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Pierre Valdo et les Vaudois

 

Giorgio Tourn

pasteur de l’Église vaudoise d’Italie

 

Éditions Olivétan

116 pages, 14,50 €

 

 

Recension Gilles Castelnau

 

8 septembre 2010

Cet intéressant petit livre nous fait découvrir une des préhistoires du protestantisme en la personne de Pierre Valdo (1140-1217) et du mouvement qu’il a fondé, devenu l’actuelle Église protestante vaudoise d’Italie, dont l’auteur, Giorgio Tourn est pasteur.

En voici quelques pages dont j’espère qu’elles donneront à des internautes l’envie de l’acquérir.

 

page 14

Nous ignorons tout de cet homme, son origine, les dernières années de sa vie. La tradition le veut marié et père de deux filles, riche, gros marchand, dont les négoces étaient probablement mêlés à la conduite administrative de l’évêché.
[…]
Ayant renoncé à son activité et distribué ses biens aux pauvres, il vit d’aumônes. De plus, s’étant fait traduire des passages de l’Écriture en idiome lyonnais, il s’applique à les étudier.
[…]

page 16

Quelle réforme ?
La désintégration du monde féodal fait apparaître de nouvelles classes sociales dans les milieux urbains, surtout en Lombardie et dans le Midi de la France. Alors que pour le châtelain de la croisade, du tournoi et de la chasse, l'honneur est la réalité essentielle de la vie, le citadin - qu'il soit marchand ou artisan - tient avant tout à son indépendance et à sa liberté. Et Valdès est un marchand !

Mais le combat de la papauté pour l'indépendance de l'Église a aussi un aspect religieux qui trouve une forte adhésion dans les milieux populaires. Les fidèles souhaitent avoir des évêques pasteurs de leurs troupeaux, et non des fonctionnaires impériaux qui consacrent leur temps à la chasse et aux affaires. En outre, le nombre de ceux qui désirent voir les réalités spirituelles et l'Évangile, jusqu'ici apanage exclusif des religieux, devenir patrimoine de tous les fidèles, croît.

C'est sur cet arrière-plan d'aspiration au renouvellement de l'Église afin qu'elle devienne moins féodale, plus proche de l'Évangile et plus proche du peuple, qu'il faut situer nombre de manifestations religieuses de l'époque : le mouvement populaire de la pataria en Lombardie ; les prédications de Pierre de Bruys et Henri de Lausanne ; sans oublier Arnaud de Brescia, qui réalise sa république à Rome avant de monter sur le bûcher. Et surtout le catharisme.

Ce mouvement qui au début était de type évangélique, sous l'influence de traditions orientales, a pris progressivement la forme d'une véritable communauté religieuse ayant ses ministres, ses rites, ses livres et une théologie de caractère dualiste.

Le catharisme attire les sympathies de tous les milieux (noblesse, marchands, bourgeoisie en Languedoc et en Lombardie), dans les sociétés qui à l'époque sont les plus modernes d'Europe ; l'Église est obligée de rester sur la défensive.

Dans cette chrétienté du XIIe siècle, qui vit cette transformation culturelle, sociale et religieuse si profonde, Valdès ne peut donc pas être considéré comme une anomalie : il participe en effet à ce grand mouvement de renouveau spirituel, avec la conviction de travailler pour le bien de l'Église comme tous ces personnages, gardant pourtant une identité bien précise.

 

Page 18

Les Pauvres
[…] Sa conversion a frappé l'opinion publique lyonnaise et des disciples se sont rassemblés autour de lui ; ils se donnent le nom significatif de « pauvres en esprit », se référant ainsi à l'expression que Jésus a utilisée pour désigner ses disciples dans le Sermon sur la montagne (Matthieu 5.3).

Le terme « Pauvres » ne doit pas nous induire en erreur ; il ne s'agit pas de mendiants sans demeure. Ces hommes et ces femmes proviennent de tous les milieux sociaux dans la ville ; on compte parmi eux des marchands, des artisans, des ecclésiastiques même, qui participent à cette recherche d'une vie communautaire - comme d'ailleurs quelques clercs qui témoignent d'un intérêt profond pour la personnalité de Valdo.

Leur idéal est de former une communauté semblable à celle des premiers disciples du Christ, vivant de sa Parole et lui obéissant ; ils veulent contribuer au renouveau de la société chrétienne grâce à la méditation de l'Évangile - c'est un élément propre aux pauvres de Lyon - et à la liberté joyeuse et créative qui fonde leur démarche spirituelle.
[…]

Cependant cette liberté et cette prétention de parler au nom du Christ, est une négation involontaire mais réelle de l'autorité des ministres ordonnés. Si tout chrétien est témoin du Christ, qu'en est-il du pouvoir de la hiérarchie ecclésiastique ?

Le problème que les Pauvres posent à l'Église du XIIe siècle n'est donc pas seulement celui de sa richesse ou de son manque de spiritualité, mais celui de la prédication de l'Évangile et du pouvoir de l'Église, problèmes qui se situent au cœur même de la foi et de la théologie.

Comme Valdès, qui n'a pas fondé d'ordre religieux, ses disciples veulent rester laïques. C'est pourquoi ils utilisent pour définir leur communauté un terme relevant de la langue commerciale, societas, société. La societas valdesiana n'est pas une confrérie, mais une association de personnes qui ont des idées et des intérêts communs. Ce sont des amis associés dans l'œuvre missionnaire comme ils pourraient l'être pour gérer leurs affaires.

Les Pauvres n'hésitent pas à impliquer les femmes dans leur prédication, violant ainsi l'un des préjugés les plus profondément ancrés de leur temps, au grand scandale des bien-pensants de l'époque, clergé en tête.
[…]

 

page 21

Vers l’excommunication
[…] Il est tout à fait naturel que lorsque la hiérarchie leur interdit toute activité, ils refusent d’obéir, citant pour se justifier la parole de Pierre au Sanhédrin : « Jugez vous-même s'il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes » (Actes 4.19). Expulsés de Lyon, fortement suspectés, les Pauvres s'en vont poursuivre ailleurs leur mission vers le sud, en Languedoc, vers le nord et en Lombardie. Le pape Innocent III dénonce leur présence dans les diocèses de Narbonne, Arles, Aix en 1198-1199.

Leur petite communauté se heurte alors à la dissidence cathare en pleine expansion. Les Pauvres déploient une grande activité, organisant des débats, prêchant sur les places et même dans les Églises contre ce qu'ils considèrent comme une hérésie dangereuse.

Les « bonshommes » cathares n'ont plus à se mesurer seulement à des prélats mondains ou à des abbés crapuleux, ils ont maintenant à faire face à ces gens qui vivent la pauvreté apostolique, irrépréhensibles comme eux, et n'ayant en main que l'Évangile.

Mais les Pauvres entrent en contact avec d'autres dissidents, notamment avec les disciples de Pierre de Bruys, assassiné par la foule à Saint Gilles, avec les disciples du moine Henry, mort en prison. La position de ces dissidents face à l'Église est plus radicale que la leur : ils désirent un renouveau de l'Église, mais ils critiquent le luxe et la corruption des prélats, ils dénoncent les erreurs dogmatiques, le culte des saints, des reliques, les prières pour les morts, ... Les Pauvres adoptent ces pensées, et leur mouvement de piété religieuse se transforme en un mouvement de protestation qui assume une position toujours plus radicale vis-à-vis de l'Église officielle. Celle-ci décide de mettre fin à leur activité, comme elle l'avait fait avec les autres mouvements dissidents.

 

Page 24

Les dominicains et les franciscains
Rome utilisera la crise catharo-valdésienne pour réaliser sa réforme. Les instruments de cette réforme seront les deux ordres religieux nés de la crise : les dominicains et les franciscains. Ces moines, non sans ironie vêtus comme les « Pauvres » et les « parfaits » cathares, en bure et sandales, utilisent le même langage, ils parlent eux aussi de la pauvreté, de la simplicité du Christ, de la prédication de l'Évangile, mais ils le font selon la tradition et dans l'obéissance à l'Église. Il s'agit certes d'une nouveauté, mais à l'intérieur de l'institution et à son service. Et il est tout à fait naturel que la chasse à l'hérésie leur soit confiée: dominicains et franciscains vont donc organiser l'Inquisition.

Tous ces éléments (répression, réorganisation, nouvelle visée théologique) trouvent leur synthèse au IVe concile du Latran en 1215, qui va donner sa structure à la chrétienté d'Occident. Le concile réalise tout d'abord le quadrillage du territoire en définissant les paroisses, impose le baptême à tous les nouveaux-nés, la communion et la confession aux baptisés une fois par année ; le concile proclame le dogme de la transsubstantiation de l'eucharistie, qui confère au prêtre le pouvoir sacerdotal.

Le chrétien occidental est désormais intégré dans un système théologique et juridique rigoureux qui a comme principale conséquence le contrôle policier des fidèles et la condamnation à mort des hérétiques.

Dans cette nouvelle chrétienté, les Pauvres n'ont aucune chance de survivre et on comprend qu'ils soient contraints à chercher refuge dans la clandestinité.

 

Giorgio Tourn décrit alors les terribles persécutions de l’Inquisition.

voir Didier Le Fur, Les massacres de Mérindol et du Lubéron

 

Page 53

Le bastion protestant
La Réforme

Au début du XVIe siècle, les prédications de Luther en Allemagne et de Zwingli en Suisse donnent lieu à une réforme de l'Église ; lorsque les nouvelles de ce renouveau religieux parviennent au-delà des Alpes, les responsables du valdéisme latin se rassemblent pour évaluer la situation. Les propos que tiennent ces prédicateurs présentent des analogies évidentes avec ce qui a été prêché pendant des siècles : référence à l'Écriture pour ce qui est de la foi, critique radicale de l'Église romaine, refus des nouvelles doctrines.

On décide donc de prendre contact avec les réformateurs de la région rhénane ; c'est barba Morel de Freissinières, le plus qualifié sur le plan culturel et théologique, qui va mener les pourparlers à Strasbourg avec Oecolampade et Bucer. Les assemblées de Mérindol en 1526 et 1530, discutent ses rapports et suivent le déroulement de l'affaire, qui trouve sa conclusion en 1532 à Angrogne dans le Piémont.

L'assemblée qui s'y tient, appelée traditionnellement synode, est très différente des rencontres clandestines des barba d'autrefois. A Chanforan (l'emplacement des foires - le ciamp fouran -), les habitants de la région et des intellectuels venus de Suisse, Farel en premier lieu, s'unissent et décident ensemble, après une semaine de débats, d'accepter la nouvelle théologie et de réaliser dans ces vallées une réforme telle qu'elle se fait en Europe.

Deux problèmes sont au cœur de débats intenses. Le premier est théologique : les Pauvres ont suivi pendant des siècles, la théologie des deux voies, qui mènent au ciel et à l'enfer, une théologie assez proche donc de celle des bonnes œuvres, suivie traditionnellement par le catholicisme médiéval, mais très éloignée de la justification par la foi, doctrine centrale de la Réforme.

Tout aussi sérieux est le deuxième problème : l'attitude des chrétiens face aux pouvoirs. La position des Pauvres à ce sujet est très nette : tous ceux qui sont investis de la moindre autorité, religieuse mais surtout politique, ont recours à la violence, ils sont donc criminels. Prêter serment à ces autorités n’est pas licite.
[…]

 

Giorgio Tourn narre ensuite les massacres de Mérindol en Lubéron et les péripéties des siècles suivants.

 

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