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Histoire du protestantisme

 


Le massacre de Mérindol

et du Lubéron

 

Didier Le Fur

 

François Ier

Ed. Perrin

1018 pages, 29,50 €

 

 

27 mai 2015

L'important livre de Didier Le Fur sur « François Ier » contient de très nombreux renseignements sur le règne de ce roi et notamment ses guerres. Il mentionne longuement les violences qui ont suivi l'affaire des Placards. Voici son récit du massacre de Mérindol et du Lubéron.

 

page 739

François Ier affirmait clairement qu'un Français digne de ce nom ne pouvait être autre chose que catholique. Tous ceux qui ne partageaient pas cette foi étaient déclarés étrangers. Reconnus capables de troubler la paix du royaume, il devenait licite, selon les lois qui définissaient la guerre juste, de les tuer. La purge de la Provence que le roi envisageait s'assimilait à une croisade. Cette croisade fut préparée. Au baron de La Garde, alors en Piémont et qui devait venir avec sa flotte augmenter la puissance navale du roi dans la Manche, François Ier adressa par l'intermédiaire de Pietro Strozzi, le 22 mars 1545, un ordre formel de marcher, d'abord et en personne, sur ces hérétiques de Provence et d' « extirper entièrement ceste secte jusques aux racynes ». Le 5 avril, de Jumières, François Ier donnait commission à cinq conseillers de se rendre dans les provinces du royaume à la recherche des hérétiques. Au même moment, La Garde et ses hommes approchaient de Marseille. Jusque-là, tout avait été tenu secret, notamment l'arrêt royal, qui ne fut publié que le 12 avril 1545, jour de la Quasimodo, deuxième dimanche de Pâques.

 

La boucherie légale

Le lendemain, 13 avril, au palais épiscopal de la cité phocéenne, se tenait un conseil de guerre. L'évêque de la cité avait réuni autour de lui les hommes qui en Provence représentaient autant le roi de France que le pontife romain. Jean de Maynier, baron d'Oppède, devenu lieutenant général de la Provence en l'absence du comte de Grignan appelé par le roi pour plaider à Worms la nouvelle position royale favorable au concile devant les princes d'Allemagne, était accompagné de ses gendres le baron de Lauris et le seigneur de Pourrières. Le cardinal Dandino, nonce du pontife en France, et Pietro Guelido, ancien secrétaire du pape Paul III et légat du Saint-Siège en Avignon, étaient également présents. Ils étaient entourés par l'évêque de Cavaillon, l'archevêque d'Arles, le seigneur de Caberousse et surtout de l'un des favoris du roi, le baron de La Garde, Jean Antoine des Aymars. La rencontre fut brève. L'objet était déterminé depuis plusieurs semaines : éliminer, tant sur les terres du pape que sur celles du roi de France, les vaudois convertis à la Réforme. L'armée était déjà prête. Juste avant le Carême, Oppède avait fait lever le ban et l'arrière-ban de la région. La Garde apportait le plus gros bataillon, 1 000 fantassins et 100 chevau-légers. De son côté, le nonce du pape fournissait de l'argent et 700 soldats. L'évêque de Marseille ne fut pas en reste. Seigneur d'une partie des terres qui allaient être « lavées de la vermine », il offrait, en plus de son or, trois pièces d'artillerie qui protégeaient Marseille. Au total, ce fut une armée de plus de 3 000 hommes qui allait s'abattre sur la Provence, sans parler des milices bourgeoises que conduirait le juge Jean Méran, recrutées à Aix, Arles, Apt et Marseille, ni des paysans qui devaient être enrôlés au cours de l'expédition. A Marseille fut aussi validé le plan d'attaque. Malnier d'Oppède, La Garde et Caberousse prendraient la direction de la Durance le jour même. Le soir, ils logeraient au Pertuis où le seigneur de La Roque et les soldats du pape les rejoindraient. L'épuration devait commencer le 15 avril 1545 au matin. Tout fut respecté à la lettre. Les premiers villages dévastés furent Lourmarin et Villelaure. Puis l'armée se sépara. La Garde et ses hommes prirent la route du pays d'Aigues, à l'est. Maynier d'Oppède, avec la noblesse de la province et le seigneur de Vauclaire, suivit la Durance ; quant aux soldats du pape, ils se dirigèrent au nord-est, dans la région de Ménerbes et de Bonnieux. Les villages supposés hérétiques étaient investis, leurs habitants tués sans souci de savoir s'ils étaient mauvais chrétiens ou non, et les maisons pillées. Ensuite, la population des villages épargnés se ruait sur les restes, tels les paysans de Cucuron et du Pertuis qui participèrent au massacre de Lourmarin et qui en quelques heures dévastèrent tout, ne respectant rien, pas même l'église. Le 18 avril, Maynier d'Oppède et le comte de La Garde se retrouvaient devant Mérindol. Mais ses habitants, avertis, avaient déserté le village. Certains s'étaient réfugiés dans les environs de Saint-Phalles, d'autres avaient gagné la montagne. Seul un jeune homme étranger au lieu y fut trouvé. Il paya pour les autres et fut exécuté. Quant au village, il fut mis à sac et incendié.

Mérindol n'avait pas fini de se consumer que l'armée du roi partait rejoindre celle du pape afin de converger ensemble vers Cabrières, dans le Comtat Venaissin. Unique village fortifié, Cabrières fut aussi le seul à tenter de se défendre. Le siège débuta le lundi 20 avril 1545. Mais il fut de courte durée. Le lendemain matin, Cabrières capitulait, livrant son meneur, Eustache Maron, son prêcheur et les syndics. Le village fut investi. Pendant que les instigateurs étaient conduits en Avignon pour être interrogés, dix-huit de leurs compagnons étaient, sans jugement, assassinés hors les murs, au fil de l'épée. Les autres, en âge de se battre et toujours valides, s'étaient réfugiés dans les caves du château à l'arrivée de l'armée. Pas un ne survécut. Quant aux femmes, enfants et vieillards, qui avaient trouvé asile dans l'église, leur sursis fut de courte durée. Au milieu des cris et des coups, les vieillards furent séparés et conduits dans une grange, bientôt incendiée. Quelques-uns tentèrent de s'échapper par une fenêtre. Ils tombèrent sur les pointes des pertuisanes des soldats, qui allaient porter en trophée leurs têtes au bout de leurs lances. Dans l'église, le carnage se poursuivit. Les femmes furent battues à mort, certaines, après avoir été violées, furent précipitées vivantes du haut du clocher. Celles qui survécurent furent forcées de suivre les vainqueurs le long des routes. Quant aux enfants, lorsqu'ils n'avaient pas subi le même sort que leur mère, ils furent échangés contre quelques deniers à des paysans des environs, ou conduits à Notre-Dame-des-Lumières, bientôt rejoints par d'autres, car la tuerie ne s'arrêta pas là.

Alors que l'évêque de Cavaillon, Pierre Ghiccini, faisait part de sa joie devant la réussite de l'expédition au cardinal Farnèse et que le recteur du Comtat Venaissin, Paul Sadolet, annonçait à son oncle, l'archevêque de Carpentras, l' « heureuse et désirée nouvelle de la prise de Cabrières », les hommes du vice-légat poursuivaient leur entreprise sur Murs et Saint-Martin, tandis que Maynier d'Oppède et La Garde ravageaient La Coste et les bourgs environnants, où des scènes tout aussi tragiques se répétèrent.

Le 23 avril, le président du parlement de Provence ordonnait la fin des massacres. Et, pour bien montrer que cette violence légale était achevée, il menaçait de la corde tous ceux qui envisageraient de le poursuivre, tant sur les terres du roi que sur celles du pape. Pourtant, malgré les ordres, les tueries ne s'arrêtèrent pas. Elles furent poursuivies par les habitants des villages épargnés, qui parcouraient la montagne du Luberon à la recherche des fuyards de Mérindol et d'ailleurs. Ils en trouvèrent. Il fut longtemps parlé de ceux qui périrent brûlés vifs dans les grottes de Bérigoule, près de Murs. Six ans plus tard. l'avocat Jacques Aubéry assurait que leurs cadavres calcinés, entre 24 et 25, s'y trouvaient encore. Au total, 23 villages furent ainsi détruits et plus de 2 000 personnes furent assassinées. Les fugitifs qui n'avaient pu gagner le Piémont ou Gênes, parce qu'ils n'avaient plus rien, s'en retournèrent d'où ils étaient venus et une grande partie se livra à Maynier d'Oppède ou aux hommes du pape. Ils furent arrêtés et conduits en prison. Trois mois durant, à Aix et en Avignon, plusieurs centaines dc femmes, d'hommes et d'enfants furent présentés devant leurs juges. Certains abjurèrent et recouvrèrent la liberté. Les autres connurent le bûcher ou furent vendus, s'ils étaient hommes valides, aux capitaines des galères venus faire provision pour renforcer la chiourme. Quant aux enfants, ils furent eux aussi vendus ou placés dans des couvents de la région pour y être purgés de leur « puanteur ».

 

Assumer les morts

A la fin juillet 1545, les prisons étaient vides ou presque et le butin accaparé par les paysans, réquisitionné et redistribué au profit du pape et du roi, tout comme les terres et les maisons des victimes. Les officiers qui avaient participé à l'expédition en étaient souvent les nouveaux propriétaires. La papauté ne dissimula pas sa joie et Paul III honora Jean Maynier d'Oppède par une foule de gratifications, dont le titre de chevalier de l'Eperon d'or. François Ier ne fut pas en reste. Dans une lettre datée du 26 avril 1545, le cardinal de Tournon disait toute la satisfaction du prince et l'histoire fut écrite pour en faire souvenir.

 

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