie

Qui donc es-tu ?

Un regard protestant

 

Elian Cuvillier

professeur de Nouveau Testament
Institut protestant de théologie de Montpellier



Éd. Cabédita

96 pages


recension Gilles Castelnau

5 juin 2016

Le professeur Elian Cuvillier est un éminent exégète et son analyse du personnage de Marie dans le Nouveau Testament est faite selon la méthode historique et critique la plus rigoureuse.

 

• Il explique bien dans un premier temps que la tradition protestante de la spiritualité en général et de Marie en particulier de la « Bible seule » s’articule avec la conception du « Christ seul », de la « foi seule », de la « grâce seule » et de la « gloire à Dieu seul ».

Ainsi la Réforme refuse de considérer la mère de Jésus comme une personne qui aurait échappé à notre condition humaine, c'est-à-dire pécheresse. Ils refusent une Marie plus proche de Dieu - au sens d'une perfection et d'une sainteté particulières - que de l'humanité faillible de chacune et chacun des croyants. Et derrière cette figure trop parfaite d'une Marie « mère des croyants », ils refusent aussi l'image d'une Eglise idéalisée et surtout médiatrice entre Dieu et les hommes. (page 13).

 

• Dans un deuxième temps – de loin le plus important – il examine la manière dont la personne et le rôle de Marie sont envisagés par les principaux auteur du Nouveau Testament que sont, dans leur ordre chronologique, Paul, Marc, Matthieu, Luc et Jean.

Paul. (page 21) Il analyse la seule mention que, dans toutes ses épitres, Paul de fait de Marie : « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme, assujetti à la loi » (Galates 4.4). Il en conclut :

Alors, quid de Marie chez Paul ? Elle est d'abord cette femme dont est né l'homme Jésus, au même titre que toutes les femmes qui, depuis les origines du monde, assurent la survie de l'humanité. Elle est donc implicitement, comme chacune et chacun des auditrices et auditeurs de Paul, née sous la loi et appelée à la liberté par Celui, né lui-même d'une femme et assujetti à la loi, qui fait de chacune et chacun - donc aussi de la femme qui l'a porté - des filles et fils adoptifs de son Père.

Jean (page 63)

Quant à la conception virginale de Jésus, comme chez Marc et chez Paul, Jean semble l'ignorer. En fait, la réflexion théologique de Jean est telle qu'il n'a nul besoin du récit de la conception virginale de Jésus pour dire tout à la fois l'humanité et la divinité de Jésus. Le prologue johannique lui fournit l'occasion de développer ce qui fait le cœur de sa foi et qui est formulé dans les deux strophes majeures de cet hymne christologique : « Au commencement était le Verbe, et le verbe était tourné vers Dieu, et le verbe était Dieu » (v. 1) ; « Et le verbe fut chair et il a habité parmi nous » (v. 14).

Il s’attarde au grand passage de l’Apocalypse de Jean (ch. 12) mentionnant la femme, l’enfant et le dragon. En voici un passage important (page 66) :

L’identification de l'enfant, on l'a dit, ne pose pas de problème particulier. Les exégètes s'accordent à y reconnaître une figure christologique, en particulier à cause de l'utilisation du Ps 2,9. Encore faut-il préciser quelle christologie est déployée derrière cette image. La première hypothèse qui vient à l'esprit consiste à voir dans cet enfantement une image de la naissance du Christ (interprétation liée à l'identification de la femme avec Marie). Mais le texte se prête mal à cette interprétation : l'enlèvement de l'enfant, s'il s'agit ici de la naissance du Messie, contredit très directement la christologie défendue dans le reste de l'Apocalypse, puisqu'il s'agit bel et bien d'un Christ qui échappe, dès sa naissance, à la réalité du monde et du mal. Or, tout le message de Jean de Patmos consiste justement à affirmer que ce que vit la communauté chrétienne est à l’image de ce qu'a vécu et souffert le Christ. Il faut donc chercher dans une autre direction. Plus vraisemblablement nous avons là une allusion au triomphe du Christ. La naissance messianique que décrit l'Apocalypse n'est pas celle de Bethléem, mais celle du matin de Pâques. Que signifient alors les souffrances de cette naissance ? Quel est le rôle de la femme si l'on opte ici pour la portée communautaire du symbole ? Quel lien établir entre la communauté chrétienne et l'événement pascal ? Outre les parallèles vétérotestamentaires déjà notés (le peuple enfantant le Messie), un texte de l'évangile de Jean peut nous aider à préciser le sens de notre passage ; il s'agit de Jn16,20-22. Parlant à ses disciples de la proximité de sa mort et de sa résurrection, le Jésus johannique s'exprime en ces termes

« En vérité, en vérité, je vous le dis, vous allez gémir et vous lamenter tandis que le monde se réjouira ; vous sera affligés mais votre affliction se tournera en joie. Lorsque la femme enfante, elle est dans l'affliction puisque son heure est venue ; mais lorsqu'elle a donné le jour à l'enfant, elle ne se souvient plus de son accablement, elle est toute à la joie d'avoir mis un homme au monde. C'est ainsi que vous êtes maintenant dans l'affliction ; mais je vous verrai à nouveau, votre cœur alors se réjouira et cette joie nul ne vous la ravira. »

L’évangéliste utilise ici le langage de la maternité conjugué avec celui de la persécution. Ailleurs dans l'évangile (cf. 16,33 et 17,14), c'est la communauté dans son ensemble qui fera l'expérience de la persécution, après le départ du maître, du fait de l'opposition du monde. Ap 12 confirme cette lecture en accentuant la dimension communautaire de la souffrance. La symbolique s'enracine dans l'Ancien Testament et la communauté primitive l'a reprise à son compte: maintenant qu'est glorifié son Seigneur, elle attend, dans l'espérance mais aussi dans la tribulation, l'accomplissement de cette victoire pour elle-même. Dans cette attente, elle est protégée dans l'épreuve par Dieu lui-même, mais son témoignage est comme un enfantement du Messie : comme lui elle subit l'opposition du monde et des puissances du mal symbolisées par le dragon. Comme celle de la femme, l'image du dragon est empruntée à l'Ancien Testament. Le dragon, c'est d'abord le monstre marin des récits mythologiques des origines. Dans les psaumes ou chez Job, il est opposé à Dieu et il sera vaincu par Lui (cf. Ps 74,12-14 ; cf. aussi Es 27, 1-2). En Ez 29,3ss ; 32,2 ss, c’est le pharaon d'Egypte qui est comparé au dragon. Mais Ap. 12 qui s'inspire de cette tradition va encore plus loin : le dragon, c'est aussi le serpent des origines. L’allusion au récit de la Genèse associée aux autres emprunts vétérotestamentaires permet alors à Jean de refaire une lecture symbolique de Gn 3,15 : le dragon, l'ennemi primordial de Dieu, s'oppose désormais, en la personne de ses représentations humaines, à Eve et à sa descendance, c'est-à-dire dans la perspective de l'Apocalypse de Jean, au peuple que Dieu s'est choisi.

 

• Dans un troisième temps Elian Cuvillier donne l’exemple de la réception de Marie dans les livres apocryphes du Protévangile de Jacques et dans l’Évangile du pseudo-Matthieu, puis dans les commentaires du Magnificat par Luther et Calvin.

 

• Voici un paragraphe de sa conclusion (page 85)

La conception virginale de Jésus n’est-elle pas un fait solidement établi compte tenu de la double attestation de Matthieu et de Luc ? A cette question je réponds : la conception virginale n'appartient pas au domaine de l'enquête historique de la même manière que l'identité de Marie, son lieu de résidence, ou sa présence dans la communauté primitive. Affirmer que Jésus est né de Marie relève de l'enquête historique. Affirmer qu'il a été conçu miraculeusement relève du discours théologique. La conception virginale échappe donc à l'enquête de l'historien qui peut simplement constater que deux évangélistes sur quatre utilisent ce thème pour affirmer conjointement la pleine humanité et la pleine divinité du Christ, ce que certains appellent un theologoumene, c'est-à-dire la mise en scène narrative d'une affirmation théologique.

Nul doute que ce livre si clair et facile à lire intéressera tous ceux qui sont heureux de poser leur réflexion spirituelle sur un solide fondement scripturaire.

 


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