Ce fut une célébration conviviale, dans une église pleine à craquer, avec des gens heureux, souriants. Au moment de la communion, nous étions quatre : les mariés, le curé et moi. Avec pain, hosties et vin consacré, à peu près tout le monde a communié, et chacun prenait ce qu'il voulait.
Un de mes paroissiens, rayonnant, vient me trouver à la sacristie : « je n'ai jamais vu ça de ma vie, c'est exaltant ! » Bien d'autres cas depuis... un pied de nez à la curie romaine et un sourire à l'œcuménisme.
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Je ne pourrai jamais plus admettre une prière à la toute-puissance d'un Dieu, qui a envoyé, ou accepté la souffrance, pour je ne sais quel péché, quelle expiation ou quelle rédemption à l'échelle humaine. Jamais je ne pourrai dire ou entendre quelqu’un dire à un malade : « Ne vous révoltez pas, c'est la main de Dieu ».
Je répondrai plutôt comme Wilfred Monod : « eh bien, cette main, je refuse de la lui serrer »
Je resterai non pas résigné à la volonté souveraine d’un Dieu très haut placé, mais plutôt à l’écoute du Dieu de Jésus-Christ qui défatalise, qui donne espoir, qui joue sur l’élan vital et le courage.
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La justice : un minimum de charité
Le prophète Amos dirait, je crois : « Si vous ne pratiquez pas la justice, votre charité, c'est du vent, de la poudre aux yeux, de l'hypocrisie ». C’est vrai pour les personnes et pour les nations. Et faire l'aumône dans le cadre d'un système qui empêche le pauvre de sortir de son état n’est pas seulement paternalisme, mais tartufferie.
Tant mieux si la petite fille ne peut plus mettre cinq francs dans la casquette du mendiant parce qu'il n'y a plus de mendiants ; tant mieux s'il n'y a plus de visiteurs de taudis parce qu'il n'y a plus de taudis à visiter. Quand une loi féconde remplace la charité, elle met la charité à sa place : pas à côté de la justice, pour l'étayer comme une maison branlante, mais au-dessus de la justice pour la couronner quand toute justice est consommée. Le pain mendié laisse dans le gosier un arrière-goût de moisi. Le bon pain frais qui craque entre les dents, c'est celui qu'on a payé de sa sueur, et qu'on exige s'il le faut avec des cris de colère, la sainte colère du pain gagné
Le chrétien doit aimer tous les hommes, mais pas tous de la même façon : on aime l'opprimé en le défendant et en le libérant si possible ; on aime l'oppresseur en l'accusant et en le combattant... Ainsi l'amour rejoint la justice. En nous appelant à la charité, à l'amour, Dieu nous appelle au combat pour la justice et nous donne la force d'affronter l'éventualité de l'insuccès... mais nous savons que seule une terre plus juste, donc plus fraternelle, peut rendre un ciel plus crédible. L'amour sans la justice : une comédie... la justice sans l'amour, parfois une tragédie.
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Aime ton prochain... et réciproquement
Dans un restaurant self-service, une honorable dame de 75 ans choisit un bol de soupe et va s'installer à une table. « J'ai oublié, dit- elle, le morceau de pain ». Elle se lève, prend son pain, retourne à sa place, et trouve un Noir attablé devant sa soupe et qui est en train de la manger !
« Vraiment, se dit-elle, c'est un pauvre homme, mais il exagère, et je ne vais pas me laisser complètement faire ! » Elle s'empare d'une cuillère, s'assied en face du Noir et sans dire un mot, pioche également dans son bol de soupe.
Le Noir se lève, va chercher une assiette de spaghettis à la bolognaise avec deux fourchettes ; et ils mangent tous les deux, en silence. Enfin, ils se quittent. « Au revoir », dit la dame paisiblement.
« Au revoir », répond le Noir avec une douce lueur dans les yeux. Il s'en va, la dame le suit des yeux et, tout à coup, voit sur la table d’à côté un bol de soupe qui semble avoir été oublié.
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CHANGER L'ORDRE DU JOUR
J'ai souffert de la famine et vous m'avez nourri.
J'étais infirme, handicapé, malade, vous m'avez soigné.
J'étais en prison, en camp, torturé, et vous êtes intervenu.
Un grand rassemblement d'églises
Quelque part en Europe se tenait un grand rassemblement d'églises en perte de vitesse qui voulaient regrouper des fidèles de toute tendance. Et la salle de conférence était pleine de catholiques romains, d'orthodoxes, de protestants réformés, d'évangéliques, de charismatiques, de l’Armée du Salut, de curés, de pasteurs, de prêtres- ouvriers, voire même d'intégristes. On distinguait aussi des gens de couleur, surtout africains. Tous et toutes voulaient « approfondir leur foi et discuter sur leurs options et doctrines respectives ».
Le président de séance, élu, était un évêque catholique tolérant et ouvert : il donnait la parole à ceux qui le désiraient en s'efforçant de décrypter le langage ecclésiastique particulier à chaque « boutique ». Quelques-uns pensaient (très peu à vrai dire...) qu’ils possédaient la vérité et que leur église était « l'Église... », la seule, la vraie. La majorité voulait un consensus, un Credo universel, immuable et une commission de théologiens était désignée pour rédiger un communiqué commun qui serait donné à la presse ; la télévision pourrait transmettre en gros plan les visages sereins et satisfaits des représentants des grandes églises qui pourraient rentrer chez eux, mission accomplie.
Cependant, les discussions traînaient sur des points jugés importants : le pape, la vierge, les structures d'églises... On parlait de la note des autorités sur la communion permise ou défendue. On n'avait pas osé aborder de face la note des évêques sur le nucléaire en rapport avec celle de la Fédération protestante. C'était trop dangereux et il valait mieux rester dans un domaine plus éthéré, dogmatique et sacramental.
On citait de grands noms : Thomas d’Aquin, Barth, Küng, on en appelait à Saint-Augustin. Quant à tous ceux qui ignoraient ces sommités d'église et ne comprenaient pas grand-chose aux discussions théologiques, ils s'apprêtaient à quitter la salle de conférence, intimidés ou écœurés... quand tout à coup...
Un miracle
Tout à coup, l'immense écran qui remplissait le fond de la salle s'illumina et l'on vit apparaître un singulier cortège - en couleur, s'il vous plaît - on y distinguait, parce qu'on les avait vus en photo ou à la télévision , Jean XXIII, Martin Luther King, Ian Palach et Jean Hus ; de rouge vêtus, Romero et Camilo Torres, côte à côte... puis Dietrich Bonhoeffer, Jean Moulin et même Gandhi. Ils marchaient comme dans une manif en se donnant la main. Et derrière eux tout un peuple d'hommes et de femme résolus, aux visages marqués par la souffrance et les coups, la plupart maigres, peu soignés. Certains avaient des gosses dans les bras, d'autres étaient portés, trop faibles pour marcher. Il y avait même une banderole où l'on pouvait lire : « J’accuse ». Et cependant, quelques-uns avaient un sourire un peu triste et comme une interrogation dans le regard. Ils chantaient chacun dans sa langue, mais la musique était la même et ce n'était pas un cantique... plutôt un hymne latino-américain... Et la vision disparut comme elle était venue.
Au fait, compagnons
Alors ceux qui voulaient quitter la salle se regardèrent, s'avancèrent ensemble vers le président de séance et une Africaine prit la parole : « Vos histoires d'intercommunion, de concélébrations permises ou défendues, vos finasseries dogmatiques, ça peut vous occuper et vous paraître important... nous pas ! Vos problèmes de conscience remplacent la conscience des vrais problèmes et ça paraît petit, mesquin, en regard de ce qui se passe autour de nous : faim dans le monde, tortures, massacres d'enfants, racisme, injustices, mépris du faible, de l'immigré, sabotage de la nature, course aux armements er commerce des armes... voilà les vrais problèmes auxquels s'intéresserait Jésus Christ aujourd'hui. Dites, pour vous, les chrétiens, l'Évangile, c'est de l'hébreu ou quoi ? »
Certains bien-pensants murmuraient entre eux : qu'est-ce que ça veut dire ? Et d'autres de s'esclaffer: Mais le président de séance qui allait dire : « Madame, ce n'est pas à l'ordre du jour » fut étonné d’entendre sortir de ses lèvres une voix puissante, la sienne, qui dominait tous les murmures et se mit à crier très fort :
« Je pense qu'il nous faut changer l'ordre du jour et relire Matthieu XXV, 31 à 46 ».