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Les Pères du désert vous parlent

Les Mères du désert aussi

 

Michel Barlow


Édition Olivétan

96 pages - 12 €


 

recension Gilles Catelnau



17 mars 2024

Michel Barlow est professeur de lettres et théologien protestant. Il est librement engagé dans sa paroisse lyonnaise où il donne des conférences et anime des groupes bibliques. Il publie des ouvrages de vulgarisation spirituelle comme l’excellent « Bonheur d’être protestant » - .

Il a été séduit par l’ouvrage de Jean-Claude Guy, « Paroles des anciens, Apophtegmes des Pères du désert, Paris, Seuil 1976, collection « Points, Sagesses » dont il tire pour nous avec légèreté et humour, profondeur spirituelle aussi, les quelques présentations qu’il réunit dans ce petit volume.

Il s’est adjoint, pour cela, la charmante dessinatrice qui a su représenter sa gaieté et son ironie.

En voici quelques pages.

 

 


 

Les Pères (et les Mères) du désert


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En ce temps-là, votre arrière-arrière… (répétez 58 fois « arrière », si je compte bien, mais ce n'est pas sûr du tout), votre arrière-arrière etc. grand-père, donc, venait de demander en mariage votre arrière-arrière, etc. grand-mère. Heureusement, elle a dit oui. Sinon vous ne seriez pas là en train de lire mon histoire.

 

Mais, en ce temps-là aussi, les chrétiens étaient désormais à peu près bien acceptés par la société païenne. Les persécutions n'étaient plus qu'un triste souvenir des vieux âges. Le sang des martyrs et les larmes de leurs proches avaient eu le temps de sécher.

 

Mais, comme on dit, « le mieux est l'ennemi du bien » : du coup, les croyants, qui désormais pouvaient s'afficher comme tels sans risquer de le payer de leur vie, avaient un peu tendance à s'endormir sur la palme du martyre de leurs aïeux. La foi risquait de devenir somnolente dans les communautés chrétiennes !

 

Aussi, un certain nombre de chrétiennes et de chrétiens fervents décidèrent-ils que ça ne pouvait plus durer. Et puisque, dans les villes, la foi s'endormait dans un confort douillet, il fallait chercher un lieu très inconfortable, loin des villes, pour vivre une foi bien réveillée. Ils allèrent donc s'installer dans le désert, certains dans des huttes ; d'autres plus exigeants se perchaient au sommet d'une colonne !

 

C'est sûr qu'au désert les distractions sont rares et ne viennent pas troubler votre prière : on peut bien essayer de compter les grains de sable, ce qui prend un certain temps ; on peut aussi compter les dunes, mais c'est compliqué, car le vent les forme et les déforme sans arrêt…

 

Au début, ces courageux de la prière vivaient en ermites solitaires dans une pauvre cabane ou une hutte. À l'origine, le mot « moine » signifie « homme seul ».

 

Très vite, cependant, certains de ces moines acquirent une telle réputation de sainteté que beaucoup de chrétiens fervents eurent envie de les rejoindre pour imiter leur façon d'être chrétiens à 100 %, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24.

 

Mais on ne s'improvise pas moine du jour au lendemain ! Les aspirants ermites comprirent vite qu'il leur fallait un temps d'apprentissage. Habitude fut donc prise de s'établir auprès d'un ermite confirmé qui, si l'on peut dire, leur apprendrait le métier. Ils le considéraient comme un père (un papa ou un révérend père, c'est selon). Les historiens n'ont pas fait preuve de beaucoup d'imagination en appelant ces moines exemplaires les « Pères du désert ». Mais, comme on va le voir, il y eut aussi des « Mères du désert ». Les disciples des moines appelaient leur instructeur abba (père, voire papa, en hébreu ou araméen) ; les disciples des moniales appelaient leur instructrice amma (mère ou maman dans les mêmes langues).




 



Abba Théodore qui était vieux depuis son enfance

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Dans la bouche de leurs disciples, les Pères du désert semblent plutôt des grands-pères du désert, voire des arrière-grands-pères. À lire les apophtegmes - le souvenir de leurs actions et de leurs paroles - on a l'impression qu'ils étaient toujours âgés, très âgés, voire très très âgés ! A croire qu'ils étaient nés vieux : adorables bébés à grandes barbes blanches, Abba Théodore tout ridés, parfois chauves, parfois à cheveux blancs. Ces nouveau-nés les plus chanceux naissaient même avec des lunettes de presbytes sur leur joli petit nez !

 

Abba Théodore de Phermé... Ne vous méprenez pas : ce n'était pas un aristocrate. Phermé n'est pas le nom de sa noble famille, mais le nom de son village dans le désert égyptien. Abba Théodore, donc, étaient devenu ermite dès sa prime jeunesse. Était-il déjà vieux, malgré son jeune âge, je ne sais pas. Toujours est-il qu'au fil des années et des décennies, il avait acquis une grande expérience, qui faisait de lui un conseiller recherché par toutes celles et tous ceux qui envisageaient d'entrer dans la vie monastique.

À la fin de sa vie, beaucoup de jeunes moines ou de futurs moines venaient le consulter. Un jour, un ermite débutant vint lui demander conseil : décidément la solitude ne lui convenait vraiment pas. Bien loin de lui permettre une vie de prière plus intense que rien ne puisse distraire, elle l'amenait à se morfondre, et sa prière ne cessait de s'évaporer de sa pensée.

 

Abba Théodore, après avoir prié avec lui, lui conseilla de tenter une expérience de vie en communauté. Les autres moines de son futur couvent le soutiendraient dans ses efforts vers Dieu. Leur amitié, même silencieuse, l'aiderait à être plus paisible et leur exemple le soutiendrait dans ses tentatives pour prier.

 

L'ex-ermite et futur moine suivit son conseil... et revint six mois plus tard, la mine dépitée et le nez en berne : « Ça ne va pas mieux en communauté, mon cher abba ! Non seulement mes frères moines ne m'aident pas à prier, mais ils m'agacent tellement avec leurs défauts et leurs petites manies que je ne vois plus que ça, au lieu de regarder vers Dieu ! »

 

Abba Théodore soupira et regarda son disciple avec affection : « Mon cher enfant, n'est-ce pas pour supporter les épreuves que tu es devenu moine ? Alors, dis-moi, fils, depuis combien de temps es-tu moine ?

- Huit ans, mon cher abba. »

 

Alors, le vieux Théodore lui déclara avec un sourire encourageant : « Eh bien, moi, mon fils, je suis moine depuis soixante-deux ans et aucun jour je n'ai trouvé le repos de l'âme. Aucun jour, je n'ai trouvé qu'il était facile d'entrer dans la prière et d'y demeurer. Mais je ne désespère pas d'y parvenir un jour. Et toi, en huit ans seulement, tu pensais y arriver déjà ? Sois patient, fils : dans cinquante-quatre ans, tu pourras commencer à avoir l’espoir de parvenir à prier paisiblement. »

Le petit moine éclata de rire et retourna vers son monastère rasséréné.

 


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Les larmes d'Abba Pambo n'ont pas lavé l'âme de pécheresse

Athanase, l'archevêque d'Alexandrie de sainte mémoire, avait supplié Abba Pambo d'abandonner pour quelques jours son ermitage dans le désert pour élever son âme d'archevêque et l'aider à demeurer un homme de prière malgré les multiples occupations de sa charge.

Pambo était très réticent mais il finit par accepter à contrecœur : la grande ville était à ses yeux un repaire de tentations, un véritable nœud de vipères prêtes à vous happer de tous leurs crochets venimeux.

Il n'avait peut-être pas tort : par esprit de pauvreté, Athanase s'était installé dans un des quartiers les plus misérables d'Alexandrie. Aussi la fenêtre de la modeste chambre où était logé Pambo avait-elle une vue imprenable sur une pièce de l'immeuble voisin. Et la ruelle qui les séparait était si étroite qu'un gourmand aurait pu piocher des figues dans le compotier de sa voisine.

Mais la voisine en question avait bien d'autres préoccupations que de se gaver de fruits. C'était une comédienne à succès qui occupait ses loisirs à recevoir galamment et goulument ses innombrables amants. Et il aurait fallu que Pambo soit aveugle et sourd comme un bénitier de cathédrale pour ne pas voir ni entendre les galipettes amoureuses de sa volage voisine.

Au matin de la première nuit de Pambo à Alexandrie, l'archevêque Athanase trouva le doux ermite en larmes.

« Pourquoi pleures-tu, saint homme ?

D'abord parce que ta voisine est en train de perdre son âme et que je n'ai rien pu faire pour l'arracher au démon. J'ai tenté de l'exhorter à une vie plus vertueuse, mais elle s'est contentée de me rire au nez. Et puis... (Les pleurs d'Abba Pambo redoublèrent.)

- Et puis quoi ?

- Et puis... (Pambo explosa à nouveau de larmes.) Et puis, j'ai peur de ne pas avoir un tel souci de plaire à Dieu que cette femme emploie de l'énergie à plaire à tous ses amants ! »

 


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Ils ont vraiment pris l'Évangile au sérieux, ces hommes, ces femmes aussi : on a vu pourquoi elles sont bien moins nombreuses à être citées. Mais les Mères comme les Pères du désert sont devenus transparents à l'appel du Christ. Transparents, c'est-à-dire obéissants à la lettre à la parole de Jésus au jeune homme riche qui voulait devenir son disciple : « Vends tous tes biens, donne l'argent aux pauvres, puis viens et suis-moi. » (Autrement dit : « Deviens mon disciple. »)

[…]

Pour ces disciples enthousiastes, chaque Abba était un vrai papa (abba en hébreu), chaque Amma était une vraie maman, pleine d'affection (mais souvent le cachant bien) et aussi pleine d'exigences (qu'ils ou elles ne cachaient pas). Et c'était un vrai bonheur filial pour ces disciples ravis de se laisser guider vers Dieu par ces mères ou ces pères à la main ferme.

Alors, nous qui aujourd'hui ne risquons pas qu'ils viennent nous gronder ni nous tirer les oreilles pour notre foi trop tiède, nous pouvons nous souvenir sans risque ni arrière-pensée de leur affection paternelle ou maternelle…

 

 

 

 

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