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Le jeune homme nu


 



 Michel Leconte

 


27 septembre 2023

 


Marc 14, 50.

Que vient faire ce jeune homme, dans le récit de Marc où chaque détail a du sens ? Plus loin, lors de la découverte du tombeau vide, un autre jeune homme apparaît. Est-ce le même ? Il était nu ; le voilà maintenant vêtu de lumière. Qu’est-ce qui a changé, pour lui… et pour nous ?

C’est une scène désespérante que rapporte l’évangile de Marc, dans les ténèbres de Gethsémané. Les disciples s’endorment quand il faudrait veiller. Jésus est pris de doute et d’angoisse ; il ne répond pas à ses accusateurs, demeure muet devant Pilate. Quant à Pierre, il renie et pleure. Plus tard l’évangile de Jean corrige un peu cette histoire : il montre un Christ sûr de lui, de son Dieu, dont les soldats venus pour l’arrêter reculent et tombent à terre.

Un épisode étrange ne se trouve que chez Marc, un petit détail marginal censuré par les autres évangélistes : un jeune homme, couvert d’un drap, est resté près de Jésus. Attrapé par les soldats qui viennent l’arrêter, il s’enfuit tout nu. Matthieu, Luc et Jean n’ont sans doute pas compris ce détail rapporté seulement dans l’évangile de Marc, aussi l’ont-il passé sous silence. Mais alors pourquoi Marc l’a-t-il rapporté ? Certains exégètes supposent que celui qui avait vécu cette expérience peu glorieuse serait un proche du rédacteur, sinon l’auteur lui-même. Mais l’évangéliste aurait-il repris cet épisode s’il n’avait pas sa place et son sens dans le déroulement implacable du drame ?

La nudité pour les Juifs est signe de honte. Le vêtement désigne la personnalité, le rôle social de celui qui le porte, son « moi » au regard des autres. Dépouiller un homme de son vêtement, c’est lui ôter ce qui le protège et à la fois le définit, c’est un signe de mort sociale ou de mort tout court pour son narcissisme. Il est contraint d’abandonner douloureusement son identité et plus précisément son ego. Une radicale castration symbolique en quelque sorte. C’est le cauchemar très fréquent généré par l’angoisse de perdre le phallus, symbole de complétude et de toute-puissance narcissique, angoisse de se sentir vulnérable, impuissant et sans protection, en se retrouvant nus au milieu d’une foule moqueuse. Quelques heures plus tard, Jésus lui-même suivra le même chemin de honte et de mort sociale et se retrouvera nu sur la croix.

Mais regardons plus loin dans notre évangile. D’abord, le corps de Jésus descendu de la croix est enveloppé d’un drap (le même mot que précédemment, qui signifie aussi linceul). Si le jeune homme vêtu d’un drap s’est retrouvé nu dans la nuit, Jésus dévêtu sera recouvert d’un drap avant d’être mis au tombeau. Le disciple n’est pas au-dessus du maître (Mt 10, 24).

Enfin, voici un autre « jeune homme » (Marc 16, 5). (Le même mot est utilisé, et l’on n’en trouve pas d’autre emploi dans les évangiles). Est-ce le même jeune homme ? Cette fois, le jeune homme est « vêtu de blanc », revêtu de lumière. Comme le fils prodigue de la parabole que le père a habillé du plus beau vêtement (Lc 15, 22). Pourquoi ces femmes venues embaumer son corps ont-elles peur ? Certainement de son prodigieux et étonnant message, qui pourtant se veut rassurant : « Ne soyez pas effrayées ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. Voici l’endroit où on l’avait déposé. Il vous précède en Galilée. » (Mc 16, 6-7). Peur de cette dimension de la vie qui s’ouvre quand ce qui détruit l’humain en l’homme n’a plus d’avenir, peur de cette nouveauté rayonnante qui bouscule l’inexorable évidence des jours qui passent, peur de cette brèche qui s’ouvre dans la fatalité ordinaire de nos existences. Ce jeune homme est passé de la honte à une vie nouvelle et inouïe. Il a traversé le non-être pour naître de nouveau et annoncer aux autres une puissance de vie que rien ne peut anéantir. Il a quitté la honte de sa nudité et le drap trop léger qui n’était qu’un linceul pour revêtir un habit de gloire et de lumière.

 

Après avoir transgressé le commandement de Dieu afin d’acquérir la toute-puissance, Adam et Ève s’aperçurent aussi qu’ils étaient nus (Gn 3, 7-10). Devant Dieu, ils avaient honte de ce qu’ils étaient et d’ailleurs ils se cachaient. Marc nous rappelle ici la condition humaine pécheresse et fragile au moment où Jésus est arrêté et va bientôt mourir sur la croix non comme un Dieu, mais comme un esclave, suprême abaissement. Mais bientôt, après la résurrection, ce jeune homme sera revêtu d’une robe blanche de lumière comme celle de Jésus lors de sa transfiguration : il est rétabli dans sa condition de fils de Dieu qui met en lui toute sa bonté et son amour (Mc 9, 2 9), car l’envoyé de Dieu nous a annoncé le pardon de Dieu au prix de sa vie. Devant Dieu, nous n’avons plus à avoir peur ni à avoir honte : Dieu n’est pas ce Père imaginaire omnipotent et justicier, il n’est que don et agapè.




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