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Michel Onfray a encore frappé


Michel Leconte


 


10 décembre 2023

 

Le philosophe Michel Onfray vient de publier un livre dans lequel il développe sa conviction selon laquelle l’homme Jésus n’a jamais existé est n’est ce qu’il appelle un personnage conceptuel. Michel Onfray ne lit pas les évangiles en historien, mais de manière fondamentaliste. C’est pourquoi, il lui est facile d’affirmer que Jésus n’a jamais existé et n’est qu’un « personnage conceptuel » compte-tenu des invraisemblables du texte évangélique.

 

Des récits invraisemblables

 

Par exemple, il affirme comme un fait empirique que Jésus est né d’une vierge. À partir de là, la critique est facile puisqu’un homme ne peut naître que d’un rapport sexuel entre ses parents. Il s’agit donc, selon lui, d’une pure invention littéraire. De même, par exemple, la résurrection de Lazare est prise à la lettre comme si on pouvait faire revivre un cadavre de trois jours !

L’exégète Élian Cuvillier écrit qu’il faut se garder d’une lecture rationaliste et fondamentaliste de ce type de récit, il écrit à propos de la résurrection de Lazare :

 

« Une impasse réside dans la lecture fondamentaliste, qui fonde la foi sur l’existence d’un monde surnaturel et sur une prétendue vérification objective des faits racontés dans les récits bibliques. Une forme de rationalisme inversé en quelque sorte. Le lecteur est dans ce cas sommé de croire qu’un corps atteint par le processus de décomposition peut être remis debout. S’il n’admet pas ce principe, il est alors accusé de remettre en question la vérité du texte. Or, en déniant le caractère irrévocable de la mort lorsqu’elle atteint le corps humain à travers le processus de décomposition, le fondamentalisme nie tout simplement l’incarnation, c’est-à-dire la finitude. »

 

Onfray tombe dans ce piège et au nom de la raison, il lui est facile d’affirmer que les écrits évangéliques ne peuvent être que des constructions littéraires sans la moindre trace de vérité factuelle.

Alors « comment fait-on pour articuler les deux dimensions de l’existence, l’horizontalité et la verticalité ? Dans l’exemple précis qui nous occupe – la résurrection de Lazare –, il s’agit de prendre en compte la réalité que décrit le texte, à savoir le corps déjà mort de Lazare, un corps en état de décomposition (« il sent déjà »), sans tomber dans l’un des deux pièges : soit celui d’une spiritualité désincarnée consistant à affirmer que la réanimation de ce cadavre est une allégorie qui concerne la seule vie spirituelle et non le réel du corps (forme abâtardie d’un dualisme platonicien), soit celui niant le réel du corps en affirmant que le processus de décomposition d’un cadavre peut s’inverser par un phénomène surnaturel.

Il appartient à l’exégète de trouver une autre voie, une crête, aussi étroite soit-elle. Et comme toujours sur une telle crête, il arrive que l’on marche – et parfois que l’on bascule – sur un versant ou sur un autre. » (ibid).

 

Le sens du texte me paraît être le suivant : « En quoi, dans cet avancement de ma propre déchéance, la Vie peut m’être donnée encore et malgré tout ? Lazare devient métaphore d’un réel possible qui nous concerne. Il s’agit de tenir ensemble, en tension, les dimensions horizontale et verticale du texte : il n’y a pas d’autre monde que celui dans lequel nous vivons et c’est à l’intérieur de ce monde-là que la Vie authentique s’expérimente. »
« La personne qui sort du tombeau, c’est Lazare, celui-là même dont le nom signifie ‘mon aide vient de Dieu’. Le seul Lazare authentique du récit, la seule personne qui peut être Lazare, c’est le lecteur. » 

À partir de là, « la seule lecture légitime du point de vue de Jean est celle qui s’interroge : est-ce que ce texte interprète ma vie ? Est-ce qu’il m’offre la possibilité de passer de la mort à la Vie, hic et nunc ? Le texte n’explique rien, il ne décrit rien – il a d’ailleurs souvent été remarqué que Lazare ne dit pas un mot et c’est une momie enveloppée de bandelettes qui sort du tombeau ! –, si ce n’est qu’il proclame la Vie contre la mort, malgré la mort, au lieu même de la mort, c’est-à-dire au cœur de l’existence humaine.

 

Un Royaume qui se fait attendre

 

Le retard dans l’avènement du Royaume est pour Onfray un argument supplémentaire, si les temps sont accomplis pourquoi serait-il nécessaire d’attendre deux milles ans, sans que rien se soit toujours passé et que la parousie se fasse encore attendre ? Jésus devait revenir peu de temps après sa mort, il a deux mille ans de retard, « c’est incompréhensible — sauf s’il n’est qu’un concept, un personnage conceptuel. Il a dès lors l’éternité pour lui. Du moins : le temps que dure l’éternité ici-bas. »

 

Des indices de l’existence de Jésus

 

Le philosophe Michel Onfray ne fait même pas le petit effort de penser, tout préoccupé à sa marotte qui consiste à affirmer que Jésus n’a jamais existé, ce que de très nombreux indices démentent catégoriquement pour ne citer que celui de Flavius Josèphe dans ses « Antiquités juives » à la page 1347, IX, numéros 197 à 203 (Éditions Bouquin, Paris, 2022), où il parle de la lapidation de Jacques, frère de Jésus appelé le Christ par le grand prêtre Joseph qui fut à la suite de cet assassinat déposé par le nouveau procurateur Albinus ; sans mentionner le testimonium flavianum, sujet à controverse en raison d’interpolation chrétienne. En outre, comment imaginer que des croyants ait pu concevoir une fin aussi odieuse pour son fondateur (crux turpissima) ?

 

Les évangiles reflètent l’esprit de Jésus

 

Les évangiles sont des prédications et des témoignages de foi destinés aux communautés judéo-chrétiennes du premier siècle. Paul Tillich développe cet argument en termes d'inséparabilité du « fait » de Jésus et de sa « réception » en tant que Christ au sein de l'événement « Jésus reconnu comme Christ », et soutient en conséquence que la critique biblique ne peut pas miner efficacement la christologie parce que la vérité empirique de Jésus ne peut pas être distinguée en dehors de l'appropriation fidèle de ce fait, dans laquelle le destinataire est tout aussi important que le fait lui-même (Théologie systématique III, p. 172).

On ne peut vérifier avec certitude aucun trait particulier de cette image, mais on peut catégoriquement affirmer que grâce à elle l’Être nouveau qu’est Jésus reconnu comme le Christ a le pouvoir de transformer ceux qui sont saisis par lui. Ce qui implique une analogia imaginis, c’est-à-dire une analogie entre l’image et la personne vivante réelle d’où qu’elle vienne. L’image du Christ que nous donne les évangiles médiatise la puissance transformatrice de l’Être nouveau. Que cette connaissance soit mythique, symbolique et médiate n’en diminue nullement sa valeur de vérité. C’est cette image et non une hypothétique description historique du Jésus terrestre qui a créé l’église et le chrétien. Une image inventée par les disciples de Jésus aurait exprimé leur existence non transformée et leur quête. Cette image est une « image vraie » en ce sens que nous ne connaissons personne aussi bien que Jésus (op. Cit., p 187).

 

Pour Michel Onfray, Jésus continue à vivre post mortem et sa vraie résurrection ne se fait que par l’art, la sculpture, l’image, le cinéma, mais sa chair n’est que textuelle.

 

 

                         


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