Libre opinion
Petite histoire du
protestantisme
Gilles
Castelnau
.
XXe siècle
La
« séparation » des Églises et de
l'État
26 mai 2007
En 1905, la République ne
reconnaît désormais aucune Église mais respecte
les « Associations
cultuelles » (non pas
cultuRelles) et les protège. L'État ne
subventionne plus les Églises qui doivent se suffire à
elles-mêmes. Les églises construites avant cette date
appartiennent désormais aux municipalités qui en
entretiennent le gros oeuvre et les attribuent gratuitement aux
associations cultuelles qui en payent les charges. Les églises
réalisées après 1905 sont, la
propriété de leurs constructeurs.
Il faut désormais payer les pasteurs,
assurer la vie matérielle des Églises. Il reste moins
d'argent pour les oeuvres : n'est-ce pas à l'État,
maintenant, de prendre ses responsabilités dans le domaine de
l'action sociale ?
Contrairement à l'Église
catholique qui a eu de la peine à accepter cette nouvelle
situation, le protestantisme y a vu une garantie
d'indépendance. Les nombreuses écoles protestantes
existant à l'époque, ont été remises
à l'État, les protestants approuvent l'esprit de la
laïcité.
La
« Fédération protestante de France
»
Après qu'un conseil provisoire ait
représenté les différentes Églises
protestantes auprès des
pouvoirs publics, la Fédération
protestante de France est
officiellement créée à Nîmes
en 1909.
Elle fédère :
- L'Union nationale des
Églises réformées
évangéliques.
(de tendance orthodoxes) 400 paroisses
- L'Union nationale des
Églises réformées. Union de tendance libérales fondée
à Jarnac. 170 paroisses.
- L'Union des
Églises évangéliques libres constituée dès 1849 ; ces
Églises se refusent à la centralisation. Elles
comptent, principalement dans le Midi, 52 paroisses et
62 annexes, desservies par une quarantaine de pasteurs.
- L'Union des
Églises évangéliques
méthodistes, comptant
25 paroisses, 52 annexes, 24 pasteurs.
- L'Église
évangélique luthérienne : devenue française par l'annexion de
l'Alsace à la France en 1648. Elle compte
84 pasteurs. En Alsace-Moselle, demeurée sous le
régime concordataire, elle se nomme : Église de la Confédération
d'Augsbourg d'Alsace-Lorraine (ECAL).
- Les Églises baptistes : 17 paroisses, 22 annexes,
34 pasteurs.
Par la suite s'y sont jointes :
- Les Églises Réformées
Évangéliques Indépendantes (EREI) essentiellement présentes
dans le midi, de tendance orthodoxe qu n'ont pas accepté
d'entrer dans l'Église réformée de France (ERF)
lors de sa constitution en 1938 où elles se seraient
trouvées en compagnie d'Églises de tendance
libérale.
- L'Église Apostolique, pentecôtiste.
- La Mission Évangélique des Tziganes de
France (MPEF)
- La Mission Populaire Évangélique de
France (MPEF)
- L'Église de Dieu en France
(EDF) pentecôtiste.
- L'Union des Églises Évangéliques
de Réveil (UEER)
- La Congrégation de l'Armée du Salut
(ADS)
- L'Union d'Églises Chrétiennes
Évangéliques (UECE)
- La Communauté des Églises d'expression
Africaine en France (CEAF)
- La Comunauté Évangélique
Indépendante de Rochefort
- L'Union des Églises Évangéliques
du Nazaréen (UEEN)
- Le Centre Missionnaire Évangélique de
Bretagne (CMEB)
- L'Église Protestante Malgache de France
(EPMF-FPMA)
- La Communion des Églises de l'Espace
Francophone (CEEF)
- La Communion d'Églises Protestantes
Évangéliques (tCEPEE)
- L'Union d'Assemblées Protestantes en Mission
(UAPM)
- L'Union des Fédérations Adventistes de
France (UFA)
- L'Union des Églises Foursquare-France
(UEPFF)
Le pasteur Marc Boegner en a longtemps été le président
respecté et très écouté. n le nommait
même (gentiment) le « pape » des
protestants !
Le
« Christianisme social »
Mouvement parallèle à
celui du Catholicisme social, son
idée fondamentale est que l'idéal concret d'amour du
prochain n'est pas réservé à des
« oeuvres » spécialisées, mais
représente le fondement même du christianisme
intégral.
La solidarité entre « classes
sociales » naît dans
un monde et un protestantisme dirigés par les notables :
un seul Dieu, un seul Christ, un seul monde à sauver dans son
corps et dans son âme. Se préoccuper de l'estomac vide
d'un homme autant que de son cœur vide, lui faire laver ses mains
sales autant que son âme...
Ainsi l'École du service social ouverte à Paris par Paul Doumergue et
d'où devaient sortir ce que l'on pourrait appeler les
premières assistantes sociales qualifiées.
Mentionnons aussi Tommy Fallot qui fut
pasteur de la Chapelle du
Nord dans le Xe arrondissement
de Paris.
L'Armée du salut, fondée en Angleterre, lança le slogan
des « 3 S »
: Soupe, Savon, Salut.
Albert
Schweitzer. Théologien,
philosophe, musicien, médecin. Il quitta Strasbourg et une
brillante carrière professorale et d'organiste pour fonder
à Lambaréné au Gabon un hôpital tout
particulièrement ouvert à population
déshéritée. Il y promut aussi une
théologie libérale du respect de la
vie qui redevient en ce
début de XXIe siècle
particulièrement inspirante.
La « Brigade de la
Drôme »
Dans l'entre-deux-guerres, sous
l'influence d'un groupe de jeunes pasteurs dynamiques : Édouard
Champendal, Henri Eberhardt, Pierre Caron et Jean Cadier, un
mouvement spirituel, dit de « Réveil », se produisit dans les paroisses de Dieulefit,
Vinsobres, La Motte Chalencon et leurs environs.
Ce mouvement était de
théologie tout à fait calviniste. Les études
bibliques qu'il promouvait étaient scientifiques, historiques
et critiques et se différenciaient donc tout à fait du
fondamentalisme du mouvement évangélique naissant.
L'émotion qui gagnait les assemblées était
maîtrisée et ne tournait pas à l'émotion
charismatique comme c'était le cas à la même
époque sous l'influence du pasteur Dallières
dans la paroisse voisine de Charmes, en
Ardèche.
Voici quelques mots de souvenirs qu'en
écrivait dans les années 1960 l'un des « brigadiers », le pasteur Édouard Champendal
Le Réveil m'amena
personnellement à adopter vis-à-vis de la Bible une
attitude que ne m'avaient pas donnée mes maîtres. La
Parole de Dieu devint vivante pour moi : je la relus avec
passion, refaisant petit à petit mes études de
théologie et tressaillant de joie devant Ses
révélations [...]
Nos
voyages fous à travers les pays de langue française
(France, Suisse, Belgique, Algérie) où nous
présidâmes une centaine de missions de réveil, de
nombreuses réunions pastorales, tout en demeurant en contact
avec nos paroisse drômoises sur lesquelles nous nous repliions
régulièrement et qui acceptaient avec quelques
difficultés nos déplacements. Temps béni,
souvenirs émouvants et glorieux qui parlent encore à
nos coeurs : Ardèche aux habitants des âpres
ravins, Nîmes et sa jeunesse prenant d'assaut la table des
enrôlements pour Christ, Val de Fressinières où
il semblait qu'on revivait le temps de Félix Neff,
Cévennes embrasées par l'Esprit, temples et
collégiales de Suisse où les foules se pressaient
avides du message du renouveau, Dar Naama, vieux repaire de corsaires
algériens transformé en lieu de prière où
l'on s'abandonne au Dieu qui sauve toujours.
Peu importe, dès lors, les fatigues
des longs voyages nocturnes, l'inconfort des compartiments de chemins
de fer, nous irons des rives de la Méditerranée
à celles de l'Océan et de la Manche et des mers aux
plaines de Belgique et aux monts neigeux de Suisse, porteurs du
message :
« Dieu ne se contente pas de ce que vous
êtes », « il faut que tout
change », « Lui, Dieu, n'a pas
changé ».
Nous nous jetterons à genoux dans la
sacristie de tel temple parisien avant d'affronter, insuffisamment
préparés, un auditoire étonné ; nous
verrons accourir des foules importantes que des trains
spéciaux déverseront dans telle localité du Jura
bernois où la présence des Brigadiers est un
évènement, et, à Genève, l'immense salle
de la Réformation connaîtra des bousculades à
l'ouverture de la première réunion.
C'est cependant à la Drôme que
nous avons consacré notre action première en parcourant
chacune des paroisses des Brigadiers. Oh ! Ces journées
où nous partagions la vie de nos paroissiens agriculteurs,
logeant dans de pittoresques chambres où le lit au matelas
plein de son était dressé au milieu des sacs de
récoltes. Humbles temples éclairés à
l'acétylène où se pressait un auditoire parfois
fatigué par les travaux des champs, mais toujours avide
d'écouter
Le mouvement
œcuménique
Il naquit à Édimbourg
en 1910 lors de la
conférence des Sociétés de Missions
protestantes. La tendance
était à l'union des jeunes Églises
fondées, outre-mer, par les diverses sociétés de
mission. On entendit des paroles prophétiques et
pathétiques, telles celles du délégué
chinois, le Dr Chang : Il conjura les missionnaires d'Europe et
d'Amérique de renoncer, en champ de missions, à leur
barrières ecclésiastiques, explicables par l'histoire
locale de leurs Églises, mais incompréhensibles pour
ceux qui entendaient pour la première fois le message de
l'Évangile.
Voir Édimbourg 1910
Luthériens, réformés,
méthodistes, baptistes, anglicans de la haute et de la basse
Église, tous écoutaient. En évoquant la vie dans
leurs champs de missions, ils réalisaient l'absurdité
de ces cloisonnements ; ce fut un instant d'une intense
émotion. L'unité fraternelle et spirituelle de
l'Église bouleversait les coeurs.
A Stockholm en 1925, après la guerre, un même sentiment
d'unité fraternelle et de besoin de demeurer ensemble se fit
sentir lors de la première conférence du mouvement Life and Work (vie et travail) réunissant
600 délégués préoccupés
justement de christianisme social.
A Lausanne en 1927, le mouvement Foi et
constitution organisa une
réflexion commune sur la question de la confession de foi de
l'Église, où participaient pour la première fois
les orthodoxes du patriarcat de
Constantinople.
A Oxford en 1937, les deux mouvements Life and Work et Foi et
Constitution se réunissaient
et prenaient, dans un grand élan, la décision de
créer un Conseil
Oecuménique des Églises
A Amsterdam en 1948, 1ère Assemblée générale du Conseil oecuménique. Celui-ci vit
enfin le jour après la
Seconde guerre mondiale. 146 Églises y ont pris part, surtout européennes ; mais
avec la présence de l'Église orthodoxe du patriarcat de
Constantinople et des observateurs catholiques.
A Evanston en 1954, 2e Assemblée
générale du Conseil
oecuménique. 161 Églises membres. Les Églises américaines
eurent une représentation nombreuses et importante.
A New Delhi en 1961,
3e Assemblée
générale, ce fut
l'entrée remarquée des Églises du tiers monde,
de tous les orthodoxes, y compris du patriarcat de Moscou : en tout 198 Églises.
A Upsaal en 1968, 4e Assemblée
générale l'assemblée fut centrée sur l'engagement dans la vie du
monde, le respect des droits de l'homme. 235 Églises. Participation importante d'« observateurs » catholiques.
Nairobi en 1975, 5e Assemblée
générale. Ce fut
l'assemblée de l'antiracisme, de la solidarité avec le
Tiers-monde ; les délégués soviétiques y
furent critiqués au sujet des droits de l'homme.
Vancouver en 1983,
6e Assemblée
générale. 301 Églises. On s'y réjouit de la publication d'un document, le « BEM » (Baptême, Eucharistie, Ministère) dont on espérait qu'il serait universellement reconnu et serait un jalon dans le rapprochement théologique des Églises, y compris de l'église catholique. Mais le BEM fut rapidement oublié.
A Camberra, Australie en 1991,
7e Assemblée
générale où une
déléguée coréenne, Mme Chung suscita une émotion considérable en demandant à
toute l'assemblée de se déchausser pendant qu'elle
dansait, elle aussi pieds nus vêtue d'une grande robe blanche,
et en invoquant, à la manière chamanique, les esprits
souffrants des animaux marins mazoutés, de la forêt
amazonienne détruite etc.
A Harare, Zimbabwe, en 1998, 8e Assemblée
générale. 339 Églises.
A Porto Alegre, Brésil, en
2006, 9e Assemblée
générale une attention
renouvelée a été portée à la
spiritualité, la formation oecuménique, la justice
globale ainsi qu'au témoignage prophétique. 348 Églises. 4000 participants, des observateurs venus du mond eentier.
Aujourd'hui le Conseil
oecuménique des Églises est une communauté de 349 Églises. Elles sont
réparties dans plus de120 pays sur tous les continents et
représentent pratiquement toutes les traditions
chrétiennes. L'Église catholique n'est pas membre mais
elle collabore activement avec le COE.
Œcuménisme avec
l'Église catholique
Le Mouvement de
l'Amitié surtout
présent dans les milieux enseignants a préfiguré
l'« amitié » entre catholiques et protestants et des relations de
confiance mutuelle se sont nouées dans les camps de
prisonniers pendant la 2e guerre mondiale.
Mais jusqu'au concile de Vatican II convoqué par le pape Jean XXIII, les
relations entre catholiques et protestants étaient
mauvaises.
Chacun déconsidérait la foi et
la doctrine de l'autre ainsi que sa sincérité. Un
mariage mixte, par exemple était dramatique. S'il avait lieu
au temple, le conjoint catholique était excommuniéet
privé de messe d'enterrement à sa mort. S'il avait lieu
à l'église le prêtre ne bénissait pas
l'alliance du conjoint protestant et les cloches ne sonnaient pas. La
brouille s'installait parfois entre les familles. Le protestant qui
se convertissait au catholicisme était rebaptisé (le
dernier exemple en fut celui, très scandaleux à
l'époque, de la princesse
Irene des Pays-Bas, devenue
catholique pour épouser un prince espagnol catholique).
Le concile de
Vatican II (1962-65). Cette
atmosphère tendue a radicalement basculé, pratiquement
du jour au lendemain. Découverte mutuelle, sourires
fraternels, invitations chaleureuses. De multiples « cercles oecuméniques »
de réflexion mutuelle se sont
créés.
Célébrations oecuméniques de mariages, de
baptêmes, d'enterrements. Échanges réguliers de
chaire entre pasteurs et prêtres. Hospitalité
eucharistiques où les protestants étaient
invitrés à communier lors des messes catholiques (les
catholiques sont toujours invités à la sainte
cène protestante qui est, par nature ouverte à tous).
Jean-Paul II a
« resserré les boulons ». Les relations se sont largement distendues. Les
échanges de chaire, les célébrations communes
sont devenues rares. L'hospitalité eucharistique a
pratiquement disparu. Les parrains et marraines protestants ne sont
plus guère acceptés lors des baptêmes
célébrés à l'église catholiques.
Le pasteur prêchant à la messe lors de la Semaine de
l'Unité (lorsque cela se fait encore) ne dit plus
l'« homélie » réservée au prêtre mais n'a
droit officiellement qu'à une « prise de
parole »...
Néanmoins les drames familiaux d'autrefois ne ressurgissent
heureusement pas et une relation amicale subsiste entre protestants
et catholiques.
La communauté de
Taizé
Elle a été fondée en
1944 par le pasteur Roger Schutz,
désireux de mener une vie communautaire, oecuménique et
altruiste. Son ouverture à des rites catholiques
(agenouillement, cierges) dans une libre recherche
d'esthétique et de spiritualité a dans un premier temps
surpris et séduit une grande partie du protestantisme. Les
pasteurs aimaient lire son excellente revue Verbum Caro.
Les immenses rencontres de
jeunes de toutes
dénominations et de tous pays, le désir d'un
oecuménisme total de son fondateur qui se faisait
désormais appeler « Frère
Roger » ont à
nouveau surpris. La Communauté qui était membre de la
Fédération Protestante de France s'en est
retirée pour se rapprocher de l'Église catholique. Max
Thurian, son numéro 2 a été ordonné
prêtre catholique et Frère Roger s'est peut-être
converti lui-même au catholicisme. Actuellement la
Communauté est dirigée par Frère Aloïs qui est un catholique allemand.
Le renouveau
théologique
Karl Barth. Les conceptions
« libérale » et
« orthodoxe » traditionnelles mentionnées dans le chapitre consacré
au XIXe siècle ont, au cours du XXe siècle,
progressivement perdu leur dynamisme entraîneur. L'influence du
théologien de Bâle Karl
Barth les a toutes deux largement
remplacées.
Il s'opposait au libéralisme au nom d'un Dieu qui n'est pas
l'invention de notre coeur mais a une existence en-soi, objective, « tout
autre », que la raison ne
peut concevoir; nos plus hautes pensées, notre religion la
plus noble ne peuvent qu'obscurcir la vérité en nous
détournant du vrai Dieu.
Il réagissait également contre l'orthodoxie en
l'obligeant à redécouvrir la présence
éblouissante de Dieu lui-même plutôt que des
dogmes froids. Le dynamisme de la Parole de Dieu ne pouvait manquer
de mettre les fidèles en mouvement bien que plus les
sentiments libéraux ou la doctrine orthodoxe.
Le Renouveau biblique.
Sous l'impulsion notamment de
Suzanne de
Diétrich, il a
triomphé dans les années 1960-70 avec une énorme
multiplication de groupes d'études bibliques, très
fréquemment oecuméniques. Les « Équipes de recherche
biblique » animées
par Françoise
Smyth-Florentin, Pierre Geoltrain et
d'autres, multipliaient week-ends et sessions,
s'émerveillaient du texte tel qu'il était, avec toutes
les ressources de la science moderne.
L'Église
réformée de France
Elle fut constituée
en 1938, après cinq ans
de négociations, par la fusion des Églises
réformées (libérales), des Églises réformées
évangéliques (orthodoxes), de la moitié des Églises libres et des Églises
méthodistes. Certains
libristes et méthodistes qui n'ont pas rejoint l'E.R.F. ont
constitué leur propre organisation ecclésiastique
indépendante. Une minorité d'orthodoxes stricts
(15 %) n'acceptant pas l'union avec les libéraux s'est
regroupée dans les Églises réformées
évangéliques indépendantes (E.R.E.I.) surtout dans le Midi.
Le compromis qui permit cette unité
est le suivant : la confession de foi votée au synode
de 1872 est complétée et doit être lue lors
de la consécration des pasteurs, ce qui donne
satisfaction aux orthodoxes ; mais, ce qui la rend acceptable
par les libéraux, est qu'elle sera
précédée du « préambule » suivant :
« ...Vous lui donnerez votre
adhésion joyeusement, comme une libre et personnelle
affirmation de votre foi. Sans vous attacher à la lettre de
ses formules, vous proclamerez le message de salut qu'elles
expriment ».
Déclaration de foi de
l'Église réformée de France :
Au moment où elle
confesse sa foi au Dieu souverain et au Christ Sauveur,
l'Église réformée de France
Éprouve, avant toutes choses, le
besoin de faire monter vers le Père des miséricordes le
cri de sa reconnaissance et de son adoration.
Fidèle aux principes de foi et de
liberté sur lesquels elle est fondée,
dans la communion de l'Église
universelle, elle affirme la perpétuité de la foi
chrétienne, à travers ses expressions successives, dans
le Symbole des Apôtres, les Symboles oecuméniques et les
Confessions de foi de la Réforme, notamment, la Confession de
La Rochelle ; elle en trouve la source dans la
révélation centrale de l'Évangile :
« Dieu a tellement aimé le monde qu'il a
donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne
périsse point, mais qu'il ait la vie
éternelle. »
Avec ses Pères et ses Martyrs,
avec toutes les Églises issues de la
Réforme,
Elle affirme l'autorité souveraine
des Saintes Écritures telle que la fonde le témoignage
intérieur du Saint-Esprit, et reconnaît en elles la
règle de la foi et de la vie ;
Elle proclame devant la
déchéance de l'homme le salut par grâce, par le
moyen de la foi en Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, qui a
été livré pour nos offenses et qui est
ressuscité pour notre justification ;
Elle met, à la base de son
enseignement et de son culte, les grands faits chrétiens
affirmés dans l'Évangile, représentés
dans ses sacrements, célébrés dans ses
solennités religieuses et exprimés dans sa
liturgie.
Pour obéir à sa divine
vocation, elle annonce au monde pécheur l'Évangile de
la repentance et du pardon, de la nouvelle naissance, de la
sainteté et de la vie éternelle.
Sous l'action du Saint-Esprit, elle
montre sa foi par ses oeuvres : elle travaille dans la
prière au réveil des âmes, à la
manifestation de l'unité du Corps du Christ et à la
paix entre les hommes. Par l'évangélisation, par
l'oeuvre missionnaire, par la lutte contre les fléaux sociaux,
elle prépare les chemins du Seigneur jusqu'à ce que
viennent, par le triomphe de son Chef, le Royaume de Dieu et sa
justice.
A Celui qui peut, par la puissance qui
agit en nous, faire infiniment au-delà de ce que nous
demandons et pensons, à Lui seul soit la gloire, dans
l'Église et en Jésus-Christ, de
génération en génération, aux
siècles des siècles ! Amen !
On pourra la comparer à la confession
de foi votée en 1872 qui provoqua le schisme entre orthodoxes
et libéraux. Celle-ci se trouve dans le chapitre concernant le
XIXe siècle.
La lutte anti-nazie, la
Cimade
Le pasteur Marc Boegner, Président
de la Fédération protestante de France, manifeste, au moment de la guerre, au nom du
protestantisme, une présence critique auprès du régime de
Vichy et du maréchal
Pétain. En 1941, il écrit deux lettres dont le
retentissement est important. Il y exprime la « douleur » ressentie à voir « une législation raciste introduite
dans notre pays et à constater les épreuves et les
injustices sans nombre dont elle frappe les Israélites
français ».
L'année suivante, la « rafle du Vel
d'Hiv » et la
« livraison » des Juifs étrangers à l'Allemagne
amènent une nouvelle protestation. Un déclaration de
l'E.R.F. en faveur des Juifs est, d'autre part, lue dans la plupart
des temples de cette Église lors du culte du dimanche.
La Cimade (Comité Inter-Mouvements Auprès Des
Évacués) fut créée par les mouvements de
jeunesse protestants pendant l'exode de 1940 pour aider les
réfugiés évacués des provinces du
nord ; elle s'occupa pendant l'occupation des camps
organisés pour les Juifs. Des « chaînes » de secours et d'hébergement organisent la
fabrication de faux papiers et le passage de fugitifs vers la Suisse
et l'Espagne. Les Cévennes et la bourgade du Chambon-sur-Lignon deviennent, pour les Juifs et les Allemands antinazis, une terre de
refuge. Les maquis de cette région et ceux de la Drôme
comportent une forte proportion de protestants.
A la libération, la Cimade s'occupera
pareillement des collaborateurs emprisonnés. Pendant la guerre
d'Algérie elle organisera le visite des camps d'assignation
à résidence pour les algériens suspects et en
1962 pour les emprisonnés de l'OAS. Aujourd'hui elle s'occupe
des sans papiers et de plusieurs projets de coopération dans
les pays du tiers-monde.
L'autonomie des
Églises coloniales
La Société des
Missions, qui gérait depuis
ses bureaux 102 boulevard Arago à Paris les Églises
d'Afrique,n de Madagascar, d'Indochine et de Tahiti a réussi
à en former les pasteurs et les fidèles dans un esprit
de propre responsabilité, de sorte que toutes ces
Églises ont acquis leur indépendance avant que la
décolonisation politique soit possible.
L'aide en argent et en hommes continuait
à être fraternellement apportée à ces
Églises mais sous leur propre direction. Pour le manifester la
Société des Missions modifia ses statuts pour tenir
compte de son nouveau fonctionnement et prit le nom de DEFAP (Département Évangélique
d'Action Apostolique).
Nombre actuel des
protestants
Les diverses Églises protestantes recensent actuellement de
700 000 à un million de membres, soit 1,5 % de
la population française. Cette stagnation relative s'explique
par la forte croissance de la population catholique et musulmane en
France. Depuis plusieurs décennies le protestantisme
historique s'affaiblit numériquement en raison de
l'amenuisement de la population rurale, de la multiplication des
mariages mixtes, de la dissémination
généralisée, de la rareté des signes et
des lieux de ralliement dans les grandes villes et leurs banlieues,
des problèmes financiers des paroisses. Seules les vocations
pastorales ne font jamais défaut, en partie grâce au
nombre croissant de jeunes femmes pasteurs.
Les pratiques, en revanche, collectives et
individuelles, continuent à s'éroder : 15 %
des protestants allaient au culte en 1946 ; 6 %
à le faire en 1992. Un sondage de 1995
révèle que 26 % d'entre eux ne prie jamais, que
34 % ne lisent jamais la Bible et que 22 % sont
réservés vis-à-vis de l'éducation
religieuse des enfants.
Une donnée très
différente attire également
l'attention : dans de
récentes enquêtes, une part grandissante des
sondés affirment leur sympathie ou leur proximité
à l'égard du protestantisme. Ils sont 4,5 %
à le faire en mars 1980 (IFOP) et 6 % à
estimer en 1994 (CSA) que le terme de protestant les
caractérise « très bien » ou
« assez bien », non compris les 2 % qui se
disent de religion protestante. 11 % des 1500 protestants
interrogés dans la région Rhône-Alpes
en 1990, pour une enquête sociologique, déclarent
qu'ils sont devenus protestants à la suite d'une
conversion.
Cette sympathie est due au sens protestant
de la tolérance, à son attachement à la
liberté et à la laïcité. Le protestantisme
bénéficie aussi, comme malgré lui, de la
déception qu'entraînent chez certains catholiques des
pontificats antimodernes comme ceux de Pie IX , de Jean-Paul II
et de Benoît XVI. Il faut évidemment mentionner
également le mariage des pasteurs, l'accès des femmes
au ministère, la liberté en matière de morale
sexuelle et conjugale (contraception, avortement, divorce,
homosexualité).
Ces sympathisants du protestantisme
ne rempliront, sans doute, jamais
les temples, mais ils contribuent à étendre l'audience,
et donc l'influence des idées, des valeurs et d'une
atmosphère protestantes en France.
Les
évangéliques
On englobe sous ce terme toutes les mini
Églises, très ferventes, très chaleureuses, séparées
des Églises « historiques » qu'elles jugent trop laxistes, insuffisamment
« converties ». Leurs appellations sont très
variées ; leurs fidèles aiment à se dire
tout simplement « chrétiens ».
Leurs doctrines nesont en général pas
particulièrement originales. Elles se caractérisent
plutôt par l'exubérance de leur culte, de leur
insistance sur la conversion personnelle (la « nouvelle
naissance » manifestée par un baptême par immersion à
l'âge adulte), un prosélytisme systématique et
une attitude en général « fondamentaliste ». Ce sont des communautés de purs qui se
séparent d'un monde extérieur présenté
comme pécheur, froid, menaçant, soumis à
Satan.
Certaines ont demandé leur admission dans la
Fédération Protestante, d'autres non. Elles sont
souvent très anti-oecuméniques.
Le fondamentalisme. Il s'agit d'un radicalisme présent dans
toutes les religions et toutes les philosophies. Le fondamentalisme
protestant est né aux États-Unis dans la
première moitié du XXe siècle et
a rapidement gagné le monde entier, y compris la France. Il
refuse de mettre en question les « fondements » du christianisme que sont, à ses yeux, les
grands dogmes traditionnels de la Trinité, de la
divinité de Jésus-Christ, du salut par le sang de la
croix. Il y ajoute l'affirmation que la Bible est la « Parole de Dieu »
transmettant une
vérité absolue dans tous les domaines : historique,
géologique, archéologique etc. Il faut sauver le monde
qui est perdu et attendre le Retour du Christ et la fin du monde qui
sont proches.
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