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Le bonheur d’être protestant

 

 

Michel Barlow

Michel Barlow, théologien laïc, diplômé de la Faculté de théologie catholique de Lyon.
Il a été impliqué de nombreuses années dans le dialogue œcuménique.
Il a notamment été rédacteur de la revue Unité chrétienne de 2001 à 2006.
Il a publié de nombreux ouvrages dont Prier comme Marie, une prière réconciliée chez Olivétan.

 

Éditions Olivétan

120 pages – 17,00 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

2 juillet 2013

C’est, en fait, un véritable petit livre de catéchisme protestant (libéral) que nous propose le théologien et philosophe Michel Barlow. Récemment rattaché à une Église protestante, il présente ici en 11 chapitres le contenu de la foi chrétienne protestante avec une précision et une clarté, un enthousiasme, une légèreté, un sourire qui en rendent la lecture et la méditation un vrai bonheur.
Ne parle-t-il pas, d’ailleurs, du « bonheur d’être protestant » ?
Ce livre me paraît promis à un bel avenir. Il permettra à bien des lecteurs de préciser leurs idées et d’approfondir leur spritualité en ayant l’impression d’une évidence qu’ils avaient toujours partagée et d’un « bonheur » en effet qu’ils avaient peut-être un peu oublié !

En voici quelques passages.

 

.

 


4e de couverture - extrait de l’avant-propos

Au printemps de ma soixante-dixième année, un coup de colère salvateur m’a amené à dire Non à l’Église qui était la mienne depuis mon baptême. Non, décidément, ce n’était plus possible. Dans cette Église-là j’étouffais.

Tout un été, j’ai pris le temps de la réflexion et de la prière, et la décision s’est formée peu à peu d’elle-même, comme un fruit mûr qui tombe de la branche : devenir protestant ! Mais comme on dit souvent, on ne devient pas protestant : on s’aperçoit qu’on l’était déjà, depuis plus ou moins longtemps.    

Pourtant le Concile de mes vingt ans avait vraiment représenté pour moi le « printemps de l’Église », en même temps que celui de ma foi chrétienne : oui, finalement, il devenait possible d’être chrétien au sein de l’Église romaine. Mais les reculades de ces dernières décennises ont fini par avoir raison de mon espérance : je ne pouvais plus faire semblant d’être catholique. Je suis allé frapper à la porte d’une paroisse réformée. Une autre histoire començait.

Je n’écris pas ici un livre contre qui que ce soit. Mon but n’est pas de détruire, de critiquer, de honnir. Ce qui m’importe seulement, c’est l’épanouissement de la foi que j’ai trouvé au sein du protestantisme : le bonheur d’être protestant !

 

 

Sola gratia (la grâce seule)

page 13

Il n'y a donc pas la moindre lourdeur juridique dans le terme grâce de Dieu. Pas la moindre ostentation de gloire et de puissance non plus. C'est avec naturel et dans un bien joli mouvement que Dieu nous prodigue ses dons et son pardon. Dieu ne saurait nous faire grâce comme un roi, lorsque nous sommes au pied de l'échafaud ; Dieu nous fait grâce en permanence, comme un être plein de bonté souriante et qui n'oublie pas de donner à ses gestes une aimable beauté ! Le Dieu de la grâce est beau, mais il a aussi une élégance souple et une douce bienveillance !

 

page 15

Vivre en enfants de Dieu, ce n'est pas l'impuissance larvaire des nourrissons, mais la formidable assurance, le formidable culot des enfants qui se savent aimés. Dans un premier temps, ils imaginent parfois que leurs parents les aiment parce qu'ils sont « sages » ou quand ils sont sages. Et puis, au fur et à mesure que grandit leur tendresse filiale, ils comprennent, au contraire, qu'il faut être sage parce que l'on est aimé, pour répondre à l'amour gratuit inconditionnel de ses parents. La sagesse n'est pas le prix à payer pour être aimé, mais la réponse à l'amour que l'on reçoit gratuitement et sans contrepartie. La « sagesse » d'un enfant, c'est le bouquet de fleurs qu'il apporte affectueusement à sa maman, le jour de la Fête des mères. Et pour l'acheter, il a puisé dans sa tirelire quelques pièces qu'elle-même y avait mises ! Il en va de même du croyant qui ne peut offrir à Dieu que les dons qu'il a reçus de lui, sans les mériter en rien. Comme dit Jürgen Moltrnann, « Ce n'est pas en faisant ce qui est juste que nous sommes justifiés, mais c'est en tant que nous sommes justifiés que nous nous efforçons de faire ce qui est juste.»

 

 

Sola Scriptura (l’Écriture seule)

 

page 23  

La Bible, Premier comme Nouveau Testament, est devenue une amie que je rencontre chaque jour. Comme on le dit souvent, il faut apprivoiser l’Écriture sainte ou plutôt se laisser apprivoiser par elle, pour finir par y entendre la Parole de Dieu. Pendant toutes ces années – au risque de scandaliser les fidèles de l’Église romaine pour qui il y a sept sacrements (c’est déjà beaucoup) et pas un de plus – j’aimerais affirmer que la Bible est un véritable sacrement, signe tangible et efficace de la Présence du Christ. Dès l’adolescence, en effet, la lecture de la Bible me donne le sentiment presque physique d’être accompagné. Je crois entendre la parole du Rabbi Jésus de Nazareth dans chaque page d’Évangile ou presque.
    

   

 

Sola fide (par la foi seule)

 

page 33

Un autre défaut impardonnable d'un gourdin de certitudes, c'est que c'est du bois mort ! La certitude immobilise son objet, l'enferme dans des formulations immuables, comme si l'avenir, l'évolution prévisible ou imprévisible des mentalités et des idées ne pouvait avoir prise sur elle. Pourtant, si la foi est l'histoire de notre relation à Dieu, elle ne peut être figée, encore moins gravée définitivement dans le marbre : celui des stèles commémoratives ou des pierres tombales ! Notre affectivité, notre intelligence ne cessent d'évoluer tout au long de notre vie. Notre vie de foi ne peut donc manquer de se transformer, elle aussi, avec le temps.

    

page 34

J'ai mis longtemps à comprendre que la foi ne peut être une certitude tranquille, immobile. Par nature, elle ne peut être que mouvement, recherche - et le doute, au lieu de détruire la foi, en est la respiration vivante. Le croyant n'est pas quelqu'un qui possède l'évidence de Dieu. C'est, toute sa vie, un chercheur de Dieu - et un chercheur modeste et accueillant à l'égard des autres recherches de Dieu, forcément différentes de la sienne. À l'inverse, le dogmatique intolérant, le récitant agressif de catéchisme a tendance à exiger le même respect pour Dieu et pour ses propres idées sur Dieu.

    

 

Participants au corps et au sang du Christ (la sainte cène)    

 

page 44

Même du temps où j'étais bon catholique, j'aurais volontiers parlé, comme Calvin, d'une présence spirituelle du Christ dans l'eucharistie. Spirituel, au double sens du mot : c'est par son esprit et dans mon esprit que le Christ se fait présent. Et cette rencontre en esprit ne peut s'effectuer que par l'action du Saint-Esprit. Toutes les liturgies chrétiennes qui font mémoire du dernier repas du Christ sont précédées d'une invocation à l'Esprit saint. Dans l'Église catholique, cette épiclèse est prononcée sur les « espèces » (le pain et le vin), pour « qu'ils deviennent le Corps et le Sang du Christ ». Alors que, dans les Églises de la Réforme, c'est sur les fidèles que l'on invoque la venue de l'Esprit : c'est leur foi qui, avec l'assistance de l'Esprit, verra dans ce pain et ce vin un signe du Corps et du Sang du Christ.

    

page 48

Oui, le point culminant de la scène [apparition du Ressuscité en Jean 21], c'est bien le dialogue bouleversant de Jésus et de Simon-Pierre - et d'autant plus bouleversant qu'il s'adresse, en fait, à chacun de nous : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » Mais nous pourrions mettre notre propre prénom en tête de la phrase, et nous aussi, entendre par trois fois cette question qui n'en est pas une - « M'aimes-tu ? » - et prononcer par trois fois cette réponse qui n'est pas davantage une réponse : c'est un mouvement de tout l'être, en écho à un amour qui nous a devancé : « Seigneur, tu sais bien que je t'aime ! » Jean 21. 15, 16, 17) ... Et chacun d'ajouter, au plus chaleureux de sa tendresse : « Et, je sais bien que tu m'aimes ! »

   

    

Dieu seul doit gouverner son Église

 

page 63

Étymologiquement, enseigner (insignire), c'est imprimer une empreinte dans une matière molle, apposer son sceau. Pour emprunter une image à la carrosserie ou à la chaudronnerie, les « Églises enseignantes » deviennent souvent des « Églises emboutisseuses » qui impriment plus ou moins violemment une forme prédéfinie à la conscience des fidèles. A priori, on peut considérer comme plus évangélique une « Église jardinière » qui accompagne et encourage avec respect l'évolution religieuse de chaque fidèle, comme un jardinier qui amoureusement veille sur son potager - mais sans mettre des bigoudis aux laitues sous prétexte d'en faire des salades frisées ; sans découper les carottes en forme d'ananas ; sans tirer sur les asperges pour les faire pousser plus vite !
    
Ou, pour dire les choses encore autrement : on peut préférer une Église qui se donne une structure de fonctionnement démocratique à une Église monarchique, autoritaire, voire autocratique. Nul doute que le fonctionnement « presbytérien-synodal » de l'Église réformée satisfait mieux mes aspirations, pour ne pas dire ma philosophie politique, mais aussi mon sens de la liberté de l'Évangile. Il est vraisemblable que mon malaise au sein de l'Église catholique tenait pour une bonne part à son mode de gouvernement « vertical ».   

    

 

Les saints se trompent et pèchent souvent. Tant mieux !    

    

page 71

Même quand la piété ne s'égare pas dans des pratiques magiques et païennes, il paraît bien difficile de faire admettre aux catholiques « lambda » que tel ou tel de leurs illustres prédécesseurs qui leur est présenté comme un modèle n'est pas nécessairement et en tout point parfaitement exemplaire. À son égard, l'admiration du croyant peut et doit être sélective. Augustin est sans nul doute un grand mystique, mais en même temps, c'est un raisonneur maniaque (au sens que la psychiatrie donne à ce mot), qui paraît parfois plus soucieux d'avoir raison que de témoigner de l'Évangile - ce qui l'a amené plus d'une fois à proférer avec conviction les plus solennelles stupidités. Paul, l'apôtre des nations, est sans conteste un des plus inoubliables hérauts du Christ, mais on n'est pas obligé pour autant d' « avaler » dévotement son autoritarisme coléreux à l'égard de ses collaborateurs et de ses disciples, sa misogynie, sa fausse humilité vaniteuse ou son conformisme politique !     

J'étais très irrité dans l'Église catholique, par l'admiration niaise que la plupart des fidèles manifestent à l'égard des saints du calendrier et des pop stars de l'Église : Jean-Paul II, Mère Teresa, l'Abbé Pierre, Guy Gilbert, etc. Qu'il était difficile de faire admettre aux « cathos de base » que l'on peut admirer et s'efforcer d'imiter ces remarquables témoins pour tel ou tel aspect de leur spiritualité ou de leur action, mais qu'il faut impérativement se réserver le droit de critiquer ce qu'ils peuvent avoir par ailleurs de critiquable ! C'est à cette seule condition qu'on peut discerner en eux un reflet du Christ, sans confondre l'image et le modèle ; sans tomber dans une sorte de polythéisme béat !     

J'apprécie que, dans ma nouvelle Église, on sache, semble-t-il, opérer de tels discernements (sans doute parce que, dès les origines, la Réforme a pris ses distances avec un culte des saints devenu idolâtrique et superstitieux). Quel confort de ne plus avoir peur d'être excommunié (ne serait-ce que du regard !) par mes nouveaux « coparoissiens », en affirmant que Luther a été admirable de foi et de courage face aux autorités ; mais que son antisémitisme est insupportable. Pas de bûcher inquisitorial non plus à l'horizon, lorsque j'affirme (trop vite et de façon trop abrupte, comme toujours) que je ne peux pardonner à Calvin d'avoir laissé faire l'exécurion de Michel Servet. Ou encore, lorsque j'estime absurde au regard d'une théologie évangélique la théorie calviniste de la « double prédestination » ou de la mort sacrificielle de Jésus-Christ pour « satisfaire » la justice de Dieu !

Dans son Catéchisme de Genève (1538-1542), Calvin affirme, à la suite d'Anselme de Cantorbéry (XIIs.) que « la mort de Jésus-Christ [...] est le sacrifice par lequel il a satisfait pour nous au jugement de Dieu et a ainsi apaisé la colère de Dieu envers nous. » (11e section) : quel pieux blasphème que cette image d'un Dieu vindicatif et implacable !

[...]

Le bonheur d'être protestant, c'est le bonheur de vivre et de prier dans une communauté de croyants qui s'appuient les uns sur les autres, parfois par-delà la mort, sans prétention ni hiérarchie, et sans décerner de label officiel et indiscutable de sainteté à tel ou tel(le).

    

 

De la liberté chrétienne et du sacerdoce universel des fidèles    

    

page 85

En ce qui me concerne, le fait que j'aie passé toute mon adolescence dans une école militaire autoritairement caporalisée, hiérarchisée et uniformisée n'est pas sans lien avec la façon dont je reçois aujourd'hui le pouvoir hiérarchique, qu'il soit civil ou religieux !

Dans cette école tricolore, les sous-officiers (hâtivement rebaptisés éducateurs) qui ont tyrannisé mes jeunes années m'ont du moins appris à me méfier de l'argument d'autorité. Ce n'est pas parce qu'il a des galons dorés sur ses manches, ou une mitre sur la tête et une étole autour du cou, que mon interlocuteur a nécessairement raison. Je devrais, en route logique, ajouter : ce n'est pas, non plus, pour cela qu'il a nécessairement tort ; mais énoncer un tel corollaire me coûte davantage !

    

 

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